Conférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013





télécharger 24.01 Kb.
titreConférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013
date de publication30.09.2017
taille24.01 Kb.
typeDocumentos
e.20-bal.com > loi > Documentos
Conférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013

Thème : L’abolitionnisme de l’esclavage.

Introduction 

Comment sortir de l’esclavage ? Quels sont les débats de la fin du 18ème siècle ? Comment faire cohabiter droits de l’homme et esclavage au début de la révolution ?

Les débats des Lumières et la question de l’esclavage. Comment s’est-elle mise en place cette question. Trois phases :

  1. Période de réflexion théorique. Ces philosophes élaborent un corpus de remise en cause de la traite et de l’esclavage. Les arguments sont là maintenant. La traite négrière est à son maximum. Environ 100000 personnes par an. Personne ne peut l’ignorer. L’appareil critique de remise en cause de l’esclavage est né. C’est la première fois de l’histoire qu’on remet en cause l’esclavage en tant que tel. Remise en cause du principe qu’un homme peut-être la propriété d’un autre. Il s’agit donc d’une rupture dans la pensée humaine. Rousseau dénie l’idée même d’un droit de l’esclavage : « là où il y a esclavage il n’y a jamais droit » Contrat social. Montesquieu également dans l’esprit des lois. Pour lui l’esclavage ne peut pas exister et cohabiter avec le christianisme. Au début ce sont des arguments théologiques : l’origine de l’humanité. L’espèce humaine est une. Tous descendent du couple primitif. Il ne peut pas y avoir d’esclave chez les humains (vision surtout en Angleterre où tous les abolitionnistes seront des pasteurs). En France on développe surtout le droit naturel : l’égalité et la liberté des hommes s’inscrit dans la nature. Ceux qui défendent l’esclavage évoquent surtout la nécessité : on en a besoin ! Il vous faut du café , il nous faut des esclaves pour ça. Pour eux l’existence des colonies fait vivre des millions de français.

Question de la salle : les chrétiens n’avaient pas remis en cause l’esclavage auparavant ?

Réponse : L’esclavage entre chrétiens seulement. L’Eglise ne remet donc pas en cause réellement l’esclavage.

Dans les années 1750 développement d’arguments économique. Une nouvelle économie naît avec Quesnay par exemple (la physiocratie) et les libéraux qui condamnent l’esclavage au nom de la liberté. Pour eux l’esclavage est sous-productif. L’esclave n’a aucun intérêt au travail qu’il fait. Ils sont favorables à la division du travail. Or le système des habitations concentraient le travail. L’habitation est une concentration verticale : sur la même propriété on récolte le produit , on le transforme et on le commercialise. Pour les libéraux la mécanisation ne peut donc pas s’accomplir. La charrue, c’est l’esclavage. Avant Adam Smith et sa richesse des nations de 1776 , il y a deux économistes français : Turgot et Condorcet. Plus tard Turgot va nuancer son propos. Les conséquences (comment en sortir ?) l’ennuient. Il n’est pas certain de trouver des volontaires pour être des travailleurs libres. Le travailleur libre serait meilleur mais il n’est pas disponible. C’est pour cela que pour Turgot on est contraint de garder l’esclavage. Pour Turgot il y a aussi le problème du coût de l’esclavage pour l’Etat en terme de répression et de contrôle. Les Anglais abolissent aussi pour cette raison. Cela coute trop cher d’armer des bateaux et rattraper des esclaves en fuite.

Condorcet : Il démontre que le travail servile n’était pas rentable. Pour lui la main libre produit 7 fois plus de richesse que la main servile.

Le procès contre l’esclavage est donc philosophique , théologique et économique.

Mais l’esclavage n’est pas seulement économique c’est aussi un rapport politique de pouvoir où le colon est au sommet. Les colons n’ont jamais accepté le code noir par exemple. C’est une intervention de l’Etat dans le domaine privé. Le colon n’est pas forcément sensible aux arguments économiques mais même si il l’était il rejette l’abolition car il perdrait son pouvoir.

On reproche à ses penseurs de ne pas donner de solutions pour en sortir.

  1. Période à partir de 1770 – début des années 80 : Des textes qui apportent une solution : l’insurrection ! Texte de Louis Sébastien Mercier : récit de l’an 2440 . Il prophétise même la prise et destruction de la Bastille. En l’an 2440, il existe une statue d’un homme noir sous-titré : « le vengeur du nouveau monde. «  Ce vengeur avec ses amis ont exterminé leurs maîtres. Même chose chez  Raynal  . Ils prophétisent l’apocalypse. Désirent-ils cette apocalypse ? Ils savent bien que leurs livres ne tomberont pas entre les mains des esclaves même si on dira plus tard que Toussaint Louverture aurait appris à lire avec le livre de Raynal ‘l’histoire des deux Indes » (c’est probablement une légende.) Le lectorat visé ce sont les blancs. Ces ouvrages sont des appels à la réforme. Si vous ne changez rien l’apocalypse arrivera. L’an 2440 est le livre français le plus lu en Europe au 18ème siècle. Ce n’est pas un appel à l’insurrection mais à la raison

  2. Période du passage à l’action politique : se créent des sociétés abolitionnistes. En Angleterre c’est 1787. Les premières sont créées aux Etats-Unis au moment où commence la guerre d’indépendance à Philadelphie en 1776. Le fondateur est Benjamin Franklin. Les sociétés abolitionnistes américaines vont se multiplier dans le Nord : Boston, Baltimore, New York. Mais cet élan ne va pas durer longtemps. LA constitution de 1787 cherche un compromis Nord/Sud. On se donne 20 ans pour réfléchir à la question. En 1807, on abolit la traite mais c’est tout. En Angleterre on crée la société en 1787. En 1788 est créée à Paris la société des Amis des Noirs. Les deux sociétés anglaises et françaises sont connectées. On est membre des deux. C’est la première création internationale. Idée que la traite ne connaît pas les frontières, il faut donc une action internationale. Dans la société des Amis des Noirs, les femmes sont admises sans distinction.

Société des Amis des Noirs : C’est une référence maçonnique mais ce n’est pas une loge maçonnique qui suppose le secret. Or la pratique de la société est basée sur la publicité, des traductions etc.

Qui sont-t-ils ?

C’est une société d’élite intellectuelle et économique de la France de la fin des années 1780 : Condorcet, Brissot, forte représentation des milieux d’affaires. La société des Amis des noirs est un lobby colonial anti esclavagiste. Les amis des noirs veulent détruire l’esclavage pour que vivent les colonies. Ce sont les hommes d’affaires de la finance. Le premier président Etienne Clavière (grand banquier genevois.) Clavière est le fondateur de l’assurance-vie. Il y a trois futurs ministres des Finances.

Quel est le projet ?

C’est une société politique et non philanthropique. Ils n’ont pas d’action caritative ou charitable. Son programme :

  • abolir la traite par un traité international à l’époque ça veut dire triangulaire : Angleterre , France, libre Amérique

  • En conséquence les colons devront s’adapter. Il faudra donc augmenter la natalité. Pour eux cela va améliorer la vie des esclaves d’être libérés qui feront des enfants.

  • L’arrêt de la Traite va transformer les relations avec l’Afrique. Pour eux l’abolition de la Traite va permettre de civiliser l’Afrique (agriculture moderne et prospection minière)

  • Créer des colonies nouvelles en Afrique : Les colonies libres car sans esclave. Le grand théoricien de cette idée est Waström. C’est un industriel et il a voyagé en Afrique.

C’est l’embryon de la future colonisation du 19ème siècle.

Cependant le point de départ c’est l’abolition de l’esclavage. Leur plan est l’abolition graduelle de l’esclavage. Ainsi on parle plus d’extinction que d’abolition. Une abolition brutale serait dangereuse. Il faut une reconversion en douceur. Ce schéma n’a existé nulle part. L’esclavage n’est jamais mort de sa belle mort.

Les esclaves sont vus comme une masse passive qui ne prendront pas d’initiative si ce n’est une révolte qui n’aboutira à rien. On accorde donc aucun rôle actif aux esclaves eux mêmes. Certains membres de la société ont des comportements très contradictoires : exemple de Jefferson proche de la société qui aura une liaison jusque la fin de sa vie avec une esclave (Sarah Hennig) et des enfants qu’il n’affranchira pas .

Ces sociétés se placent dans une perspective d’évolution à moyenne durée (deux-trois générations.)

Cependant l’Angleterre et les Etats-Unis abolissent la traite en 1807. Mais la traite continuera : le record de déportés est en 1827 : plus de 100000.

Cette abolition de la traite sera effective après 1831 puis l’abolition de l’esclavage.

Le Brésil et le Portugal continueront longtemps cependant : 1888 au Brésil, 1883 à Cuba.

Le mouvement abolitionniste pense que l’esclavage va disparaître cependant après la traite. Ce sera faux . On va parfois faire de l’élevage d’esclave.

Etude des deux textes :

Rappel : les colonies ne sont pas convoqués pour les Etats généraux. Sous l’Ancien régime les colonies sont la chose du roi. C’est le pouvoir direct du roi qui s’applique : intendant , gouverneur. L’idée que les colonies puissent avoir un intérêt propre , différente est impensable. « Les colonies sont créées par le roi pour le roi »  Paul Bert

Les colons ne sont pas d’accord. Ils sont surtout gênés par le système de l’exclusif. Ils sont furieux de ne pas être présents. Se crée « un comité des colons de Saint Domingue installés à Paris » Ils font du lobbying. Louis XVI aurait dit « ah bon ces pauvres noirs ont donc des amis à Paris : qu’on les laisse .» Les colons de Saint Domingue revendiquent 36 députés aux Etats généraux alors qu’ils sont seulement 30000 colons mais en fait ils comptent les 500000 esclaves. Ils apportent un argument aux abolitionnistes. Ce sont les colons qui mettent dans le débat la question de l’esclavage. Finalement ils ont eu 6 députés.

26 Août 1789 : Déclaration des droits de l’homme : problème de l’article 1 avec le « demeurent égaux .» Dès le vote , Mirabeau membre de la société des Amis des Noirs publie le texte étudié. (pièces jointes.)

La déclaration des droits n’a pas été promulguée dans les colonies.

Comment s’en sort l’assemblée constituante face à la contradiction droits de l’homme/esclavage ?

Le dernier article de la constitution de 1791 :

Les colonies françaises quoique faisant compris de l’empire français ne font pas partie de cette constitution . C’est l’instauration du double système législatif : colonie/métropole. Cette exclusion des colonies de la déclaration des droits de l’homme est cependant une fiction juridique. L’insurrection de Saint Domingue modifie la donne. La révolte des esclaves qui commencent le 22 Août 91 fait passer la colonie sous le contrôle des insurgés. Dans l’impossibilité de résister aux masses noires les représentants de la république (Sonthonax etc.) vont être amenés à prendre une décision radicale. Leur mission initiale était d’instaurer la liberté des droits entre blancs et libres de couleurs. Les libres de couleurs de Saint Domingue possédaient 1/3 des esclaves. Pour sauver la colonie, pour chasser les étrangers le commissaire Sonthonax (premier abolitionniste de l’histoire.) Sonthonax n’ont pas le pouvoir d’abolir l’esclavage. Ils sont dans une situation intenable. Sonthonax prend la décision d’abolir. Conséquence de cette abolition. Liberté mais régime spécial pour les esclaves :

Ils doivent rester sur la terre de leur ancien maître. Personne ne souhaitait une abolition immédiate. L’économie coloniale doit rester ce qu’elle est. Les esclaves deviennent des cultivateurs : C’est du travail forcé avec assignation à résidence. Ceux qui ne respectent pas sont des vagabonds. En conséquence on instaure le délit de vagabondage. Ce texte instaure donc le règlement de culture. Il y a donc deux règlements juridiques : les anciens libres et les anciens esclaves. La sortie de l’esclavage s’effectue dans des conditions ambigües. L’abolition de l’esclavage n’entraine pas de modification du régime agraire. Ce statut particulier des cultivateurs sera reproduit par les Haïtiens (code rural de 1826 en Haïti) Mais cela n’a pas été appliqué. Aucune force n’a pu empêcher la désertion des esclaves. Les esclaves ont créé leur société paysanne. Haïti est la seule société paysanne des Caraïbes aujourd’hui encore. Cela entrainera la création d’un Etat souverain. La population noire prend le pouvoir. Exceptionnel.

L’Etat haïtien se retrouve sans ressource. L’indépendance est reconnue en 1825. Mais Haïti doit payer en franc-or. Mais il n’y a rien à exporter. L’Etat haïtien instaure un impôt en nature. Il oblige chaque famille à cultiver du café. La dette est payée par du café.

Etude d’un tableau : Le premier député noir Belley par Girodet à coté du buste Raynal. C’est le dernier des grands philosophes vivants. Au début de la révolution Raynal, vieux a envoyé une lettre à l’assemblée constituante où il renie ce qu’il a écrit.

A sa mort on ne parle pas de Raynal. Difficile de comprendre pourquoi Raynal. Or ici on remet Raynal au même niveau. C’est un raccourci de la trajectoire abolitionniste. Trajectoire dont Raynal est une étape jusque l’insurrection avec la nomination de Belley. Le tableau de lethiere, le serment des ancêtres boucle la boucle. En 1820 en plein débat sur la reconnaissance d’Haiti. Tableau fait à la gloire d’Haiti.

similaire:

Conférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013 iconConférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013

Conférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013 iconInternet est devenu un outil indispensable pour le professeur d’histoire et de géographie
«Une société numérique libre», la conférence à Télécom Paris Tech, le 20. 09. 2013 n'est pas (encore) en ligne, mais la philosophe...

Conférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013 iconA travers son ouvrage «la logistique» parut chez Vuibert, dans la...
«la logistique» parut chez Vuibert, dans la collection Explicit, l’auteur, Joël Sohier, maître de conférence à l’université de Reims,...

Conférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013 iconConférence donnée le 3 février 2006 à 17 heures dans l’amphithéâtre...

Conférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013 iconConférence de presse 1ère conférence annuelle de l’économie et de l’emploi durables
«positions dominantes sur le marché» comme disent les économistes. Voilà la motivation de notre choix de renforcer 6 de nos filières...

Conférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013 iconClaude jameux le Pelevoz, 74540 Chapeiry
«Quality policy and trust: keys towards a new governance of universities», imhe general Conference 2012 : Attaining and Sustaining...

Conférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013 icon106-112bd de l’Hôpital, 75647 Paris Cedex 13 Phone: (33) 1 44 07...
«History of macroeconomics: from the years of «High Theory» (1926-1939) to modern approaches» (14th International Conference of the...

Conférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013 iconConférence Internationale

Conférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013 iconProgramme de la conférence

Conférence Marcel Dorigny, maître de conférence à Paris VIII, 27/11/2013 iconBulletin d’inscription conference






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com