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Colloque « Analyse(s) et transformation(s) de la firme »

Lyon, les 22 et 23 novembre 2007



PROCESSUS D’INDIVIDUATION, ÉTHIQUE ET PRAGMATISME.

A la recherche de fondements théoriques
pour une appréhension de la firme partenariale.


Yvan RENOU (LEPII-Grenoble II)1

Michel RENAULT (CREM-Rennes I)2
Résumé
Cet article vise à fournir une appréhension renouvelée de la firme partenariale en partant des divers travaux existants et en les soumettant à une analyse critique, tant du point de vue de la caractérisation empirique de l’objet traité que de son appréhension théorique. La thèse défendue est que le recours à l’approche pragmatique ouvre d’intéressantes perspectives afin de surmonter les insuffisances dont témoigne la théorie des droits de propriété, principale théorie mobilisée afin d’appréhender la firme partenariale. On montre en particulier que les fondations théoriques sur lesquelles s’est construite l’approche pragmatique permettent de rendre compte de comportements « éthiques » : en insistant sur le nécessaire processus d’individuation auquel donne lieu toute situation « problématique », cette approche invite à mettre l’accent sur la construction – de manière endogène et concertée – de principes de justice entre acteurs participant à un même processus de décision.

Mots clés : firme partenariale, pragmatisme, processus d’individuation, Economie Fondée sur la Connaissance.

INTRODUCTION
Même si le débat s’inscrit dans une longue tradition historique qui remonte jusqu’au milieu du 19ème siècle, on assiste aujourd’hui à une recrudescence – en économie mais aussi et surtout au sein des sciences de gestion – de travaux s’interrogeant sur la nature de la firme en tant que forme institutionnelle singulière reposant sur des modalités de coordination à même d’en assurer une bonne « gouvernance ». L’émergence de nouvelles formes organisationnelles telles que les réseaux d’entreprises a ainsi initié une remise en cause des théories traditionnelles de la firme (en particulier de la conception « actionnariale » de cette dernière) et a débouché sur diverses tentatives théoriques afin de fonder une théorie alternative (plus « partenariale ») de la firme3.
Dans une même perspective, l'insertion des firmes au sein d'espaces économiques et sociaux multiples, dont les acteurs manifestent à leur égard des attentes diversifiées et parfois contradictoires, rend nécessaire un renouvellement des interrogations sur la définition des firmes et leurs frontières. Les attentes d'ordre « moral » prennent dans ce cadre une résonance particulière. Si de nombreux auteurs ont, par le passé, insisté sur la nécessité de principes « moraux » afin d’organiser efficacement la coordination des acteurs économiques, l’avènement d’un nouveau courant théorique au sein des sciences de gestion nous apparaît significatif : l’approche en termes de « business ethics » tente en effet de se situer à l’intersection de deux types de considérations (normatives et empiriques) et de les articuler au sein d’un cadre analytique cohérent [Hosmer et Kiewitz,  2005]. Malgré leur caractère éclectique (tant dans leurs présupposés théoriques que dans leur méthodologie), ces travaux tentent de servir une même ambition : reconstruire une théorie de la firme qui permette de rendre compte à la fois de l’interdépendance des « parties prenantes » et des ordres (en particulier économique et moral) au sein des économies contemporaines4.
Il nous semble que ce que mettent en cause ces diverses conceptions de la firme « partenariale » est le passage d'une conception « atomistique » [Buchholz et Rosenthal ; 1997, 2005] des organisations productives à une conception plus  « relationnelle » ou  « transactionnelle » de ces dernières5. Il s'agit de prendre en compte le fait que l'entreprise est un objet social, agissant dans la société, au contact d'autres agents opérant dans un cadre institutionnel. Ainsi, selon Béji-Bécheur et Bensebaa [2005 ; p 7], «il n'y a pas ainsi d'entités atomisées et isolées qu'on appellerait organisations ou entreprises ». Une telle conception de la firme appelle un renouvellement théorique puisque la majorité des approches économiques de la firme, en particulier les approches dominantes, reposent sur des fondements postulant une entité séparable ayant des frontières clairement identifiables. L'ambition principale de cet article sera ainsi de contribuer à poser des jalons pour développer une telle théorie et donner un cadre de référence opérationnel afin de prendre en compte les différentes modalités et acceptions de cette conception partenariale de la firme.
Une telle conception se révèle cependant être une véritable « boîte de Pandore » [Coutrot, 2003] dans la mesure où la liste des « parties prenantes » apparaît illimitée et que la multiplicité des objectifs qu’elle poursuit (the « triple bottom line »)6 est difficilement appréhendable théoriquement. De plus, cette approche relève encore aujourd’hui plus d’une « incantation » que d’une pratique effective7. Enfin, elle peut parfois apparaître comme un « instrument » au service des grandes entreprises et des multinationales et peut, à cet égard, être comprise comme une entreprise de « privatisation du droit » par ces dernières [Salmon, 2002].
Nous pensons malgré tout que l’activité d’une firme partenariale est riche d’enseignements pour le chercheur en sciences sociales (elle témoignerait d’une « inflexion démocratique » dans le processus de décision de firmes de plus en plus « distribuées » le long d’une même chaîne de production). Il nous semble en effet que l’analyse des dimensions productives de cette forme organisationnelle particulière, c'est-à-dire l'analyse de la manière dont sont gérées les relations avec les partenaires le long de la chaîne de valeur (participation au processus de décision, redistribution de la valeur créée…) peut constituer un point d'appui significatif, même si le champ d'analyse ne peut lui être limité8. Nous chercherons en particulier à appréhender ces différentes modalités de gestion au regard d’une dynamique historique de moyen terme afin d’expliciter la raison d’être profonde de cette firme (pourquoi tend-elle à émerger aujourd’hui et pas avant ?). Faisant nôtre l’intuition de Venkatamaran [2002] pour qui « [the] stakeholder theory itself, escaping the confines of business ethics which have limited its potential for nearly twenty years, has "much to offer" in explaining the process of value creation through entrepreneurial innovation », on avance dans cet article que la théorie des parties prenantes peut utilement être renouvelée si on la relie à l’émergence d’un nouveau contexte industriel au cours des trois dernières décennies : l’avènement d’une Economie Fondée sur la Connaissance [Foray, Lundvall ; 1997] ou d’un capitalisme de l’innovation intensive [Hatchuel et alii ; 2002]. En effet, il apparaît dès lors possible de contribuer au renouvellement de cette théorie – la faisant glisser d’une analyse en termes « d’engagement éthique » à une analyse centrée sur « l’innovation éthique » [Venkataraman et alii ; 2002, 2006] –, en plaçant au cœur de l’analyse les questions de création et de distribution de la valeur entre acteurs d’un même processus d’innovation distribuée9. Il apparaît ainsi qu'une telle approche remet en cause les conceptions usuelles de l'action mobilisées en économie (en invitant en particulier à mettre l’accent sur la dimension créative de l’agir [Joas ; 1999]) et conduit à insister sur la notion de processus ainsi que sur l’incomplétude des acteurs qui y participent plutôt que sur l'incomplétude contractuelle largement évoquée dans le cadre des approches traditionnelles.
Notre article sera donc structuré de la façon suivante : dans un premier temps, nous nous attacherons à proposer une description et une caractérisation aussi précises que possible de la firme partenariale et nous nous interrogerons sur l’appareillage conceptuel le plus à même de rendre compte théoriquement de cette dernière. Il s’agira en particulier de procéder à une analyse critique de la théorie des droits de propriété, régulièrement mobilisée afin de répondre à un tel objectif. Dans un second temps, nous chercherons à surmonter les insuffisances repérées au sein de la théorie des droits de propriété. On mettra tout d’abord l’accent sur le processus d’« individuation » des acteurs accompagnant celui de la prise de décision (distribuée) au sein de la firme partenariale - et en particulier sur le comportement « éthique » qu’il induit de la part des participants -, puis on cherchera à développer une compréhension « historicisée » de la firme partenariale en insistant sur le caractère nécessairement inachevé de la division du travail du fait de l’émergence d’une Economie Fondée sur la Connaissance au cours des trois dernières décennies. Dans ce cadre, nous mobiliserons plus spécifiquement l'approche pragmatique qui constitue la trame conceptuelle de notre article.

I. – LA THEORIE « PARTENARIALE » DE LA FIRME :
des sciences de gestion à la théorie économique.

S’il est possible de repérer, dès le début des années 1960, certains travaux s’étant penchés sur la possibilité de comportements d’entreprises non strictement orientés vers la recherche de profit pour les actionnaires, les premières tentatives analytiques visant à cerner ce phénomène remontent au tournant des années 1980 et 1990, avec le développement d’un courant de pensée managérial préoccupé par l’« éthique des affaires » (Business Ethics)10. D'un point de vue empirique on a pu également mettre en évidence des pratiques de gestion bien éloignées d’une simple orientation « actionnariale ». Au croisement de ces travaux se trouve un courant analytique assez divers et cherchant à se structurer théoriquement : la théorie partenariale de la firme (The stakeholder theory of the firm). Nous reviendrons, dans cette première partie, sur ce courant en en précisant tout d'abord le contenu puis en insistant sur certaines évidences empiriques qui attestent de la présence de la firme « partenariale » au sein de la réalité industrielle. Enfin, nous procéderons à une analyse critique de son appréhension économique à travers la théorie des droits de propriété.
I.1. La firme partenariale : définition et caractérisation.
L’acte inaugural de ce courant analytique peut être attribué à la publication de l’ouvrage de R.E. Freeman [1984] intitulé Strategic Management : A Stakeholder Approach. Dans cet ouvrage, la firme est envisagée comme une constellation d’acteurs ou « partenaires », internes ou externes, aux intérêts divergents pouvant potentiellement se révéler conflictuels et devant œuvrer à un objectif commun. Un « partenaire » est défini comme « un groupe ou individu pouvant affecter ou être affecté par la réalisation des objectifs de l’organisation » [1984 ; p 46]11. Les plus cités se trouvent alors être les employés, les sous-traitants, les gouvernements, les actionnaires, les syndicats… L’idée générale défendue par l’auteur est que, compte tenue de l’interdépendance croissante qui lie la firme à ses partenaires, il importe que ces différents « stakeholders » soient considérés comme « une fin en soi » et non comme un « moyen » au service de la maximisation de la valeur actionnariale. Cela implique notamment que ces derniers doivent  participer à la détermination de la direction que la firme - dont ils sont partie prenante - prendra dans le futur  [Evan et Freeman, 1988 ; p 97]12. Une telle orientation implique d’intégrer dans l’analyse des « considérations morales » qui vont venir soutenir le processus de décision [Berman et alii,  1999] en mobilisant des « impératifs catégoriques » ou des « contrats justes » dérivés des réflexions de J. Rawls [Phillips, 1997].
Si l’orientation générale de l’approche « stakeholder » apparaît a priori relativement claire, un important problème de définition et de délimitation de son objet d’étude demeure. Comme le notent Donaldson et Preston [1995 ; pp 65-66], si l'idée que la firme met en jeu de multiples parties prenantes est devenu un lieu commun, les implications de la multiplicité des définitions des parties prenantes et de la diversité des approches ont rarement été discutées ou même reconnues. Plus précisément, il apparaît que la définition d’un partenaire formulée par Freeman est trop générale et que les faits stylisés caractérisant cette nouvelle forme organisationnelle restent confus. Relativement à ces insuffisances, la contribution récente de Kochan et Rubinstein [2001], cherchant à mettre en ordre ces différentes notions, apparaît salutaire. Un « partenaire » se définit alors par son « degré d’influence » sur les performances de l’entreprise et celui-ci peut être mesuré à partir de trois variables :
1) le niveau auquel le partenaire constitue une ressource valorisable pour la firme ;

2) le niveau auquel ce dernier prend des risques en engageant ces ressources au service de la firme et connaîtra des pertes en cas d’insuccès ou de rupture de la relation avec cette dernière ;

3) le pouvoir qu’il détient dans et en dehors de la firme.

Le partenaire qui possède une de ses caractéristiques est dit « latent » tandis que celui qui les détient toutes est appelé « permanent ».
L’avantage d’une telle définition nous semble double : elle permet, tout d'abord, d’introduire des niveaux différenciés entre les partenaires et autorise, ensuite, une meilleure appréhension de la nature particulière des relations entre une firme et ses partenaires. Ces derniers entretiennent en effet une relation de dépendance réciproque (les partenaires détiennent une ressource valorisable pour la firme dont cette dernière ne dispose pas), ce qui leur confère un certain pouvoir (qu’ils peuvent revendiquer lors du processus de décision), mais ces derniers ne doivent leur succès ou leur insuccès qu’à la réussite de la firme prise comme un tout organisé.
Outre une définition plus précise de la notion de « stakeholder », Kochan et Rubinstein proposent une caractérisation assez fine de la firme « partenariale », en l’opposant point par point à la firme « actionnariale ». Les principaux développements réalisés par les auteurs sont synthétisés dans le tableau I.
TABLEAU I : les distinctions clés entre firme « actionnariale » et firme « partenariale »13.



Attributs


Firme actionnariale


Firme partenariale


But(s) / Finalités


Maximisation de la valeur actionnariale


Fonction d’objectifs multiples d’acteurs aux intérêts divergents



Structure de gouvernance et processus de régulation


Modèle du principal-agent : les managers sont les agents des actionnaires. Le processus de régulation se réalise essentiellement via le contrôle


Modèle du travail en équipe. La coordination, la coopération et la résolution de conflit sont les activités clés du processus de régulation


Mesure de la performance


Une valeur actionnariale suffisante pour maintenir l’investissement des parties.


Une distribution juste de la valeur créée afin de maintenir l’engagement des multiples partenaires


Requérants résiduels


Actionnaires


Tous les partenaires



Influence des partenaires


Les actionnaires et investisseurs sont les seuls partenaires ayant assez de légitimité et de pouvoir afin d’être considérés comme « permanents »


Il existe plus d’un partenaire détenant assez de pouvoir et de légitimité afin d’être considéré comme « permanent »

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