I- la montée en puissance du dollar





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Le dollar du XIX° à nos jours
Le dollar est à la fois une monnaie nationale et une monnaie internationale. Il n'a pas acquis d'emblée ce dernier rôle, dans lequel il a supplanté la livre sterling. Cela traduit la force économique et l'hégémonie d'un pays, et contribue à la renforcer. C'est après 1945 que s'affirme la suprématie du dollar, avec un système monétaire international qui avantage les États-Unis. Les États-Unis rejettent le système de Bretton Woods quand celui-ci les gêne : le dollar est défini autrement à partir de 1976, avec un nouveau système monétaire international (SMI).
Le SMI a toujours reflété les rapports de forces entre les pays à un moment donné; c'est un instrument dont se sert le pays dominant pour accroître sa domination. L'histoire du dollar relève de facteurs complexes. Les pouvoirs publics américains n'ont pas de stratégie financière claire, pas plus qu'il n'y a de complot. L'État joue un rôle, essaie d'arbitrer entre des positions conflictuelles. On voit aussi la capacité d'adaptation du système monétaire américain.
I- La montée en puissance du dollar

A/ Jusqu'en 1914

1) Une économie puissante

L'économie américaine est puissante, malgré une organisation monétaire fragile. Cette puissance est due à plusieurs facteurs :

* L'afflux d'immigrants : il y a environ 4 millions d'Américains en 1780, et environ 100 millions en 1914;

* Le recul de la Frontière, par achat ou par luttes;

* L'ampleur des ressources agricoles, énergétiques et industrielles.
Cela a été renforcé par le protectionnisme et l'expansionnisme. Le protectionnisme concerne l'Europe, puis s'assouplit, avec le tarif de 1913 abaissant les droits de douane.

L'expansionnisme concerne avant tout les relations avec l'Amérique latine, dès la doctrine Monroe en 1823, doublée du corollaire Roosevelt en 1905 : c'est la politique du big stick (gros bâton). Les États-Unis s'autorisent à intervenir partout où les intérêts de leurs nationaux seraient menacés.

Vers 1900, on met au point la doctrine de la Porte Ouverte à l'occasion de l'ouverture de la Chine : les Américains veulent voir le marché chinois ouvert et en libre accès, après la dépression des années 1890.
En 1914, les États-Unis sont une très grande puissance industrielle; ils fabriquent deux fois plus d'acier que l'Allemagne, trois fois plus que la Grande-Bretagne. Ils produisent 500 000 automobiles par an, contre 45 000 pour la France. Leur puissance n'est pas qu'industrielle : ils produisent 25% du blé mondial.
2) La monnaie américaine

La monnaie est le dollar, dont le nom vient de l'allemand thaler. En 1785, le dollar devient la monnaie américaine, définie en argent, comme le franc germinal en 1803. On frappe à la fois des monnaies d'argent et des monnaies d'or (bimétallisme). Les Américains finissent par adopter le monométallisme or. En 1900, le Gold Standard Act rattache le dollar à l'or sur la base de 20 dollars l'once d'or.
En 1913 est créée la FED, une banque centrale qui coiffe la douzaine de banques fédérales existant alors. La FED reçoit le monopole de l'émission des billets verts. Les billets sont convertibles en or à l'intérieur du pays. Les États-Unis ont ici suivi l'exemple des autres pays industriels. Les monnaies de tous les pays industriels sont rattachées à l'or. Depuis le milieu du XIXe siècle jusqu'en 1914, le SMI repose sur l'étalon-or. Les monnaies sont doublement convertibles :
* Entre elles à l'extérieur : le change (ou pair) se fait sur la base du poids d'or respectif;

* À l'intérieur de chaque pays, les billets sont convertibles en or (convertibilité interne).
Avant 1914, l'or est donc l'étalon de valeur. Il est aussi un moyen de paiement, et enfin une réserve de valeur.

La part de l'or dans les monnaies nationales ne cesse de diminuer. En revanche, dans les réserves des banques centrales on voit augmenter la part des devises nationales : la livre notamment, seule monnaie acceptée par tous avant 1914. L'or peut servir de liquidité internationale, en cas de déséquilibre de la balance des paiements. Cela contribue à ce qu'il y ait très peu de variations dans les changes.
B/ 1914-1939

1) La première guerre mondiale

L'énormité des dépenses entraîne le cours forcé des billets de banque, et l'inconvertibilité des billets en or. En effet, on a fait marcher la planche à billets et on a emprunté : la masse monétaire en circulation au augmenté et l'inflation est là. Une deuxième cause d'inflation est le décalage entre l'offre et la demande : cela entraîne une dépréciation de la monnaie par rapport à l'or.
En 1919, on veut partout la déflation et le retour aux valeurs-or d'avant-guerre. Aux États-Unis, dès 1920-1922, la contraction de la masse monétaire permet le retour à l'étalon-or et la convertibilité (sous forme de lingots). La situation est bien meilleure aux États-Unis qu'en Europe :
* En Grande-Bretagne, la livre sterling est rétablie en 1925 grâce à une politique draconienne très critiquée par Keynes;
* En France, après les erreurs du Cartel des Gauches et les conséquences du comportement défiant des milieux financiers, le franc Poincaré est défini en 1928 par rapport à l'or, avec une dévaluation des 4/5e (franc de quat’sous).
2) La conférence de Gênes (mai 1922)

L'étalon-or est maintenu, mais il est appelé Gold Exchange Standard, défini lors de la conférence. Les réserves des banques centrales sont de plus en plus constituées d'or et de devises (livres, et de plus en plus de dollars). Les États-Unis possèdent à l'époque la moitié du stock d'or mondial, et de débiteurs sont devenus créanciers.
En 1926 c'est l'accord Mellon-Béranger, qui reconnaît les créances américaines avec les modalités de paiement. Elles seront suspendues par le moratoire Hoover en 1931.
Les Américains irriguent l'Allemagne avec leurs capitaux : le poids financier des États-Unis s'affirme après, et à cause de la première guerre mondiale. New York est devenue une des trois grandes places boursières mondiales.
Les États-Unis sont soucieux de garder une balance commerciale positive, ils conservent donc le protectionnisme : les autres pays ont du mal à acquérir des dollars. Les États-Unis créent donc aux autres pays des difficultés dans la reconstitution de leurs valeurs de change. Les autres pays manquent de liquidités pour acheter aux États-Unis, et doivent emprunter... aux États-Unis. Les États-Unis prêtent, et provoquent le dollar gap, accroissant la dépendance des autres pays. Ils privilégient leurs intérêts internes au détriment des intérêts internationaux.
3) La crise de 1929

Elle voit l'effondrement de la production, la baisse des prix. On passe de 1,5 à 12 millions de chômeurs. Franklin Roosevelt est élu à partir de 1932. Les mesures du New Deal ne relèvent pas d'une stratégie structurée mais sont prises au coup par coup :
* Une politique budgétaire active : l'État dépense par des grands travaux, des aides sociales et économiques à l'agriculture et à l'industrie.
* En mai 1933, les banques sont fermées, on impose un embargo sur l'or, le dollar est déclaré inconvertible. La règlementation bancaire est très stricte : la réouverture des banques est soumise à autorisation, on sépare les institutions, on contrôle les opérations boursières.

* En avril 1933, on abandonne l'étalon-or.
* Le 30 janvier 1934, le dollar est dévalué de 41%. L'once d'or vaut désormais 35 dollars. La plupart des pays d'Amérique latine et le Canada, qui ont suivi la dévaluation, créent un bloc-dollar, tout comme il y a un bloc-livre sterling. La France veut maintenir le franc Poincaré et forme un bloc-or avec la Belgique, la Suisse, la Hollande, l'Italie, la Pologne, avant de céder et dévaluer en 1936 puis en 1939.
La crise a provoqué l'éclatement du SMI. La conférence économique mondiale de Londres en juin-juillet 1933 échoue totalement à définir une entente mondiale.
La dévaluation américaine n'a pas vraiment permis de relancer les exportations parce que tous les pays ont dévalué et que l'on importe le moins possible. Cependant, le solde commercial des États-Unis est excédentaire. Mais la crise n'est pas résolue : le système n'est plus cohérent et le New Deal n'a pas vraiment suscité la croissance qui ne revient qu'avec la seconde guerre mondiale.

II- L'apogée du dollar (1944-1971)

A/ Le nouveau système monétaire international

On veut tirer les conséquences des désordres monétaires des années 1930. La préoccupation majeure est de créer des conditions favorables (stabilité et liquidités suffisantes). La paix en dépend. Cependant les intérêts des pays ne convergent pas, et la domination des États-Unis domine supérieurement (sic) : ils se sont enrichis, n'ont subi aucune destruction sur leur territoire, et détiennent 2/3 du stock d'or mondial.
1) Bretton-Woods

En juillet 1944 se tient une conférence internationale monétaire et financière à Bretton Woods. Elle rassemble 41 pays, avec un observateur soviétique, pas d'Allemand; Pierre Mendès-France représente la France. Deux thèses s'affrontent :
La thèse britannique avec le plan Keynes : il préconise un ordre monétaire supranational avec une banque centrale mondiale et une nouvelle monnaie scripturale, le bancor, défini en fonction des monnaies des pays membres et non convertibles.
1. La thèse américaine avec le plan White (avril 1943) : les États-Unis refusent toute institution à laquelle ils devraient transférer une partie de leur souveraineté. Ils veulent faire reconnaître la suprématie du dollar qui en 1944 est la seule monnaie convertible en or, donnant accès à un grand marché et ayant gardé sa valeur. Ils insistent sur la liberté des échanges et des paiements courants.
C'est la thèse américaine qui l'emporte. Les accords de Bretton Woods consacrent à la fois le retour à l'étalon-or et la convertibilité externe des monnaies sur la base de parités fixes.

Chaque pays doit définir sa monnaie soit en or, soit en dollars. C'est donc un retour au système de 1922, à ceci près que seul le dollar peut servir de devise de référence. Le dollar est «as good as gold». Il a totalement supplanté la livre sterling. Il sert de mesure de valeur (prix en dollars), de moyen de paiement international et de monnaie de réserve.

Les accords de Bretton Woods n'admettent de fluctuations que de plus ou moins 1%.
2) Le FMI

Il est créé en 1947. Si des déséquilibres apparaissent dans le système de Bretton Woods, les pays peuvent avoir recours à lui. Le FMI a plusieurs fonctions :
* Veiller au respect des accords de Bretton Woods;

* Accorder des prêts à court terme pour résoudre des déséquilibres passagers. Pour cela, il dispose de droits de tirage.

Le FMI est alimenté par des quote-parts, versées pour 25% en or et 75% en monnaie nationale. On accorde des droit de tirage automatiques pour ce qui équivaut à la part d'or versée, et conditionnels si cela dépasse la part d'or versée. Pour dévaluer en cas exceptionnel, il faut une autorisation du FMI, dominé par les États-Unis qui ont versé la plus grosse quote-part. Les voix sont en effet proportionnelles à la quote-part, et il faut 80% des voix pour prendre une décision; mais les États-Unis ont 30% des voix grâce à leur quote-part.
La BIRD (banque internationale de reconstruction et de développement) a pour buts de résoudre les déséquilibres structurels, et oriente son action vers les pays en voie de développement.
Pour réduire les entraves au commerce mondial, on a voulu faire une institution, mais cela échoue. À défaut, les pays du FMI ont signé le GATT en 1947; dans ce cadre ont lieu des cycles de négociations.
3) Le dollar

Ce système a été voulu par les États-Unis, et il les avantage. Le dollar à l'époque est la seule monnaie qui soit en quantité suffisante, et l'on a confiance dans cette monnaie mais aussi dans ce régime politique stable.
De plus, en 1947 les États-Unis ont opté pour la clause d'exception : Bretton Woods dit qu'il faut absolument veiller à la parité de la monnaie; est réputé remplir cette obligation tout membre qui achète et vend librement de l'or pour les règlements et les transactions. Les États-Unis optent pour cette clause; ils vendront et achèteront de l'or à toute banque centrale qui en fera la demande. Les États-Unis ne seront pas obligés d'intervenir sur le marché des changes pour maintenir la monnaie.
B/ Le renforcement du rôle international du dollar

Le nouveau système monétaire international ne fonctionne véritablement qu'à partir de 1958. Les belligérants doivent en effet réorganiser leur système monétaire; presque tous dévaluent en 1948-1949. La France dévalue en 1948, 1949, 1958 et 1969. Les monnaies réussissent à se donner une définition fixe en or ou en dollars convertibles en or. Le système repose sur la confiance que l'on a dans cette monnaie qui émane d'un pays puissant et stable. Le véritable étalon monétaire c'est le dollar. La mise en place du SMI n'a fait que renforcer le poids du dollar. Ce qui gage les monnaies nouvellement créées c'est le dollar.
1) Les balances

À partir des années 1950, la balance des paiements américaines est déficitaire, mais à l'époque c'est un signe de bonne santé. La balance des paiements est un document qui retrace les transactions économiques faites par les résidents d'un pays et l'extérieur, pendant une période donnée.
Composition d'une balance des paiements
Balance de base Balance courante Balance des biens et services Balance commerciale : blé, pétrole, objets d'art, etc.

Services : fret, tourisme, assurances, services divers (conseils financiers, exploitation de films, etc.)

Balance des transferts unilatéraux, privés et publics (contributions internationales, etc.)

Balance des capitaux à long et moyen terme (investissements directs ou de portefeuille, prêts et placements, etc.)

Réserves de change
2) Les États-Unis et les balances

À partir des années 1950, la balance de base est déficitaire, avec des exportations de capitaux et les dépenses militaires :
* Les capitaux sont exportés dès 1945 : la France reçoit 5,5 millions de dollars en décembre 1945, 650 millions avec les accords Blum-Byrnes en mai 1946. L'aide Marshall représente 12 milliards de dollars.
* Les dépenses militaires sont nombreuses : OTAN, OTASE, bases américaines dans le monde, aides militaires pour l'Europe puis le Japon, guerre de Corée.
* Il y a de nombreux investissements à l'étranger, et de plus en plus vers les pays industriels d'Europe.
Ce déficit n'est pas un signe de faiblesse et les États-Unis le paient très facilement. Cela traduit l'expansionnisme américain, leur présence dans le monde par les soldats et les firmes, ce qui accroît la puissance américaine (débouchés, matières premières, conditions plus favorables). Ces capitaux répandus dans le monde soutiennent l'économie et la balance commerciale est très positive.
Pour payer les dettes, il suffit de créer de la monnaie : les États-Unis règlent rarement en or, mais le plus souvent en dollars-papier ou en lignes de crédit. Il y a de plus en plus de dollars et de crédits en dollars répandus dans le monde et déposés dans des banques non situées aux États-Unis : détenues à l'étranger et convertibles à vue en dollars. Jusqu'en 1959 les États-Unis ont assez d'or pour faire face.
Les pays étrangers ont un double intérêt à ce qu'il y ait beaucoup de dollars :
* Ils peuvent reconstituer leurs réserves;

* Ils peuvent se procurer des liquidités pour accéder au marché américain, ou autres.
L'abondance de dollars consolident les devises internationales et soutient l'essor économique du monde. L'on a d'autant plus confiance que l'on sait le dollar-papier convertible en or, et donc on ne le fait pas. Il n'y a aucun danger tant que le déficit américain est limité, et que les créanciers ne convertissent pas.
3) Le marché des eurodollars

En même temps on voit s'organiser le marché des eurodollars, c'est-à-dire les dollars détenus par des non-résidents, en l'occurrence placés dans les banques commerciales, surtout à Londres. C'est plus avantageux de placer ces dollars dans des banques britanniques qu'américaines, à cause de la réglementation américaine, qui date de 1933 (réglementation Q) : les taux d'intérêt des dépôts à terme sont plafonnés, et les dépôts à vue ne sont pas rémunérés.
C'est donc plus avantageux de placer ces dollars en Europe. De plus, le crédit est cher aux États-Unis : pour emprunter des dollars on va le faire à Londres où les taux d'intérêts sont moins élevés. Il y a d'autant plus d'eurodollars que les pays de l'Est et l'URSS ont placé à Londres leurs avoirs en dollars. La Tchécoslovaquie, la Pologne et la Hongrie ont fait partie du FMI. Le rouble n'est convertible que dans le cadre du COMECON. Pour se procurer des dollars, les Russes vendent, et ils payent leurs achats en or.
Les firmes américaines ont tendance à placer les bénéfices qu'elles font en Europe, dans les banques européennes, et y empruntent pour financer leurs investissements. En outre, avec ce système les capitaux ne sortent pas des États-Unis, ce qui réduit le déficit de la balance des paiements.
Cependant, le système favorise l'inflation, et la confiance dans le dollar baisse progressivement. La crise mûrit et éclate en 1971.
C/ De la dégradation à la crise monétaire

1) L'accroissement du déficit américain

Le déficit de la balance des paiements s'accroît dans les années 1960, pour plusieurs raisons :
* Les investissements à l'étranger augmentent fortement : de 19 milliards au début des années 1950, ils sont passés à 130 milliards en 1970. Cela reflète l'essor des multinationales, qui ont tout intérêt à multiplier leurs investissements (économies d'échelle, contournement des protectionnismes). Elles accroissent leurs marchés, font des économies de main d'oeuvre, et augmentent leurs profits. Ce sont les «beaux jours» de la puissance américaine.
* Les dépenses d'aides civiles et militaires, en priorité vers l'Amérique latine (avec en mars 1961 l'Alliance pour le progrès de Kennedy, contre le castrisme), l'Afrique (création des Peace Corps en septembre 1961), l'Asie (escalade au Viet-Nam à partir de 1965).
* La balance commerciale, qui jusque là était excédentaire, se dégrade. En 1971 apparaît le premier déficit commercial du siècle, qui s'aggrave en 1972 et devient structurel. La compétitivité américaine décline face à la concurrence japonaise et européenne, allemande notamment. Les gains de productivité sont moins forts aux États-Unis, les prix sont plus élevés parce que les salaires le sont, et l'inflation est là à partir de 1965.
Le chômage est à plus de 6% à la fin des années 1960. Les importations américaines sont de plus en plus importantes (automobiles, chaussures d'Italie, matériel photographique japonais, et aussi gaz et pétrole par crainte de voir les réserves diminuer). Les États-Unis développent aussi de la rancoeur envers les économies prospères de leurs alliés, qu'ils ont contribué à remettre en route. Ils dénoncent alors la «forteresse Europe», le protectionnisme japonais, la sous-évaluation du mark et du yen, et soulignent leur part dans la défense mondiale.
En 1965-1970, la balance des paiements américaine a 60 milliards de dollars de déficit cumulé, que les États-Unis épongent en imprimant de la monnaie. Cela accroît le marché des eurodollars. Dès 1960 la masse de dollars à l'étranger est telle qu'il cesse d'être potentiellement convertible, ce qui inquiète les banques centrales, qui demandent des conversions. Le prix de l'or augmente brusquement. On assiste à trois spéculations sur le dollar dans les années 1960 : printemps 1961, fin 1964, et dans l'hiver 1967-1968.
2) La réaction des États-Unis

Les États-Unis excluent le recours à la dévaluation, et la réduction de leurs investissements à l'étranger. Ils organisent le pool de l'or en 1961, avec des pays s'engageant à intervenir sur le marché de l'or pour en stabiliser le prix.
Ils mènent aussi des négociations commerciales pour baisser les droits de douane entre les États-Unis et la CEE (Kennedy Round entre 1963 et 1967). Cependant, les demandes de conversion continuent. En mars 1968, les États-Unis suppriment la convertibilité externe du dollar pour les particuliers. C'est alors qu'est établi un double marché de l'or.
En 1969, les États-Unis obtiennent du FMI la création des droits de tirage spéciaux (DTS), distribués au prorata de la quote-part au FMI, avec la possibilité pour les États-Unis de donner ces DTS aux banques centrales qui demandent à échanger leurs dollars. Ces DTS sont une nouvelle liquidité internationale. Ils servent à économiser l'or (les réserves américaines ont baissé de moitié entre 1958 et 1968).
Les DTS sont très critiqués par les pays étrangers. Ils ne servent pas à éponger un déficit conjoncturel mais structurel, sans obliger à des réformes. De Gaulle proteste en 1965 contre l'«hégémonie du dollar», Jacques Rueff parle du «merveilleux secret du déficit sans pleurs».
Les attaques contre le dollar continuent. La crise monétaire qui arrive va rendre la dévaluation inévitable.
Le commerce des États-Unis en 1973
Exportations : 19% avec la CEE

38% avec l'Europe entière

Importations 16% avec la CEE

28% avec l'Europe entière
3) La dévaluation du dollar

Le 15 août 1971 (déclaration de Nixon), la convertibilité du dollar est suspendue, et une surtaxe de 10% est décidée sur les importations américaines.
En décembre 1971 est passé l'accord du Smithonian Institute (États-Unis, Canada, Japon, Suède, Grande-Bretagne, France, Belgique, Pays-Bas, Italie, Danemark). Le dollar est déclaré inconvertible et les taux de change sont réajustés : le dollar est dévalué de 7,9%. C'est la deuxième dévaluation de toute l'histoire du dollar, la précédente datant de 1934. L'or vaut désormais 38 dollars l'once. Les États-Unis obtiennent que le mark et le yen soit réévalués.
Cet accord réaffirme la fixité des taux de change avec des marges de variations de plus ou moins 2,5% (contre 1% auparavant).
Dès lors, les principes de base de Bretton Woods ne sont plus appliqués : le dollar n'est plus convertible en or, et la fixité des monnaies est jugée moins importante que des évolutions tenant compte des différentes compétitivités. Ce système n'est pas très avantageux pour les pays étrangers :
* En Europe, on crée en 1972 le Serpent Monétaire Européen, pour assurer les rapports commerciaux. Dans le SME, la variation autorisée est de plus ou moins 1,25%.
* Les pays de l'OPEP voient leurs bénéfices en dollars réduits de 7,9%. Cela les encourage à augmenter leurs prix, ce qui sera fait en 1973 avec la guerre du Kippour.
La position de États-Unis se dégrade toujours. Une nouvelle spéculation a lieu en 1973 : en janvier 1973, le dollar est dévalué de 10%. En mars 1973, les monnaies flottent. À l'automne 1973, le prix du pétrole est multiplié par 4. Mars 1973 voit ainsi la fin du système de Bretton Woods.
III- Un déclin du dollar

A/ 1976  : les accords de la Jamaïque

Le dollar n'est plus rattaché à un étalon-or. Désormais, les États-Unis défendent un système de changes flottants. La CEE y est opposée ; De Gaulle n'a cessé de préconiser le retour à l'étalon-or. Les accords de la Jamaïque officialisent le flottement monétaire. Il n'y a plus de parités fixes entre les monnaies, dont le cours n'est plus défini par un étalon mais se définit sur le marché selon le jeu de l'offre et de la demande. L'or est démonétisé et redevient une marchandise comme les autres; son cours connaît d'ailleurs alors une hausse vertigineuse. Les réserves de Fort Knox, où était stocké l'or de la banque centrale américaine, disparaissent.
Le FMI vend aussi l'or qui lui reste pour aider les PVD. Cependant, on prévoyait qu'à terme on passerait à un système de parités stables mais ajustables. Il faut distinguer deux moment dans l'évolution du cours du dollar : dans les années 1970 il flotte à la baisse, dans les années 1980 il flotte à la hausse. Dans les deux cas, il est très difficile de parler de déclin du rôle du dollar. Émettre des dollars désormais n'est pas sans effets sur le cours de la monnaie.
B/ La chute du cours dans les années 1970

La chute du cours du dollar s'accentue sous la présidence de Carter (1976-1980). Cela fait apparaître la faiblesse d'une économie américaine en perte de vitesse :
* Renchérissement des importations, donc du prix des produits américains quand des produits importés sont compris dedans, donc renchérissement des salaires : ça s’appelle importer de l’inflation ma poulette !

* C'est un facteur d'inflation.

* Les investissements étrangers aux États-Unis sont favorisés, et les investissements américains à l'étranger sont défavorisés.
Cependant, c'est une dépréciation voulue, dans l'espoir de voir se rétablir la compétitivité américaine : les exportations sont en effet favorisées. La dépréciation de la monnaie apparaît comme un instrument de la politique économique américaine à l'intérieur comme à l'extérieur.
Pendant cette période, le rôle international du dollar ne décline pas, à cause des pétrodollars. Les pays de l'OPEP achètent aux États-Unis et placent leurs pétrodollars sur le marché des eurodollars. Le dollar joue donc un rôle de plus en plus important. Le dollar reste la première monnaie de compte, de règlement et de réserve, parce qu'il n'est remplacé par aucune autre monnaie.
En 1974, les DTS sont définis en fonction d'un panier de seize monnaies et sont utilisés comme monnaie de compte, mais pas de commerce. Les États-Unis s'opposent à ce que l'on en imprime d'autres. Le mark monte, mais le dollar domine : les réserves des banques centrales sont composées à 10% de DM, mais à 75% de dollars. Le dollar est donc la monnaie de réserve et le pivot du système d'échange.
C/ Le renchérissement dans les années 1980

À partir des années 1980, le dollar s'apprécie (il dépasse les 10 francs en 1985). C'est l'effet d'une réorientation à partir de novembre 1979, poursuivie et accentuée par Reagan. L'inflation a augmenté en des proportions jugées inadmissibles (11% en 1979). La lutte contre l'inflation est la priorité :
* On mène une politique monétaire déflationniste.

* On dérèglemente. C'est la fin de la réglementation Q. Les taux de crédit, libérés, s'envolent. Dès lors des quantités de capitaux étrangers arrivent aux États-Unis, achètent des titres, multiplient les investissements. Le mouvement des capitaux s'inverse, avec des entrées supérieures aux sorties.
L'arrivée de Reagan accélère cela : la fiscalité est plus intéressante, etc. Ce renchérissement du dollar a eu de lourdes conséquences pour les pays européens mais aussi pour les PVD (leurs emprunts sont libellés en dollars et les cours mondiaux des matières premières baissent). Le déficit commercial de États-Unis continue à augmenter (150 milliards de dollars en 1985), la dette publique aussi (les États-Unis deviennent le pays le plus endetté au monde), mais c'est épongé par les capitaux venus de l'étranger.
En 1985, les États-Unis ont admis l'idée d'une concertation mondiale, et s'engagent sur le marché des changes. On s'entend pour un dollar autour de 6 francs (accords du Plazza à New York, 1985).
Le rôle international du dollar n'est pas affecté par ces variations. Cependant, il n'est plus hégémonique car il y a d'autres monnaies fortes, et des zones monétaires (système monétaire européen en 1978, et écu, euro aujourd’hui). Le dollar reste cependant prépondérant. Toute variation de la politique monétaire américaine affecte le système monétaire international, ce qui crée des tensions quotidiennes quant aux variations du dollar.

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