Situation de la R&D dans l’industrie algérienne





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Situation de la R&D dans l’industrie algérienne.

Cas de trois entreprises publiques
Houria Ouchalal, Hocine Khelfaoui et Yassine Ferfera*

Introduction :
Cette contribution s’attèle à décrire la situation de la recherche et développement dans les entreprises publiques algériennes. Elle porte sur le cas de trois entreprises, représentant trois secteurs différents, soit SONELGAZ pour le secteur de la production et de la distribution de l’énergie (gaz et électricité), l’ENIEM pour la production et la distribution de produits électroménagers et SAIDAL, pour la production et de la distribution de produits pharmaceutiques1. Le choix de ces entreprises peut se justifier de plusieurs manières : elles représentent trois secteurs différents et assez représentatifs du tissu industriel algérien (énergie, électroménager et pharmacie), elles sont apparues ou se sont affirmées dans des périodes différentes, et représentent de ce fait trois traditions différentes. La première, SONELGAZ, est l’une des plus anciennes des entreprises algériennes, étant l’héritière de l’ex EGA durant la colonisation ; la deuxième appartient au réseau d’entreprises publiques mises en place dans le cadre de la politique des « industries industrialisantes » durant les années 1970. La troisième, quoique issue d’une ancienne grande entreprise publique, peut être considérée comme une entreprise nouvelle, tant sa restructuration l’a éloignée du schéma de fonctionnement de son ancêtre. Le choix de ces entreprises est aussi justifié par l’importance de leur place dans le marché national, la taille de leurs effectifs et la nature de la technologie employée. Par ailleurs, les trois entreprises ont le privilège de disposer de structures de R&D.
De plus, l’intérêt de ces entreprises pour l’activité de recherche et développement ne cesse de croître ces dernières années. Cette activité est présentée comme un élément clé de leurs stratégies de sortie de crise et de compétitivité. A titre d’exemple, le groupe SAIDAL est parmi les dix entreprises nationales sélectionnées par une commission du Ministère de l’Industrie et de la Recherche (MIR) dans le projet de mise en place d’un centre de recherche. L’ENIEM est la première entreprise à obtenir le certificat de conformité à la norme Internationale ISO 9002/94 avec l’AFAQ, alors que SONELGAZ se cesse de se préoccuper des exigences évolutives de sa clientèle et de l’ampleur et la diversité de la demande qui lui est adressée2.
Cet article est le résultat d’une enquête réalisée en 2003 et 2004 en trois étapes successives. La première a consisté en une étude documentaire au sein même des trois entreprises et parfois leur administration de tutelle ; les documents et les archives disponibles et mis à notre disposition ont été passés au crible. La deuxième a porté sur la remise in situ de questionnaires destinés aux personnels, ingénieurs et docteurs ingénieurs, impliqués dans les activités de R&D. Sur 50 questionnaires remis, un total de 43 questionnaires correctement informés a été récupéré : 16 auprès de SONELGAZ, 15 à SAIDAL et 12 à l’ENIEM. La troisième étape a consisté en des entretiens qualitatifs avec un échantillon de personnes choisies parmi celles qui ont informé le questionnaire. Ces entretiens visaient à contrôler certaines informations et à en approfondir d’autres.
Cependant, on se limitera ici à présenter l’état général de la R&D dans les entreprises enquêtées, le traitement de l’ensemble des données recueillies étant toujours en cours, et donnera lieu à d’autres publications. Étant donné la quasi-absence de recherche sur le sujet, les pages qui suivent vont surtout présenter un état des lieux de la situation et montrer où en est l’activité de R&D dans ces entreprises. Après une brève présentation des entreprises enquêtées (1), on s’intéressera aux conditions d’émergence de l’activité de R&D dans chacune des trois entreprises (2) et on finira par une analyse de la situation actuelle de la R&D et de certains ses problèmes (3).
1- Présentation générale des trois entreprises :
1.2- SONELGAZ :

Créée en 1969, SONELGAZ assure un des plus anciens et des plus performants services publics, celui de la production et de la distribution du gaz et de l’électricité. En octobre 2003, elle employait près de 21125 agents, dont 5565 agents d’exécution, 10856 agents de maîtrise et 4704 cadres. Concentrée depuis les années 1970 sur le programme d’électrification totale du pays, elle a largement contribué à la modernisation de l’économie et à l’amélioration des conditions de vie de la population.
La R&D fait figure de direction à part entière dans l’organigramme de l’entreprise où elle a en charge les missions suivantes :

- l’amélioration de la fiabilité des installations ainsi que de la qualité de service ;

- l’amélioration de la sécurité des installations électriques et de gaz et de la compatibilité avec l’environnement ;

- au renforcement et au développement de l’utilisation rationnelle de l’électricité et du gaz ;

- l’introduction de nouvelles formes d’énergie et de nouvelles technologies ;

- l’homologation des matériels.
L’unité R&D compte 45 employés dont une vingtaine d’ingénieurs chercheurs, qui se répartissent comme indiqué au tableau 1. Le premier constat est celui du sous-effectif de l’Unité. Sur un effectif global de 21125 agents, l’unité de la recherche-développement ne comporte que 45 agents, soit 0,21 % du personnel. Sur ces 45 employés, seuls 20 sont des chercheurs.
Tableau 1 : Répartition des ingénieurs chercheurs par poste de travail en 2004.

Poste de travail

Nombre

Ingénieurs d’études

Chef projet type 2

CDP composant ligne(chef département)

Chef de projet type 3

Chargé d’études

CDP Énergies Renouvelables

11

4

1

1

2

1

Total

20

Source : D RH / SONELGAZ
On y compte 1 docteur, 2 magisters, 13 ingénieurs et 4 détenteurs d’un diplôme de licence. Les ingénieurs-chercheurs ont été majoritairement formés en Algérie, puisque seuls deux d’entre eux font valoir des titres délivrés en France (voir annexes, tableau I). Nous verrons par la suite comment la rareté des ressources humaines s’avère non seulement un facteur de freinage pour l’épanouissement de la R&D mais aussi de démotivation des chercheurs.
1.2- SAIDAL :

Depuis l’indépendance, l’histoire de l’industrie pharmaceutique algérienne a été intimement liée à l’entreprise Pharmacie centrale algérienne (PCA) et à son héritière SAIDAL. Les différentes restructurations de l’entreprise-mère et le secteur médicament ont inévitablement marqué l’identité et le devenir de SAIDAL. C’est par un décret datant de 1985 que SAIDAL est née, se substituant à la PCA dans le monopole de production du médicament.
A la faveur des réformes économiques des années 80, SAIDAL est transformée en Entreprise publique économique (EPE) et dès le 15 février 1989, l’entreprise est passée à l’autonomie et érigée en société par actions (SPA). Le 27 juillet 1997, SAIDAL est érigée en groupe industriel par décision de l’assemblée générale extraordinaire (AGEX).

Quittant l’ornière des usines clés ou produits en main, SAIDAL établit vite le lien vital entre production et R&D, dans le but de s’introduire dans la gamme des nouveaux médicaments.
En fait les responsables de l’industrie pharmaceutique ont créé dès 1977 un Laboratoire de Développement et de Recherche (LDR), dont la mission principale est la formulation des pommades et comprimés ainsi que la réalisation d’études de faisabilité sur site de certains médicaments fabriqués sous licence. Dès sa création, SAIDAL met en place, en octobre 1985, une unité de recherche en médicament et techniques pharmaceutiques (URMTP). Les mutations profondes qu’a connues SAIDAL ces dernières années sur les plans structurel et financier, sa confrontation à la concurrence des importateurs privés bénéficiant d’appuis puissants, ont renforcé l’idée que la R&D doive occuper une place plus importante dans la stratégie de l’entreprise, et conduit à transformer en 1999 l’URMTP en un centre de recherche & développement (CRD). Le fait que les entreprises publiques ne puissent plus concurrencer les importateurs, surprotégés, a certainement conduit SAIDAL à opter pour une R&D forte liée à la production de médicaments adaptés au profil épidémiologique et sanitaire du pays3. Dans cet esprit, la R&D devrait donc participer à la survie même du groupe. La priorité est donnée au développement de médicaments génériques. Malgré les difficultés d’un environnement livré sans retenu au marché international, le groupe SAIDAL est considéré actuellement comme le leader dans la fabrication des spécialités pharmaceutiques en Algérie et un important pôle industriel dans le bassin méditerranéen.
Le groupe SAIDAL est organisé en 3 filiales (Pharmal, Biotic, Antibiotical), 3 unités commerciales et une structure de recherche appelée Centre de Recherche & Développement (CRD). Le CRD dispose d’un effectif global d’environ 180 salariés, constitué principalement de cadres universitaires pluridisciplinaires.
Effectifs du CRD

Catégorie

Nombre

%

Pharmaciens, Chimistes

33

18

Ingénieurs Pharmaciens, Biologistes, Vétérinaires, Chimistes

68

37,5

Licenciés (Finances, Lettre, Bibliothéconomie

19

10,4

Techniciens supérieurs

8

4,3

Maintenances

6

3,3

Chargés d’études

24

13,3

Agent de bureaux

22

12,2

Total

180

100

Source: CRD/SAIDAL, 2003
1.3- ENIEM:

L’entreprise Nationale des Industries de l’Électroménager (ENIEM) est issue de la restructuration de l’ex-société nationale de fabrication et du montage du matériel électrique et électronique (SONELEC). L’ENIEM a été créée en janvier 1983 à partir de fonctions déjà existantes au sein de l’entreprise-mère, SONELEC, depuis 1974. Érigée en société par actions en octobre 1989, elle a pour principale mission d’assurer la production, le montage, le développement et la recherche dans le domaine de l’électroménager. L’ENIEM a une gamme de produits très large. Elle produit tous types de réfrigérateurs, des congélateurs, des cuisinières et des climatiseurs, des appareils de cuisson, de lavage, ainsi que les lampes à incandescence. Elle a aussi une autre activité qui consiste dans le montage du petit appareil électroménager domestique (robots de cuisine, moulins à café, hachoirs, mixeurs, sèche cheveux, etc.)
L’ENIEM est organisée en trois principales unités de production, qui sont l’Unité Froid, Cuisson et Climatisation, connues sous le nom de Complexe d’appareils ménagers (CAM), situé près de Tizi Ouzou, l’Unité Sanitaire de Miliana, et l’Unité Lampes de Mohammadia. Chacune de ces unités est elle-même organisée en différentes directions. Leader de l’électroménager en Algérie, l’ENIEM possède des grandes capacités de production et une expérience de plus de 30 ans dans la fabrication et le développement dans les différentes branches de l’électroménager.
En juin 1998, l’ENIEM fut la première entreprise à l’échelle nationale a obtenir la certification pour la norme Internationale ISO 9002/ 94 auprès de l’AFAQ, certificat qu’elle vient de renouveler avec QMI (Canada). Comme SAIDAL, l’ENIEM est confronté à la concurrence directe des plus grands producteurs mondiaux d’électroménager. Les importateurs, bénéficiant de puissants réseaux de soutien et de protection, lui livrent une concurrence que ses cadres qualifient souvent de déloyale. Elle a de plus été victime de nombreux actes de sabotage attribués au terrorisme.
L’effectif global de l’ENIEM, à la fin de l’année 2002, est de 2960 agents, dont 367 cadres, soit un taux d’encadrement de 12,39%. En septembre 2003, l’effectif global de l’ENIEM n’est plus que de 2836 personnes, baisse qui s’explique par le phénomène organisé à l’échelle nationale des « départs volontaires et de la « retraite proportionnelle. » Pourtant, le sous encadrement technique de l’entreprise est évident : l’ENIEM ne dispose que d’un seul docteur-ingénieur et de deux titulaires de magister. Les ingénieurs d’État et les ingénieurs d’application ne représentent respectivement que 1,55% et 0,4% de l’effectif global.
Notre enquête a été entièrement réalisée au niveau de l’Unité Froid, qui emploie au total 1391 travailleurs, représentant 47,38 % de l’effectif global de l’entreprise. Cet effectif se répartit en 10 cadres supérieurs, 99 cadres, 313 agents de maîtrise et 968 agents d’exécution. L’Unité Froid abrite le Département Développement et Partenariat, qui assure aussi les activités de R&D. Son rattachement à la Direction Générale est significatif de l’importance qui lui est accordé formellement.
Depuis plus d’une décennie, faute de moyens financiers, l’ENIEM a limité, voire même arrêté le recrutement, pour toutes les catégories socioprofessionnelles. A titre d’exemple, le nombre de cadres recrutés entre 2000 et 2002 n’a pas dépassé la douzaine. Pour combler les postes vacants, l’entreprise se réfère conformément à un plan social, à la promotion interne, ce qui accentue son déficit en cadres qualifiés, ingénieurs et licenciés toutes spécialités confondues.
Cependant, durant les 3 dernières années (2002, 2003 et 2004), l’ENIEM a recruté 72 employés, dont 12 ingénieurs et 6 agents de maîtrise. Au cours de l’année 2004, l’ENIEM s’estime en phase de reprise, et compte réviser le volet recrutement de son plan social. Elle a déjà accepté, dans le cadre de la politique nationale d’emploi des jeunes diplômés, de prendre 11 ingénieurs, 10 licenciés et 5 DEUA.
2- Les conditions d’émergence de la R&D dans les entreprises publiques
À grands traits, les entreprises publiques algériennes ont traversé trois périodes, passant de l’autogestion (années 1960) à la gestion étatique centralement dirigée (années 1970 et 1980) puis à l’entreprise « autonome » (depuis les années 1990), un statut qui la rend responsable de ses résultats, mais sans la mettre vraiment complètement à l’abri de l’intervention étatique.
De l'indépendance à la fin des années 1970, les entreprises publiques avaient deux missions essentielles : valoriser les matières premières disponibles sur le sol national et mettre en place une industrie de base susceptible d’avoir un effet d’entraînement, un effet « industrialisant » sur les autres secteurs d’activités. Durant cette période, les entreprises enquêtées, à l’instar des autres entreprises publiques algériennes, étaient aussi en phase d’apprentissage industriel et se consacraient simultanément à la production, à la formation de la main d’œuvre qualifiée et à la mise en place d’une infrastructure industrielle. En même temps, tous les éléments de décision stratégique étaient pris au niveau du gouvernement, qu'il s'agisse de plans de carrière, de rémunération ou de formation (régis par la loi portant Statut Général du Travail), de mode de production ou de procédure de gestion. Nous ne reviendrons pas sur les résultats économiques et sociaux de cette politique, qui a fait l’objet de nombreux travaux, notamment au cours des années 1980 et 1990 (Boussoumah, 1982, Bouyacoub, 1988 et 1997, El Kenz, 1988, Guerid, 1994)
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