Master 2 Communication politique et sociale, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne





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Master 2 Communication politique et sociale, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Promotion 2012


Les porte-parole en politique, un communicant en politique

Par Melanie Modot,

Sous la direction de Monsieur le Professeur Nicolas Hubé

SOMMAIRE

INTRODUCTION 5

I-) Le porte-parole, hydre à mille tête en politique ?, page 5

II-) Le porte-parole, un objet flou difficilement saisissable, page 7

III-) Le porte-parole, un rôle très actuel, page 8

PARTIE 1 : SOCIOGRAPHIE DU PORTE-PAROLE 9

I-) Le porte-parolat, une pratique politique jamais institutionnalisée 9

A-) Historique de la fonction  et comparaison avec d’autres démocraties

1-) Tour du monde des porte-parole de Gouvernement

2-) Les porte-parole français, une pratique fluctuante

a-) Au Gouvernement

  • La sortie du premier Conseil des Ministres de Jacques Chaban-Delmas : qui est donc ce Monsieur Hamon ?

  • Communication présidentielle versus communication du Gouvernement : qui gagnera ?

  • Les années 1980 : institutionnalisation et cumul

b-) Dans les partis politiques

B-) Dans un objectif de transparence et de « pédagogie » et communication interne

1-) Transparence

2-) Pédagogie

3-) La communication intergouvernementale

II-) Qui sont-ils ? Des profils variables pour un poste politique 20

A-) Parcours

1-) Le classique : militantisme et politique

2-) Une rareté dans le champ politique : la carrière journalistique

B-) Nomination

1-) Le poste de porte-parole, une rétribution politique

2-) Le porte-parolat, une fonction d’expertise

III-) Une place de choix 29

A-) Une fonction apportant une notoriété médiatique …

1-) Un éclairage médiatique quasi-permanent et utile…

2-) … mais pas toujours élogieux

B-) … et pouvant être un tremplin politique

C-) Mais dont l’importance dépend du contexte

1-) Dans les partis politiques : l’effet majorité/opposition

2-) L’actualité du jour : affluence des journalistes

PARTIE 2 : UN « POLITIQUE COMMUNICANT » 38

I-) Des liens inextricables entre porte-parole et médias 40

A-) Une fonction souvent organiquement rattachée à la communication

1-) Au Gouvernement : qui fait quoi ?

2-) Dans les partis politiques : un travail d’équipe

B-) Une fonction donnant autorité et légitimité à la parole

C-) La nécessité d’équilibrer sa parole et de bien parler

1-) « Un politique sachant communiquer… »

2-) Le porte-parole, synecdoque du parti politique et du Gouvernement ?

II-) Le point-presse, exercice par excellence du porte-parole 56

A-) Le point-presse, la rencontre d’intérêt mutuellement compris

1-) Réponse aux attentes des politiques

a-) Expliquer sa position

b-) Interpeller et attaquer son adversaire

2-) Réponse aux attentes des journalistes

a-) Une organisation adaptée à la reprise dans les médias

b-) Les questions-réponses, temps fort du point presse ?

c-) Le off, rencontres informelles entre porte-parole et journalistes

B-) Des retombées médias laissant perplexe
PARTIE 3 : UNE FONCTION ENTIEREMENT TOURNEE VERS LES MEDIAS ET L’OPINION PUBLIQUE 66

I-) Une fonction s’imposant avec les évolutions du paysage médiatique 66

A-) Un paysage médiatique multiple et en constante évolution

B-) La réinvention de la présence médiatique des porte-parole

II-) Le porte-parole peut-il avoir une influence sur l’actualité médiatique ? 71

CONCLUSION 75

BIBLIOGRAPHIE 77

ANNEXES 78

INTRODUCTION 

I-) Le porte-parole, hydre à mille tête en politique ?

Le porte-parole est-il un personnage politique comme les autres ?

Que ce soit dans les partis politiques, au Gouvernement, en entreprises ou dans des associations, le porte-parole est aujourd’hui une figure traditionnelle de la vie publique. Cependant, il existe peu de fonctions aussi peu définies. En effet, le rôle de porte-parole parait être à géométrie variable. Mais en tout cas, son principe semble rester le même :

« Le plénipotentiaire, ministre, mandataire, délégué, porte-parole, député, parlementaire, est une personne qui a un mandat, une commission ou une procuration, pour représenter – mot extraordinairement polysémique – , c’est-à-dire pour faire voir et faire valoir les intérêts d’une personne ou d’un groupe. »1

Initialement, le porte-parolat est rarement une fonction unique, elle est en réalité une attribution découlant d’une fonction. Ainsi, le président d’une association, ou n’importe lequel de ses membres avec des responsabilités, pourra être considéré comme un porte-parole. C’est donc parce que la personne fait partie des responsables dans son institution, qu’elle peut en porter la parole. Ainsi, ce n’est donc pas le fait de porter la parole qui est censé apporter une autorité au personnage qui en a la charge.

Mais il est un domaine où le porte-parole peut être un poste à part entière, et qui aujourd’hui, a acquis une importance certaine : la politique.

En effet, à ce niveau, la division du travail semble avoir atteint son paroxysme. Au lieu d’un porte-parole ayant le pouvoir de dire et d’agir, il apparait aujourd’hui, par exemple au sein de certains partis, que le Premier secrétaire a le pouvoir d’agir et de dire au nom de son groupe, mais qu’il délègue ce deuxième pouvoir à un porte-parole dont ce sera l’unique fonction au sein de l’appareil partisan. Pas tout le temps, certes, mais les enjeux médiatiques gravitant autour de cette fonction en ont finalement fait une fonction politique, voir un promontoire pour certains.

On entend parler de porte-parole tous les jours… de syndicat, d’association, de partis, d’entreprises, de groupe politique à l’Assemblée Nationale ou au Sénat, du Gouvernement, etc.

C’est sans doute en politique que l’on en trouve le plus. Chaque parti en a un. Chaque groupe parlementaire aussi. Certains ministères également. Tous les candidats à l’élection présidentielle se sont dotés d’un porte-parole, voire de plusieurs. Et le Gouvernement, bien entendu.

Alors qui sont-ils ? Et, que font-ils ?

Face à cet enchevêtrement de porte-parole dans la vie politique française, nous nous délimiterons ici à l’étude des porte-parole au sein des partis politiques et au Gouvernement. Ces deux fonctions présentent l’avantage d’une part d’exister en soi, c’est-à-dire comme fonction à part entière, et de ne pas présenter un caractère fugace, comme pour les porte-parole de campagne électorale, puisqu’ils se rattachent à une institution censée être stable, le parti politique ou le Gouvernement.

En outre, le rôle hybride des porte-parole a pu à certains moments être un obstacle à leur étude. Hybrides tout d’abord car le porte-parolat semble rarement être une fonction unique, elle est souvent cumulée avec un autre rôle. Ils sont donc porte-parole… mais pas que.

En outre, leur mission parait être mélanger politique, bien sûr, et la communication. Dans les administrations, le porte-parole est d’ailleurs bien souvent rattaché au service ou département en charge de la communication. Ainsi, le 31 août 2012, le site Acteurspublics.com a titré de la façon suivante l’article consacrée à la nomination d’un nouveau porte-parole au Ministère des affaires étrangères : « Arrivée d’un nouveau communicant au Quai d’Orsay ».

Rôle hybride enfin, car comme on l’a dit précédemment, il n’est parfois pas nécessaire d’avoir été nommé porte-parole pour en être un. En effet, le leader d’un groupe, quel qu’il soit, en est souvent le porte-parole car il est le représentant des intérêts du groupe qu’il représente, quelque soit son titre. Comme l’explique Pierre Bourdieu :

« Groupe fait homme, il personnifie une personne fictive, qu’il arrache à l’état de simple agrégat d’individus séparés, lui permettant d’agir et de parler, à travers lui, « comme un seul homme » ». En contrepartie, il reçoit le droit de parler et d’agir au nom du groupe, de « se prendre pour » le groupe qu’il incarne, de s’identifier à la fonction à laquelle il « se donne corps et âme, donnant ainsi un corps biologique à un corps constitué. »

Alors, le porte-parole est-il une sorte d’hydre à mille têtes en politique ?

II-) Le porte-parole, un objet flou difficilement saisissable

Bien qu’ils soient omniprésents dans la vie politique, la science politique française ne semble pas s’être encore intéressée à ces personnages récurrents. En effet, leur rôle les amène à être fort présents dans les médias, et leur apparition dans la Vème République est déjà lointaine. Si, plusieurs fonctions politiques, comme député, ou bien l’organisation des personnels partisans ont fait l’objet de diverses études, si les personnels communicants ont pu attirer la curiosité de plusieurs chercheurs, les porte-parole ont, pour leur part, été oubliés par la science politique. De ce constat découle une absence d’archives, ou en tout cas d’archives accessibles, et il a donc été bien difficile de connaitre la date d’apparition du premier porte-parole dans les partis politiques par exemple. Obtenir une liste exhaustive des porte-parole dans les partis politiques a donc été impossible. Concernant le Gouvernement en revanche, la plupart des décrets de nomination sont aujourd’hui mis à la disponibilité des citoyens, ce qui a permis une étude plus approfondie.

La rare littérature scientifique consacrée aux porte-parole, s’est plutôt attachée à l’étude des porte-parole au sein de la Commission Européenne.
Si la science politique ne s’est jamais focalisée sur les porte-parole français, les journalistes, eux, ont été une source d’information abondante. De nombreux articles reprennent leurs propos, mais on en trouve également bon nombre s’attachant à étudier leur rôle. Le fait est intéressant puisque les journalistes sont au final le public principal des porte-parole actuels. Ainsi, la nomination d’un porte-parole peut faire l’objet de divers portraits dans les médias. Certains journalistes politiques se sont également attachés à étudier le rôle de ces porte-parole, et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer. On peut par exemple citer l’article de Clarisse Fabre, du Monde, paru en mars 2002, « Petits conseils aux porte-parole du candidat », celui du Plus Nouvel Observateur, daté de mars 2012, « NKM dans le piège du porte-parole : 3 conseils pour se forger un destin politique », ou bien encore l’article de Rue89 consacré à Najat Vallaud-Belkacem : «  Najat Vallaud-Belkacem : son modèle c’est « A la Maison Blanche » », et bien d’autres encore.

On le remarquera, ces articles sont surtout consacrés aux porte-parole de campagne. Les porte-parole de partis politiques ou de Gouvernement ne paraissent avoir la faveur des journalistes. Lorsque ces derniers les étudient de plus près, c’est bien souvent pour soulever une difficulté propre à leur fonction : équilibrer leur parole, entre opinion personnelle et parole officielle.

Une autre difficulté rencontrée a trait au renfermement de certains partis sur eux-mêmes et l’inaccessibilité du Gouvernement, sans doute due à une actualité chargée, notamment dans les deux grands partis de Gouvernement. Le Parti socialiste est actuellement en préparation de son prochain congrès, et l’UMP est aujourd’hui en pleine campagne interne pour désigner le nouveau Secrétaire général. En d’autres termes, peu de partis politiques m’ont permis d’obtenir des entretiens, excepté le Parti socialiste. Malgré tout, cette étude se basera notamment sur trois observations de points presse, deux du Parti socialiste, un de l’Union pour un Mouvement Populaire, et des entretiens auprès de Benoit Hamon, porte-parole du Parti socialiste de 2008 à 2012, Aurélie Royet-Gounin, conseillère en charge des activités de porte-parole auprès de la porte-parole du Gouvernement, Farah Benouis, journaliste à Itélé, et Antonin André, journaliste à France 2.

Par ailleurs, on observera dans ce mémoire, une distorsion entre l’évocation du Parti socialiste et de l’Union pour un Mouvement Populaire, due à un déséquilibre dans les informations récoltées, l’UMP n’ayant pas été, par exemple, très accessible.

III-) Le porte-parole, un rôle très actuel

On pourrait dire que le rôle des porte-parole aujourd’hui est symptomatique de la montée en puissance de la communication en politique, comme l’expliquent les auteurs du Nouveau manuel de science politique :

« Dès lors, les logiques d’instrumentalisation de l’opinion, et en particulier les actes de communication élaborés au profit des professionnels de la politique à destination des journalistes et, par ricochet, du public, ont pris une part croissante dans le jeu politique. »

Ainsi, le rôle de porte-parole peut-il est considéré comme « symbolique » du rôle de plus en plus prégnant de la communication en politique ?

Via une sociographie du porte-parole dans les Gouvernements et les partis politiques (partie 1), nous verrons que le porte-parole est avant tout un homme ou une femme politique, pétri(e) de ses convictions et de ses idées, dont la nomination est avant tout politique. Poste pouvant être stratégique dans une carrière politique, le porte-parolat n’en conserve pas mois une forte dimension de communication intrinsèque à sa fonction, faisant du porte-parole ce que l’ont pourrait appeler un « politique communicant » (partie 2). De par son rôle d’intermédiaire avec les médias, la charge du porte-parolat est donc résolument tournée vers l’opinion publique (partie 3).

PARTIE 1 :

SOCIOGRAPHIE DU PORTE-PAROLE

La fonction de porte-parole n’apparait au Gouvernement qu’en 1969. Dans les partis politiques, elle semble être apparue légèrement plus tard. Toutefois, le poste de porte-parole est aujourd’hui traditionnel, et de nombreux personnages politiques sont passés par la case porte-parolat. Quels ont été leurs parcours ? Quels sont leurs profils ? Quelles sont leurs différences et leurs similitudes ?

Le porte-parole étant une pratique politique plus qu’une institution, son rôle a fluctué au fil du temps (I). Mais à quelques exceptions près, les personnalités ayant occupé le poste de porte-parole ont en général un profil « typique » (II), pour une place fort demandée (III).

I-) Le porte-parolat, une pratique politique jamais institutionnalisée

A-) Historique de la fonction  et comparaison avec d’autres démocraties

1-) Tour du monde des porte-parole de Gouvernement

Bien souvent, les porte-parole de Gouvernement et de partis politiques sont interviewés dans les médias. Ils y sont extrêmement présents, et semblent avoir un rôle déterminant puisqu’ils représentent une parole officielle de leur institution.

En France, la fonction de porte-parole n’existe pas de tout temps. Elle est apparue en 1969 avec Léo Hamon, puis a disparu et est réapparue au gré du temps et du bon-vouloir des Premiers Ministres. Mais, qu’en est-il à l’étranger ?

Nous proposerons ici d’étudier la place des porte-parole de Gouvernement dans six autres pays : l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Canada, et l’Allemagne.

Depuis la sortie de la série The West Wing et même bien avant, le porte-parole de la Maison Blanche, C.J. Cregg, formidablement interprété par Allison Janney, a été mis sous les lumières du public international, notamment européen. Crée en 1929, cette fonction a depuis lors existé. Le rôle du porte-parole de la Maison Blanche est d’offrir aux journalistes accrédités des informations complètes sur l’agenda et l’action du Président américain. Toutes les semaines ont donc lieu des conférences de presse, auxquelles le porte-parole peut inviter différents autres intervenants. Juridiquement, le porte-parole de la Maison Blanche fait partie du Bureau exécutif du Président. Il s’agit toujours de son unique fonction, ce qui met en exergue l’importance accordée à ce rôle outre-Atlantique.

Toujours en Amérique du Nord, le Canada a quant à lui développé une politique particulière concernant la communication gouvernementale. Ayant pour but « d’assurer la gestion efficace et la bonne coordination des communications à l’échelle du gouvernement du Canada et de faire en sorte que celles-ci répondent aux divers besoins d’information du public », la politique de communication est entrée en vigueur le 1er août 2006. D’après ce texte, « les ministres sont les principaux porte-parole du Gouvernement du Canada », mais dans la pratique, des collaborateurs sont nommés pour les appuyer dans cette tâche.

Restons dans le monde anglo-saxon, mais en Europe cette fois, où le dernier porte-parole de Gouvernement britannique en date n’est pas le meilleur exemple puisqu’il a été mis en cause dans l’affaire des écoutes téléphoniques de News of the World. Dans la terrible Albion, le porte-parole est appelé « Prime Minister’s Spokesman » ou « Prime Minister’s Official Spokesman », donc celui du Premier Ministre, et non celui du Gouvernement. Encore une fois, il s’agit là d’une position institutionnalisée, puisque faisant partie du « United Kingdom Civil Service ». Situé dans les bureaux du 10 Downing Street, le porte-parole rencontre tous les matins un petit nombre de journalistes, les « lobby correspondents ». La fréquence de ces points presse témoigne sans doute de l’importance accordée aux relations presse au Royaume-Uni.

Créé en 1949 par Konrad Adenauer, le porte-parole du Gouvernement allemand est le chef de l’Office de presse et d’information du Gouvernement fédéral (Presse- und Informationsamt der Bundesregiurung). Cette administration a une position particulière dans l’organigramme gouvernemental. Elle est en charge de la communication du Gouvernement fédéral, est placée sous la responsabilité du Chancelier fédéral, mais ne fait néanmoins pas partie de la Chancellerie fédérale. De manière générale, le porte-parole du Gouvernement allemand a le rang de Secrétaire d’Etat, mais il est possible qu’il cumule cette fonction avec celle de Ministre fédéral, ayant donc d’autres attributions. Quoiqu’il en soit, le porte-parole du Gouvernement a une double fonction : il doit informer les citoyens et les médias, mais également travailler à ce que l’information circule au sein du Gouvernement fédéral. Actuellement, le porte-parole s’appelle Steffen Seibert, ancien journaliste.

Allons maintenant dans le Sud de l’Europe. En Espagne, Soraya Saenz de Santamaria est la porte-parole du Gouvernement, ou « Portavoz del Gobierno ». Comme pour les autres porte-parole, sa principale mission consiste à communiquer à l’opinion publique, via les médias, sur l’action gouvernementale. Dans la péninsule ibérique, la fonction de porte-parole du Gouvernement est apparue en 1982 et a depuis toujours existé. Il est important dans ce cas de recontextualiser la situation. En 1975, le régime du dictateur Franco chute, et Juan Carlos devient Roi d’Espagne. En 1977, la Constitution est votée, et en 1979 les Espagnols connaissent leurs premières élections démocratiques. Mais en 1981, le pays doit à nouveau faire face à une tentative putschiste, vite réprimée. Le décret-loi créant le porte-parole, daté du 7 décembre 1982, explique donc que la mission de ce dernier sera « d’assurer une politique d’information plus ouverte et constante » : le porte-parole comme garant de la démocratie face à un Etat longtemps secret sur ses activités ? En Espagne, l’institutionnalisation du porte-parole s’est donc faite dans le cadre d’un processus de démocratisation, et une volonté de rendre transparente l’action d’un Gouvernement qui pendant longtemps fut totalitaire.

2-) Les porte-parole français, une pratique fluctuante

a-) Au Gouvernement

Durant le mandat du Général de Gaulle, il n’est pas question de porte-parole, ni à l’Elysée, ni au Gouvernement. De toute façon, ce rôle semble inutile au regard du panorama médiatique réduit. Les rédacteurs de la Constitution n’ont à aucun moment évoqué un éventuel porte-parole. C’est un total vide juridique concernant une fonction qui n’apparaitra donc que dix ans après le début de la Vème République.

  • La sortie du premier Conseil des Ministres de Jacques Chaban-Delmas : qui est donc ce Monsieur Hamon ?

Il faut donc attendre 1969 pour que Georges Pompidou, nouvellement élu Président de la République, nomme Jacques Chaban-Delmas Premier Ministre, qui a son tour nommera le tout premier porte-parole du Gouvernement : Léo Hamon2. Sa fonction sera donc d’informer les médias de l’action gouvernementale, notamment à la sortie du Conseil des Ministres. Les débuts de Léo Hamon montrent sa difficulté à s’imposer comme étant l’intermédiaire de choix. Il est intéressant à cet égard d’étudier la vidéo tournée à la sortie du premier Conseils des Ministres du Gouvernement de Jacques Chaban-Delmas le 25 juillet 1969. A la différence d’aujourd’hui, les journalistes, bien qu’ils aient le droit d’être présents dans la cour de l’Elysée, ne sont pas placés derrière un cordon de sécurité, ce dernier semble être apparu plus tard. Pour laisser une plus grande liberté de déplacement aux ministres sans doute, mais aussi très certainement pour permettre une mise en scène de la sortie du Conseil, et donc donner aux médias de meilleures images. En effet, dans la vidéo de 1969, l’ambiance semble quelque peu chaotique : les journalistes sont agglutinés sur le perron de l’Elysée et entourent les Ministres. Monsieur Hamon n’a alors pas encore parlé, sa conférence de presse suivra. Les journalistes semblent plus intéressés par Jacques Chaban-Delmas, à qui l’un d’eux demande « Sans vouloir anticiper sur ce que Monsieur Hamon nous dira tout à l’heure, pouvez-vous nous dire dans quel esprit, dans quelle ambiance plutôt, s’est déroulé ce premier Conseil des Ministres du nouveau Gouvernement ? ». Jacques Chaban-Delmas rétablit tout d’abord Léo Hamon dans sa fonction en déclarant « Je ne veux pas couper l’herbe sous le pied du porte-parole du Gouvernement », puis répond finalement à la question qui lui a été posée dans un premier temps. La réaction des journalistes à l’époque semble normale : pourquoi écouter cet homme qui, bien qu’il ait un rang de Secrétaire d’Etat, n’a pas de pouvoir décisionnel dans l’action de l’Etat ? Les choses semblaient donc mal engagées pour les futurs porte-parole du Gouvernement.

En 1972, Léo Hamon sera finalement remplacé par Jean-Philippe Lecat, qui restera porte-parole du Gouvernement jusqu’à la mort de Georges Pompidou en 1974. Son décret de nomination3, le premier disponible à tous, décrit de la manière suivante son poste :

« M. Jean-Philippe Lecat, secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, est chargé, par délégation du Premier ministre, de rendre compte des travaux du Gouvernement et d’assurer l’information relative à l’action des pouvoirs publics. »

  • Communication présidentielle versus communication du Gouvernement : qui gagnera ?

En 1974, Georges Pompidou décède, et Valéry Giscard d’Estaing, de l’UDF, est élu. Il nomme alors Jacques Chirac comme Premier Ministre, qui choisira de perpétuer la fonction de porte-parole et appelle André Rossi à ce poste. En 1976, Jacques Chirac démissionne, Valéry Giscard d’Estaing nomme Raymond Barre pour le remplacer. Pour la seule et unique fois en France, en raison du contexte économique, le Premier Ministre cumulera cette fonction avec celle de Ministre de l’Economie et des Finances durant deux ans, jusqu’en 1978. Mais Raymond Barre ne nomme aucun porte-parole du Gouvernement. Les archives historiques sont assez faibles. Il est toutefois possible de noter qu’en 1976, alors que Raymond Barre vient remplacer Jacques Chirac à Matignon, l’Elysée crée au sein de son Secrétariat Général une « cellule d’observation de l’opinion et des médias »4. Valéry Giscard d’Estaing est en effet l’un des premiers Présidents de la République à s’intéresser de près à ses relations aux médias et à l’opinion, autrement dit, à sa communication. Fréderic Tristram dans son article « Un instrument politique mal assumé ? L’entourage de Valéry Giscard d’Estaing à l’Elysée de 1974 à 1981 » explique :

« De façon plus classique, les relations avec la presse constituent un domaine particulier, autour duquel se structure une véritable équipe. (…) Autre caractéristique, le secteur s’étoffe rapidement ».

Au sein de cette cellule, quatre porte-parole de l’Elysée se succèderont : entre 1974 et 1976, Xavier Gouyou Beauchamps, nommé Préfet par la suite, Jean-Philippe Lecat, qui fait son grand retour au porte-parolat entre 1976 et 1978, Pierre Hunt, jusqu’en 1980, enfin, Jean-Marie Poirier, jusqu’en 1981. C’est avec Jean-Philippe Lecat que le porte-parolat de l’Elysée prend de l’ampleur, et pour cause, il devient en quelque sorte aussi celui du Gouvernement. En 1976, Valéry Giscard d’Estaing autorise son porte-parole à assister au Conseil des Ministres. A l’issu de celui-ci, les deux hommes ainsi que Raymond Barre se réunissent afin de préparer le compte-rendu du Conseil, qui sera par la suite distribué aux médias. Comme l’explique Frédéric Tristram :

« Plus largement, Jean-Philippe Lecat suit la communication de l’ensemble du gouvernement mais refuse le modèle de centralisation à ses yeux excessive qui avait prévalu à l’Elysée sous Georges Pompidou. Il préfère ainsi organiser une coordination avec les services du Premier ministre (…) »

Sous Giscard d’Estaing, dans notre régime « semi-présidentiel », c’est donc la communication du Président qui prime, via son porte-parole, et surtout face à un Premier Ministre peu communicant à ses débuts, avant d’être capable de soulever les foules en 1988.

La présidence Giscard, c’est aussi une personnalisation de la vie politique, qui n’est plus alors centrée sur le Président de la République : moins de conférences de presse à répétition, comme le faisaient de Gaulle et Pompidou ! Valéry Giscard d’Estaing s’est attaché à développer la communication gouvernementale d’une autre manière également. Le 6 février 1976, il prend, avec son Premier Ministre Jacques Chirac, le décret n°75-124 portant création d’un service d’information et de diffusion (SID), dépendant des services du Premier Ministre. L’ancêtre de notre actuel Service d’information du Gouvernement était né. Le SID mettait fin à la Délégation générale à l’information, rattachée alors au Ministère de l’Information. La petite révolution du SID réside en particulier dans le fait qu’elle marque un passage de l’information gouvernementale vers la communication gouvernementale. Aujourd’hui, le porte-parole dispose des services du SIG, mais cette prérogative n’apparut pour la première fois qu’en 1984, soit huit ans après la création du SID.

  • Les années 1980 : institutionnalisation et cumul



C’est à partir des années 1980, et surtout avec la première cohabitation que la fonction de porte-parole devient une pratique régulière de la Vème République. Ces années-là marquent en effet le coup d’envoi de l’omniprésence de la communication en politique, avec ses figures de proue telle Jacques Séguéla, Serge Moati ou Jacques Pilhan. L’effort de mise en scène de l’action gouvernementale se veut alors plus fort, d’où, sans doute, l’institutionnalisation des porte-parole de Gouvernement.

A partir de 1981, on remarque trois courtes périodes durant lesquelles le Gouvernement se passa d’un porte-parole. Durant les deux premières années du premier mandat de François Mitterrand, entre 1981 et 1983, la première année du second mandat de François Mitterrand, en 1988, et durant la majeure partie du Gouvernement de Lionel Jospin, entre 1998 et 2002. Les deux premières périodes sont explicables par l’instabilité gouvernementale qui marquât le début des deux septennats de Mitterrand, la période 1981-83 correspondant aux Gouvernements Mauroy I et II, l’année 1988 ayant connu Rocard I. Durant le Gouvernement de Lionel Jospin, c’est Catherine Trautmann, alors Ministre de la Culture, qui remplit la fonction de porte-parole de 1997 à 1998. Une fois qu’elle eut quitté son poste de porte-parole, elle conserva tout de même son poste de Ministre, mais on ignore les raisons qui ont présidé à son départ, et à son non-remplacement comme porte-parole. Il est toutefois possible de penser que la communication gouvernementale était repassée, via le conseiller communication de Lionel Jospin à l’époque, Manuel Valls, dans les mains du Premier Ministre.

Cette époque permettra également au porte-parole de prendre de l’ampleur en devenant d’une part une position politique stratégique, puisqu’offrant une véritable visibilité médiatique, mais aussi puisque le décret n°84-752 du 2 août 1984 permettra à Roland Dumas d’avoir plus de moyens : « le service d’information et de diffusion du Premier Ministre est mis à sa [au porte-parole du Gouvernement ndlr] disposition en tant que de besoin ».

Les années 1980, ce sont aussi les années du cumul pour les porte-parole. En effet, alors que Léon Hamon, Jean-Philippe Lecat, André Rossi (1975-1976), et Max Gallo (1983-1984) se consacraient uniquement à cette tâche, leurs successeurs auront plutôt tendance à être porte-parole et Ministre. Ainsi, sur vingt-six porte-parole depuis 1969 et Léo Hamon, dix-neuf ont exercé une fonction ministérielle en même temps ! Il est intéressant d’observer que, visiblement, être porte-parole du Gouvernement n’est pas cumulable avec toutes les fonctions ministérielles… Parmi les dix-neuf « cumulards », six d’entre eux ont été Ministres du Budget, trois Ministres de la Culture, et trois Ministres de la Santé.

N’oublions pas non plus que c’est sous François Mitterrand que le processus de libéralisation des ondes s’est véritablement achevé, ce qui entraina à l’époque la légalisation de plus de trois mille radios. Le processus de libéralisation des médias, initié dans les années 1970, a véritablement pris fin sous Mitterrand, faisant naitre les premiers véritables médias indépendants et privés.

b-) Dans les partis politiques

Difficile de retracer précisément l’histoire des porte-parole dans les partis politiques … Il s’agit bien souvent d’une fonction aléatoire, elle est supprimée ou rajoutée au gré des années, et selon les contextes politiques. Toutefois, ce rôle semble être l’apanage des jeunes.

Chez la droite politique, aucune trace d’un porte-parole avant 1998, date à laquelle François Fillon fut nommé porte-parole du Rassemblement de la République. Suivirent alors Nathalie Kosciuzko-Morizet en 2002, François Baroin en 2003, Valérie Pécresse et Luc Chatel en 2004, Yves Jégo et Nadina Morano en 2007, Dominique Paillé, Chantal Brunel et Frédéric Lefèbvre en 2008, puis Dominique Paille et Frédéric Lefèbvre en 2009. Peu de documents nous permettent d’évaluer la façon dont ils ont pu exercer cette fonction.

Au Parti socialiste, le premier porte-parole dont on retrouve la trace est Laurent Fabius, qui fut porte-parole entre 1979 et 1981. Par la suite, Jean-Jack Queyranne occupat ce poste entre 1985 et 1993, soit huit ans ! Il fut donc le porte-parole socialiste à rester le plus longtemps en plus. Ses successeurs restèrent en moyenne trois ans. François Hollande fut porte-parole de 1995 à 1997, Vincent Peillon de 2000 à 2002, Julien Dray de 2003 à 2008, Benoit Hamon de 2008 à 2012, enfin c’est aujourd’hui à David Assouline que revient la tâche d’animer les points presse hebdomadaires.

Avec le Parti socialiste, le Mouvement Démocrate de François Bayrou est le seul à avoir fait du porte-parolat une fonction à part. Ainsi, toutes les semaines, Yann Wherling anime les points presse du Modem. Europe-Ecologie-Les-Verts disposent également de deux porte-parole, Jean-Philippe Magnen ou Madame Elise Lowy ; toutefois ceux-ci n’interviennent qu’exceptionnellement. Au Front National enfin, il n’y a pas de porte-parole mais uniquement des « personnes habilitées à parler aux médias », comme l’a exprimé un membre du service presse lors d’une conversation téléphonique.

Guidés par la volonté de s’imposer médiatiquement et politiquement, ces « petits » partis misent uniquement sur leur figure de proue, à savoir François Bayrou, Eva Joly, ou Marine Le Pen. Cette personnalisation de la vie partisane empêche donc l’émergence de nouvelles figures, comme les porte-parole.

B-) Dans un objectif de transparence et de « pédagogie » et communication interne

1-) Transparence

« Mais que fait le Gouvernement ? » Voilà une question bien souvent entendue, et qui en taraude plus d’un… Alors, pour y remédier, les politiques ont décidé de communiquer sur leurs actions. Où en sont-ils ?

Concrètement, cela se traduit par la présentation du compte-rendu du Conseil des Ministres, tous les mercredis à 11h30, retransmis à la télévision, et qui fait l’objet de diverses analyses dans les journaux.

Il fut un temps durant lequel l’idée de transparence alla même encore plus loin. L’idée d’une réunion à huis-clos, regroupant tous les membres peut susciter bien des questionnements, voir des suspicions, de la part des citoyens. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles Valéry Giscard d’Estaing autorisât, à une époque, les journalistes à filmer l’entrée du Conseil des Ministres. Le mystère qui entoure le Conseil de Ministres a en outre inspiré un ouvrage à Bérengère Bonte, Dans le secret du Conseil des Ministres, « jamais filmé, ni enregistré ». La question s’est un jour posée lorsque Dominique de Villepin, alors Premier Ministre, suggérât de filmer le Conseil des Ministres en entier. Il avait ainsi déclaré « Faudra-t-il un jour envisager qu’un Conseil des Ministres soit télévisé et que les Français puissent voir fonctionner en direct leur instance démocratique ? J’y suis favorable », ajoutant alors « il faut que les Bastille tombent ». Mais point trop n’en faut… Jacques Chirac avait presqu’immédiatement désavoué son Premier Ministre, expliquant que « le Conseil des Ministres est un lieu et un temps où se prennent des décisions qui peuvent relever notamment de la sécurité nationale ou des intérêts stratégiques de la Nation (…) Cela doit se faire en toute sérénité et surtout hors de toutes pressions, quelles qu’elles soient. »

Le porte-parole du Gouvernement suffira donc. Dans la logique gouvernementale, il semblerait en effet que la transparence pour les citoyens s’arrête là où commence le secret de la Nation, mais peut-être plus encore les discordes entre Ministres au cours de leur réunion hebdomadaire… Dans l’organisation du Conseil des Ministres il y a, surtout depuis ces dernières années, une véritable volonté de contrôle du message et de l’image, au bénéfice du porte-parole. Le « contrôle » peut parfois aller trop loin pour les journalistes, comme en témoigne le petit évènement du 23 avril 2008. Ce jour-là, les journalistes avaient refusé de filmer et photographier la sortie du Conseil. La raison ? Des barrières avaient été placées, éloignant d’une dizaine de mètre les journalistes des ministres, empêchant photos, plans, et interviews. Il s’agissait, selon Franck Louvrier, alors conseiller presse et communication du Président de la République, d’éviter toute bousculade. Aujourd’hui, le nouveau dispositif permet aux journalistes d’être plus proches et leur laisse l’opportunité d’interpeller à leur guise les Ministres. Les déclarations de ces derniers sont en général alors relativement courtes. Pour laisser la place au porte-parole ?

2-) Pédagogie

Plan de financement, mise en place d’une réforme quelconque… Voilà des sujets, parfois très techniques, et dont il est parfois difficile de parler.

La mission du porte-parole du Gouvernement à cet égard…

Le « le gouvernement de façon un peu institutionnelle explicite ce qu’il est en train de faire »  pédagogiser son action. Il fait un « travail de décryptage », aussi de « service après vente » après les interventions du Président de la République ou du Premier Ministre.

Un porte-parole faisant un point presse toutes les semaines, cela permet une position officielle du Gouvernement. A partir de là, il sera possible pour les médias, de comparer les propositions ou les opinions des partis politiques opposés, ou bien d’identifier les dissidences au sein même de la majorité. Elle permet aussi aux médias d’identifier la « vérité gouvernementale » parmi leurs diverses sources. Comme l’explique Jean-Baptiste Legrave dans son article sur les porte-parole de la Commission Européenne :

« L’intérêt objectif des journaliste pour une source régulière, donnant un point de repère dans la profusion d’informations à laquelle ils sont confrontés »

Offrir une source officielle permet en quelque sorte de s’assurer du message auprès du grand public.

Dans cette même optique pédagogique, Najat Vallaud Belkacem a décidé d’apporter une touche nouvelle à la fonction de porte-parole du Gouvernement. Afin d’éviter l’exercice quelque peu aride, mais traditionnel, du mercredi matin, elle a choisi d’aller, de façon mensuelle, à la rencontre des Français. En effet, pour la première fois dans la Vème République, Najat Vallaud-Belkacem organise tous les mois ces « points presse décentralisés », durant lesquels elle rencontre les différents acteurs du tissu économique et social local. Aurélie Royet-Gounin, conseillère en charge des activités de porte-parole auprès de Najat Vallaud-Belkacem, nous explique la fonction de ces nouveaux points presse décentralisés, en prenant l’exemple du dernier en date, qui s’était déroulé à Cahors (Lot) :

« L’idée c’est qu’elle vient vous dire, enfin essayer de vous expliquer, en essayant de le coller à ce qui se passe sur place, là à Cahors, on a parlé essentiellement agriculture, tourisme, transports, couverture numérique, débit des zones rurales, enfin des choses comme ça, pour dire voilà ce que, alors on fait un tableau d’ensemble « voilà ce que fait le Gouvernement, voilà où on va, voilà les priorités, voilà les perspectives », et puis voilà dans le Lot concrètement comment ça se passe quand on leur dit emplois d’avenir, c’est quoi les emplois d’avenir dans le Lot ? (…) Elle a cette volonté d’utiliser cette fonction de porte-parolat aussi pour faire du terrain. »

3-) La communication intergouvernementale

Le porte-parole du Gouvernement, les citoyens ne le voient qu’à travers les médias. Il est aisé de penser qu’il s’agit de son unique fonction en tant que porte-parole du Gouvernement.

Et pourtant… « C’est aussi une fonction de circulation de l’information au sein du Gouvernement », nous explique Aurélie Royet-Gounin. Alors, le porte-parole est-il une sorte de directeur de la communication interne ?

En effet, pour s’assurer une parole cohérente, le Gouvernement doit veiller à ce que chacun de ses membres aient le même niveau d’information. A écouter, regarder, ou lire les différents médias, on se rend vite compte que les ministres ne sont rarement interrogés que sur leur portefeuille, particulièrement lorsqu’une réforme, une loi ou quelconque actualité fait débat au sein de l’opinion publique.

Alors, comment cela fonctionne-t-il ? Aujourd’hui, le Gouvernement compte trente-quatre ministres, en plus du Premier Ministre et du Président de la République. Dans cette tâche de « communication interne », la mission de Najat Vallaud-Belkacem consiste en premier lieu en une mission de coordination, comme le détaille Aurélie Royet-Gounin :

«Donc on fait beaucoup nous de travail en liaison avec Matignon et l’Elysée sur l’ensemble de ce qu’on produit pour que l’ensemble du Gouvernement ait le même niveau d’information, donc dès que y’a une démarche du Ministre X qui monte, enfin un gros sujet d’actualité, on va faire un truc voilà « Christine Taubira présente la nouvelle politique pénale ».

Sans imposer une parole « obligatoire » aux membres du Gouvernement, le rôle du porte-parole et son équipe consiste avant tout à apporter les détails techniques :

« L’idée c’est d’apporter des trucs un peu techniques, de dire voilà « sur telle chose, pour la Syrie, pour l’instant notre aide humanitaire s’élève à tant, notre action se sont tant, la prochaine réunion c’est telle date, voilà ce qui va se décider à tel moment » ».

Cette mission de coordination s’explique par la transversalité de certains sujets. Pour nous, Aurélie Royet-Gounin s’est penchée sur l’exemple de la création de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme  par Jean-Marc Ayrault :

« Les sujets droits de l’Homme, c’est l’Intérieur, c’est la Justice, c’est les sujets droits des femmes, mais y’en a beaucoup d’autres aussi qui sont concernés, aussi justement l’économie numérique puisque y’a tous ces problèmes de CNIL, de fichage, de protection de la vie privée, de réputation numérique (…) donc on essaie de se dire voilà il faut que chacun sache que le PM a fait un petit topo pour expliquer quelles étaient ses priorités en matière de droits de l’Homme (…) Nous notre boulot c’est de leur faire un petit truc « voilà la CNCDH, voilà le profil de l’institution, elle a telle structure, la nouvelle président c’est Madame Machin qui vient de tel background, et le PM a fixé quatre orientations, trois nouvelles thématiques. »

Dans l’autre sens, Najat Vallaud-Belkacem et son équipe doivent être sans cesse en contact avec les différents cabinets ministériels afin de réunir les informations nécessaires.

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