Topic





télécharger 48.86 Kb.
titreTopic
date de publication10.12.2019
taille48.86 Kb.
typeDocumentos

TOPIC

Février 2011



www.hec.fr/eurasia


L’argent caché des Chinois




Si la classe moyenne chinoise était un pays, elle aurait un PIB trois fois plus gros que celui de la Corée du Sud !

On estime aujourd’hui la classe moyenne chinoise à 350 millions de personnes, ayant un revenu supérieur à 10 000 dollars…


mais une large part des revenus privés n’est toujours pas comptabilisée.

Selon une étude récente, les revenus réels des Chinois seraient plutôt de l’ordre de 23 trillions de yuans.


C’est l’existence de cette masse de revenus occultes qui permet d’expliquer la consommation chinoise.

La classe moyenne serait donc beaucoup plus nombreuse et beaucoup plus riche que les chiffres officiels le disent.

Qui plus est, cette distribution des revenus contribue à une hausse inquiétante des inégalités.

Les 10% des citoyens urbains les

plus riches gagneraient jusqu’à 65 fois ce que gagnent les 10% les plus pauvres.
Dès 2006, le gouvernement a tenté de freiner la tendance, mais rien n’y fait.
Certes, le rapport Wang est à prendre avec précaution, mais il montre que les données du gouvernement le sont également.


Si la classe moyenne chinoise était un pays, elle aurait un PIB trois fois plus gros que celui de la Corée du Sud, deux-tiers de celui de l’Allemagne, la moitié de celui du Japon et 15% de celui des Etats-Unis. Voici la véritable et considérable taille du marché chinois. Cette classe moyenne a un PIB par tête de 7 500 dollars, ou encore de 14 000 dollars en parité de pouvoir d’achat (PPA) – similaire à celui de la Malaisie ou de l’Argentine. Mise ensemble, la classe moyenne chinoise a un niveau de consommation totale proche de 800 milliards de dollars, soit à peu près l’économie indienne ou encore les économies sud coréenne et taïwanaise réunies.

Le concept de « classe moyenne » est certes un peu flou, mais il est lié aux revenus annuels et au patrimoine. Il y a vingt ans, les Chinois étaient tous pauvres – et égalitairement pauvres. Mais une rapide différenciation des revenus a accompagné la croissance soutenue de l’ensemble de l’économie, avec pour conséquence l’émergence d’une « classe moyenne » que l’on estime aujourd’hui à 350 millions de personnes (soit 110 millions de ménages) ayant un revenu supérieur à 10 000 dollars (en PPA), parmi lesquelles 10 millions dépassent 20 000 dollars et 80 millions de 13 000 à 20 000 dollars. Tout va très vite : elle a doublé de taille au cours des cinq dernières années. En termes de patrimoine, seuls les Japonais dépassent encore les Chinois en Asie. Avec 2 400 milliards de dollars de stocks d’actifs (estimés par Merrill Lynch), détenus par les quelques 400 000 millionnaires Chinois en dollars, la Chine est devenue un eldorado (pour certains privilégiés, bien sûr).
Le problème avec les données sur le pouvoir d’achat chinois reste leur fiabilité : une large part des revenus privés n’est pas comptabilisée, faussant les statistiques nationales. Certes, le problème est le même partout, mais il prend en Chine – pour des raisons évidentes de taille – une autre dimension. Un rapport (Analysing Chinese Grey Income), réalisé récemment pour le compte du Crédit Suisse par Wang Xiaolu, un éminent économiste chinois, tente d’apporter de la lumière à ces zones d’ombre que représentent les revenus non déclarés et leurs différents aspects. Il en ressort notamment que les revenus réels des Chinois ne seraient en effet pas le chiffre de 13,3 trillions de yuans (2 trillions de dollars) comme l’indique les données officielles, mais plutôt de l’ordre de 23.
Cet « argent caché » représenterait environ 15% du PIB et, s’il était comptabilisé, pourrait contribuer à une augmentation de 10% du PIB actuel. Il proviendrait essentiellement de revenus immobiliers (non déclarés), de revenus d’investissements financiers (type tontine), de spéculation sur des terrains en « zone
grise » (propriété floue) ou encore de « commissions » sur les terrains de construction – sans oublier la corruption et les seconds emplois. En général, il est investi au lieu d’être consommé : sur l’intégralité des revenus non déclarés, soit près

de 10 trillions de yuans, 80% seraient épargnés (soit environ 7,5 trillions de yuans) et seuls 20% seraient dépensés (soit 2,2 trillions de yuans).
En modélisant les seules données statistiques « officielles », il est absolument impossible de comprendre la consommation chinoise. C’est donc l’existence de cette masse de revenus occultes qui permet d’expliquer comment les Chinois peuvent aujourd’hui acheter davantage de voitures que leurs homologues américains, ou encore d’acquérir ne serait-ce qu’un seul bien immobilier.
En effet, avec des prix à la consommation qui augmentent de +5 % en moyenne chaque mois et des appartements de +30 à +50% plus chers que leur valeur réelle dans un tiers des métropoles (une résidence peut aujourd’hui coûter autant à Pékin qu’à Washington D.C.), le coût de la vie en Chine est désormais très élevé – du moins par rapport aux revenus officiels. L'Académie des Sciences Sociales estime que 85% des foyers chinois n'ont pas les moyens de s'acheter une maison : après quelques mois de stagnation, le prix des logements est reparti à la hausse en septembre 2010, et il ne cesse d’augmenter depuis. De plus, cette inflation galopante ne serait pas sur le point de se calmer : selon les analystes, elle pourrait atteindre au cours des prochains mois son niveau le plus élevé en deux ans.
Cette masse de revenus occultes aggrave davantage la fracture sociale. Deux-tiers des revenus non déclarés reviennent aux 10% les plus riches de la population, ce qui signifie que 90 millions de Chinois urbains ont un salaire près de quatre fois supérieur à celui qu’indique le gouvernement. La classe moyenne chinoise serait donc beaucoup plus nombreuse et beaucoup plus riche que les chiffres officiels le disent : les 15% les plus riches gagneraient en réalité 73 000 dollars (revenu par ménage) au lieu du chiffre officiel de 18 500 et les 30% les plus riches, près de 48 000, au lieu de 12 000. En d’autres termes, le marché réel des consommateurs chinois est d’ores et déjà équivalent en taille à 60% du marché américain à revenus moyens comparables. Qui plus est, cette catégorie de consommateurs, connue sous le nom de « Middle-income and Affluent Consumers » (MACs) devrait atteindre en Chine 148 millions en 2011 et 415 millions en 2020.
Cette distribution des revenus – qui profite essentiellement aux plus riches – contribue ainsi à une hausse inquiétante des inégalités. En effet, ces dernières se creusent à mesure que le pays s’enrichit. Le coefficient de Gini – qui mesure le degré d’inégalités dans une société donnée sur une échelle de 0 (égalité parfaite) à 1 (inégalité totale) – est passé en un quart de siècle de 0,30 à 0,51. Pour donner un ordre de grandeur, les pays les plus inégalitaires (en Amérique du Sud essentiellement) ont un coefficient de Gini de l’ordre de 0,55! Force est de constater que la Chine se classe aujourd’hui, en termes d’inégalités, au même rang que le Turkménistan et le Ghana – et encore ne s’agit-il que de calculs sur des bases officielles, ce qui est encore plus préoccupant.
Selon les données officielles, les revenus ruraux sont équivalent à un-tiers seulement de ceux des villes, et les 10% des Chinois urbains les plus riches gagnent en moyenne 23 fois ce que gagnent les 10% des Chinois les plus pauvres – des statistiques non seulement préoccupantes, mais qui seraient sous-évaluées. En effet, lorsque les revenus non déclarés sont comptabilisés, les 10% des citoyens urbains les

plus riches gagneraient en moyenne jusqu’à 65 fois ce que gagnent les 10% de Chinois les plus pauvres. C’est une bombe sociale et politique. Une telle distribution des revenus crée d’une part un marché haut de gamme avec des produits de luxe et de l’autre un marché bas de gamme pour toutes les familles chinoises de classe moyenne. Et pas grand chose au milieu.
Dès 2006, le Parti Communiste chinois a tenté d’inverser la tendance en abolissant certaines taxes agraires. Pour inciter les familles à rester dans les campagnes et freiner les migrations intérieures (120 millions de « Mingong »), les autorités ont financé l’éducation primaire et secondaire dans les zones rurales à hauteur de 27,4 milliards de dollars pendant cinq ans. Mais rien n’y fait. Aujourd’hui, le gouvernement fait de la distribution des revenus et de la réduction des inégalités entre ruraux et urbains une priorité. C’est dans cette perspective qu’un mécanisme d’impôts sur les revenus élevés serait instauré prochainement (à condition qu’on le paye…). Dans le cadre du douzième plan quinquennal, les droits du travail et l’application des lois qui les régissent devraient également être renforcés.
L’un des grands dirigeants de l’Académie des Sciences Sociales vient de consacrer une étude audacieuse aux inégalités. Jusqu’ici, les Chinois, écrit-il, expliquaient l’écart entre riches et pauvres par la corruption et l’économie souterraine. Mais il dit au contraire que « les facteurs de marché » seraient à l’origine de la mauvaise répartition des revenus – la deuxième cause principale étant liée à l’intervention de l’État et à la fiscalité. Plus encore que le marché noir, le système lui-même serait le premier fautif. C’est un ballon lancé pour contrer les recherches « politiquement incorrectes » et pour tenter de stabiliser l’équipe dirigeante dans l’optique de la succession politique de l’automne 2012. C’est un contrefeu de même nature que la censure sévère de l’Internet chinois sur la « révolution de Jasmin » de la rue arabe, où la dénonciation des inégalités est un thème majeur.
Les autorités du Bureau National des Statistiques ont vite fait de réfuter les données de Wang Xiaolu. Certes, les conclusions du rapport Wang sont à prendre avec précaution. Mais le fonds de l’affaire est qu’un gouffre sépare les analyses lénifiantes que l’on nous a perfusées jusqu’à présent des réalités beaucoup plus brutales du véritable argent chinois.
J.G & E.L

A NOTER SUR VOTRE AGENDA

La sortie de notre nouvelle étude: The wave of Chinese Investments abroad

************

Nos prochaines formations:

  • Décoder le Japon – le 7 avril prochain

  • Travailler avec l’Inde – le 20 mai prochain


Pour plus de renseignements, merci de consulter notre site: www.hec.fr/eurasia

Les chiffres cachés (1) :

Ce que gagnent les Chinois





% de la population urbaine

Revenu moyen par tête, en yuans

% de la population urbaine

Revenu moyen par tête, en yuans

Catégorie de revenue













Minimum

10

4 700

8,7

5 350

Bas

10

7 400

14,8

7 400

Moyen-bas

20

10 200

22,1

12 000

Moyen

20

14 000

15,5

17 900

Moyen-haut

20

19 300

8,5

27 600

Haut

10

26 300

15,1

54 900

Maximum

10

43 600

13,5

139 000

Autre

0

-

1,8

625 000

Tous les résidents urbains

100

16 885

100

32 154

Revenus les plus hauts réunis

20

34 950

30,4

126 003

Revenus maximums réunis

10

43 600

15,3

196 176

Source : NERI, GraveKal Dragonomics, 2008

Les chiffres cachés (2) :

Ce que les Chinois font de leur argent (en milliards de yuans)


Dépôts en banque (accroissement)

4 540

Achat d’appartements (nets d’emprunts)

1 820

Construction de nouvelles maisons

700

Investissements dans des parts d’entreprises (privées, non cotées)

2 840

Achats d’actions et d’obligations

1 000

Autres placements financiers

500

Epargne totale placée

11 400

Chiffres officiels

3 879

Epargne cachée déduite

7 521

Consommation privée totale

9 460

Consommation privée supposée

1 892

Total des revenus non déclarés (épargne + consommation)

9 413

Source : NERI, GaveKal Dragonomics,2008








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com