Synthèse P. 192





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Idéal Standard

Une mémoire collective

Compte rendu de la série d’entretiens menée par Pierre Lascar auprès d’un échantillon d’anciens salariés de l’usine Idéal Standard d’Aulnay Sous Bois.

Entretiens menés d’Avril 2008 à Janvier 2009 dans le cadre de la préparation de l’exposition « Le Monde d’Idéal » de septembre 2009.

Ces entretiens ont été menés en partenariat avec le Conseil Général de Seine-Saint-Denis, la municipalité d’Aulnay-sous-Bois ainsi que les archives départementale de Seine-Saint-Denis.

Sommaire

Juillard……………………………………………..P.3
M. et Mme Zoryk……………………………..… P.16
Martigny……………………………………….....P.39
Daniska…………………………………………...P.55
Lemoine……………………………………….….P.75
Pateyron………………………………………..…P.90
Guillemot………………………………………..P.103
Fiore……………………………………………..P.123
Fofana…………………………………………...P.136
Kébé……………………………………………..P.148
Théry…………………………………………… P.161
Jasnowsky…………………………………….….P.176
Synthèse………………………………………….P.192
Juillard

Entretien réalisé le 24 avril 2008 à 11h


Rappel des Objectifs de l’entretien : collecter un maximum de témoignages des anciens d’Idéal Standard afin de faire une mémoire du patrimoine industriel de la ville d’Aulnay et de Sevran.
00 :00 :35
À quel moment vous êtes entré dans l’entreprise ?

En avril 1970
Vous connaissiez l’entreprise ?

Oui, Idéal Standard dans la profession était connu.
Que faisiez-vous avant ?

J’ai travaillé dans différentes fonderies, avant de venir à Ideal Standard j’étais à Dompierre, c’était une société qui appartenait à l’époque à Chrysler, qui est devenu maintenant Peugeot.

C’était une fonderie qui travaillait pour l’automobile pas forcément que pour Peugeot.

Avant j’avais travaillé à Clermont-Ferrand dans une fonderie, les établissements Olier.

Avant j’avais travaillé à Rosières, c’est aussi une fonderie, les cuisinières Rosières c’était connu à l’époque. Ça l’est toujours mais ce n’est plus de la fonte, c’est de l’acier.
Comment vous êtes venu à Idéal Standard ?

Simplement parce que j’étais dans une boîte dans laquelle j’avais atteint mon bâton de maréchal, je faisais partie des meubles. Pour évoluer il fallait changer.

Deuxième raison, c’est aussi pour quitter le village dans lequel j’étais dans l’Allier, dans le centre de la France et comme j’avais à l’époque 4 enfants ce qui me posait des problèmes pour les scolarités, je voulais aller dans une grande ville et l’opportunité s’est présentée ici.
En 1970 vous aviez quel âge ?

Et bien de 1934 à 1970, ça fait 36 ans.
Vous êtes venu à Idéal Standard pour venir dans une grande ville et pour venir dans une grande entreprise ?
Oui, le fait que ce soit une entreprise connue dans la profession, c’était un des phares dans la profession.
En quittant l’Allier, vous êtes venu habité… ?

À Aulnay 3000
Vous y êtes resté combien de temps ?

2 ans, puis après je suis venu là.
Vous avez déménagé suite à votre entretien d’embauche ?

Comme mon travail était là, j’ai déménagé évidemment.
Lorsque vous habitiez à Aulnay 3000, comment vous rendiez-vous sur votre lieu de travail ?

En voiture.


Y avait un parking, c’était facile d’accès ?

Oui, à l’époque y avait moins de voitures qu’aujourd’hui, y avait toujours moyen de se garer près de l’usine, voire même dans la cour de l’usine.
Et vos collègues ?

A peu près tous c’était la voiture. Y avait des gens qui venaient à vélo. Y’avait tous les moyens de transport qu’on connaît.
Combien de temps mettiez-vous ?

5-10 minutes
Pendant deux ans vous viviez à Aulnay 3000 et après vous avez déménagé ?

Oui je suis venu ici. C’était un logement de fonction. Toutes ces maisons-là qui se ressemblent étaient des maisons qui appartenaient à Ideal Standard.
Comment cela s’est il passé pour l’attribution du logement ?

Quand j’ai été embauché à Idéal Standard, ça faisait partie du contrat. J’avais demandé à être logé en pavillon parce qu’on avait toujours vécu en pavillon, les enfants aussi, c’était plus intéressant que les 3000 même si à l’époque les 3000 c’était parfait, c’était des logements qui étaient très bien conçus. C’était pas ce qu’on connaît aujourd’hui.

C’étaient les tout débuts, en réalité on était les premiers locataires dans le coin.
Vous êtes donc là depuis 1972. Comment cela s’est-il passé pour votre logement lorsqu’Idéal Standard a fermé ?

Lorsqu’Idéal a fermé, les pavillons étaient à vendre, j’ai racheté le pavillon en me disant que de toute façon ça ne serait pas perdu.

Et puis je suis allé dans l’Oise, je suis rentré dans un groupe qui avait plusieurs fonderies, qui était assez important, Courmétal. Je suis rentré dans cette fonderie je dirais pas par hasard mais un peu. Il s’est trouvé que le gars qui avait en charge la société tout au moins la fonderie qui avait été rachetée par le groupe a une famille méruvienne puisque c’était à Méru et le gars qui était chargé de diriger cette entreprise et de la moderniser, il s’est trouvé que c’était un copain de promo. J’ai su qu’il cherchait quelqu’un, j’ai été et puis ça s’est fait.
Vous avez pu avoir le logement à un prix préférentiel ?

Oui, il n’y a eu aucun souci.
Aspect technique
Quel poste occupiez-vous ?

J’étais chef de service Fusion labo métallurgique.

Ça consistait à élaborer de la fonte dans les meilleures conditions possibles.

Quand je suis rentré, il y avait aussi une raison à ma venue ici vue par la direction, ils démarraient ici des cubilots modernes des fours électriques et j’avais dans la boite où j’étais avant, j’avais justement participé au montage et au démarrage d’installation similaire.

Donc je possédais bien la technique de tout cet ensemble. Et comme ici ils avaient quelques difficultés, ils démarraient. Ils n’avaient pas de gens formés, donc c’est un peu ce qui a fait qu’il m’ont pris ici. Ils cherchaient quelqu’un qui avait une expérience pour diriger ça.


Vous avez occupé le même poste durant les cinq ans ?

Oui, pendant 5 ans.
Pourriez-vous nous montrer sur ce plan votre poste de travail ?

Cf .plan
Quelles étaient vos conditions de travail ?

Comme dans cette industrie, du bruit, quelquefois des coups de chaud aussi parce que quand vous avez des appareils de fusion avec de la fonte qui est à …
problème du à une saute de la bande…
J’ai un ancien contremaître qui est décédé y a pas très longtemps. Il avait le cancer de la plèvre. Est-ce dû à ça ou pas.
Votre travail, comment ça se passait ? vous étiez derrière un bureau ?

Je dirigeais les équipes. J’étais responsable de ce qui se faisait. J’étais chef de service, j’avais un service où il y avait des appareils de fusion avec des gens qui s’occupaient de ça.

J’étais à la manœuvre.
Vous étiez physiquement derrière eux ?

Pas tout le temps, si il avait un problème fallait aller les régler, c’est comme tout responsable.
Vous parliez d’incident lié à la chaleur, c’était fréquent en 5 ans ?

Ça n’arrivait pas souvent, mais ça arrivait quand même. C’est un métier où il y a quand même des risques, vous avez des cokes avec lesquels vous fabriquez du CO. Le CO c’est déjà dangereux. Donc on a eu des explosions, ça s’est produit. Surtout au moment des défournements. Quand on vidait l’appareil, il pouvait y avoir une accumulation de gaz de CO au pied de l’appareil et quand le coke incandescent tombait ça provoquait des explosions.

En 5 ans ça a dû arriver deux fois. C’est pas tous les jours…
Y a eu des blessés ?

Non heureusement, c’est-à-dire que comme ça se savait on prenait des précautions. On tirait à distance avec des câbles.
Les mesures de sécurité étaient respectées ?

Oui, bien sûr.
Revenons sur vos qualifications. En arrivant vous aviez quelle expérience ?

Occupiez-vous ce poste-la avant ?

Oui, absolument. C’est pour cela que je suis venu ici.
Vous n’avez pas reçu de formation particulière ?
Je me suis formé sur le tas.

J’ai fait un BTS de fonderie. C’est ce que j’avais mais sur le plan industriel, je me suis formé quand j’ai travaillé à Dompierre. Où là on a fait une usine a peu près complètement. J’avais participé à l’élaboration, à la mise en route. Et là vous faites une expérience extraordinaire. Vous essuyez tous les pépins, donc après vous connaissez.
Pourriez-vous nous décrire la chaîne de travail ? Le procédé technique ?

D’abord vous avez un cubilot. C’est comme un haut-fourneau sauf que, pour un haut-fourneau, vous travaillez avec des minerais alors que, pour un cubilot, vous travaillez avec de l’acier et des fontes de première fusion. Le principe est le même vous enfournez du coke, du métal, vous soufflez et vous faites fondre le métal donc vous obtenez de la fonte à partir de l’acier. La marche de cet appareil permet d’obtenir une fonte mais suivant l’utilisation de cette fonte vous lui demandez certaines qualités. Il est donc important d’ajuster ce qu’on appelle l’analyse du métal (avec la quantité de carbone, de silicium, de manganèse..) qui font que votre fonte a une qualité mécanique qui est plus ou moins bonne. Il faut que vous régliez l’appareil pour qu’il y ait une marche la plus régulière possible, ce qui est pas toujours évident avec des appareils comme ça. D’autant que vous mettez des produits plus ou moins purs, l’acier, vous êtes pas dedans, vous savez pas ce qu’il y a. Donc en fonction de tous ces éléments, vous devez quand même obtenir une fonte qui est la plus régulière possible, de façon à avoir les qualités qui sont maintenues à peu près correctement.

Pour ça vous avez des moyens de contrôle bien sûr. Il y avait un labo qui faisait des analyses avec un spectro qui permettait de faire des analyses très rapides.
Comment cela se passait ?

Vous faites des pastilles, des petits prélèvements. Ces pastilles vous les polissez et vous les passez au spectromètre. Ça vous donne l’analyse de douze éléments. Entre le moment où vous faites le prélèvement et celui de l’analyse vous avez entre 5 et 10 minutes.
On obtient ainsi le niveau de pureté ?

On obtient la composition du métal donc on sait si on est dans les normes ou si on n’y est pas. Si on n’y est pas, il faut corriger.
Pour corriger, comment trouviez-vous la source du problème ?

Pour corriger, y a des produits d’addition ou alors si vous avez en trop, malheureusement vous subissez pendant un certain temps. Il faut modifier vos charges, ce que vous mettez dedans. Vous avez quand même une inertie relativement importante étant donné que dans un appareil vous avez à peu près 8 à 10 charges. Donc vous avez un laps de temps où soit, vous faites de la mauvaise fonte et des mauvaises pièces et vous faites des rebuts, ou alors c’est litigieux et vous vérifiez, vous multipliez les contrôle de façon à savoir si malgré tout vous faites un produit qui est valable ou pas.

C’est quand même très très rare que vous soyez tellement en dehors des critères.
Quand vous parlez de rebuts, c’était perdu ?

C’est perdu, ça repasse dans l’appareil.
Vous étiez là pour vérifier cette qualité ? Et résoudre le problème lorsqu’il s’en pressentait un ?

Oui et puis surtout s’occuper des gens ! Quand vous avez du personnel y’a toujours des problèmes.
Vous aviez donc en votre qualité de responsable une part importante de gestion des ressources humaines ?

Bien sûr.


Quels problèmes avez-vous rencontrés ?

Des problèmes de sécurité. De formation. Là il a fallu former des gens parce que comme je vous l’expliquais je suis arrivé ils avaient de gros problèmes parce qu’ils avaient pas de gens formés. Ils ont fait un investissement qui était très bien mais le problème qu’il y avait c’est qu’ils n’avaient pas compté la formation des gens.
Au niveau matériel y avait de quoi faire mais y avait pas de formateur ?

Y avait pas de formation.
Donc c’est vous qui deviez former ?

Il a bien fallu. En tant que responsable il fallait que ça marche. C’est une grosse partie de mon travail.
Les ouvriers arrivaient sans formation ? (00 :18 :50)

Les gens qui étaient là non. Ils étaient formés sur des appareils classiques. C’est un peu comme si avant ils avaient une 2CV et que vous leurs donniez une formule 1. Les gens avaient quelques principes de base mais ils étaient devant des appareils où il y avait des contrôles un peu particuliers à faire et qui les dépassaient. Ils n’avaient pas toujours la capacité d’intégrer les phénomènes qui se passaient. D’abord, ils se retrouvaient un petit peu dépassés, dépaysés parce qu’ils se retrouvaient tout d’un coup dans des cabines avec des écrans partout, des analyseurs de gaz… Déjà ça ça impressionne les gens de base. Ils y vont mais un peu à reculons. Après il faut leur expliquer ce qui se passe quand il y a certaines explosions. Parce qu’il y avait beaucoup d’explosions surtout quand je suis arrivé. Quand vous avez du CO et des apports d’air…

Cet appareil, c’était du feu sans fumée. On récupérait tous les gaz et on les filtrait donc ça rajoutait plein de poussières, on voyait plus rien. On aspirait mais il fallait pas aspirer de trop sinon on avait un appel d’air par le haut de l’appareil et cet appel d’air faisait qu’il y avait des explosions. Il y avait une régulation mais il fallait être attentif à ce que ça marche bien sinon on avait ce risque d’explosion.
À votre arrivée c’était vraiment un problème ?

C’était un problème les explosions. Faut expliquer aux gens qui faut surveiller tel appareil. C’est de la formation.
Et ça vous avez réussi ?

Oui on y arrive… Il faut que quelqu’un explique.
Les incidents étaient liés à un problème de formation ?

Pour moi oui.
Dernière question pour cette partie de l’entretien. Aviez-vous conscience de ce que produisait plus généralement l’entreprise ?

Oui je me suis intéressé aux produits. Il y avait aussi un laboratoire qui faisait la conception, qui était à Blanc-Mesnil. Le patron du labo habitait juste à côté.

A l’époque on avait aussi quelques problèmes de casse surtout pour les chaudières. Les chaudières en particulier à causes des fortes pressions. Il arrivait qu’il y ait de la casse. Ça claquait à cause des différences de température. Ils fabriquaient une fonte au départ, il fallait une bonne coulabilité pour bien épouser les formes parce que c’est très fin les parois des chaudières ce qui fait que pour que le métal coule bien il fallait une certaine qualité au niveau des composants et notamment pour avoir une bonne fluidité de la fonte, il n’y avait pas 36 solutions. C’est ou augmenter la quantité de carbone mais ça on est limité parce que le carbone dans la fonte y a des limites, c’est un peu comme le sucre dans le café au bout d’un moment ça sature ! Ils avaient des appareils qui ne permettaient pas de monter très haut en température. Donc les anciens ne montaient pas très haut en température et n’avaient pas des carbones très élevé. Donc pour pallier ça on mettait du phosphore. Le phosphore a cette particularité d’améliorer la fluidité mais aussi de fragiliser. On améliorait un truc d’un autre côté mécaniquement le produit baissait en qualité. Il fallait essayer de supprimer le phosphore et c’est ce que l’on a fait avec ces nouveaux appareils qui permettaient d’avoir des températures beaucoup plus élevées du fait que la conception était meilleure et en plus on soufflait du vent au lieu de souffler de l’air à la température ambiante comme on récupérait les gaz comme je vous expliquais pour les dépoussiérer c’était des gaz sans impuretés. On passait dans des manches, mais avant il fallait refroidir parce que les gaz qui étaient à 850 degrés, c’était beaucoup trop chaud. Donc on passait dans un appareil, un échangeur, on envoyait de l’air froid dans cet échangeur et en fait on récupérait les calories avant d’envoyer le vent à nouveau dans le cubilot, ce qui faisait un gain de coke qui permettait d’avoir des températures plus élevées.
Vous l’avez eu quand ce nouveau matériel ?

Je suis arrivé en 1970 il ont dû installer ça en 1968-1969. Je suis arrivé juste après.
Vous étiez formé sur ce genre de matériel ?

J’avais travaillé 10 ans avec ça. J’avais démarré des installations justement dans la boîte où j’étais avant.
Finalement ils étaient un petit peu en retard au niveau du matériel ?

Oui, en fait ça dépend de si la boite est riche ou pas, ça dépend si les gens vont de l’avant ou pas.
Vous vous êtes intéressé à ce que produisait idéal Standard ? Au produit fini ?

Oui, c’est un peu dans ma nature. Ces appareils-là avaient un plus gros débit que les anciens. Donc ils ont arrêté le reste et on a marché qu’avec ça.

Il y avait plusieurs fonderies. Il y avait trois fonderies, celle des grosses chaudières, celle des petites chaudières et la fonderie des assortiments. Chaque fonderie avait son appareil pour fabriquer la fonte et ils faisaient une fonte particulière pour chacune des trois.

A partir du moment où on a mis un seul appareil, on a distribué la fonte dans les différentes fonderies. Il a bien fallu que la fonte soit apte à aller dans toutes les catégories.
Ça c’était le changement mis en place à la fin des années 60 ?

C’était un changement important. On a fait ça en 1969-70-71.
C’est une organisation qui change ?

Oui, complètement. Il a fallu transporter de la fonte. On a fait la fonte unique en 1971. J’ai participé complètement à tout ça.
Il y a eu des changements architecturaux ? Comment la fonte était-elle transportée ?

Par des fenwicks. Dans lesquels il y avait un système avec des poches pour transporter du métal.


Cela n’a pas augmenté la dangerosité ? les accidents ?

Non, mais il a fallu limiter les parcours et prendre certaines dispositions. Mais ça n’a pas posé trop de problème.
Ce nouveau système a aussi amélioré l’environnement ?

Oui bien sûr, il y avait les cheminées mais on ne voyait pas de fumée. Il n’y avait pas de rejet, sauf si il y avait une panne. Ça arrive.
Pourquoi n’y avait-il plus de fumée ?

Comme je vous l’expliquais, on récupérait tous les gaz et on les filtrait. On récupérait les poussières dans les filtres et au niveau des rejets dans l’atmosphère y avait plus.
Ça faisait partie des arguments pour changer de système cet aspect écologique ?

Je pense que oui parce que c’était un vrai problème.
Qui s’en préoccupait ?

C’étaient les riverains qui poussaient à la roue parce qu’ils étaient gênés. Il y avait beaucoup de poussière. Même jusque-là. Il pouvait y avoir du linge blanc sur les fils il noircissait. Ça provoquait des gênes, c’était indiscutable. A l’époque, les riverains râlaient.

Je pense que ça a aussi participé dans le choix de ce type d’appareil.
On va s’intéresser désormais plutôt à tout ce qui concerne la vie dans l’usine (00 :29 :45).

Où mangiez-vous ?

A la cantine. Sauf quand j’ai déménagé là. Pendant deux ans j’allais à la cantine. Après avoir déménagé je venais manger chez moi j’étais à deux pas.
La cantine était où ?

Cf plan
C’était réservé aux responsables ?

Non, tout le monde.
Il y avait combien de personnes ?

Aucune idée, mais il y avait un monde fou. Vous vous rendez compte il y avait au moins deux milles personnes là-dedans.

Tous ceux qui habitaient au loin venaient à la cantine.

Il y en a qui mangeaient des casse-croûte dans les bistrots à côté. Il y avait des tas de petits bistrots autour qui ont fermé maintenant ça n’existe plus.
Il y avait plusieurs bistrots à côté de l’usine ?

Il y en avait un près de la cantine justement, il y avait une porte de sortie et juste de l’autre côté de la rue il y avait un café. Et puis il y avait chez Talbar je crois. Ils étaient l’un à côté de l’autre. Il y en a un c’était plutôt le truc arabe. Il y avait beaucoup de maghrébins et d’africains dans cette usine. De l’autre côté, du côté de Loréal, vous aviez ce qu’il y a maintenant. Vous avez des cafés qui ont été plus ou moins rénovés mais ils existaient déjà. Il y avait au moins quatre cafés.
Les gens fréquentaient toujours les mêmes ?

Oui, bien sûr, toujours…
Plutôt le matin pour le café ou plutôt à la sortie de l’usine ?

C’est-à-dire qu’il y avait le travail en équipe avec les 3-8 donc ça marchait un peu tout le temps…
Vous alliez dans un de ces cafés ?

Non pas trop, ça pouvait arriver mais pas trop…
Avez-vous un souvenir de ce qu’organisait le comité d’entreprise ?

Il y avait un comité mais alors là… Je ne saurais pas vous en parler parce que je ne savais pas ce qu’il faisait.
Il n’y a pas d’initiatives qui vous aient marqué ?

On a eu beaucoup beaucoup de problèmes syndicaux, des grèves…
Il n’y avait pas de repas d’entreprise ? Vous ne fêtiez pas la Saint Eloi ?

Non. Parce que par exemple la Saint Eloi, quand j’étais en province ça se faisait. C’était même presque la journée de repos. Mais ici avec les maghrébins c’est des choses qui n’existaient pas. Y a des traditions, eux ils avaient d’autres traditions, c’était le ramadan ou tout ça… Chacun fait suivant ses traditions.
Sur l’aspect syndical, quelles étaient vos relations ?

On avait des relations par obligation, on a eu de nombreuses grèves. C’étaient des grèves liées à la fermeture de l’usine, au fait que ça marchait mal. Quand ça marche mal, les gens n’y trouvent pas leur compte. En plus disons qu’il y avait quelques rivalités entre les syndicats…

Je pense que ce qui était le plus important c’était le fait que la fermeture se profilait. Au fur et à mesure qu’on approchait de la date fatidique…
Les syndicats étaient très présents ?

Oui.
Quels étaient les liens entre eux ?

Je peux pas vous dire exactement. Il y avait des actions communes. Ça arrivait. Ils faisaient aussi ce qu’on appelle les grèves perlées. Vous avez des manutentions terribles là-dedans, avec toutes les matières premières. Il y avaient deux ponts roulants, il suffisait que les grutiers se mettent en grève et on paralysait la boite.
C’est arrivé souvent ?

C’est arrivé.
Dans ces cas-là vous êtes responsable ?

Il faut sauvegarder le matériel. C’est délicat quand vous avez des appareils avec de la fonte.
La fonte reste en place ?

Oui
Elle est alors perdue ?

Ça depend si les gens décident de prolonger la grève on est obligé de vider les appareil et ça c’est perdu.

Vous étiez syndiqué vous-même ?

Oui, syndicat cadre, CGC.
Vos liens avec ce syndicat ?

On a aussi participé à quelques actions. Au moment où justement ça se précisait au niveau de la fermeture. Pour moi c’était plus des actions par solidarité qu’autre chose parce que je savais très bien que la boîte était foutue.
Vous étiez informé de ça ?

Non, c’était le sentiment que j’avais.
Vous aviez des contacts avec la direction ?

C’était très hiérarchisé ! Je sais pas si je peux vous parler de tout ça comme ça…

… Quand je suis rentré dans la boîte j’ai su que c’était fini…
En 1970 ?

Parce que déjà y avait des bruits qui couraient plus ou moins. Et puis il y avait une chute du chiffre d’affaires…

On n’avait pas les gens qu’il fallait pour rétablir la situation.
Au niveau de la direction ?

Je pense que c’était aussi voulu par les Américains qui avaient l’intention de fermer et qui avaient placé là des gens qui ne cherchaient pas du tout à sauver la boîte.

Quand vous êtes dans une boîte et que vous êtes cadre ou patron, votre objectif c’est de pousser la boîte en avant, si vous poussez pas la boîte en avant c’est foutu.

Et la mentalité des gens… Je vais trop loin…
Avez-vous souvenir de grandes grèves avant la fermeture ?

Il y en a eu des grèves ! Mais alors vous dire les dates… Je ne m’en rappelle plus…
Et les événements ? Certaines grèves vous ont-elles marqué ?

Elles m’ont marqué, parce que déjà quand vous avez une grève ça pose problème. Quand vous avez des appareils comme ça… parce que vous aviez des fours électriques aussi. Tout ça demande une surveillance.

Un moment donné vous arrêtez les appareils, quand vous arrêtez le cubilot, vous pouvez rester une paire d’heures arrêté sans que ça pose problème et puis après les problèmes commencent parce que le métal refroidit. Ça sort par un trou comme ça la fonte donc ça finit par faire ce que l’on appelle une carotte. Ça fige et après vous pouvez plus faire évacuer ce qu’il y a dedans. Et si ça refroidit tout le temps je peux vous dire que ça fait un sacré travail. Donc un moment donné il faut dire : On vide ! On fond, on vide et on lingote. Lingoter c’est-à-dire vider ça dans une lingotière et après vous refondez ça.
Le grand danger de la grève pour vous n’était pas la perte d’argent mais conserver votre outil de travail ?

De toute façon c’est aussi la perte d’argent. La première préoccupation c’était de faire en sorte que le matériel ne souffre pas.
Les grévistes avaient conscience de ça ?

J’ai jamais eu de problèmes pour dire on vide et pour avoir des gens montés sur des chariots élévateurs et y aller.

Même à la fin lorsque les ouvriers sentaient que la fermeture était proche ?

Oui, sauf vraiment la fin la fin, on avait un four à canal (four dans lequel vous avez 50 tonnes de fonte en liquide que vous maintenez à température) et là quand on est parti, quand on a arrêté, on avait encore de la fonte dans le four. Il devait rester une vingtaine de tonnes et qu’il a fallu vider bien après. On a vidé ça devant le four, il y avait une immense fosse qui était prévue à cet effet en cas de pépin et qu’il faille vider rapidement. Et donc on a tout basculé dedans. Ça doit toujours être enterré dans le coin.
Votre souvenir à vous de la fermeture ? Comment l’avez-vous appris ?

On a reçu une lettre comme quoi ça s’arrêtait. On n’avait plus qu’à plier bagage.
Combien de temps avant la fin ?

Je ne me rappelle plus, c’était quelques semaines avant. Mais bon, c’est pas un secret quand une boîte plonge.
Comment pouviez-vous voir que ça plongeait ?

On avait à produire moins parce qu’on savait très bien qu’on avait un produit qui était dépassé. C’est ça le problème. Quand je suis rentré dans cette boîte, à voir l’organisation, à voir un certain nombre de choses, on savait qu’on pouvait pas aller très loin parce qu’il n’y avait pas d’innovation.

On avait un produit depuis des décennies et on continuait tranquillement. Et plus le marché se refermait, plus on voyait des produits qui venaient sur le marché, des produits qui existent aujourd’hui d’ailleurs… non ça inquiétait personne. En tout cas c’est l ‘impression que ça donnait.

Dans l’usine, j’ai toujours connu des gens qui avaient foi en Idéal Standard et qui disaient « on a déjà connu des périodes où ça allait mal et on s’en est toujours sorti ». Ça c’est un discours que j’entendais à longueur de temps. Les gens, au niveau encadrement étaient persuadés de ça.

Il y a eu une espèce de paralysie, c’est difficile à exprimer…
Pourtant on a la parfois le souvenir d’une société qui innovait notamment avec le laboratoire de Blanc-Mesnil… ?

Oui, mais il y avait la guerre dans une boîte comme ça… Si vous n’avez pas à la tête quelqu’un qui met chacun à sa place… C’était l’Etat dans l’Etat.

Il n’y avait pas de coordination.
Lorsque l’usine d’Aulnay a fermé vous n’avez pas pensé aller ailleurs à Ideal Standard ?

J’ai été contacté pour aller dans une autre boîte, qui a été rachetée d’ailleurs, qui appartenait à un concurrent. Mais non, c’était une boîte qui était vétuste… C’était à Soissons.
La direction d’Aulnay ne vous avait rien proposé ?

Non ! Je vais vous dire pour être tout à fait franc que j’avais du travail avant que la boite ne ferme. J’avais déjà prospecté. J’aurais pu même m’en aller avant mais bon je suis comme tout le monde je me suis dit après tout j’ai le droit à des indemnités, je me fais virer…
La négociation a pas été trop dur ? Par rapport aux indemnités, par rapport à la maison ?

Non… C’était une boîte un peu particulière Idéal Standard…


C’est-à-dire?

Je sais pas… J’ai trouvé une boîte qui avait une renommée extraordinaire, et j’ai été déçu en fait.
Il y avait pour vous une différence entre la renommée et l’aspect plus concret de l’organisation ?

Toutes les boîtes dans lesquelles j’ai vécu, il y avait un patron, il y avait des décisions. Quand vous étiez à un certain niveau sans tout savoir, il y a des choses qu’on savait sur la marche de l’entreprise. On avait des chiffres. Ici rien.
Même vous qui étiez curieux ? vous n’aviez pas d’information ?

Non ! A tel point que je me demandais si les gens qui étaient au-dessus de moi en avaient…

Je vous livre ma façon de voir mais je sais qu’elle n’est pas partagée par tout le monde.
En ce qui concerne vos rapports avec la ville ?

Maintenant j’habite à Sevran, mais il m’arrive d’aller à Aulnay. Ma femme va beaucoup voir les spectacles à Aulnay. De ce côté-là on n’a pas de problème. Mais lorsque j’étais à l’usine, on n’avait pas de contact.
Vous avez ensuite été travaillé à Méru, vous êtes resté habité à Aulnay ?

Oui, j’avais une heure de route. On aurait pu déménager mais il y avait le problème des enfants, de la scolarité.

On a un moment hésité à aller à Beauvais, mais non. Il faut dire que les rares fois où j’y suis allé, l’air ambiant était tellement nauséabond ! Spontex ça les parfume !
Je reviens à la fermeture de l’usine, aviez-vous participé à des manifestations ?

Oui plusieurs fois. Il y a eu des blocages de trains. On est allé à la DATAR. On a fait un certain nombre de choses. Ça c’était tout à fait intersyndical.
Quels types d’actions ?

On a retardé quelques trains. On avait rencontré le patron de la DATAR. Ça changeait rien…
C’était dans les derniers moments ?

Oui, tout ça vient progressivement. Au début on commence à avoir des bruits comme quoi ça va mal. Les gens en général ne croyaient pas à la fermeture.

C’est là où on s’aperçoit que les gens qui n’ont pas la manifestation viscérale quand ils s’aperçoivent que vraiment c’est fini alors là, il y a une déception extraordinaire. Il y a des gens qui sont calmes qui d’un seul coup deviennent enragés. C’est fou ! Il y a une déception qui est telle chez ces gens-là. Pour eux ça peut pas arriver. La direction c’est le soleil…
À partir de l’annonce officielle de la fermeture, il y a eu un changement radical ?

Il y a des comportements qui se sont radicalisés d’une façon extraordinaire.
Sur la médiatisation du conflit ? Avez-vous souvenir d’un relais de la presse ?

Très régional disons. A l’époque ça faisait partie des choses…
Vous cherchiez à faire du bruit ?

Personnellement je n’ai pas connaissance qu’on ait vraiment insisté vis-à-vis de la presse.

Pourquoi ?

Je ne saurais pas dire. J’étais pas un meneur. Ma religion était faite depuis longtemps, ça aurait été mal venu de dire « les gars on va y aller ».
Vous n’avez pas souvenir qu’on en ait beaucoup parlé ?

Non. Quand on voit le bruit que font aujourd’hui les fermetures de certaines boîtes… Ça n’a rien à voir.
Ça impliquait pourtant beaucoup de monde…

C’étaient les débuts, c’étaient les premières boites qui fermaient. Ces industries-là ont été touchées très fortement par le choc pétrolier. Et comme c’étaient des boites qui avaient gagné beaucoup d’argent et qui n’avaient pas investi.

C’était comme ça, ils ont empoché l’argent et n’ont pas investi. C’était pas dans l’air du temps.

Des fonderies, j’en ai vu fermer des dizaines c’étaient des boîtes familiales, donc c’était comme ça. On ramassait le pognon tant qu’il tombait et après on revendait ou on fermait.
Vous avez gardé des contacts avec vos collègues de l’époque ?

Moi j’ai des contacts, tous les ans on fait notre petite réunion. Vous savez à Idéal Standard, je connaissais pas tout le monde. C’était tellement cloisonné. Chacun était plutôt dans son coin. Je peux vous dire que lorsqu’on va à la réunion annuelle, y a des gens, je ne vous dirais pas leurs noms.

Dans les autres boîtes dans lesquelles j’ai travaillé, j’ai gardé des contacts. Demain je vais au départ à la retraite d’un ancien collègue…
Les ouvriers avec qui vous travailliez, savez-vous ce qu’ils sont devenus ?

Oui, il y en a que j’ai amenés avec moi à Méru. Mais c’était loin, il n’y avait pas de possibilité de les loger là-bas donc ils sont revenus et se sont retrouvés à Roissy en général.
A aucun moment Idéal Standard n’a proposé de requalifier les gens dans d’autres usines ?

Non, c’était pas le souci de la direction.
Avez-vous conservé des photos ?

Non, c’est bizarre. J’ai rien ! Autant j’ai sur d’autres que là…

Pour moi ça a été un passage courant d’air.

Ça se traduit un peu malheureusement dans mes propos… Je ne voudrais pas que mes collègues en souffrent.
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