John Maynard Keynes : Sous-emploi et demande





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titreJohn Maynard Keynes : Sous-emploi et demande
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SES, Enseignement de Spécialité, TES 2008-2009
DS n°4:

John Maynard Keynes : Sous-emploi et demande
Durée : 1 heure
Document 1 :
Dans la théorie traditionnelle, toutes les personnes désireuses de travailler sont censées pouvoir à un cer­tain salaire trouver de l'emploi ; on suppose qu'il n'existe pas de chômage involontaire ou en d'autres ter­mes qu'il y a « plein emploi ». Dans la théorie générale au contraire, le plein emploi n'est qu'une situation limite ; il n'existe pas dans les circonstances normales (…).

Il est clair qu'un état de chômage « involontaire » ne signifie pas pour nous la simple existence d'une capa­cité de travail non entièrement utilisée. On ne peut pas dire qu'une journée de travail de huit heures repré­sente du chômage parce qu'il n'est pas au dessus de la capacité humaine de travailler dix heures. Nous ne devons pas considérer non plus comme chômage invo­lontaire le refus de travail d'une corporation ouvrière qui n'accepte pas de travailler au dessous d'une certaine rémunération réelle. De notre définition du chômage « involontaire », il convient aussi d'exclure le chômage « de frottement ». [...]

Si la théorie classique n'est applicable qu'au cas du plein emploi, il est évidemment trompeur de l'appliquer aux problèmes du chômage involontaire, à supposer qu'une pareille chose existe (et qui le niera?). [...] Il est indispensable [...] que l'on construise un système éco­nomique où le chômage involontaire au sens strict du mot soit possible.
John Maynard Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la mon­naie (1936),© Payot.
Document 2 :
Pourquoi la demande intérieure s'est-elle effondrée en 2001 et en 2002 ? Et pourquoi n'a-t-elle pas repris suffisamment au cours des années suivantes ? [...] Dans un premier temps, ce sont des chocs extérieurs (ralentissement de l'économie mondiale en 2001, krach boursier de 2002, appréciation de l'euro) ainsi que la politi­que macroéconomique elle-même (augmentation des taux d'inté­rêt par la BCE en 2000) qui ont écarté l'économie de sa voie de croissance. Dans un deuxième temps, la politique de demande globale n'a pas abordé le ralentissement qui s'est ensuivi de ma­nière convaincante. Ceci a facilité l'implantation de perspectives négatives. La confiance, tant des consommateurs que des entre­preneurs, a chuté depuis 2001, et est restée faible depuis lors. [...] La confiance perdue, l'économie se trouve à présent piégée par une faible croissance dont les consommateurs et les producteurs se servent pour faire pression l'un sur l'autre. Les consommateurs attendent des investisseurs qu'ils s'engagent dans de nouveaux projets d'investissement offrant des emplois et des perspectives salariales.

John Monks, L'Économie politique, n°029, janvier 2006
Questions :

  1. À l'aide de vos connaissances et du document 1, vous montrerez en quoi, selon Keynes, il existe dans l’économie une situation de chômage involontaire (9 points).

  2. Expliquez en quoi cette analyse de Keynes s’oppose à la théorie (néo)classique du marché du travail (5 points).

  3. Les explications de la faible croissance économique européenne depuis le début des années 2000 infirment-elles l’analyse de Keynes ? Justifiez votre réponse. (document 2) (6 points).


Eléments de correction DS n°4



1) John Maynard Keynes naît à Cambridge le 5 juin 1883, l’année de la mort de Marx et de la naissance de Schumpeter. Il décède le 21 avril 1946, à Tilton. Il est profondément marqué par le chômage massif qui se déclare avec la crise de 1929. Ce chômage durable lui semble remettre en cause les théories néoclassiques qui postulent un retour automatique à l’équilibre. A bien des égards, la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) constitue une rupture majeure à la fois dans la pensée économique (c’est la pensée classique qui domine à l’époque) et dans l’approche de la société et des politiques économiques ; en effet, Keynes préconise une intervention plus soutenue des pouvoirs publics pour pallier les insuffisance du marché et une fiscalité plus redistributive.

Selon Keynes, le niveau de l’emploi dépend des mécanismes macroéconomiques. Le niveau de l’emploi n’est pas fixé sur le marché du travail (d’ailleurs pour Keynes il n’existe pas un véritable marché du travail). Il résulte directement du niveau de la production qui lui-même résulte du niveau de la demande effective. Celle-ci désigne pour Keynes la demande globale anticipée par les entrepreneurs (quantité de biens de consommation et de biens de production qu’ils espèrent pouvoir vendre). Son niveau dépend donc de la perception que les entrepreneurs ont de l’avenir.

La demande effective a plusieurs déterminants :

  • la consommation (présente et anticipée), qui dépend du niveau du revenu global et de la propension à consommer, qui est la part du revenu que les agents économiques consacrent à la consommation (caractéristique psychologique de la consommation)1 ;

  • l’investissement, qui dépend de l’efficacité marginale du capital (rendement escompté de l’investissement, lié à la demande effective) et du taux d’intérêt réel.

Ainsi, selon cette analyse, les entreprises n’embauchent que si elles peuvent produire et ne produisent que si elles peuvent vendre. Mais si l’offre correspond à la demande sur le marché des biens et services (« l’équilibre »), rien n’indique que le niveau d’emploi (demande de travail) correspondant soit égal au niveau d’emploi désiré par les actifs (offre de travail). Tout dépend de la demande effective. Ainsi, on peut avoir un équilibre sur le marché des biens et services mais le niveau de production qui en découle n’est pas suffisant pour embaucher tous les actifs : c’est l’équilibre de sous-emploi.

Keynes parle ainsi de chômage involontaire, dans le sens où les salariés acceptent d’être rémunérés à leur productivité marginale et, pourtant, ils ne trouvent pas d’emploi à cause de l’insuffisance de la demande effective. Ce point peut être illustré par l’analyse de Keynes sur la crise de 1929 : comment prétendre que des millions d’hommes préfèrent la misère à un emploi jugé insuffisamment rémunéré ? Cette crise engendre une profonde récession qui déprime la demande : les ménages qui sont au chômage ne consomment plus et les entreprises pessimistes sur l’avenir n’investissent plus.

Dans cette optique, une baisse des salaires réels (Keynes considère par ailleurs que les salariés, victimes d’illusion monétaire, établissent leur offre de travail en raisonnant sur leur salaire nominal) entraînerait une hausse du chômage involontaire, car en réduisant la consommation des ménages, elle diminuerait la demande effective [baisse des salaires réels baisse de la consommation et de l’investissement baisse de la demande effective baisse de l’emploi hausse du chômage involontaire].

C’est donc le niveau insuffisant de la demande effective qui explique, pour Keynes le chômage qu’il qualifie d’involontaire. Le salaire est dans cette optique considéré comme un revenu qui détermine la demande effective.
2) Pour la théorie néoclassique, le niveau de l’emploi se détermine sur le marché du travail. Le marché du travail est un lieu fictif où se confrontent une offre de travail (émanant des actifs) et une demande de travail (émanant des entreprises). L’offre et la demande de travail sont fonction du même facteur : le taux de salaire réel (pouvoir d’achat du salaire). En effet, l’offre est une fonction croissante du taux de salaire réel, dont la hausse augmente l’utilité du travail par rapport à celle du loisir ; la demande de travail est une fonction décroissante du taux de salaire réel car la baisse de celui-ci, en diminuant le coût marginal du travail par rapport à sa productivité marginale, incite à l’embauche (dans cette théorie, le travail est rémunéré au niveau de sa productivité marginale). Le salaire d’équilibre est celui qui égalise offre et demande de travail (le taux de salaire étant parfaitement flexible) : tous ceux qui souhaitent être embauchés au taux de salaire d’équilibre peuvent l’être. L’économie est alors en plein-emploi (à définir).
S’il persiste des actifs sans emploi sur le marché du travail c’est parce qu’ils font un choix délibéré de se retirer du marché du travail. Le chômage (offre de travail des actifs > demande de travail des entreprises) est donc volontaire : il désigne la situation des individus qui n’acceptent pas de travailler au taux de salaire réel d’équilibre.

Au total, dans le modèle néoclassique le chômage peut être de « frottement » transitoire (il découle des délais d’ajustement résultant de la mobilité de la main d’œuvre) ou volontaire.

Pour rétablir le plein-emploi, les néoclassiques préconisent une baisse des salaires réels (contrairement à Keynes, le salaire est considéré comme un coût qui pèse sur les entrepreneurs).
3) Dans la théorie keynésienne de l’emploi, les anticipations des entrepreneurs jouent un rôle déterminant. Ainsi, selon Keynes, le pessimisme des entrepreneurs peut les conduire à sous-estimer la demande globale future, d’où un équilibre de sous-emploi. En effet, le pessimisme des entrepreneurs se traduira par de faibles dépenses d’investissement, peu d’embauches et de faibles débouchés. A contrario, si les entrepreneurs sont optimistes, ils investiront et embaucheront, et les revenus distribués permettront d’absorber la production correspondante.

C’est cette analyse d’ordre macroéconomique qui est mise en avant par John Monks (document 2): c’est notamment l’insuffisance de la demande effective au sens keynésien (cf.Q1) qui serait à l’origine de la faible croissance européenne depuis le début des années 2000. Les consommateurs et les investisseurs restent pessimistes quant à l’avenir, alors ils consomment moins et investissent moins, d’où la faible croissance. Parallèlement, certaines mesures de politique économique prises par les pouvoirs publics au début des années 2000 (augmentation des taux d’intérêts par la BCE) ont contribuées à l’effondrement de la demande intérieure. Or cette analyse s’inscrit également dans l’optique de Keynes pour qui le taux d’intérêt (instrument de politique monétaire) est un déterminant essentiel de l’investissement (une augmentation des taux d’intérêt décourage l’investissement) et par voie de conséquence de la demande effective. Le document 2 rejoint ainsi l’analyse keynésienne sur le rôle très important des interventions de l’Etat pour stimuler la demande effective par le biais d’une politique active de relance économique permettant de redonner confiance aux agents économiques (le document 2 souligne justement la timidité de cette relance qui n’a pas su convaincre les consommateurs de consommer et les investisseurs d’investir : « Dans un deuxième temps, la politique de demande globale n'a pas abordé le ralentissement qui s'est ensuivi de ma­nière convaincante. Ceci a facilité l'implantation de perspectives négatives. La confiance, tant des consommateurs que des entre­preneurs, a chuté depuis 2001, et est restée faible depuis lors »).

[on pourrait aussi indiquer l’exemple récent concernant la décision de la Banque centrale européenne de baisser son taux directeur à 2% dans le contexte économique actuel de crise].



1 On peut rappeler que l’augmentation de la consommation est inférieure à celle du revenu qui la génère car une part seulement de la hausse du revenu réel est consacrée à un accroissement de la consommation (c’est cette part que mesure la propension marginale à consommer)

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