François Césaire de Mahy, médecin, journaliste, député, ministre





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date de publication06.10.2017
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LES PERSONNAGES
François Césaire de Mahy, médecin, journaliste, député, ministre
Aujourd’hui, une chape d’oubli pèse sur la carrière et l’action de François Césaire de Mahy. Natif de Saint-Pierre, fils de notables aisés, celui qu’on surnommera “le grand Créole” grandit à l’ombre de la bourgeoisie coloniale.


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LES PERSONNAGES
François Césaire de Mahy, médecin, journaliste, député, ministre
Aujourd’hui, une chape d’oubli pèse sur la carrière et l’action de François Césaire de Mahy. Natif de Saint-Pierre, fils de notables aisés, celui qu’on surnommera “le grand Créole” grandit à l’ombre de la bourgeoisie coloniale.
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Peu de documents concernent la vie privée de François Césaire de Mahy. On sait qu’il est né à Saint-Pierre le 22 juillet 1830 dans une famille de notables, que son grand-père était arrivé dans l’île en 1792 en tant que sergent-major et que son père également né à Saint-Pierre fut élu maire de sa ville natale en 1841. Sa mère était une Le Coat de K’Veguen et lui a donné deux sœurs. On suppose qu’il a dû mener une enfance paisible et studieuse, à l’abri du besoin, à l’ombre de la bourgeoisie coloniale du Sud. Après des études secondaires au collège royal de Saint-Denis et au lycée Henri-IV de Paris, “un penchant naturel pour les études scientifiques, un esprit chevaleresque et un cœur passionné par la charité” (comme l’écrira Thomy Lahuppe dans “Album de la Réunion par André Roussin”) concourent à l’entraîner vers la médecine, une profession qui permet d’acquérir dignité et influence à l’époque. A 25 ans, il se marie avec Valentine Ponchaud de Bottens, une jeune Genevoise de milieu aisé, douce et effacée, qui lui donnera deux filles. En 1857, deux ans après avoir obtenu son doctorat, il regagne sa ville natale, avec sa famille, pour y exercer son art. Il est vite connu, soigne tout le monde, écoute les confidences, tout en se tenant au courant de la situation politique en métropole et des combats d’idées. Alors, il prend la mesure de l’action à mener dans son île comme dans la mère patrie, qu’il envisage de regagner en 1869. Mais un cyclone stoppe le paquebot qui doit l’emmener. François de Mahy se lance alors dans la politique locale. Avec la libération de la presse en 1868, il trouve sa voie dans le journalisme et acquiert la popularité au Courrier de Saint-Pierre, où il peut faire connaître ses talents et idées. Il pense et il parle comme il écrit, - avec aisance et clarté. Inspiré par la morale républicaine. Son éloquence fait l’admiration de ses auditoires et dénote une solide formation en rhétorique. Il a la plume alerte et l’esprit curieux. A cette époque, l’économie de l’île est très fragile. Les planteurs sont dépendants des cours du sucre. Les terres, les capitaux, la main-d’œuvre manquent. Les importations sont énormes. Endettés, les propriétaires cèdent leurs biens à quelques grosses fortunes, qui accentuent le phénomène de concentration de propriété.

LA PASSION DE LA RÉPUBLIQUE

Sur le plan politique, l’île est régie par deux senatus- consultes. Le gouvernement peut agir par simple décret. D’aucuns, à l’instar d’Adrien Bellier et Alexandre la Serve, réclament un plan sérieux de réforme coloniale, l’abolition du régime des décrets et l’assimilation de la législation de l’île à celle de la métropole, tout en gardant un régime financier avantageux. François de Mahy se joint à ces deux-là, qui animent un courant d’opinion. Il leur semble que dans ses relations avec la métrople la Réunion fait figure de parent pauvre, ses destinées étant confiées à la Direction des colonies, car, sous prétexte d’autonomie, les Créoles sont empêchés d’être représentés en métropole, alors que tous leurs intérêts y sont réglés. La réforme promise qui libéraliserait ses institutions n’a toujours pas eu lieu. Les libéraux se sentent trompés. Dans son journal, François de Mahy déplore les avatars de cette réforme, conteste l’inexistence du suffrage universel. Il regrette aussi les divisions de la société réunionnaise, qui font le jeu des partisans du statu quo. Avec La Serve, il met au point un plan de réforme coloniale et ils proposent la même législation à la Réunion qu’en métropole tout en tenant compte des particularismes locaux, la même organisation judiciaire, le suffrage universel et direct pour toute élection, la même organisation pour les communes, un conseil général ou colonial réellement responsable, des représentants au corps législatif à Paris et une réforme du conseil privé par l’introduction de représentants des agriculteurs, commerçants et ouvriers. Autrement dit, ils défendent l’assimilation et l’autonomie administrative. De Mahy ne s’en tient pas qu’à ça : il défend les intérêts quotidiens des habitants du Sud. On le voit partout à leurs côtés. Parmi ses constantes idéologiques, la défense des libertés individuelles reste fondamentale. Il clame que “l’intérêt général n’est que la somme des intérêts individuels”, que “la chose publique c’est la chose la plus particulière de chacun d’entre nous et la politique notre ménage”. Il attaque en permanence l’Eglise et ses représentants. Mais sa défense des libertés s’accompagne d’une volonté de maintien de l’ordre. Il réclame l’abolition de la peine de mort. Le profil idéologique et la personnalité de l’homme public se dégagent : il n’est pas anarchiste, mais un libéral qui a le goût de l’ordre. Il est proche des petits propriétaires et des descendants des affranchis. Ils formeront plus tard le gros de son électorat. Sa notoriété acquise, il songe à la politique. Le 4 septembre 1870, la République est proclamée, mais la guerre se poursuit et la patrie est en danger. De Mahy choisit son camp : celui de Gambetta, républicain avancé, ministre de l’Intérieur, qui a toujours soutenu les vieilles colonies et prôné pour elles l’assimilation avec la métropole. Les nouveaux dirigeants désirent consulter le corps électoral et rétablissent la représentation des colonies ; ils attribuent deux sièges de députés à la Réunion. De Mahy et la Serve sont candidats républicains. Le Sudiste reçoit des encouragements de partout : il attire la sympathie générale, on lui sait gré ses idéaux républicains, sa franchise d’allure et son indépendance de caractère, ainsi que sa conviction, sa modestie. Une partie de ses confrères journalistes le soutient. Seuls les libéraux modérés voient en lui et en la Serve des jacobins.

LE GRAND CRÉOLE" FRANçAIS

Aux élections du 20 novembre 1870, les deux républicains sont largement élus, à parts égales. Malgré près de 50% d’abstentions, ce qui confirme que la chose politique est le fait d’une minorité bourgeoise. De Mahy est donc proclamé représentant du peuple à la Constituante. En métropole, les élections sont annulées. A la Réunion, leur validation est maintenue. Les deux députés embarquent pour la métropole, aux cris de “Vive la Serve ! Vive De Mahy !” Les objectifs de de Mahy sont d’œuvrer pour affermir la République et de travailler à améliorer l’organisation interne des colonies et il va s’y attacher pendant dix ans. Lorsqu’il obtient son premier mandat de député, François de Mahy a 41 ans, la moyenne d’âge est de 45 ans. Il siégera jusqu’à sa mort en cours de mandat, parmi les vétérans de la Chambre et de la représentation coloniale. Ses collègues louent et apprécient sa franchise et sa loyauté. Il se fait une réputation de travailleur infatigable. A Paris, il continue d’exercer la médecine, bénévolement. Il y poursuit aussi son activité de journaliste. Il effectue de fréquents retours dans son île. C’est un voyageur. Comme la plupart des autres députés coloniaux. Comme eux aussi, il adhère à la franc-maçonnerie, ce qui lui procure un solide réseau d’amitiés. Il commence à s’intéresser à Madagascar, préface un ouvrage sur les ressources alimentaires que la France pourrait tirer de l’exploitations des terres de la Grande-Île. Il assiste à de nombreuses manifestations coloniales, anime la Société de géographie et d’études coloniales de Marseille, cumule des activités innombrables. A la Chambre, il participe à tous les débats importants sur la politique coloniale. Grévy le choisit comme ministre de l’Agriculture en 1882, puis lui confie le portefeuille de Marine et des Colonies en 1883, - des postes que peu de députés coloniaux ont occupés. Bref, il participe à des travaux qui donnent une réelle impulsion à la politique de la France. En homme de conviction, il a toujours eu la passion de la République. S’il attaque l’Eglise comme force politique, ce qui lui vaut d’être critiqué, parfois dans sa propre famille, il respecte les convictions religieuses. Créole, il se sent profondément Français (selon lui, l’histoire de la Réunion commence par sa prise de possession par la France) et dans son esprit il n’existe aucun doute sur l’attachement de son île à la France. N’a-t-il pas écrit à propos des événements de 1870 en métropole que “la fibre nationale a vibré chez nous avec la même intensité, la même force, que sur le continent” ?... En 1875, la Serve devient sénateur. De Mahy, lui, préfère consacrer sa carrière à la députation. Aux législatives de l’année suivante, il se situe toujours dans la gauche républicaine, appartenance qui lui est contestée ou reprochée à la Réunion, où il revient faire campagne. Des critiques de plus en plus vives se font à son encontre et il lui faut démontrer qu’il est à gauche sans être révolutionnaire.

PASSION POUR LA GRANDE ILE

On l’a vu, de Mahy souhaitait la réforme coloniale que la chute de l’Empire n’aura pas apportée. Il estime que si le gouvernement ne la met pas en place, les colonies risquent de se détourner de la France. Pour l’éviter, il préconise l’assimilation tout en leur donnant la direction de leurs affaires et en les faisant participer à la gestion des affaires nationales. Et fustige ses adversaires qui pensent qu’elle conduirait les colonies à l’indépendance. La gravité de leur situation économique, croit-il, risque de devenir une charge plutôt qu’une richesse pour la métropole. Mais celle-ci ne va pas s’engager dans une politique de réformes. Et le retour de la majorité de droite en 1873 empêchera l’assimilation tant souhaitée. Plus tard, les facilités qu’offre au gouvernement la gestion par décrets feront reculer les perspectives de réformes voulues par les coloniaux. De Mahy demande alors l’abolition du régime des décrets, l’assimilation en matière législative et un système financier favorable aux colonies. Mais il se heurte aux députés métropolitains qui souhaitent limiter les dépenses coloniales. Il s’adonne ensuite à une autre passion, celle de l’expansion coloniale. Après le désastre de 1870-71, ressenti comme une humiliation nationale, il pense que la grandeur de la nation doit également s’affirmer dans la conquête coloniale, à laquelle la droite conservatrice est peu attachée. Il pense aussi que la France doit exporter les lumières de sa civilisation et œuvrer pour augmenter ses débouchés commerciaux. L’Eglise aussi préconise la colonisation, mais pour favoriser l’expansion catholique. Des ingénieurs et des hommes d’affaires entrevoient, eux, des possibilités d’enrichissement, surtout avec la réussite du canal de Suez. Mais il faudra attendre le retour aux affaires des républicains pour voir se dessiner des projets expansionnistes à la Chambre. Si de Mahy s’intéresse à Madagascar, il ne délaisse pas pour autant les autres îles et régions de l’océan Indien qui peuvent servir de bases à la colonisation française. Pour la Réunion, la Grande-Île est un petit continent. Les contacts sont anciens. Dès 1500, les Portugais parlaient d’“une île extraordinaire regorgeant de richesses”. Les Français l’abordent au XVIe siècle et s’installent à Fort-Dauphin au siècle suivant. En vertu du principe selon lequel les terres incultes et sans maître sont attribuées au premier occupant et mises sous la souveraineté de la nation qui y plante son drapeau la première, Madagascar est rattachée à la couronne de France et la IIIe République à son tour revendique ses droits. Dans le Courrier de Saint-Pierre, François de Mahy écrit que la prise de possession de la Grande-Ile offre “des perspectives saines et un splendide avenir” pour les hommes et le commerce de Bourbon, de la métropole et de Madagascar. Et si la Réunion demande l’incorporation de la Grande-Île à la France, il ne fait pas de doute dans l’esprit des Réunionnais que cette annexion doit se faire sous leur contrôle. Une concurrence s’instaure entre notre île et Maurice, possession anglaise comme Rodrigues et les Seychelles, qui a besoin comme elle du riz et de la viande malgaches. On laisse entendre que les petits Blancs sans terres et les affranchis sans travail trouveraient à Madagascar une terre à coloniser. Une première tentative de possession a lieu en 1883 et le rôle de François de Mahy est incontestable. Chargé du département de la Marine et des colonies par le cabinet Fallières (Grévy est alors président de la République), il ordonne une intervention armée., avec l’idée de prendre les deux communications de Tananarive avec la mer, Tamatave et Majunga. Mais il apprécie mal la capacité de résistance des Hovas qui puise son efficacité dans les conseils donnés par les Anglais. La capitale sera prise le 30 septembre 1895 et Ranavalona III est contrainte de signer un traité de protectorat. Mais les résultats de la conquête seront plutôt décevants pour De Mahy et pour la Réunion et notamment pour les petits Blancs naïfs qui s’installent dans la Grande-Île. L’or ne fait pas de Madagascar un nouvel Eldorado. En 1905, Galliéni résume avec amertume ce que la France a réellement obtenu dans sa colonisation : “Nous possédons beaucoup moins que nous avions pensé acquérir.” Si l’annexion de Madagascar constituait un vœu très ancien pour la Réunion, les retombées auront connu des effets pervers : les Créoles restés à la Réunion n’auront pas à se glorifier de cette implantation, le gouvernement et les investisseurs français se désintéressent alors de la petite île au profit de la grande. De Mahy souhaite que les familles réunionnaises s’implantent à Madagascar : des familles peu fortunées qui y trouveraient un niveau de vie plus décent grâce à la colonisation de nouvelles terres. Mais les résultats sont bien en-deça de ses espérances. Il propose une loi qui orienterait l’émigration vers les colonies ou les pays de protectorat. Il prône même les mariages franco-malgaches pour asseoir la colonisation. Mais, son nationalisme le pousse à s’insurger contre l’immigration massive d’engagés et de travailleurs étrangers, qu’il considère d’ailleurs “pas plus souhaitables pour Bourbon que pour Madagascar”. De Mahy intervient dans les principales questions qui agitent l’île dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Il se bat pour que soit sauvegardée l’indépendance financière de la colonie, tout en souhaitant un plus large engagement de l’Etat pour soutenir son économie. Sur la fin de sa vie, il ne manque pas de candeur et est de plus en plus contesté. Il intervient dans la dernière grande question coloniale, celle du Maroc, qui résiste aux tentatives de pénétration française. Il vote avec une petite minorité pour l’institution de l’impôt sur le revenu, contre la séparation de l’Eglise et de l’Etat réclamée par ses amis. Il est attaqué sur son anticléricalisme. Même s’il a toujours été réélu, ses campagnes deviennent de plus en plus difficiles. Outre l’électorat traditionnel, il doit affronter les républicains passés au socialisme, qui trouvent que l’enfant de Saint-Pierre n’a plus d’utilité pour sa ville natale. On dit qu’il a ruiné son pays. Il meurt à Paris le 19 novembre 1906.


* Sources : nous nous sommes largement inspirés du mémoire d’histoire politique de Joëlle Hedo (sous la direction du Pr Claude Wanquet, 1988), que nous tenons à remercier.
 


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