Vers une nouvelle définition de la littérature grise





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Les éléments d’un concept


"La littérature grise est difficile à définir" (Wood & Smith, 1993). C’est la raison pour laquelle beaucoup d’études commencent par une explication ou une interprétation de la définition de référence. Plusieurs travaux ont été entièrement consacrées à la terminologie et au concept de la littérature grise, comme par exemple Di Cesare & Sala (1995), McDermott (1995), Gokhale (1997) et Nahotko (2007). Quels sont les points communs ?

La plupart mettent en avant la diffusion, c’est-à-dire, le mode non conventionnel ou non commercial de la distribution sur le marché de l'information. Par exemple, Mackenzie Owen (1997) définit la littérature grise comme "l'information distribuée directement par son créateur". Gelfand (1999) souligne la "voie alternative de la distribution" et Boekhorst et al. (2004) insistent sur la dichotomie "gris vs. commercial" comme outil cognitif pour mieux comprendre ce type de littérature scientifique. Parfois, les auteurs ajoutent un autre attribut : le nombre limité des exemplaires diffusés (Aceti et al, 1999).

D’autres auteurs mettent l’accent sur la production. De Blaaij (2003) par exemple considère la littérature grise comme l'information "produite dans le domaine public et financé avec l'argent public". Dix ans plus tôt, Chillag (1993) fait une distinction entre publications et documents. Pour lui, "en théorie, et généralement parlant, les premières ne font pas partie de la littérature grise". D’après Chillag, un rapport devient "blanc" en cas d’acquisition (collecte) et vente. Quant aux documents avec plusieurs versions, aux "working papers" ou tout autre document non signalé (catalogues, bases de données etc.), il les voit comme "black hole material" ("matière de trou noir"). Dans la même année, Cotter & Carroll (1993) déclarent que la littérature grise n’est pas publiée par des éditeurs établis, anticipant les définitions économiques de Luxembourg et New York.

Environ 40% des études adoptent une approche typologique. Dans une telle définition, la question clé est de savoir quel type de document appartient à la littérature grise. Les bibliothécaires sont généralement d'accord pour dire que les thèses et mémoires, actes de conférences, rapports et documents de travail sont gris. Mais quid des brevets et prépublications, blogs, bases de données et autres tweets ? Selon Kufa (1993), la littérature grise comprend des items non-conventionnels, "fugitifs", inédits, "non-book" etc. Luzi (1995), Luzi et al. (2003) et Ranger (2004) ont travaillé sur de nouvelles formes d'information scientifique, telles que des conférences électroniques, protocoles, sites web ou "datasets". Stock & Schöpfel (2008) ont évalué la présence de plusieurs types de documents traditionnels - thèses, rapports, documents de travail etc. - dans des archives ouvertes. Sulouff et al. (2005) comparent différents types de littérature grise en fonction de leur discipline scientifique.

L'acquisition spécifique préoccupe un tiers des études. McDermott (1995) : "Vous savez que vous avez de la littérature grise lorsque vous ne pouvez pas placer un ordre permanent". Nahotko (2007) exprime l'opinion majoritaire : "Ils sont difficiles à acquérir par les bibliothèques". Internet change-t-il la situation? Pour Natarajan (2006), ce n'est pas le cas ; il considère la littérature grise comme "le web gris ou caché, l'information qui n'est pas consultable ou accessible par les moteurs de recherche conventionnels ou les annuaires thématiques".

Moins d’auteurs soulèvent la question de la qualité, et ils le font d'une façon controversée. Erwin (2006) observe que la qualité (de la littérature grise) reste suspecte, même pour les chercheurs, et elle n'est pas surprise qu’en raison de sa qualité variable la littérature grise continue à être absente de la plupart des politiques de développement des collections scientifiques. A l’opposé et à partir d’une analyse de la base de données SIGLE, Wessels (1997) affirme que "beaucoup de littérature grise est publiée par des établissements prestigieux dont les noms sont une garantie de qualité", et il insiste sur le caractère unique de cette littérature.

En marge de ces définitions, on trouve d’autres remarques et observations intéressantes :

D’après de Blaiij (1999), la littérature grise peut faciliter le partage de l'information dans le domaine public car son statut juridique est différent de l'édition commerciale. Cornish (1999) suggère un dispositif international (= en fait, une licence) qui signale pour chaque document gris l’utilisation autorisée par le titulaire des droits d'auteur. Pavlov (2003) décrit un modèle russe pour l’attribution et la gestion des droits d’auteur, dans le cadre d’un dispositif de signalement et de commercialisation de thèses scientifiques.

Jeffery & Asserson (2006) définissent les rapports, thèses etc. dans le cadre d’un système d’information de recherche4 comme des "objets gris intelligents et hyperactifs", dotés de métadonnées qui déterminent leur traitement et utilisation.

Crowe & Davidson (2008) placent la littérature grise dans l'intersection de l'open source et de l'intelligence économique et ils décrivent comment des documents librement et légalement accessibles peuvent devenir de l’information sensible et source de renseignement.

Pour finir, posons la question de la fonction ou de la finalité de la littérature grise. Pourquoi existe-t-elle ? A quoi sert-elle ? Nous avons comparé les définitions de la littérature grise avec les fonctions classiques de l’édition scientifique, telles qu’elles ont été décrites par Henry Oldenbourg (cf. Mabe, 2009). Le résultat n'est pas vraiment surprenant. La plupart des documents soulignent son rôle dans la diffusion des savoirs, des résultats de la recherche etc. D'autres fonctions sont considérées comme moins importantes comme par exemple l'enregistrement pour établir la propriété intellectuelle, la conservation pérenne ou encore le contrôle de qualité par les pairs.

Kufa (1993) a identifié un rôle intéressant et spécifique pour la littérature grise dans les pays africains dans la mesure où elle peut être plus pertinente et adaptée aux besoins et conditions locales. D’après Kufa, une production scientifique non-commerciale peut être utile pour la communication et la diffusion des contenus à caractère local qui ne sont pas publiés ailleurs. Cette observation rejoint notre propre constat concernant le rôle de la littérature grise pour les communautés linguistiques régionales (Schöpfel, 2008).
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