Communication au Groupe Hugo du 6 décembre 1997





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Jean-Marc Hovasse
BANVILLE - HUGO

Communication au Groupe Hugo du 6 décembre 1997


Dans les pages extraordinaires que Valéry consacre à Baudelaire1, dans la section "Études littéraires" de Variété, on peut lire ceci :
Au moment qu'il arrive à l'âge d'homme, le romantisme est à son apogée ; une éblouissante génération est en possession de l'empire des Lettres : Lamartine, Hugo, Musset, Vigny sont les maîtres de l'instant.

Plaçons-nous dans la situation d'un jeune homme qui arrive en 1840 à l'âge d'écrire. Il est nourri de ceux que son instinct lui commande impérieusement d'abolir. Son existence littéraire qu'ils ont provoquée et alimentée, que leur gloire a excitée, que leurs ouvrages ont déterminée, toutefois, est nécessairement suspendue à la négation, au renversement, au remplacement de ces hommes qui lui semblent remplir tout l'espace de la renommée et lui interdire, l'un, le monde des formes ; l'autre, celui des sentiments ; un autre, la profondeur.
Baudelaire est né à Paris le 9 avril 1821, Théodore de Banville à Moulins le 14 mars 1823. Comme le second a été plus précoce que le premier, les deux se retrouvent exactement dans la situation décrite par Valéry. Si ce dernier avait consacré une étude à Banville, il aurait pu découvrir, dans le destin posthume de ces deux poètes et proches amis, une confirmation de sa conclusion. Car son article, "Situation de Baudelaire", partait du constat que Baudelaire était au "comble de la gloire". Nous partirions, dans une "Situation de Banville", du constat inverse : même si une équipe internationale est en train d'éditer une édition critique aussi magnifique qu'exhaustive des Oeuvres poétiques complètes de Banville2, il y a encore loin de l'intérêt des Universités à l'engouement des lecteurs. Et pourtant ! Comment ne pas rappeler, au seuil de cette étude, comme on le fait toujours quand on parle aujourd'hui de Banville, les jugements portés sur lui et qui restent dans les mémoires plus que sa place, pourtant prépondérante, dans la poésie du dix-neuvième siècle ? D'abord, la plus célèbre, sans doute, de Baudelaire : "La poésie de Banville représente les plus belles heures de la vie, c'est-à-dire les heures où l'on se sent heureux de penser et de vivre."3 Elle fait indéniablement de Banville un "poète du bonheur", ce qui pourrait ouvrir une piste pour essayer d'expliquer son relatif oubli posthume. Mais il y a là sans doute aussi une indication de la nature étroitement biographique des liens entre les deux poètes : étudier Baudelaire sans lire Banville, la nouvelle édition le démontre plus d'une fois, est un non-sens. Les pages de Mallarmé sont nombreuses aussi, qui font un éloge similaire de Banville, et que les commentateurs dubitatifs mettent quelquefois d'abord sur le compte d'une indéfectible amitié à l'homme : "Sa parole est, sans fin, un chant d'enthousiasme, d'où s'élance la musique, et le cri de l'âme ivre de toute la gloire. Les vents sinistres qui parlent dans l'effarement de la nuit, les abîmes pittoresques de la nature, il ne les veut entendre ni ne doit les voir : il marche en roi à travers l'enchantement édenéen de l'âge d'or, célébrant à jamais la noblesse des rayons et la rougeur des roses, les cygnes et les colombes, et l'éclatante blancheur du lis enfant, -- la terre heureuse ! Ainsi dut être celui qui le premier reçut des dieux la lyre et dit l'ode éblouie avant notre aïeul Orphée. Ainsi lui-même, Apollon."4 Si nous avons choisi cet extrait plutôt que d'autres, de la même tonalité, c'est qu'il semble comparer implicitement déjà Banville à Victor Hugo, la bouche d'or à la bouche d'ombre. Mallarmé ne dira pas autre chose après la mort des deux, à l'inauguration, en 1892, du monument à Théodore de Banville dans le jardin du Luxembourg : "Toujours, aussi près du Panthéon se prend-on à regretter qu'Hugo (eux, les savants, les politiques, plus ou moins, s'accommodent de la vide coupole sous quoi la Mort continue une séance de parlement et d'institut) habite un froid de crypte ; quand avait lieu de renaître pareillement parmi des ramiers, ou l'espace."5 Enthousiasme de la jeunesse, encore, Rimbaud écrivant à Banville le 15 août 1871, pour lui envoyer "Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs", ce qu'il n'écrivit à nul autre poète : "J'ai dix-huit ans. -- J'aimerai toujours les vers de Banville." Et puis, il faudrait terminer le panégyrique par cette phrase de Victor Hugo, çà et là reprise par les critiques ou les biographes, qui fut peut-être prononcée mais qui paraît presque trop belle pour être vraie (et dont je n'ai retrouvé, nulle part, la source) : "Les plus beaux vers que j'ai faits, mon cher Banville, c'est chez vous que je les ai appris."

Si cette phrase de Hugo est une légende, elle n'en comporte pas moins une part de vérité que l'on peut vérifier à travers tel ou tel exemple. Dans son article de référence intitulé "Banville et les métamorphoses d'Olympio"6, Eileen Souffrin-Le Breton se donne pour objet de limiter son étude aux hommages à Victor Hugo contenus dans chaque recueil poétique de Banville. L'étude des références, des citations, des jeux intertextuels, si elle mérite d'être tentée, débouche en effet souvent sur des renvois infinis, et l'entrelacs borgésien des références finit par reconstituer, poème après poème, toute la poésie française. Mieux vaut tenter de suivre Valéry et nous placer, chronologiquement, dans la situation d'un jeune homme qui arrive en 1840 à l'âge d'écrire...
I) Avant l'exil.
Banville aurait envoyé ses premiers vers à Victor Hugo le 31 décembre 1841 -- sans doute une partie du manuscrit des futures Cariatides. Hugo le remercie le 2 janvier 1842. Troisième terme de cette première prise de contact, Banville a certainement adressé à Hugo son recueil achevé, qui est enregistré dans la bibliographie de France le 22 octobre 1842.

Ces premiers vers d'un jeune auteur témoignent d'une familiarité déjà longue avec l'oeuvre du maître. La critique ne s'y est pas trompée, qui a vu dans le livre un recueil de pastiches de Hugo, de Vigny, de Ronsard. Banville avait d'ailleurs envisagé ce reproche dès sa préface où, parlant de son inspiration, il concluait une énumération : "quant au reste, Victor Hugo, toujours Victor Hugo, Victor Hugo quand même." Le titre même du recueil pouvait apparaître comme un hommage : dans la première édition des Cariatides, le poème intitulé "Les Imprécations d'une cariatide" portait deux épigraphes de Hugo. La première, tirée des Voix intérieures ("À L'Arc de triomphe", I) :
Que la cariatide, en sa lente révolte,

Se refuse, enfin lasse, à porter l'archivolte,

Et dise : C'est assez !
et la seconde, tirée de la lettre XXIV du Rhin qui venait de paraître7 consacrée à "Francfort-sur-le-Mein", la "ville des cariatides" :
C'est le réveil, le déchaînement et la vengeance des cariatides.
Si les éditions suivantes perdent ces épigraphes, c'est peut-être pour l'erreur de vocabulaire que nous apprend l'annotation de Massin, peu digne d'un Parnassien : les cariatides ne portent pas en effet l'archivolte, qui est la voussure d'une arcade, mais l'architrave. On peut aussi imaginer que Banville ne voulait pas alimenter exagérément les accusations de pastiche portées par les critiques en citant avec redondance ses sources d'inspiration ; ou bien encore, l'admiration de Banville pour Hugo devenant réciproque, elle ne nécessitait tout simplement plus de démonstration publique. En étudiant les images, les vers ou les thèmes pris par Banville chez Victor Hugo, Eileen Le Breton en arrive à la conclusion que ses sources, dans Les Cariatides, ne sont pas, comme on aurait pu légitimement s'y attendre de la part d'un des futurs animateurs du Parnasse, Les Odes et Ballades ou Les Orientales, mais les quatre recueils intimistes. En effet, dans les deux poèmes consacrés au maître ("La Voie lactée" au début du recueil, "À M. V. H." à la fin), les références viennent des Voix intérieures ou des Rayons et les ombres. "La Voie lactée" présente toute l'histoire de la poésie depuis Orphée ; le poème s'achève par cent cinquante vers consacrés à Hugo dans lesquels Banville apparaît fasciné par la précocité de son génie. On remarquera que Hugo, à la première édition de ses Odes, était à peine plus jeune que Banville publiant Les Cariatides, et qu'il y a donc là quelque chose de l'ordre d'un hommage rendu à un alter ego où perce déjà l'envie, "qu'on nous passe le mot", d'être un alter Hugo. Quant à l'ode "À M. V. H.", elle semble inspirée du poème "À M. David, statuaire"8.

On ne sait pas exactement quand les deux poètes se sont rencontrés pour la première fois. Cela se passait place Royale, un peu avant le milieu des années quarante. Raymond Lacroix, dans sa biographie du poète9, cite une lettre de Banville à son père, datée du 23 avril 1845 : "J'ai été dimanche féliciter M. Hugo de sa nomination à la pairie. Il y avait beaucoup de monde. M. Hugo a été très aimable pour moi." On apprend aussi dans cette lettre que Banville est déjà reçu chez Hugo "depuis quelque temps".

Les critiques estiment généralement tout naturel que Hugo accueille avec plaisir un poète qui chante ses louanges, jusqu'à en faire une modalité de son narcissisme bien connu. Pourtant, l'image qu'on renvoie de lui par le filtre d'un autre pourrait aussi bien l'agacer. Le silence poétique de Hugo à partir des Rayons et les Ombres a sans doute --fût-ce inconsciemment-- rempli d'espoir la génération qui le suivait. C'est dans ce sens qu'il faut lire le long poème que Banville consacre à Hugo dans son deuxième recueil, Les Stalactites, qui paraît, à compte d'auteur, le 21 mars 1846. Le poème s'intitule "À Olympio" (reprise du titre et du rythme des Voix intérieures, XXX). Il se compose de quinze strophes, adressées au "poëte", mais les douze premières sont exclusivement consacrées à Banville lui-même, et témoignent, écrites pour l'essentiel au futur comme le futur Ibo des Contemplations (VI, 2)10, d'une grande ambition. Le début de la troisième strophe, par son rappel du titre, attire notre attention :
Je veux voir de mes yeux l'Olympe dont la neige

Blanchit le front chenu,
C'est à peine jouer sur les mots que d'y lire l'association Olympe-Olympio, d'autant que l'on revient au présent, et l'image d'un Victor Hugo en burgrave (même si l'Olympe "couverte de neige" vient d'Homère et d'Hésiode), encore d'actualité pour un poème daté "Mai 1845", se lit en filigrane. Pour prendre la place de Hugo, l'idéal, tout en ayant les mêmes visions que lui, est d'obtenir son consentement. Il faut citer les quatre dernières strophes pour mesurer l'espoir de Banville à ce moment-là. Elles commencent par une profession de foi, un "matin triomphant" qu'on ne retrouvera plus dans le reste de son oeuvre.
La Muse me sait fort, et m'est souvent prodigue

De ses âpres baisers,

Qui font que l'impuissant décroise de fatigue

Ses bras martyrisés.
Toi qu'elle aime, ô poëte, à qui la voix de l'Ode

En ton berceau parlait !

Toi que, petit enfant, la fille d'Hésiode11

A nourri de son lait !
Victorieux lutteur, qui tiens en main la palme,

Qui, déjà radieux,

Le front ceint de laurier, trônes dans le bleu calme

Pareil aux demi-dieux !12
Si je te parle ainsi de la Déesse, ô maître !

C'est que dans ce moment,

À la face du ciel, toi seul et moi peut-être

L'aimons sincèrement.
On retrouve l'image du poète précoce, de naissance divine, et le jeu sur le prénom Victor, qui permet de donner une certaine fixité au poète : divinisé, ce n'est plus un concurrent, encore moins un confrère. Le titre du poème, si on le compare à celui du même recueil "À Charles Baudelaire"13, est aussi significatif : Victor Hugo est "Olympio", ou "V.H.", un personnage fictif, mis à distance par sa propre légende. La dernière strophe transforme la Muse en Déesse, tandis que le poëte, toujours apostrophé, est devenu maître. L'insistance sur le moment --marquée à la fois par le gallicisme, l'adjectif démonstratif et la rime-- prouve à quel point la conscience de l'histoire littéraire est aiguë chez Banville : son heure ne viendra pas deux fois. Le poème se termine en "plein ciel", ce qui est un rappel de la strophe précédente, mais tout se passe dans le dernier sujet qui réunit, en un hémistiche monosyllabique et contradictoire, l'auteur et son modèle. Le peut-être apparaît bien comme une précaution purement rhétorique, puisque le poème dans son ensemble vient de prouver le contraire. La fusion des deux protagonistes dans le pluriel final n'a donc plus rien d'étonnant. L'orgueil de l'auteur était annoncé dès l'épigraphe, empruntée à la première scène de Phèdre :
C'est peu qu'avec son lait une mère amazone

M'ait fait sucer encor cet orgueil qui t'étonne.
Hippolyte parle ainsi de sa mère, l'amazone Antiope. Outre qu'on trouve ici l'annonce d'un des grands thèmes de Banville (les amazones), une association --sous le signe de la poésie lyrique-- entre Racine et Victor Hugo, on peut se risquer à éclaircir le parallèle suggéré : si Banville est orgueilleux, c'est parce que son père spirituel lui a appris à l'être. Cette ambition le pousse à revendiquer nettement, comme l'écrit Eileen Le Breton, "le rôle de successeur de Victor Hugo." Cela ne fait en effet aucun doute. Si l'on rapproche cette conclusion de l'ode "À M. V. H.", où Victor Hugo était l'incarnation contemporaine de la poésie française, si l'on se rappelle qu'au silence de Hugo, dans ces années-là, répondait l'isolement de Vigny et l'activité exclusivement politique de Lamartine, on se retrouve devant un Banville qui prend ouvertement le relais de la génération précédente. De plus, la même critique qui l'accusait de plagier Victor Hugo à la sortie des Cariatides note cette fois qu'il a fait un réel effort pour s'affranchir de ses modèles Victor Hugo et Musset, bien que le souvenir des quatre recueils intimistes du premier --et de leurs préfaces, comme le souligne Eileen Le Breton-- soit toujours vivace.

Le 10 mars 1847, dans Le Corsaire-Satan, Banville publie un poème de neuf quatrains d'alexandrins à rimes croisées intitulé "Le Triomphe du génie / À M. Victor Hugo". Il sera repris, daté alors "juin 1847", dans Le Sang de la coupe en 1857, mais dans les éditions ultérieures la dédicace à Victor Hugo sera supprimée. Estimant en 1985 --avant l'édition critique du Sang de la coupe donnée par Rosemary Lloyd en 1996-- que ce poème avait été écrit en 1857, Eileen Le Breton affirme que son seul intérêt vient de ce qu'on y trouve la première image du proscrit "dans la mer". Cette "erreur", dont la correction permet d'envisager un progrès de la critique, paraît bien légitime quand on lit cette strophe :
Un rocher colossal, couronné par la brume,

Élève son front chauve au-dessus de la mer,

Les vagues sur ses pieds usent leurs dents d'écume

Et tâchent de le mordre avec leur flot amer.
Encore une fois, mais avec une prescience un peu moins incroyable que celle qui lui faisait envisager, dès 1846, le dix-neuvième siècle poétique sous la double figure de Baudelaire et de Hugo, Banville paraît partager, dans cette vision anticipée de l'exil, les talents médiumniques que l'on prêtera à son ami Charles Hugo. Une explication moins irrationnelle irait chercher du côté du proverbe "aux mêmes causes, les mêmes effets" : Banville, comme Hippolyte du lait de l'amazone, est nourri de la poésie de Hugo. Ses images poétiques peuvent donc évoquer, malgré elles malgré lui, quelque chose de l'avenir de leur père, et nous conduire indirectement aussi à réviser, s'il en était encore besoin, la division entre le Hugo de l'exil et celui d'avant.

Banville avait rencontré les fils de Victor Hugo, ses contemporains, chez leur père, mais c'est dans l'aventure de L'Événement14, à laquelle il participe15, qu'ils deviennent amis. Il raconte longuement, dans Mes Souvenirs, une soirée en prison à la Conciergerie où, venu rendre visite aux rédacteurs de L'Événement, il avait rencontré Victor Hugo et les deux Adèles.

Le coup d'État ne va pas mettre un terme aux relations entre les deux poètes. On dit que Banville était républicain ; son irritation contre le Deux Décembre ne l'empêche néanmoins pas de demander une indemnité ministérielle dès le 19 janvier 1852.
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