Education géographique et Révolution nationale, la géographie scolaire au temps de Vichy





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Education géographique et Révolution nationale,

la géographie scolaire au temps de Vichy



ÉDUCATION GÉOGRAPHIQUE ET RÉVOLUTION NATIONALE

La géographie scolaire au temps de Vichy
Les grands évéènements militaires semblent marquer l’histoire de l’enseignement de la géographie en France. En 1870, la défaite a apporté un argument de plus à ceux qui promouvaient depuis quelques années son enseignement. Le rapport Levasseur et Himly de 1871 fait alors date, plus que les écrits de Levasseur antérieurs à la guerre. Ensuite, l’historiographie commune présente la préparation de la Revanche comme une des finalités de l’enseignement géographique et la guerre de 1914-1918 comme le fruit d’une éducation patriotique, largement portée par la géographie scolaire. Par contre, pour les historiens de la géographie, la Seconde Gguerre mondiale, « l’Étrange défaite » et la France de Vichy apparaissent souvent comme un simple intermède, une coupure moins importante pour l’épistémologie de la géographie que l’arrivée de la New Geography dans les années 1960, une parenthèse sans conséquence durable sur la géographie scolaire. Pourtant, sous Vichy, les programmes de géographie du primaire et du secondaire sont réécrits, la licence et l’agrégation de géographie sont mises en place pendant que l’État français met sous contrôle l’Université et que les géographes poursuivent leurs recherches, collaborent, résistent1 ou se taisent.

LCe faible intérêt pour l’histoire de la géographie durant ces années terribles peut s’expliquer par le fait que l’évolution des thèmes de recherche des géographes s’inscrit dans un processus long, qui enjambe les années de guerre. Les bouleversements des programmes, en particulier dans l’enseignement secondaire, pourraient apparaître comme un simple épiphénomène si l’on acceptait l’hypothèse que ces transformations seraient sans racines antérieures, un épisode que la France républicaine effacerait bien vite à la Libération. À l’inverse, on peut considérer les contenus d’enseignement mis en avant au temps de la « Révolution nationale » comme une sorte de test acide qui révèle des vertus prêtées à l’enseignement de la géographie. Test paradoxalement réussi, puisque, l’enseignement de la géographie sort renforcé de ces années noires. Ceci doit se comprendre dans un système mettant en relation l’institution scolaire, la géographie appliquée, la géographie universitaire et la volonté des gouvernants..
1. La lente évolution des thématiques de recherche de la recherche universitaire.
Peu nombreux sont ceux qui, comme Marie-Claire Robic2, Jean-Louis Tissier ou Olivier Dumoulin3, se sont intéressés aux géographes durant ces durs moments4. En effet, lces années 1939-1945 sont souvent enjambées par les historiens de la géographie française. Marie-Claude Blanc-Chaléard compare dans le détail les contenus des manuels scolaires de géographie d’avant-guerre et d’après-guerre, mais n’a pas de regard particulier sur ceux qui sont publiés sous Vichy5. Paul Claval, dans son Histoire de la gGéographie française de 1870 à nos jours6, en fait un peu de même, si l’on s’en tient aux titres de ses chapitres. Après avoir présenté la géographie de l« L’entre-deux-guerres » dans ses chapitres 6 et 7, il passe à celle du « second après-guerre  » dans les chapitres 8 et 9. Au passage, il note que «  La préparation des thèses mobilise l’énergie des jeunes collègues durant de longues années, huit ou dix souvent. Les sujets restent toujours dans le cadre régional, mais leur aspect évolue. Dans les années 1940, certains traitent à la fois des aspects physiques et humains de l’aire retenue : Max Derruau en fournit le meilleur exemple.7 »8 En effet, au regard des publications, et en particulier dles thèses, il semble que rien ne change du côté de la géographie universitaire, ou plus précisément que les années de guerre sont à situer dans un long processus d’évolution des thématiques de recherche en géographie9.

À partir du dépouillement des titres de mémoires de diplômes d’études supérieures publiés par les Annales de gGéographie, André Meynier constate après-guerre un phénomène à inscrire dans le temps long : le déclin des recherches en géographie physique (tableau 1).
Tableau 1. Les thématiques de recherche dans les années 1938-1951 (Tableau d’après les données élaborées par A. Meynier10)

Années de publication

1938-1941

1942-1945

1946-1949

1950-1951

Mémoires de géographie régionale

44%

42%

31%

22%

Mémoires de géographie physique

2%

10%

13%

7%

Mémoires de géographie humaine

54%

48%

56%

71%

(Source : Données élaborées par A. Meynier11)
Si l’on se situe entre les bornes 1938 et 1951, on assiste à un lent déclin des travaux classés par Meynier en géographie régionale et à un progrès symétrique des mémoires soutenus en géographie humaine pure. Cependant, les années 1942-1945 se situent plutôt à contre tendance, avec une progression nette des recherches en géographie physique pure et un recul passager des mémoires des travaux soutenus en géographie humaine. Les fluctuations ne sont pas considérables, mais elles peuvent avoir du sens, surtout si on compare la répartition des thèmes de recherche de 1942-1945 à celle des mémoires soutenus par les étudiants entrés à l’université après-guerre, en 1950-1951.

Cette évolution des thématiques de recherche ne peut s’expliquer uniquement par des changements de centre d’intérêt, par une évolution épistémologique de la géographie. Il faut aussi tenir compte des difficultés liées à la guerre : étudiants et enseignants mobilisés puis souvent prisonniers comme Henri Enjalbert, restrictions de circulation, censure, paupérisation générale. Tout ceci est conjugué avec les impossibilités que l’on imagine pour les déplacements ou les enquêtes de terrain, ainsi qu’avec la raréfaction du papier qui entraîne progressivement un déclin des publications12 et des thèses (tableau 2). Perpillou et Gottman rappellent que Théodore Lefebvre, professeur à Poitiers, a été emprisonné puis tué par les nazis, que Jacques Ancel, professeur à la Sorbonne, est mort à Drancy, que René Musset, professeur à Caen, a été enfermé deux ans à Buchenwald, qu’à Clermont-Ferrand, Henri Baulig a été emprisonné plusieurs mois par la Gestapo.13
Tableau 2. Les thèses soutenues et leur publication, 1939-194514


Années

Thèses publiées

1939

Lucien. Gachon, Les Limagnes du Sud et leurs bordures montagneuses, étude de géographie physique et humaine.

Jean Robert, La maison rurale permanente dans les Alpes françaises du Nord.

1940

René Clozier, La gare du Nord, étude de géographie urbaine. Les causses du Quercy, contribution à la géographie physique d’une région calcaire (thèse secondaire).

Aimé Perpillou, Le Limousin, étude de géographie physique.

Jacques Weulersse, Le Pays des Alaouites.

Francis Ruellan, Le Kwansaï, étude géomorphologique d’une région japonaise.

1941

Lucien Goron, Les Pré-Pyrénées ariégeoises et garonnaises. Essai d’étude géomorphologique d’une région montagneuse.

Eric Dardel, La pêche harenguière en France.

Louis Papy, La Côte atlantique de la Loire à la Gironde. Tome 1 Les aspects naturels ; tome 2 Ll’Homme et la mer.

Jean Dresch, Recherches sur l’évolution du relief dans le Massif Central du Grand Atlas, le Haouz et le Sous.

Maurice Le Lannou, Pâtres et paysans de la Sardaigne.

1942

Antoine Albitreccia, La Corse, son évolution au XIXe et au début du XXe siècle.

G. Baeckerroot, Oesling et Gutland. Morphologie du bassin ardennais et luxembourgeois de la Moselle.

Yves Urvoy, Les bassins du Niger, Etude de géographie physique et de paléogéographie.

1943

Aucune

1944

Paul Veyret, Les Pays de la Moyenne Durance alpestre (Bas-Embrunais, Pays de Seiègne, Gapençais, Bas-Bochaine). Etude géographique.

1945

Aucune


De 1942 à 1945 les soutenances de thèse se font rares :, on imagine assez aisément que René Clozier aurait eu beaucoup de mal à conduire ses enquêtes de géographie humaine sur la gare du Nord au temps de l’occupation ou que le révérent Baeckerroot était dans l’impossibilité de poursuivre ses travaux de géomorphologie au Luxembourg. La guerre interdit de nombreux travaux de recherche. Les thèses soutenues au lendemain de la guerre correspondent donc à des espaces restés accessibles et à des recherches dont les thématiques sont fortement marquées par la géographie physique15.

La situation est plus différenciée du côté des revues scientifiques de géographie. Certaines revues cessent de paraître, plus ou moins rapidement, cessent de paraître, d’autres poursuivent leur publication tout au long de la guerre. De 1940 à 1946 la Rrevue de la Société de géographie cesse de paraître et fusionne avec les Annales de gGéographie. L’Iinformation géographique interrompt brusquement sa publication en avril 1942 et n’est republiée qu’à partir de juin 1945.

Les Annales de géographie sont quelque peu touchées à partir de 1943 par les restrictions ; en conséquence, le texte se continue sur les couvertures par suite du manque de papier. Son comité de patronage est de moins en moins nombreux. Composé de douze membres en 1937 (n° 259), ils n’en comporte plus que six en janvier-février 1943. Mais curieusement, la liste des pays à tarif postal réduit pour acheminer la revue ne change guère. Certes, l’Autriche est supprimée de cette liste, de même que l’Ethiopie. Mais la Tchécoslovaquie devient une curieuse Tchéco-slovaquie et en 1943 la Pologne et la Yougoslavie sont toujours nommées, alors qu’elles aussi ont cessé d’exister en tant qu’Éétats. Ainsi les revues de géographie, quand elles paraissent, semblent figées, comme si la guerre n’avait pas eu lieu, ou plutôt n’était pas encore conclue.

Les publications de province semblent encore moins touchées par les restrictions. Ainsi le Bulletin de la Ssociété languedocienne de géographie échapper pratiquement aux restrictions en matière de papier16. Certes, il est écrit dans la revue tout au long de la guerre, de 1940 jusqu’en 1945, que les prescriptions gouvernementales l’obligent à réduire de 50% pour cent son nombre de pages. Mais fin 1942 et début 1943, le bulletin obtient de gros contingents de papier lui permettant de publier sur plus de 200 pages (tableau 3).
Tableau 3. La pagination du Bulletin de la Ssociété languedocienne de géographie (1940-1945)

Année

Fascicules publiés

Nombre de pages des publications de l’année

1940

tome XI

64 pages

1941

2 fascicules

68+68= 136 pages

1942

2 fascicules

68+132= 200 pages

1943

2 fascicules

144+52= 196 pages

1944

2 fascicules

86+86= 172 pages.

1945

2 fascicules

64+78= 142 pages


Les conditions matérielles des équipes rédactionnelles, leurs orientations face à la censure, les restrictions de papier, plus ou moins grandes suivant les régions, tous ces facteurs contribuent à différencier l’évolution de ces publications. Une étude comparée de l’ensemble des revues de géographie pendant les années de guerre reste à mener pour dégager des tendances plus générales, mais en ces temps de crise, c’est la stabilité de la géographie universitaire qui apparaît comme la trame de fond de ces publications. Les articles se fondent sur des travaux antérieurs à la guerre.

Dans ce contexte, la création de la licence de géographie en 1941 et de l’agrégation de géographie en 1943 apparaissent alors comme le couronnement d’une discipline installée. Pourtant la refonte des programmes de géographie de l’enseignement primaire et secondaire invite à penser que les contenus d’enseignement de cette discipline dépendent des fluctuations politiques et que les promoteurs de la « Révolution nationale » comptaient bien s’appuyer sur l’enseignement de la géographie pour promouvoir leur idéologie.

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