V. L'époque contemporaine Le juridisme du xixe siècle a L'apparition du juridisme





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  1. V. L'époque contemporaine

    1. 1. Le juridisme du XIXe siècle

      1. a) L'apparition du juridisme


Depuis le XIXe siècle le juridisme a envahi la liturgie de l'Église1. Il nous faut retrouver une approche harmonieuse du culte, du droit et de l'éthos qui a marqué une bonne partie de la vie de l'Église. Le droit casuistique, explique Benoît XVI2, « fournit des normes pour régler des questions juridiques tout à fait concrètes : les prescriptions concernant la détention d'esclaves et leur affranchissement, les blessures corporelles causées par des hommes ou des animaux, l'indemnisation après un vol, etc. Aucune motivation théologique n'est donnée, mais on instaure des sanctions concrètes, proportionnelles au tort commis ». En revanche, le droit apodictique « est édicté au nom de Dieu lui-même, sans aucune mention de sanction concrète »3. La pape cite Frank Crüsemann, qui « a qualifié les dispositions du « droit apodictique » de « méta-normes », qui représentent une instance critique en regard des règles du droit casuistique »4. La dimension juridique est présente dans la conformation liturgico-sacramentelle du culte chrétien en continuité avec la loi ancienne, mais avec toute la profonde nouveauté et l'originalité de la lex gratiae. Le fait que « droit du sacré » ne soit pas consciemment élaboré et formalisé tout au long du premier millénaire ne signifie pas que ce facteur était absent ou inopérant. Pendant le premier millénaire de l'existence de l'Église, il n'existe pratiquement pas de solution de continuité entre droit et liturgie, le droit canonique n'étant pas encore scientifiquement élaboré, et le contenu des textes et des sources anciennes, canons des conciles et symboles de la foi, étant normalement à la fois magistériel, cérémoniel et légal. Il n'y a pas de solution de continuité entre le « mystère du droit » et l'annonce de la Parole, la célébration des sacrements et le service de la charité. Le droit imprègne les expressions cultuelles d'une façon simple et immédiate à partir des principes directeurs imprimés dans la lex sacramentorum et la communion hiérarchique. Il est donc erroné de ramener le facteur juridique dans la mission de l'Église au seul munus regendi, à la seule législation.

Il ne faut pas opposer le droit casuistique de l'Ancien Testament au droit apodictique du Nouveau. D'autre part, le caractère juridique ne se situe pas seulement dans le domaine de la législation et de la production des normes ecclésiastiques, mais aussi dans celui du ius quod est ex gratia. Le droit apodictique n'est alors pas opposé indûment non plus au droit des rubriques, et se trouve à même de comprendre toutes les manifestations de l'Ecclesia iuris.

L'Alliance, passée par Dieu avec son peuple, a une valeur profondément juridique étant donné que l'appartenance au peuple élu implique de partager dans son intégralité l'ordre de la communauté. L'interprétation de l'élément rituel et de l'élément juridique et le caractère éminemment central de la liturgie dans l'économie de l'Ancien Testament sont des caractéristiques constitutives du droit vétérotestamentaire qu'il convient d'épurer certes, mais qui ne sont pas dépassées.
      1. b) L'économie de la Nouvelle Alliance


Avec le Christ, nous assistons à une intériorisation et une spiritualisation de la loi, qui peut trouver son expression dans la « circoncision du cœur » (cf. Romains 2, 25-29). Deux conséquences s'ensuivent : a) la naissance du dualisme, l'ordre spirituel se séparant de l'ordre séculier, et b) la constitution d'une nouvelle forme de communion, à la fois horizontale et verticale. L'apport du christianisme réside principalement dans la portée libératrice de la loi évangélique. La lex gratiae est essentiellement une lex libertatis (cf. Jacques 1, 25).

Le dépassement des préceptes rituels, à la suite du perfectionnement de la loi opéré par Jésus de Nazareth5, conduit à faire passer l'individualité avant l'identité collective de la nation. Le droit ne constitue alors plus seulement un ordre, un système rationnel de relations humaines, mais il est la forme de reconnaissance de la dignité chrétienne du fidèle. Le droit canonique ainsi dégagé de l'emprise séculière se présente comme un ius sacrum par essence et par participation, et non seulement par appartenance ou par attribution. La perspective unificatrice de la Personne du Christ, à la fois prophète, grand prêtre et roi, confère un caractère spirituel et organique au droit ecclésiastique tout entier. C'est ce qui explique que les droits fondamentaux des fidèles et le caractère organique des institutions ecclésiales soient les fondements de la constitution de l'Église. C’est là un aspect essentiel sur lequel nous aurons à revenir.
      1. c) Une conception maximaliste du droit


C'est ce que ne peut percevoir la conception « juridicisante », ou « maximaliste », de la liturgie. Elle comprime l'essence théologique du culte et en exalte l'aspect phénoménologique. Le sens de l'autorité est exagérément souligné aux dépens de la piété personnelle et de la participation à la liturgie. Ce qui était second devient premier : le droit se présente de plus en plus comme un moyen de contrôle et de régulation des phénomènes sociaux et donc du culte public. L'accent est mis sur la législation ecclésiastique et le droit liturgique est compris comme l'ensemble des normes et des rubriques qui en règlent la célébration, définition par ailleurs habituelle, et qu’il convient de dépasser, comme nous l’expliquerons plus avant.
      1. d) L'appauvrissement du droit


En sens contraire, dans cette conception que nous pourrions appeler « minimaliste », le droit est une simple superstructure purement formelle, détachée de l'essence du mystère chrétien. Or, le droit canonique ne se borne pas à structurer des rapports sociaux pour ainsi dire connexes à des choses spirituelles. Il s'agit d'un ius sacrum, parce qu'il assure et protège des biens propres, énoncés au canon 209 (CCEO, c. 12), et des exigences particulières qui ont pour caractéristique d'être dues. Cet appauvrissement se produit de trois façons, selon ses fauteurs.

a) En premier lieu, le facteur juridique joue un rôle de contrôle externe. C'est-à-dire que le caractère juridique serait lié uniquement à la licéité, la validité et la responsabilité administrative, disciplinaire ou pénale de l'action sacrée, mais pas à « la signification fructueuse et plénière du signe ». La piété et la régularité du culte échappent alors à la justice. Les règles de validité/licéité sont l'unique aspect pris en considération « au point d'en arriver à l'identifier avec le droit sacramentel lui-même », au prix d'un appauvrissement terrible6. Or, la valeur juridique d'un comportement ne doit pas être mesurée au degré d'imputabilité ou de responsabilité, mais au caractère objectivement obligatoire de la conduite conforme au bien commun des fidèles, aspect qui est premier, et à l’adéquation du comportement à cette obligation.

b) Un autre secteur de la doctrine cantonne le facteur juridique dans des circonstances exceptionnelles, sans incidence sur la vie ordinaire de l'Église. L'affirmation de SC 28, « dans les célébrations liturgiques chacun, ministre ou fidèle, en s'acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques », a pourtant des conséquences juridiques liées non tellement aux termes employés d'office, norme ou compétence, qu'au contenu effectif négatif (« seulement ») ou positif (« totalement ») des charges institutionnelles confiées au sujet, et au critère herméneutique tenant compte de la nature du rite et des normes liturgiques.

c) Un dernier secteur distingue le droit liturgique au sens large et au sens restreint. Au sens strict, ce serait l'ensemble des normes qui règlent de façon directe et immédiate l'exercice public du culte, les leges liturgicae disciplinares. Au sens large, il comprend toutes les normes, les leges rituales, qui, d'une façon ou d'une autre, ont à voir avec l'action liturgique, qu'elles portent sur le chant liturgique, le célébrant, le temps, le lieu et la langue du culte, ou encore la préséance, etc. Ce droit est en partie écrit, en partie coutumier. Est du droit liturgique toute norme liturgique, aussi bien une disposition particulière que la résolution d'un doute posé, par exemple, par une conférence d'évêques, même si ni la norme ni la matière traitée ne sont générales, et ne satisfont donc pas au caractère formel de légalité. Cette conception normativiste, qui ne tient compte que de la potestas regiminis de la hiérarchie, relègue sur un second plan ce qui est l'objet propre et original du droit liturgique, la réglementation des cérémonies n'appartiendrait au droit canonique que in obliquo, de façon dérivée. La question des sources du droit liturgique s'en ressent, en ce que les sources sont limitées d'abord au code, puis aux livres liturgiques et aux actes de gouvernement officiels de l'autorité ecclésiale. « Le droit liturgique positif finit par l'emporter nettement sur le droit fondamental, lié à l'institution divine. De telle sorte que non seulement l'on perd de vue la nature même du fait liturgique, source première de son caractère juridique, mais aussi que le magistère et l'enseignement ordinaire de la hiérarchie sont de fait privés de leur valeur effective et de leur importance »7. Il n'est que trop fréquent que le caractère juridique soit restreint à l'examen d'un texte légal. C'est oublier « le rôle purement instrumental du texte et son lien consubstantiel avec la réalité, qu'il présente »8. C'est disjoindre le simple ritualisme des lois rubricaires de la canonicité des lois disciplinaires, ces dernières se voyant seules reconnaître le caractère pleinement et à proprement parler juridique. De ce point de vue, plus le droit est authentiquement liturgique, moins il est canonique...

Ces deux courants, maximaliste et minimaliste, finissent également par vider le droit ecclésiastique et le droit liturgique de leur sens et de leur contenu.
    1. 2. Le code de droit canonique de 1917


Le canon 1257 CIC 17 traduit bien la situation de la liturgie entre le concile de Trente et le concile de Vatican II : « Seul le Siège apostolique est compétent pour réglementer la liturgie et approuver les livres liturgiques. » Cette compétence incombant à la congrégation des Rites et Cérémonies, aux termes du canon 253 dudit code.

Il était précisé que les évêques devaient « veiller à ce que des abus ne se glissent pas dans la discipline ecclésiastique, surtout dans l'administration des sacrements et des sacramentaux, dans le culte de Dieu et des saints, dans la prédication de la parole de Dieu, dans les saintes indulgences, dans l'exécution des volontés pieuses » (c. 836 § 2). Ils devaient surtout être attentifs « à ce que dans le culte divin, tant public que privé, ou dans la vie quotidienne des fidèles, aucune pratique superstitieuse ne soit admise » (c. 1261 § 1). En ce qui concerne le célébrant, il était précisé que, « toute coutume contraire étant réprouvée, le prêtre célébrant observera soigneusement et dévotement les rubriques de ses livres rituels, il veillera à ne pas ajouter de son propre arbitre d'autres cérémonies ou prières » (c. 818).

Dans l'encyclique Mediator Dei, du 20 novembre 1947, le pape Pie XII se fait l'écho de cette doctrine : « Au seul Souverain Pontife appartient le droit de reconnaître et établir tout usage concernant le culte divin, d’introduire et approuver de nouveaux rites, de modifier ceux mêmes qu’il aurait jugés immuables. Les évêques ont donc le droit et le devoir de veiller attentivement à ce que les prescriptions des sacrés canons relatives au culte divin soient observées avec exactitude. » De plus, « aucune personne privée n'a le pouvoir de réglementer les actions extérieures qui sont au plus haut point liées avec la discipline ecclésiastique et avec l'ordre, l'unité et la concorde du Corps mystique, et, qui plus est, fréquemment avec l'intégrité de la foi catholique elle-même » (n° 56). Saint Jean de la Croix demandait déjà « qu'on laisse le prêtre dire la Messe comme l'Église l'enseigne et comme elle le prescrit : que personne ne se mêle d'y ajouter du nouveau, comme si, mieux que l'Esprit Saint et son Église, on savait ce qui convient »9. Paul VI dira pour sa part qu'« en matière de liturgie, il ne doit pas exister la moindre opposition entre le présent et le passé »10.
    1. 3. Du code de 1917 au concile Vatican II


Malgré les apparences, uniformité ne signifie pas immobilisme. Des réformes ont été entreprises ou mises en chantier, certes par l'autorité centrale, mais sous l'impulsion du mouvement liturgique.

En 1785, Benoît XIII fait éditer le Memoriale Rituum.

Plus près de nous11, par le motu proprio Tra le sollecitudine, du 22 novembre 1903, fête de sainte Cécile, saint Pie X donne sa charte à la musique religieuse, ordonne une révision du chant grégorien et en publie une édition typique de 1905 à 1911 ; il signe le retour des orgues dans la musique sacrée. Par le décret Sacra tridentina, du 20 décembre 1905, il instaure la communion fréquente et donc la participation des fidèles au sacrifice par la communion12. Il insiste sur la participation active des fidèles à la célébration des mystères, « source première et indispensable du véritable esprit chrétien ». Le décret Quam singulare, du 6 août 1910, porte sur la communion des enfants. Le 1er novembre 1911, par la bulle Divino afflatu, saint Pie X réforme le calendrier et le bréviaire, redonnant au dimanche la prééminence en tant que jour du Seigneur sur les fêtes des saints. Il publie le Graduale romanum (1907), refond l'Ordo psallendi pour que le psautier soit récité chaque semaine (1911), publie l'Antiphonaire pour les heures du jour (1912).

Sous le Serviteur de Dieu Pie XII, le rite de la Semaine Sainte est révisé, et la congrégation des Rites publie, le 3 septembre 1958, une importante instruction sur la liturgie et la musique sacrée. Nous devons aussi à Pie XII l'encyclique Mystici Corporis, du 29 juin 1943, l'encyclique Mediator Dei, du 20 novembre 1947, et l'encyclique Musicae sacrae disciplina, du 25 décembre 1955. Pie XII aménage le jeûne eucharistique13, autorise la langue parlée dans la célébration de la messe14, restaure la vigile pascale en 1951, réforme la Semaine Sainte15, facilite l'administration de certains sacrements16, promeut l'art sacré17, réforme le calendrier liturgique (1955).

Le bienheureux Jean XXIII, pour sa part, a promulgué un nouveau code de rubriques sacrées, par le décret Rubricarum Instructum, du 25 juillet 1960, qui reprend en partie des projets de Pie XII de réforme générale de l'Office, et de concélébration18.
    1. 4. Les nouveautés du concile Vatican II


Le premier document approuvé par les Pères du concile Vatican II concerne la liturgie, la constitution Sacrosanctum Concilium. La constitution a été approuvée par 2147 voix contre 4, et promulguée le 4 décembre 1963, 400 ans jour pour jour après l'annonce de la publication du bréviaire et du missel tridentins. L'approche de la liturgie est profondément renouvelée. Ce qui ne veut pas dire bouleversée. Mais au lieu de s'adresser presque exclusivement aux ministres sacrés, en ignorant le peuple fidèle, les normes liturgiques émanant du concile Vatican II s'inspirent de trois critères :
      1. a) La pastorale liturgique


La pastorale liturgique est intégrée à la législation ; en effet, le concile prescrit que les rubriques prennent en compte l'existence de tous les fidèles, même si, ici, le mot « fidèles » semble exclure les ministres : « Dans la révision des livres liturgiques, on veillera attentivement à ce que les rubriques prévoient aussi le rôle des fidèles » (SC 31). Les fidèles, sans distinction, ont le droit de recevoir de leurs pasteurs une catéchèse sur les rites sacrés : « Les pasteurs d'âmes poursuivront avec zèle et patience la formation liturgique et aussi la participation active19 des fidèles, intérieure et extérieure, proportionnée à leur âge, leur condition, leur genre de vie à et leur degré de culture religieuse » (SC 19). Cette instruction a un caractère pédagogique. C'est une formation à la foi et à la participation active aux célébrations liturgiques, participation active si ardemment souhaitée par le concile : « Elle est, en effet, la source première et indispensable à laquelle les fidèles doivent puiser un esprit vraiment chrétien ; et c'est pourquoi elle doit être recherchée avec ardeur par les pasteurs d'âmes, dans toute l'action pastorale, avec la pédagogie nécessaire » (SC 14/b). Si les sacrements ont pour fin « de sanctifier les hommes, d'édifier le Corps du Christ, enfin de rendre le culte à Dieu » à titre de signes efficaces de la grâce, « ils ont aussi un rôle d'enseignement » (SC 59/a). C'est pourquoi, précise encore le concile, il est « de la plus grande importance que les fidèles comprennent facilement les signes des sacrements et fréquentent de la façon la plus assidue les sacrements qui nourrissent la vie chrétienne » (SC 59/b). L'Église se dit aussi soucieuse « d'obtenir que les fidèles n'assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers ou muets », mais qu'ils le comprennent bien « dans ses rites et ses prières », et que, pour cela, « ils participent consciemment, pieusement et activement à l'action sacrée » (SC 8).
      1. b) Le concile s'adresse à l'ensemble de la communauté ecclésiale


En second lieu, le concile s'adresse à tous les composants de la communauté ecclésiale, en vue de la participation consciente et active de tous. Il pose comme principe que, « dans les célébrations liturgiques chacun, ministre ou fidèle20, en s'acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques » (SC 28). Soulignons ici la double exigence : « seulement et totalement ». Chacun doit remplir son rôle et ne pas en déborder ni l'écorner, mais il doit l'accomplir intégralement, sans omissions, laisser-aller ni démissions.
      1. c) La législation s'assouplit


Enfin la législation liturgique perd son caractère en quelque sorte monolithique. Une marge très large de créativité est laissée afin d'admettre les « différences légitimes » et les « adaptations à la diversité des assemblées, des régions, des peuples, surtout dans les missions ». Il ne s'agit toutefois pas de permettre l'arbitraire - le principe précédent l'exclut pleinement. De plus ces aménagements devront sauvegarder « l'unité substantielle du rite romain ». Et les Pères conciliaires ajoutaient qu'à l'heure de procéder à la révision de la structure et des rubriques des livres liturgiques, « il sera bon d'avoir ce principe devant les yeux » (SC 38). Il existe donc des éléments substantiels, d'origine divine, qui sont immuables, et des éléments accidentels, d'origine humaine, qui, eux, peuvent évoluer. C'est aux conférences d'évêques qu'il appartient de veiller à l'application correcte des « normes fondamentales contenues » dans la constitution Sacrosanctum Concilium, « dans les limites fixées par les éditions typiques des livres liturgiques », « surtout pour l'administration des sacrements, les sacramentaux, les processions, la langue liturgique, la musique sacrée et les arts » (SC 39).
      1. d) Le cadre de la réforme liturgique


SC 21 fixe le cadre à l'intérieur duquel il est possible de procéder à la réforme liturgique : « Pour que le peuple chrétien obtienne plus sûrement des grâces abondantes dans la liturgie, la sainte Mère Église veut travailler sérieusement à la restauration générale de la liturgie elle-même. Car celle-ci comporte une partie immuable, celle qui est d'institution divine, et des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent s'il s'y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées. Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu'ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu'ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu'il est possible. puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire. » « On dit souvent que le concile Vatican II marque une époque nouvelle dans la vie de l'Église. C'est vrai, soulignait Jean-Paul II, mais en même temps il est difficile de ne pas remarquer que l'Assemblée conciliaire a eu largement recours aux expériences et aux réflexions de la période antérieure, spécialement au patrimoine de pensée de Pie XII. Dans l'histoire de l'Église, le « vieux » et le « neuf » sont toujours étroitement mêlés. Le « neuf » croît sur le « vieux », le « vieux » trouve dans le « neuf » une expression plus accomplie »21. Comment ne pas rappeler alors que la réforme liturgique est « le fruit d'une longue période de réflexion qui remonte jusqu'à l'action pastorale de saint Pie X et qui a trouvé une singulière impulsion dans l'encyclique Mediator Dei de Pie XII »22.

Telles sont les normes qui ont été mises en œuvre pour la révision des livres liturgiques après le concile Vatican II. Les modifications à introduire dans les prænotanda des livres liturgiques ont été approuvées par la CCDDS, le 12 septembre 198323. Le code induisait aussi des changements dans les Ordines dépourvus de prænotanda24. Il faut préciser encore que « l'Église, son Épouse, est appelée à célébrer le banquet eucharistique jour après jour en mémoire de lui. Elle inscrit ainsi le sacrifice rédempteur de son Époux dans l'histoire des hommes et elle le rend présent sacramentellement dans toutes les cultures. Ce grand mystère est célébré dans les formes liturgiques que l'Église, sous la conduite de l'Esprit Saint, développe dans le temps et dans l'espace. À ce propos, il est nécessaire de réveiller en nous la conscience du rôle décisif exercé par l'Esprit Saint dans le développement de la forme liturgique et dans l'approfondissement des mystères divins »25.
    1. 5. Les rubriques après Vatican II


Le mot « rubrique » est presque inexistant des livres liturgiques révisés. Nous le trouvons dans le Rituel des ordinations (nos 116, 241, 314), ou encore dans le Rituel de la profession religieuse (nos 23, 54). Mais la réalité demeure. Les Rubricæ generales ont été remplacées par une introduction, plus ou moins détaillée, de caractère doctrinal, pastoral et liturgique, du rite concerné. Pour le Missel, il s'agit de la Présentation générale du missel romain, Institutio Generalis Missalis Romani, qui en est à sa troisième édition, de 200026. Pour les divers sacrements, cette introduction est appelée Prænotanda, en latin, Notes doctrinales et pastorales, ou Orientations doctrinales et pastorales, ou simplement Préliminaires, en français. Pour le bréviaire, c'est la Présentation générale de la Liturgie des heures, ou Institutio Generalis de Liturgia Horarum. Ces nouvelles rubriques ne règlent pas en détail le déroulement des rites. Elles laissent souvent au célébrant une grande liberté dans le choix des textes, afin d'en adapter certains éléments aux conditions de l'assemblée et des circonstances. Dans certains cas, il est invité à associer les fidèles concernés à ce choix. Les rubriques soulignent la signification des rites, faisant ressortir une théologie des diverses célébrations liturgiques. Il est possible d'y trouver la confluence de deux théologies complémentaires, comme dans l'Ordo Pænitentiæ, avec une théologie biblique de la réconciliation et une théologie scolastique des quatre parties du sacrement27.

Ceci dit, les principes généraux du droit sacramentaire inclus dans les canons 834-839 CIC 83 amènent à dépasser le rigorisme rubriciste et mettent en garde « contre le formalisme auquel suffirait la pure observance des règles extérieures, sans aucun engagement intérieur ; par l'apport d'une sève doctrinale nouvelle, ils fécondent les normes concrètes, les libérant du fâcheux rubricisme ; ils manifestent et nourrissent un souci pastoral sérieux, qui engagera à préparer les célébrations et à promouvoir la participation des fidèles, sans se contenter d'en assurer le déroulement digne et bien ordonné ; ils impliquent le renoncement à l'uniformité au profit du principe d'incarnation dans les différentes cultures »28.

1 Sur le développement qui suit, cf. M. Del Pozzo, La dimensione giuridica della liturgia. Saggi su ciò che è giusto nella celebrazione del mistero pasquale, Milan, Giuffrè, 2008.

2 J. Ratzinger/Benoît XVI, Jésus de Nazareth. I. Du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration, Paris, Flammarion, 2007, p. 146-147.

3 « Tu ne maltraiteras point l'immigré qui réside chez toi, tu ne l'opprimeras point, car vous étiez vous-mêmes des immigrés en Égypte. Vous n'accablerez pas la veuve et l'orphelin » (Exode 22, 20-21).

4 J. Ratzinger/Benoît XVI, Jésus de Nazareth. I. Du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration, Paris, Flammarion, 2007, p. 147-148.

5 « N'allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abroger, mais parfaire » (Matthieu 5, 17).

6 É. Besson, « La dimension juridique des sacrements », AC 48 (2006), p. 141.

7 Cf. M. Del Pozzo, « Dal diritto liturgico alla dimension giuridica delle cose sacre : una proposta di metodo, di contenuto e di comunicazione interdisciplinare », IE 19 (2007), p. 589-608, que nous suivons ici (la cit. est à la p. 595).

8 C. J. Errazuriz, « La dimensione giuridica del munus docendi nella Chiesa », IE 1 (19898), p. 190.

9 Il ajoute : « Que si Dieu juge bon de ne pas nous exaucer quand nous agissons avec simplicité, ne croyons pas qu'il le fera par condescendance pou nos inventions. Car Dieu à notre égard est disposé de telle façon que si nous nous conformons au bien qu'il veut et qu'il aime, tout nous sera accordé, mais si nous n'avons en vue que la satisfaction personnelle, il est inutile de s'adresser à Lui. En tout ce qui regarde la façon de prier et de faire des actes de dévotion, suivons les exemples de Jésus-Christ et les traditions de son Église » (La Montée du Carmel, l. 3, ch. 43).

10 Paul VI, Allocution au Consilium, 29 octobre 1964.

11 Cf. Communautés sacerdotales de Saint-Séverin de Paris et de Saint-Joseph de Nice, Le Renouveau liturgique, Paris, Librairie Arthème Fayard, coll. Je sais-Je crois, 1960, p. 11-13.

12 En 1909. Sur la pratique de la communion, cf. Eucharistia. Encyclopédie de l’Eucharistie, sous la dir. De M. Brouard, s.s.s., Paris, Le Cerf, 2002.

13 Const. ap. Christus Dominus, 6 janvier 1953 ; m.p. Sacram communionem, mars 1957.

14 Rituels bilingues d'Allemagne, 21 mars 1950 ; de France, 28 février 1947 ; messe en chinois, décr. de la Propagande, 1949 (non appliqué).

15 Décret général, 16 novembre 1955 ; décr. 1Er février 1957.

16 Ministre extraordinaire de la confirmation, 14 septembre 1946 ; forme de l'ordre, const. ap. Sacramentum ordinis, 30 novembre 1948 ; simplification des rubriques du missel et du bréviaire, 23 mars 1955.

17 Saint-Office, instr., 30 juin 1952.

18 Cf. Pie XII, Discours, 2 novembre 1954 ; Discours aux congressistes d'Assise, 22 septembre 1956.

19 Nous reviendrons longuement sur la participation active des fidèles au chap. XII.

20 On notera encore la terminologie déficiente.

21 Jean-Paul II, exhort. ap. Tertio millennio adveniente, n° 18.

22 Jean-Paul II, Discours à l'Assemblée plénière de la CCDDS, 3 mai 1996, n° 2.

23 CCDDS, « Variationes in novas editiones librorum liturgicorum ad normam Codicis Iuris Canonici promulgati introducendae », Notitiae 19 (1983), p. 540-555.

24 Cf. P.-M. Gy, « Les changements dans les praenotanda des livres liturgiques à la suite du coe de droit canonique », Notitiae 19 (1983), p. 556-561.

25 Benoît XVI, exhort. ap. post-synodale « Sacramentum caritatis sur l'Eucharistie source et sommet de la vie et de la mission de l'Église », 22 février 2007, n° 12.

26 Approbation de l'Editio Typica Tertia du Missel Romain, 10 avril 2000, par décret de la Congr. pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, 20 avril 2000, Notitiae 38 (2002) 452-453. Cette troisième édition typique n'est entrée en vigueur qu'en 2002.

27 Cf. Ph. Rouillard, « Rubriques », Catholicisme Hier Aujourd'hui Demain, vol. XIII, col. 199-201.

28 J. Manzanares, « La liturgie dans le nouveau Code de droit canonique », Nouvelle Revue de Théologie 107 (1985), p. 546-547.

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