Réseau des sites Association Mézenc-Gerbier





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Réseau des sites Association Mézenc-Gerbier

Réseau des lieux de valorisation du patrimoine architectural vernaculaire de la région Mézenc-Gerbier-Meygal

Étude diagnostic préalable

à un aménagement muséographique

Caroline Ruéda

Association Mézenc-Gerbier

2003-2004


Le contexte de la commande

L'étude diagnostic préalable à une étude muséographique est une des six actions au programme de la « mise en réseau des sites de valorisation de l'architecture vernaculaire », programme qui constitue l'action n°8 du « Réseau lauze1 ». Pour la clarté du propos, il est nécessaire de reprendre ici les principales étapes de cette démarche.

Le massif du Mézenc-Gerbier, aux confins de l'Ardèche et de la Haute-Loire, bénéficie d'un patrimoine bâti agricole et rural exceptionnel. Cette architecture vernaculaire se caractérise notamment par ses toits en chaume, en genêt et en lauze phonolitique. Cette dernière couverture est, à l'exception d'une petite région du Cantal, la seule de ce type en France.

Depuis plusieurs années les acteurs locaux du Massif (collectivités territoriales, chambres de métiers, professionnels du bâtiment, associations à vocation patrimoniale) se sont constitués en réseau et ont élaboré et commencé à mettre en œuvre un programme d'actions en dix points.

A l'intérieur de ce programme d'action et de ce réseau s'est développée une réflexion entre responsables publics et privés de différents sites de valorisation de l'architecture vernaculaire du Massif. Cette réflexion collective a débouché sur un projet d'action intitulé « mise en réseau des sites de valorisation de l'architecture vernaculaire » (action 8 du « Réseau lauze ») dont les objectifs sont les suivants :

- mettre en commun des moyens notamment en promotion, en communication et en animation pour élaborer progressivement et mettre en marché un vrai produit touristique afin d'offrir aux 400 000 visiteurs du site des sources de la Loire une offre touristique culturelle alternative de qualité,

- professionnaliser l'accueil,

- améliorer la fréquentation des sites,

- moderniser la muséographie,

- susciter de nouvelles animations (expositions temporaires, évènements)

- élaborer un plan d'interprétation fédérateur à l'échelle de l'ensemble des sites.

Les neuf sites concernés - un, celui de La Besse est venu s'ajouter au 8 pressentis au démarrage de l'action - qui accueillent du public de façon intermittente ou continue - il est prévu que d'autres pourront localement se rattacher ultérieurement à la démarche - sont :
- Bourlatier - ferme mémoire de la Montagne ardéchoise, à Saint-Andéol-de-Fourchades, géré par la Syndicat mixte de la Montagne ardéchoise,

- Clastres à Sainte-Eulalie, ferme à toit de genêt, gérée par l'association Liger,

- Philip, ferme à toit de genêt, gérée par M. L.Charreyre,

- La ferme de la Besse à Usclades et Rieutord, gérée par M et Me Méjean,

- La ferme des frères Perrel à Moudeyres, chaumière, écomusée géré par l'association du même nom,

- L'écomusée de Bigorre, village de chaumières à Saint-Front, géré par l'association du même nom,

- Le Parc de découverte de la Lauzière du Lac Bleu à Champclause, dont le responsable est M.P. Royer,

- La Maison de la Béate de La Vacheresse gérée par l'association du même nom,

- Les Moulins de Neyzac, géré par l'Office de Tourisme de Saint-Julien- Chapteuil,
Afin d'atteindre ces objectifs, les partenaires au terme de plusieurs rencontres en 2002 (voir en annexe quelques compte-rendus de ces réunions) étaient convenus de développer les initiatives suivantes :

- Réalisation de supports de communication destinés à mettre en réseau les 8 sites pour le public. Deux supports ont été choisis : une affiche commune grand format présentant les 9 sites, une jaquette regroupant un jeu de fiches incitant le public à visiter les 9 lieux,

- Élaboration d'une charte graphique commune à l’ensemble des sites,

- Élaboration d'un plan d'interprétation commun,

- Acquisition de matériels d'exposition et d'animation dans le cadre d'expositions temporaires gérées à l'échelle du réseau (panneaux d'exposition, vidéo- projecteur, litophone),

- À plus long terme, introduction d'une carte-pass commune aux 8 sites.

- Réalisation d'une étude préalable à des investissements muséographiques,
C'est cette étude préalable qui constitue la matière du présent document.


Les objectifs de l'étude
L'étude est une étude diagnostic menée par une chargée de mission de l'association Mézenc-Gerbier, en collaboration avec l'ensemble des acteurs du réseau, sous la forme d'une recherche-action. L'objectif général de la démarche était donc pour une part de procéder à un état des lieux, pour une autre part, visait à une mobilisation des acteurs et notamment des responsables de sites, en termes de sensibilisation à des expériences et des contextes proches, en termes de réflexion collective débouchant sur un embryon de plan de valorisation de l'ensemble des sites d'architecture vernaculaire du massif du Mézenc, plan d'action qui aurait l'aval des structures responsables des huit sites.


La méthode retenue
Compte-tenu des objectifs ci-dessus définis, l'étude a consisté à accompagner les acteurs dans leur démarche de constitution d'un réseau débouchant sur un projet d'action commune dont l'objectif opérationnel faible était un diagnostic collectif pour une mise en commun de ressources et l'objectif fort, la conception de produits touristiques à partir des huit sites. Des objectifs intermédiaires comme la conception d'outils de promotion et de marketing (affiches, jaquette et fiches de présentation des sites, charte graphique, passeport découverte, panneaux d'exposition et matériels vidéo, etc.) faisaient partie des enjeux dont cette étude diagnostic était plutôt que le préalable, un support de réflexion, un moyen d'accompagnement de la démarche dans la logique d'une recherche-action.
Les huit sites du réseau ont fait l'objet d'une enquête sous forme de visites des lieux et des principaux accès, d'entretien avec les principaux responsables, d'un suivi systématique des nombreuses réunions du réseau et d'une participation aux voyages d'étude des membres du réseau afin de prendre en compte des situations institutionnelles et des propositions muséographiques comparables à celles du réseau. C'est ainsi, en particulier, que les responsables des huit sites ont pu analyser les difficultés, les réussites et les projets de l'écomusée de Margeride – Haute Auvergne organisé, lui aussi, sur le mode du réseau. Une recherche documentaire a complété utilement la démarche.

Un état des lieux


Les sites d'architecture vernaculaire

en Mézenc-Meygal-Gerbier

Ce qui caractérise l'ensemble de ces sites d'architecture vernaculaire, c'est, en première approche, la diversité. Diversité des matériaux, notamment des couverts (la lauze, le genêt, la paille de seigle), au-delà d'une parenté de formes (maison bloc à terre) et d'emprunts aux ressources du sol et du terroir, diversité des ambitions et des muséographies également, diversité des acteurs et des modes de gestion, enfin. L'observateur des lieux est, en même temps, frappé par une redondance assez forte des objets mis en valeur dans un certain nombre de ces sites.
La diversité des couverts en lauzes, genêt et chaume est un trait original et une véritable ressource patrimoniale susceptible de déboucher sur la mise en œuvre de produits touristiques. Il s'agit même d'une des principales ressources patrimoniales - à côté du Fin Gras, du volcanisme et de la source de la Loire - pour le développement touristique de cette région. C'est l'hypothèse du groupe d'acteurs gestionnaires des sites à l'origine de cette commande d'étude. Cependant, cet atout de la diversité architecturale n'est pas joué, n'est pas suffisamment mis en avant, dans un contexte d'initiatives de valorisation non concertées que la limite entre les deux départements de l'Ardèche et de la Haute-Loire et entre les deux régions d'Auvergne et de Rhône-Alpes n'a pas encouragé à réformer. C'est le constat de départ, à partir duquel il importe, dans un premier temps, de procéder à une sorte d'état des lieux, site après site.

La ferme de Bourlatier

Ce site est le seul à être géré par une collectivité territoriale, le seul à avoir bénéficié d'une réflexion muséographique de professionnels. Celui dont la réhabilitation a engagé le plus de moyens financiers. Celui qui dispose de l'écologie institutionnelle la plus complexe. Celui enfin qui a suscité les recherches historiques les plus abouties.
À trois kilomètres du mont Gerbier-de-Jonc, la ferme de Bourlatier se dresse face aux vents qui balaient le plateau, à 1350 m d’altitude. Le nom de Bourlatier - las borlas, souches d'arbres en occitan - apparaît pour la première fois en 1543. Il désigne alors une maison forte où les voyageurs pouvaient trouver refuge contre le brigandage, très répandu à l’époque en ces lieux boisés. Dès 1630, un château est construit à cet emplacement. Charles de Saint-Nectaire, seigneur de Saint-Martial et de Saint-Andéol-de-Fourchades, fait défricher les alentours de Bourlatier et ordonne l’édification de quatre granges nobles : le Clapas, Ouseyres, Liberte et Bourlatier. Cette dernière, attenante au château, est construite durant les hivers 1642-16432. Ses dimensions exceptionnelles permettent l’élevage d’un troupeau important (une quarantaine de vaches) et font d’elle la ferme la plus imposante du secteur. La partie aujourd’hui aménagée en accueil, rajoutée au corps du bâtiment vers 1850, servait autrefois de bergerie ou de remise à matériel.
La ferme est habitée jusqu’au début des années 1970. Elle reçoit en 1988 le premier prix « chefs d’œuvre en péril » et est aujourd’hui, après réhabilitation, « Ferme mémoire de la Montagne ardéchoise ».
Malgré des dimensions hors du commun, la ferme de Bourlatier est construite suivant l’architecture traditionnelle du massif Mézenc-Gerbier-Meygal. Au rez-de-chaussée, l’arcas* donne accès à la grande étable linéaire, dont la poutre maîtresse, la chareyre (charèrra) est soutenue par des piliers massifs en pierre. Séparé par une porte, le logis ou cosina représente seulement un cinquième de la superficie, mais son emplacement est judicieusement choisi : à côté de l’étable, il permet de surveiller les bêtes tout en profitant de la chaleur qu’elles dégagent. Les aliments étaient conservés dans la crotte - cave voûtée - et cuits dans la grande cheminée. À l’étage, la grange à foin ou fenieira, de 500 m2, est accessible de l’extérieur par le montador, aménagé pour que les bêtes attelées puissent transporter le foin à la fenière et le tasser, par passages successifs. Le poids du fourrage pouvait atteindre jusqu’à 300 kg au mètre carré. Quant au toit de lauze, vaste et pentu, il pèse environ 150 tonnes et est soutenu par une solide charpente en forme de vaisseau retourné.

En proie à un climat très rude, la ferme de Bourlatier a dû prendre des allures de forteresse pour se défendre : massive, avec des murs de 80 cm à 1,20 m d’épaisseur, et des ouvertures réduites. Elle a été aménagée de telle sorte que ses habitants aient à sortir le moins possible. Il arrivait en effet souvent que ceux-ci se trouvent bloqués en hiver par les congères de neige. Ainsi, un escalier intérieur relie les deux niveaux. La ferme possède son propre four à pain, abrité dans le canton de la grande cheminée, autour duquel toute la famille pouvait se rassembler. À l’intérieur de celle-ci, une petite fenêtre se trouve tout en haut, pour l’évacuation de la fumée, et au cas où les autres ouvertures se trouveraient obstruées par la neige. Autrefois, des trapons, petites trappes, permettaient d’alimenter les râteliers à foin de l’étable directement depuis la grange, et dispensaient ainsi le fermier de sortir.


Un processus de patrimonialisation complexe

et non encore abouti

La réhabilitation de la « ferme mémoire » de Bourlatier a pour origine l'initiative d’une association locale, Liger, relayée par le Conseil Général de l'Ardèche qui, dans un second temps, va assurer la maîtrise d'ouvrage de l'opération et orienter de façon décisive l’affectation du lieu. Un comité de pilotage de l’équipement appelé “comité scientifique” composé d'élus, de représentants des services culturels du Département et de l'Etat, de divers experts et de représentants des associations patrimoniales locales a réfléchi, il y a une dizaine d'années sur le rôle de la « ferme mémoire » dans le contexte de la mise en valeur du patrimoine de la « Montagne Ardéchoise ».

Au départ, la réhabilitation envisagée par l’association Liger s'inscrivait dans un projet plus large : un circuit de la lause et du genêt, circuit de découverte de l’architecture vernaculaire qu’entendait promouvoir cette association. La ferme de Bourlatier et une trentaine d’autres pailhisses et queyrats3 circonscrits au plateau ardéchois avaient fait l’objet, il y a une trentaine d’années, d’un premier recensement sous la forme d'un album de dessins édité par l’Association4. Ce document témoigne d'une première volonté de contextualisation de Bourlatier en inscrivant la ferme dans un espace de référence, le Plateau ardéchois. Ce projet qui avait fait l’objet d’une programmation de financement dans le cadre régional du « Contrat de développement touristique de la Montagne ardéchoise », n’a pas reçu l’aval du Conseil Général de l’Ardèche. Le fait que ces constructions appartenaient à des propriétaires privés qui ne voulaient pas supporter, ni individuellement, ni collectivement, les coûts de réfection et d’entretien des bâtisses et souhaitaient s’épargner par ailleurs l’astreinte de visites, a, semble-t-il, joué un rôle dans ce refus d’engagement. À l’initiative exclusive de Liger, le circuit « genêts et lauses » a perduré dans une version raccourcie et ponctuelle à l’occasion des Journées du Patrimoine. En outre, un projet d’extension de ce circuit à d’autres régions connues pour leur architecture à toits de genêts ou de lauses et pour lequel le président fondateur de Liger avait mobilisé ses relations politiques, ne se concrétisera pas.

Pour la réhabilitation de Bourlatier, l'association Liger a cherché des concours financiers auprès du Conseil Général de l’Ardèche qui est devenu maître d’ouvrage de l’opération et avec lequel l’association a signé, en 1993, un bail de trente ans. Actuellement c'est le S.M.A. (syndicat mixte de la Montagne ardéchoise) qui est gestionnaire du lieu.

Une démarche muséographique qui se voulait professionnelle
À l’initiative du Conseil Général de l'Ardèche, une mission prospective d'enquête et de réflexion sur la destination de la « ferme mémoire » de Bourlatier fut confiée à un ethnologue, Jean-Pierre Destand. Les conclusions de cette mission sont consignées dans deux documents : un résumé et un rapport5. Dans sa conclusion, le rapporteur souligne que « Bourlatier ne doit pas être pensé comme un objet clos, une œuvre achevée, mais au contraire, un livre ouvert, un espace transculturel à l'écoute des pratiques et des représentations de nos sociétés contemporaines ». Cette large et prudente invitation à l’inscription de Bourlatier dans des cadres d’interprétation diversifiés va déboucher sur un aménagement du lieu confié par le Conseil Général de l’Ardèche à une agence de communication de Montpellier, Anatome. Celle-ci concevra le dispositif muséographique de la partie basse de Bourlatier (ancienne étable et logis). La réfection de la charpente et du toit en lauses sera confiée à des artisans locaux sous la responsabilité des Architectes des Bâtiments de France. L’ensemble de l’opération de réaménagement, comme un panneau à l’entrée le précise encore, se fera dans le cadre du Contrat de Développement Touristique de la Montagne Ardéchoise financé par la Communauté Economique Européenne, l'Etat, la Région Rhône-Alpes, le Département de l'Ardèche et les syndicats intercommunaux du Tanargue et de la Haute Vallée de la Loire.
Le bail emphytéotique de trente ans signé entre l’association Liger et le Conseil Général de l’Ardèche en juin 1993, prévoyait dans son article 2.6 l’affectation des espaces suivants : « La ferme dite de Bourlatier à usage collectif aura une première fonction limitée de point d’information sur les activités touristiques et autres références de la Montagne Ardéchoise ; elle sera un lieu d’accueil, d’échanges et, si possible, de vie. La seconde fonction sera majeure : la ferme dite de Bourlatier sera un espace permanent de restitution du patrimoine naturel et architectural de la Montagne Ardéchoise et d’animations culturelles diversifiées. La mise en œuvre de ces fonctions fera l’objet d’une convention d’objectifs entre l’association Liger et le Conseil Général de l’Ardèche ». Le projet de convention d’objectifs établi en juillet 1992 et qui devait lier les deux partenaires susnommés et le SIVOM Haute Vallée de la Loire chargé de la gestion du lieu au terme d’une convention de mise à disposition, s’inscrivait dans le cadre d’une opération globale de « mise en valeur culturelle et touristique du patrimoine de la Montagne Ardéchoise : Gerbier-de-Jonc, fermes de Bourlatier et Clastres, route des genêts et des lauzes ». Ce projet de convention précisait dans son article 4 : « La ferme de Bourlatier comprendra trois espaces : un accueil touristique de type Maison du Plateau centralisant les données propres à une réponse de la clientèle ; un espace d’histoire du lieu et de la Montagne Ardéchoise ; un espace d’expositions majeures (ethnologie, géologie, botanique, art contemporain) en été, de concerts, de réunions pour l’association Liger et les associations des communes signataires du Contrat de Développement Touristique. La Ferme de Bourlatier sera visitable toute l’année, sur rendez-vous en dehors de la période estivale ».

Un espace de référence non pertinent
Cette convention d’objectifs ne sera jamais signée. Cependant la répartition en trois espaces correspondant à trois fonctions identifiées sera concrétisée dans le bâtiment réhabilité. Remarquons également que l’espace de référence désigné : « la Montagne Ardéchoise » correspondait à une circonscription nouvelle du développement touristique dans le cadre du programme européen LEADER. Ce territoire englobait la plupart des communes du plateau ardéchois (SIVOM Haute Vallée de la Loire), des communes du Tanargue (Syndicat Intercommunal et d’Aménagement du Tanargue, SIAT) et des Boutières. Toutes les communes n’étant pas adhérentes, cet espace était discontinu, présentait des interstices. De plus, ce découpage faisait fond sur une identité naturelle, sociale et culturelle de l'espace Montagne ardéchoise, identité inexistante au moins pour ce qui est la nature des sols (volcanique versus granitique), de l'architecture (lauze de phonolithe et genêt d'un côté du plateau, tuile-canal de l'autre), de la taille des habitations et des systèmes d'exploitation. De plus ce découpage ignorait la commune architecture du versant ardéchois et du versant vellave et l'existence de deux écomusées situés à moins de trente kilomètres de Bourlatier, la ferme des Frères Perrel, le hameau de Bigorre. Haut Lieu de cette architecture. Bourlatier se voyait ainsi assigner un espace de référence administratif et politique et non culturel. La « ferme-mémoire de la Montagne ardéchoise devenait ainsi la caution culturelle de la création d'une entité politique nouvelle : la Montagne ardéchoise.

Un parti muséographique minimaliste
Bourlatier apparaît au visiteur comme un témoin de l’architecture vernaculaire. Aucun ajout extérieur à l’édifice d’origine : une ferme imposante par sa masse, sa longueur, son couvert de lause. Un aménagement intérieur selon la répartition traditionnelle entre un premier niveau consacré aux bêtes et aux hommes (étables et logis attenant), un second tout entier dévolu au stockage du foin. À l’intérieur de ce cadre, le parti pris a été de ne faire aucune concession à la reconstitution du mode ancien d’habiter. La grange, immense, est vide de tout mobilier comme le logis et l’étable. Le plancher originel a été remplacé par un parquet rehaussé qui diminue cependant le volume de la grange et suscite la critique de certains artisans locaux.
L’étable a abrité pendant la durée d’ouverture (de juin à septembre) et pendant un certain nombre d'années, une exposition permanente sur le thème : “ferme-mémoire de la Montagne ardéchoise”. À consulter le livre d’or, ce minimalisme muséographique interroge le visiteur comme les habitants du plateau interviewés. Cette mise en mémoire se heurte à d’autres mémoires, d'autres attentes. Selon l'étude publiée en 19986, « trois représentations spontanées de l’utilisation de Bourlatier organisent localement la critique du lieu réaménagé. La première voudrait faire de la ferme une maison de pays, la seconde une maison des associations, la troisième un centre culturel ».
Pas plus qu’elle n’a joué de rôle dans la programmation du réaménagement de Bourlatier, l’association Liger n’est intervenue dans la conception et la réalisation de cette exposition permanente. Elle n’intervient pas non plus dans la programmation de l’animation de Bourlatier gérée par le SMA. Liger n’apparaît pas sur le panneau de remerciement à l’entrée de l’exposition7, alors que l’ensemble des informateurs locaux qui ont notamment donné leur témoignage pour les bornes sonores, y figure. Est également absente de ce panneau la mention des travaux d’architectes, d’ethnologues et d’historiens s’agissant de l’architecture régionale, qui ont été largement utilisés pour la réalisation de l’exposition. La valorisation du patrimoine architectural pratiquée à Bourlatier ignore cette fonction d’expertise et établit la fiction d’un savoir qui ne serait issu que de témoignages indigènes appelés à être mis en forme par les seuls spécialistes de la communication.
Une double intention marque la valorisation de Bourlatier comme objet patrimonial : lui donner la dimension d'un monument, en faire le témoin de l'architecture vernaculaire. Ces deux ambitions ont du mal à coexister. Bourlatier se veut un lieu monumental au sens où le parti pris d'exposition consiste à montrer une architecture dépouillée de ses meubles. Mais on n'a pas voulu aller jusqu'au bout de cette intention en "agrémentant" la visite d'une exposition qui pour une part donne une explication redondante de cette architecture et pour une autre livrait sous forme de panneaux, de bornes sensitives et auditives - pour le temps où celles-ci ont fonctionné - quelque chose d'un ancien mode de vie.
L'exposition permanente comportait, en entrant à droite et couvrant le premier tiers de l'étable, trois panneaux intitulés "Bourlatier" suspendus contre les murs, au-dessus des anciennes crèches. Dans la deuxième moitié de l'étable, sur le mur opposé, étaient accrochés six panneaux par groupes de deux intitulés "Montagne Ardéchoise". Au niveau du dernier pilier, une borne proposait une vidéo sur le thème de la "tuade" dont l'humidité et le froid d'un local non chauffé l'hiver ont eu rapidement raison. Avant de pénétrer dans le logis qui est attenant à l'étable, une autre borne émettait des sons de ferme. Sons de coqs, de chèvres, de cochons veulent être autant d'évocations de la vie à la ferme. Après avoir laissé l'arcasse et la souillarde, on pénètre dans la dernière pièce, la cuisine avec une immense cheminée8. Deux panneaux intitulés "Saveurs de ferme" et "Logis de ferme" étaient accrochés, l'un près de la cheminée, l'autre en face.
Cet aménagement a récemment été revu. L'exposition permanente pour sa partie "panneaux" a été installée dans la grange pour laisser place dans l'étable à une exposition photo temporaire. L'approche sensitive (bornes et mobiliers imaginés par Anatome) n'a pas survécu à l'humidité et au froid de 9 mois de fermeture annuelle dans un local non chauffé et sans doute, et plus certainement, au discrédit local.
Ce procédé d'appropriation - conforme aux vœux des services culturels du Conseil Général de l'Ardèche - de ne pas faire de Bourlatier ni un écomusée, ni une maison de pays, a laissé - et laisse encore - les acteurs locaux insatisfaits9 tout en ne tranchant pas la question des multiples usages de l'équipement puisque celui-ci est à la fois monument, lieu d'exposition et de rencontres scientifiques (le PNR des Monts d'Ardèche y organise une fois l'an les « Haltes scientifiques de Bourlatier »), salle de spectacles, de musiques, de bals et de mariages, lieu de restauration (Bourlatier a servi de lieu de restauration pour la course VTT des Monts d'Ardèche), centre d'information touristique et, très partiellement, maison des associations à l'occasion de la tenue d'assemblées générales.
Chaque année, l'association Liger organise à Bourlatier son assemblée générale. Une autre association, Les Esclops, y a programmé trois manifestations cette dernière année. Au total, trop peu de présence associative pour envisager Bourlatier comme une maison des associations eu égard au relatif dynamisme associatif que connaît la Montagne ardéchoise et le massif du Mézenc. Bourlatier souffre de ce point de vue d'être éloigné des villages, de n'être utilisable que l'été soit à une période de l'année où un certain nombre d'associations locales sont en sommeil, d'être, enfin, trop marqué comme un équipement de la Montagne ardéchoise que les associations du massif du Mézenc (versant ardéchois et vellave) ne songent même pas à investir alors qu'il propose la salle de réunion (la grange) à la capacité d'accueil la plus importante des cinq cantons alentour.


Une fréquentation en baisse

Cette indétermination des fonctions n’est, sans doute, pas pour rien dans la relative désaffection constatée ces dernières années. En dépit de la modicité des tarifs pratiqués : individuel de plus de douze ans : 2,5 euros, moins de 12 ans, gratuit), groupe de plus de 20 : 1,5 euro (si les enfants sont plus nombreux que les adultes - c'est le cas des groupes scolaires - ce sont eux qui payent), la fréquentation connaît une baisse régulière. Lors des premières années d'exploitation, la fréquentation du site, limitée depuis l'ouverture jusqu'à présent, à la période du premier juin au 30 septembre, avait dépassé quelque peu les 10 000 visiteurs. Depuis cette fréquentation est en baisse constante pour atteindre 6 260 personnes en 2003 et 6 070 en 2004. Ce qui représente un peu plus de dix personnes par heure d'ouverture. La répartition entre visites individuelles et visites groupées montre que ces dernières sont plus que modestes : à peine 3 à 400 personnes qui se répartissent entre personnes âgées, scolaires et quelques groupes de randonneurs qui ont Bourlatier sur leur chemin. Une dizaine de cars en trois mois. Peu de chose et une économie de cueillette en quelque sorte qui profite de la fréquentation du Gerbier-de-Jonc, à 2 kilomètres, 400 000 touristes, à qui l'on propose au passage une sorte de digression imprévue.
L’observation des pratiques des visiteurs de Bourlatier montre, en effet, que la Ferme-mémoire fonctionne actuellement et principalement pour les touristes comme espace de renvoi. Ses visiteurs n'y viennent pas, pour la plupart d'entre eux, au terme d'une démarche spécifique mais parce que l'opportunité s’est présentée à la suite de la visite aux sources de la Loire. Dès lors, la question se pose de savoir si Bourlatier doit être un complément à la visite du Gerbier-de-Jonc et proposer des expositions sur des thèmes touchant au bassin de la Loire comme le partenariat développé par Liger avec certaines grandes villes du cours d’eau telle que Tours, permettait de l’envisager.
Le déplacement récent de l'exposition didactique de l'étable à la grange pour laisser place à une exposition photo temporaire, l'installation des panneaux de remerciement dans le hall d'accueil ne cachent pas la modestie et le flou de l'offre de ce site10. Bourlatier n'est pas un exemple d'architecture vernaculaire conservée à l'identique - on a rehaussé le plancher de la grange et atténué ainsi son aspect de cathédrale. Bourlatier n'est pas une architecture typique de la paysannerie de la montagne : l'essentiel des paysans vivait dans des pailhisses exiguës de genêt ou de chaume, Bourlatier est une grange noble de riche fermier. Bourlatier n'a rien à voir d'un point de vue architectural, historique, culturel avec la Montagne ardéchoise, espace politique récent. Son véritable espace de référence ou de renvoi, si l'on veut considérer le site exclusivement pour ses propriétés architecturales ou de témoignages d'un ancien mode de vie ou de culture, c'est le territoire des toits de lauze ou du padgel ou encore celui de l'espace monastique montagnard, circonscriptions qui vont au-delà des limites administratives départementales.
Il vient que la question de la circonscription pertinente de l'action culturelle et patrimoniale dont Bourlatier serait le (ou un des) foyer(s) est posée. Bourlatier apparaît comme un projet dont l'utilité la plus avérée pourrait être de faire exister une entité politique, appelée Montagne Ardéchoise, par le biais d’un lieu de mémoire alors que les cadres sociaux et spatiaux de cette mémoire n’ont à aucun moment été défini. Cette entreprise de légitimation fait problème lorsqu’il n’y a pas possibilité d’ajustement des passions patrimoniales - bien exprimées localement par des associations culturelles à fort recrutement dans la diaspora issue de la région - à un espace public de gestion, par exemple lorsqu'il n'y a pas - ou peu - de place concédée dans la démarche aux associations patrimoniales locales réputées insuffisamment professionnelles et qu'en conséquence, on ne consulte pas. Site à vocation touristique fermé neuf mois sur douze, Bourlatier n’est-il pas un non lieu au sens que donne Marc Augé à ce terme : “le non lieu c'est l'espace des autres sans la présence des autres”.11
À l'initiative du SMA, un comité de pilotage a pour mission actuellement de repenser l'orientation du site avec, entre autres l'idée de faire de Bourlatier une vitrine de la Montagne, de ses activités et de ses produits.

Conditions générales d'exploitation

Le site de Bourlatier bénéficie de conditions privilégiées d'accès et d'accueil eu égard aux autres sites du réseau. Sur l'axe Privas - Le Puy, à deux kilomètres seulement du Gerbier-de-Jonc et de ses 400 000 visiteurs annuels (essentiellement l'été), disposant d'un parking de 200 places environ, non ombragé. Les dimensions du bâtiment permettent d'accueillir simultanément un nombre élevé de visiteurs. Cependant la proximité du Gerbier peut être considérée, sans contradiction, comme un point faible si l'on considère que nombre de touristes ne feront pas l'effort de deux arrêts à si proche distance et que le site de Bourlatier ne dispose d'aucune offre de restauration.
La signalétique, pour un bâtiment du département donné pour l'emblème d'un territoire relativement étendu, telle la Montagne ardéchoise, reste presque confidentielle : quelques panneaux dans un rayon de trois kilomètres avec une visibilité moyenne.
L'accueil proprement dit, s'effectue dans un hall agréable et spacieux quoique insuffisamment éclairé. On y propose à la vente des cartes postales, des livres et revues et cassettes vidéo sur la région. Une personne engagée par le SMA assure une permanence de début juin à fin septembre. En pleine saison (juillet, août, le personnel peut atteindre 2,5 postes. Le temps de visite est de 1 h. et de 1 h.30 avec le passage d'un film d'accompagnement. La capacité d'accueil est de 400 personnes pour les spectacles dans l'ancienne grange et de 40 pour les visites. Pour les groupes scolaires, deux visites peuvent être effectuées en même temps. Des visites guidées sont organisées de 14h30 à 15h30 et de 16h à 17 h. Le reste du temps, les visites sont libres (11h à 14h30).
L'absence de chauffage rend inutilisable le bâtiment en dehors de la période estivale et inconfortable une station prolongée dans les locaux certains jours d'été (le site est ouvert de juin à septembre). La température ambiante peut y être inférieure à 15°. Il n'est pas extraordinaire d'y voir de la neige en juin. Cette absence de chauffage semble constituer un obstacle dirimant pour une exploitation rationnelle du lieu et interroge, au-delà des discours convenus, sur la volonté politique réelle du SMA et du département de l'Ardèche de faire de ce site un outil du développement touristique local et/ou d'animation de ce secteur de la montagne. Sachant qu'un des handicaps les plus lourds du développement touristique de cette région est la faiblesse (en nombre et en qualité) de ses produits touristiques (activités, hébergement, restauration) en dehors des deux hautes saisons (été réduit à trois ou quatre semaines et hiver dépendant d'un enneigement aléatoire et souvent éphémère), il apparaît que le site de Bourlatier ne peut constituer un outil efficace de développement touristique qu'à la condition de s'inscrire dans un programme cohérent de création de produits de tourisme culturel pour les saisons d'automne et de printemps impliquant les agents de la profession à tous niveaux (hôteliers, restaurateurs, agences, associations de guides, etc...). Ce qui suppose aussi un fort investissement pour une viabilité permanente de l'équipement si l'on veut sortir d'une économie touristique de cueillette qui ressortit à un âge révolu.

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