Histoire de france depuis les origines jusqu’a la revolution





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HISTOIRE DE FRANCE DEPUIS LES ORIGINES JUSQU’A LA REVOLUTION

Sous la direction d’ Ernest LAVISSE

Tome VIII - Chapitre IV - Le grand commerce et les Colonies

V. LE COMMERCE DES INDES, DE LA CHINE ET DE LA MER DU SUD



LES INDES ORIENTALES : FRANÇOIS MARTIN

La Compagnie des Indes Orientales survécut à Colbert. Elle avait le monopole du commerce français dans l’océan Indien, depuis la Perse et l’Inde jusqu’à l’Indochine, et, au delà de Malacca, dans la mer Pacifique, jusqu’au Tonkin et en Chine. Dans l’Inde, la France avait quelques comptoirs sur la côte occidentale et orientale, dont les principaux étaient Surate et Pondichéry, voisins des comptoirs rivaux des Hollandais, des Anglais et des Portugais. La Compagnie était représentée dans l’Inde par deux directeurs qui étaient, en 1685, pour Surate, Pilavoine, et pour Pondichéry, François Martin. Martin ouvrit des débouchés au commerce sur la côte du Coromandel et dans le Bengale, bâtit Pondichéry, entra en relations avec les princes hindous et profita de leurs rivalités et de leurs difficultés avec le Grand Mogol, seigneur suzerain, qui résidait très loin, dans le Nord, à Delhi, et dont l’autorité n’était plus que nominale. Administrateur pratique, courageux, tenace, à la fois marchand et soldat, il eut la gloire, avant Dupleix, de montrer aux Français la politique à suivre dans l’Inde.

LE COMMERCE

La Compagnie faisait le commerce d’Inde en Inde; elle transportait au Coromandel et au Bengale ce qu’elle avait acheté sur la côte du Malabar et en Perse. A la suite d’un échange d’ambassades entre France et Siam dès 1680, surtout en 1684 et 1685, elle noua des relations avec le royaume de Siam, où elle vendait des toiles de l’lnde, et achetait du cuivre et surtout du poivre, dont les Siamois, par antipathie pour les Hollandais et les Anglais, lui avaient donné Ie monopole, en même temps que le droit de s’installer à Merguy, rade sûre du golfe du Bengale. La Compagnie avait comme ports d’attache Lorient, Port-Louis, Nantes; parfois aussi des navires se dirigeaient sur Saint-Malo. Elle importait des toiles peintes, des toiles blanches et des mousselines, des étoffes de soie d’or et d’argent, des tapis de Perse, du bois de santal, du riz, du poivre de Calicut et de Siam.

CHUTE DE LA COMPAGNIE.

Malgré l’activité de Martin, elle déclina peu à peu. Les guerres de la fin du règne lui furent funestes. Pondichéry fut pris par les Hollandais; la place, il est vrai, fut rendue à la paix (1697). La Compagnie souffrit de l’augmentation des droits d’entrée en France et de l’empêchement mis au commerce des toiles peintes et des étoffes de soie, d’or et d’argent. Déjà, en 1682, elle avait dû permettre aux particuliers d’envoyer des marchandises aux Indes, à la condition de se servir de ses vaisseaux. En 1686, elle renonce définitivement à l’île Dauphine (Madagascar). En 1698, elle abandonne le monopole du commerce avec la Chine, qu’elle s’était fait attribuer un moment. En 1712, pour acquitter ses dix millions de dettes, elle est obligée d’abandonner son commerce aux négociants de Saint-Malo, et, quand elle demande le renouvellement de son privilège en 1714, c’est pour en faire argent. En 1716, elle le vendra à une compagnie de Saint-Malo moyennant 10 p. 100 sur les ventes et 5 p. 100 sur les prises.

B. LA CHINE ET LA MER DU SUD

En 1698, Jourdan, grand manufacturier de glaces de Paris, sur les instances d’un missionnaire, le P. Bouvet, fonda une compagnie de Chine, composée de magistrats, conseillers ou avocats an Parlement, et de marchands parisiens. Les premières opérations furent brillantes ; l’Amphitrite, vaisseau de 500 tonneaux, monté par 150 hommes et muni de 30 canons, qui partit de La Rochelle au mois de mars 1698 et revint à Port-Louis en août 1700, rapporta quantité de marchandises, soies, soieries, etc., dont la vente, très fructueuse, permit de donner aux actionnaires un bénéfice de 50 p. 100. La Compagnie de Chine s’associa à une compagnie de Saint-Malo, dirigée par l’armateur Danican, qui avait obtenu, en 1698, le monopole du commerce des mers du Sud (océan Pacifique). Les navires des compagnies fusionnées partaient de Saint-Malo, parfois de Port-Louis pour Macao, Amoy, 034776 surtout Canton, où les Européens étaient mieux traités que partout ailleurs ; ils rapportaient de belles étoffes et des soies brutes. D’autre part, même en temps de guerre, bravant les corsaires, ils exploitaient le domaine de la mer Pacifique que s’étaient réservé les Espagnols ; ils visitaient les ports de la côte occidentale de l’Amérique du Sud, « sous prétexte d’y faire de l’eau et de s’y rafraîchir, comme s’ils allaient à la Chine ou au Japon », et ils revenaient, chargés de fourrures, d’autruches, de bois de teinture, surtout d’or et d’argent en barres ou en piastres. Mais l’accord ne dura pas longtemps entre les deux sociétés de Paris et de Saint-Malo, et la Compagnie fut déclarée déchue de son monopole.

LA COMPAGNIE DE CHINE (1712-1719)

Elle céda la place à une nouvelle compagnie de Chine, d’origine malouine, qui ne fut pas plus heureuse que l’ancienne. Les soies de Chine, qui pouvaient faire concurrence à celles de France et d’Italie, furent prohibées en 1713. La Compagnie, privée de son fret de retour, ne fit plus que languir jusqu’au jour où elle s’absorba dans la grande Compagnie des lndes (1719).

L’ACTIVITÉ FRANÇAISE

L’activité des Français en Chine et dans la mer Pacifique fut vraiment remarquable à partir de 1705 surtout. Chaque année il partait an moins une dizaine de navires pour le Pacifique. En 1714 il en partit 20. Les principaux armateurs étaient, à Saint-Malo, Danican et Bourdas ; à Dunkerque, Piécourt ; à Marseille, Crozat. Le navire le Grand-Dauphin, de Saint-Malo, fit le tour du monde de 1711 à 1713 et le refit de 1714 à 1717. La Comtesse de Pontchartrain le fit, elle aussi, mais de l’Ouest à l’Est. Lorsque, en 1708, le Saint-Antoine, vaisseau armé par des particuliers, et un des premiers qui contournèrent l’Amérique pour se rendre aux ports chinois, entra au port de La Concepcion, sur la côte du Chili, il y trouva toute une flottille française, le Phélippeaux, le Saint-Charles, le Royal-Jacques, le Maurepas, le Saint-Louis, la Toison, et un seul navire étranger, le Sacramento. Dans les ports voisins mouillaient d’autres vaisseaux français, dont le Saint-Antoine devait rencontrer plusieurs dans sa traversée de l’Océan.
HISTOIRE DE FRANCE DEPUIS LES ORIGINES JUSQU’A LA REVOLUTION

Sous la direction d’Ernest LAVISSE

Tome VIII

VI.LE COMMERCE AVEC L’AMÉRIQUE



  1. L’AMÉRIQUE DU NORD.

A la fin du XVIIe siècle, la France possède dans l’Amérique du Nord les îles situées à l’estuaire du Saint-Laurent, l’île Saint-Jean, l’île Royale, Terre-Neuve; la presqu’île de l’Acadie ; le Canada jusqu’aux grands lacs ; le territoire de la haie d’Hudson, zone où elle se rencontre avec les Anglais, et, vers le Sud-ouest, l’immense vallée du Mississipi, qui se relie, par le fleuve lui-même et par son affluent, l’Ohio, à la région des lacs.

L’ACADIE

Les îles de l’estuaire du Saint-Laurent ne sont guère peuplées. Les Français font la pêche de la morue sur le grand banc de Terre-Neuve, séjournent quelque temps dans l’île pour faire sécher et saler le poisson, puis repartent pour les ports normands et bretons. L’Acadie, en 1686, ne compte que 885 habitants ; elle n’a qu’un millier de bêtes à cornes environ et que 900 arpents de sol labouré ; ses relations sont presque nulles avec le Canada et la vallée du Saint-Laurent : il n’y a pas de route entre Québec et Port-Royal. L’Acadie est beaucoup plus en rapport avec les Anglais, établis sur la côte de l’Atlantique ; la pêche du pays appartient presque tout entière aux matelots de Boston.

LE CANADA

Entre les Anglais de la baie d’Hudson et ceux de l’Atlantique, le Canada s’étend le long du Saint-Laurent ; là s’élèvent les villes de Québec, Trois-Rivières, Montréal. Les marchands sédentaires sont à Québec ; les commerçants nomades à Montréal. Dans la région des lacs, les Français se sont avancés, surtout à partir de 1675. Le comte de Frontenac, gouverneur du Canada, en se conciliant la confédération des Cinq Nations iroquoises, et en empêchant la guerre entre Iroquois d’une part, Illinois et Outaouais de l’autre, s’est frayé passage jusqu’à cette mer intérieure. En territoire sauvage est établie une série de forts, à la fois postes militaires et marchés : le fort Frontenac, à l’extrémité orientale du lac Ontario, bien approvisionné, où presque chaque année le gouverneur vient tenir des conférences avec les chefs iroquois ; le fort Niagara, entre l’Ontario et I ‘Erié ; Saint-Joseph des Miamis, entre l’Erié et. le lac des Illinois (Michigan) ; enfin Michillimackinac, à la jonction des trois grands lacs Supérieur, des Illinois et des Hurons. Ces postes, à l’exception de celui de Niagara, évacué en 1688, servent de points de départ aux explorateurs pour des courses nouvelles. Dès 1682, grâce à Du Luth, la domination française s’étend jusqu’à l’extrémité du lac Supérieur. La population du Canada s’élève alors à 12 000 habitants, et un millier d’indigènes vivent au milieu d’elle.

LA BAIE D’HUDSON ET LA LOUISIANE

La colonie canadienne a des annexes. De la vallée du Saint-Laurent et de la région des lacs partent vers le Nord coureurs de bois et marchands en quête de pelleteries, et ainsi est rattaché le territoire de la baie d’Hudson. Vers le Sud-ouest le Canada prend dès 1682 une extension extraordinaire, grâce à l’indomptable courage d’un des plus grands explorateurs qu’ait vus l’Amérique, Cavelier de la Salle.

CAVELIER DE LA SALLE

Négociant de Rouen, agent d’une société d’actionnaires, la Salle, comme ses ancêtres les Normands découvreurs des côtes occidentales d’Afrique, se lance dans l’inconnu. En 1680, il s’établit au pays des Illinois et y construit un fort ; mais il ne peut s’engager sur le fleuve que deux ans après ; ses créanciers l’ont obligé deux fois à quitter son fort Crèvecœur pour descendre jusqu’à Montréal. Il part enfin, au commencement de 1682, avec quelques compagnons. Ils descendent sur des barques le Mississipi, et, le 9 avril 1682, ils arrivent aux bouches du fleuve.

« Là, dit la Salle, on équarrit un arbre dont on fit un poteau qu‘on planta, et on y attacha les armes du Roi, faites du cuivre d’une chaudière. On planta aussi une croix, et on enterra dessous une plaque de plomb où il y avait ces mots écrits : « Au nom de Louis XIV, roi de France et de Navarre, le 9avril 1682.... » Les vivres manquaient, et l’on n’avait par jour qu’une poignée de maïs. »

C’est ainsi que la Salle donnait à Louis XIV une nouvelle terre, la Louisiane. Il se rend ensuite à Versailles, où il fonde, en 1684, la Compagnie de la Louisiane ou d’Occident. Il repart avec quatre navires, chargés de colons, de soldats et pourvus de vivres ; il se dirige vers le golfe du Mexique, mais il ne peut reconnaître l’embouchure du Mississipi, perdue au milieu des immenses alluvions du fleuve, et il débarque sur une côte inconnue et inhospitalière où périssent presque tous les siens et où lui-même est assassiné en 1687. Sept ou huit ans plus tard, d’Iberville, Normand comme lui, reconnut l’embouchure du Mississipi.

Ainsi le Canada s’étend d’une manière démesurée, et les possessions françaises, par le Saint-Laurent, les lacs et le Mississipi, enserrent les colonies anglaises de la côte atlantique. Mais c’est à ce moment que Louis XIV est obligé, par le traité d’Utrecht, de céder à l’Angleterre les annexes maritimes du Canada, l’Acadie et Terre-Neuve (1713).

LE COMMERCE CANADIEN

Le commerce avec le Canada et ses annexes consiste surtout en pelleteries que des compagnies de marchands achètent aux sauvages et aux coureurs de bois. Les peaux de castor et d’autres animaux ne peuvent entrer en France que par quatre ports : Rouen, Le Havre, Dieppe et La Rochelle ; Rouen et La Rochelle sont les deux grands marchés de pelleteries du royaume. En échange, les Français apportent au Canada des eaux-de-vie et divers produits manufacturés. Mais les Anglais vendent aux sauvages à très bon marché des marchandises qui leur plaisent, comme les écarlatines d’Angleterre, aux belles couleurs rouges ; ils réussissent ainsi à enlever le plus beau castor. Les concessionnaires français se plaignent, demandent au Gouvernement de laisser sortir de La Rochelle des écarlatines importées d’Angleterre, qu’ils échangeront ensuite à Québec contre du castor. En vain Pontchartrain, secrétaire d’État de la marine, supplie-t-il, en 1714, le contrôleur général Desmaretz de permettre à Néret et Gayot la sortie de 250 pièces d’écarlatines ; Desmaretz, songeant seulement aux droits du Trésor, refuse cette grâce.

LES COMPAGNIES DE COMMERCE

Le domaine français de l’Amérique du Nord était exploité par des compagnies commerciales : la Compagnie de l’Acadie, formée en 1683, qui fut remplacée en 1703 par la Compagnie du Canada et qui ne réussirent point. Les essais de colonisation de la Salle en Louisiane n’avaient pas mieux réussi. Après la paix de Ryswyk, le Roi avait envoyé dans ce vaste pays une garnison qui devait tenir les forts. La Louisiane était une immensité inoccupée. Le Roi accorda au financier Antoine Crozat le privilège du commerce pendant quinze ans dans tout le pays situé entre la Caroline des Anglais et le Nouveau Mexique, avec l’obligation de fournir à la garnison vivres, effets et munitions (14septembre 1712). Ce pays, où l’on plaçait de riches mines d’or, devait, sous la Régence, devenir le domaine d’une nouvelle compagnie, celle du Mississipi, établie par Law.

B. LES ÎLES D’AMÉRIQUE.

La France fait un grand commerce avec ses îles d’Amérique : la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Domingue — dont elle n’occupe que la partie occidentale —, enfin une série de petites Antilles : la Grenade, Marie-Galante, Saint-Christophe, etc. Ces îles ont été lentement peuplées par la métropole. D’abord, sont arrivés des hommes de race blanche : nobles en quête d’aventures, moines à la recherche d’âmes à convertir et de beaux profits à faire, agriculteurs et marchands, « engagés » volontaires ou forcés des compagnies. Ensuite sont venus d’Afrique, sur les vaisseaux des compagnies, des hommes de couleur, les blancs tendant de plus en plus à substituer au travail libre le travail servile. La population noire finit par être la plus nombreuse. En 1686, nos colonies des îles comptent environ 19 000 blancs et 27 000 nègres. En 1701, il y a 44000 nègres rien que dans les trois principales îles : 8 000 à la Guadeloupe, 46 000 à la Martinique, 20 000 à Saint-Domingue.

Les colonies se plaignent du manque de main-d’œuvre. Il n’y a pas encore assez de noirs aux îles. Les colons ne sont pas riches ; ils paient plus souvent en nature, en sucre ou en tabac qu’en espèces ; et, quand viennent les mauvaises récoltes, ils ont beaucoup de difficultés à s’acquitter de leurs dettes. Les compagnies vendent peu de nègres à la fois, et elles n’en introduisent de nouveaux que lorsqu’elles ont été payées de leurs envois antérieurs. Ces nègres esclaves, mal nourris, mal vêtus, accablés de travail, ne se reproduisent guère. Le Code noir, préparé par Colbert et promulgué, après sa mort, en 1685, oblige les maîtres à nourrir et à vêtir convenablement leurs esclaves, à les traiter d’une manière plus humaine, à les considérer, non plus comme des choses, mais comme des hommes, inférieurs, il est vrai, aux autres. Mais la condition des nègres reste misérable, bien qu’elle soit meilleure dans les colonies françaises que dans celles des Anglais et des Hollandais.

Presque aucune industrie dans ces îles d’Amérique, les nègres étant presque exclusivement attachés à la culture, seulement quelques raffineries qui, d’ailleurs, eurent à compter avec les intérêts rivaux des négociants de France. De riches cultures : canne à sucre, d’abord, puis indigo, tabac, coton, cacao, café, casse, gingembre ; puis quelques produits accessoires : écaille de tortue, bois de teinture. Les cultures ne se développent pas assez rapidement, quelques-unes même périclitent ; la création du monopole du tabac au profit de l’État fait tomber en décadence une des plus belles cultures de Saint-Domingue.

D’ailleurs, nos îles sont mal protégées en temps de guerre, et les flibustiers, dédaigneux de tout travail agricole, embarras perpétuel pour le gouverneur de Saint-Domingue, ne font guère qu’attirer par leurs hardis coups de main les représailles de l’ennemi.

LES COLONS ET LA MÉTROPOLE

Dans ses rapports avec les colonies la métropole ne cherche que son intérêt ; les colons sont toujours sacrifiés aux compagnies et aux négociants de France. On l’a vu par l’interdiction de la raffinerie et l’établissement du monopole du tabac. De France, on leur prescrit certaines cultures et on les détourne de certaines autres sous prétexte que « la diversité des cultures dans les colonies est la chose la plus importante à leur bien »

LES PORTS DU PONANT

Le commerce des Iles était réservé aux ports de Rouen, Nantes, La Rochelle, Bordeaux, par un privilège auquel Dunkerque, à la suite de ses réclamations, avait obtenu de participer, en ‘1704. Les navires partent en novembre et décembre et arrivent aux Iles en février et mars, chargés de bœuf salé d’Irlande, de farines, de vins et eaux-de-vie, de toiles pour les vêtements des nègres et les emballage ; enfin de grandes quantités de tortues, pêchées aux Iles du Cap Vert et salées en roule, qui servent de nourriture aux nègres. Ils repartent vers juin, remplis de sucre brut, de cacao, d’indigo, de cuirs, d’écailles de tortue, etc., qui sont en partie consommés en France, en partie expédiés à l’étranger. Nantes, La Rochelle, Bordeaux deviennent de grands entrepôts de denrées coloniales pour la France et une Partie de l’Europe.

Le sucre que l’on raffine en France, à Nantes, Angers, Saumur, Orléans, Bordeaux, est une des principales matières du commerce des Iles ; mais le chargement d’un vaisseau en nègres, disait-on au XVIIe siècle, produit trois fois plus qu’un chargement en sucre. Des compagnies privilégiées transportent aux Iles des nègres de la côte occidentale d’Afrique.

A la compagnie du Sénégal, qui avait reçu de Colbert le monopole de la traite, succède la compagnie de Guinée en 1685. Elle doit fournir chaque année 1 000 nègres, et reçoit une prime de 13 livres par tête. Quantité insuffisante et prix trop élevé, telles sont les plaintes continuelles des colons et des administrateurs des Iles ; mais les compagnies, outre qu’elles sont exigeantes pour le paiement, ne veulent pas avilir le prix de leur marchandise. Le Roi essaie divers moyens pour peupler les Iles. Il envoie une fois des navires de l’État à la côte d’Afrique prendre des noirs; il s’adresse à plusieurs compagnies successivement ; […]

Le commerce des Iles, outre qu’il eut beaucoup à souffrir du régime économique, fut grandement gêné par la guerre ; mais, pendant la paix, malgré les embarras et les difficultés de toute sorte, il est assez actif pour enrichir les ports du Ponant, Nantes surtout. Nantes envoie par an, après la paix de Ryswyk, 25 à 30 vaisseaux à la Martinique, 8 à 10 à la Guadeloupe, 1 ou 2 à la pêche de la tortue, au Cap Vert, 8 à 10 à Saint-Domingue, 1ou 2 à Cayenne. Après la paix d’Utrecht, ce commerce prendra un grand essor et peu à peu se placera au premier rang, à côté du commerce avec le Levant.

CONCLUSION SUR LE COMMERCE

L’histoire du commerce extérieur de la France se trouve presque toute dans les vicissitudes des Compagnies privilégiées. Colbert avait vu disparaître l’une après l’autre ses Compagnies. Ses successeurs subirent les mêmes échecs. A cet insuccès persistant il faut assigner les mêmes causes. D’abord, l’individualisme des commerçants : chacun veut faire soi-même ses affaires et se défie des grandes entreprises qui monopolisent le commerce. Ensuite la disette d’argent: non qu’il n’y ait de riches négociants, mais ce sont des exceptions. Les petites fortunes sont peu à peu absorbées par les impôts ou par les créations continuelles de rentes et d’offices. Le bourgeois veut bien acheter une charge qui lui donnera des gages et de la considération ; mais ses habitudes d’économie et de prudence l’écartent des placements risqués dans des affaires lointaines. Aussi les Compagnies manquent-elles de capitaux ; les fonds versés sont tout à fait insuffisants pour l’exploitation du vaste domaine qui leur a été concédé. Ce ne sont pas des affaires nationales - les privilégiés, presque tous les bourgeois portent leur attention ailleurs - mais seulement celles de quelques marchands et banquiers.

Cependant, - et ceci est remarquable, - malgré les guerres et la fiscalité qui entravent le trafic avec le Nord, le Levant et les colonies, l’horizon du commerce français s’élargit ; il embrasse désormais la Moscovie, l’Éthiopie, la Perse, l’océan Pacifique. Le Ponant se réveille. Dans les ports et les grandes places de commerce, à Nantes, à Saint-Malo, à Marseille, à Lyon, l’initiative des armateurs et des négociants se déploie, au milieu des entraves de la politique commerciale. Même pendant la guerre, les espérances d’un relèvement se manifestent. L’activité française dans l’océan Pacifique en est un symptôme évident. Après la paix rétablie, en 1716, les exportations dépassèrent les importations de 36 millions. C’était le présage d’une période de prospérité.

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