Ou comment faire du vieux avec du neuf





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7. La religion
Ce thème apparaît dans cinq articles : deux sur le sujet de la cathédrale, deux sur celui du couvent « la Solitude », et un consacré à la visite du pape. Il n’est pas inutile de rappeler que la rubrique spiritualité arrive en cinquième position sur onze sur le site officiel de la ville, avant le sport, la culture et l’histoire de la ville qui arrive en neuvième position. Il ne fait aucun doute, pour Manuel Valls ou avant lui Jacques Guyard, que la religion soit un puissant facteur d’intégration, et donc de lien social, dans une ville caractérisée par une population multiethnique et multiconfessionnelle. Il s’agit là d’un enjeu politique de première importance.

Le site internet n’hésite pas à désigner Evry comme « capitale spirituelle » :

«  Evry est aussi un territoire de spiritualité où coexistent toutes les religions. Sur quelques centaines de mètres, notre ville rassemble la seule cathédrale construite au XXe siècle, la plus grande mosquée de France, une synagogue, une église adventiste, plusieurs lieux de culte protestants et bientôt la plus grande Pagode d'Europe qui deviendra le siège européen de la Congrégation bouddhique vietnamienne. A Evry, les particularités des différentes communautés religieuses sont une véritable richesse. Chacun peut y vivre pleinement sa foi dans le respect de toutes les confessions ».

Le livre, déjà cité, du maire Manuel Valls, « la laïcité en face », traite largement de la place du fait religieux à Evry : « L’idée d’accueillir toutes les grandes religions s’est également inscrite dans les projets d’urbanisme (…) L’ensemble des lieux de culte confère à Evry une originalité certaine qui s’ajoute à sa fonction première de ville préfecture (…) La place des Droits de l’Homme et du Citoyen, avec la mairie, la cathédrale de la Résurrection, la chambre de commerce et d’industrie, l’université rassemble quatre pouvoirs : le politique, le spirituel, l’économique et le savoir ! Ainsi s’inscrivaient dans l’urbanisme et par un retour au monumental ces rapports d’amour et de haine qui ont jalonné l’histoire de France (…) Cette conception traditionnelle, pour une ville nouvelle, dont la vision urbaine devait a priori l’affranchir du passé, reste un paradoxe ! »14

Le site internet de la mairie comprend dans ses

L’article commémoratif de la visite du Jean-Paul II, paru dans la rubrique Mémoire à l’occasion de son décès en est une flagrante illustration : « Eglise d’Evry, lève-toi et va à la rencontre des autres ». On y raconte même, détail insolite, apparemment insignifiant, et cependant important puisqu’il est resté dans la mémoire de celui qui le raconte, « qu’il a fallu préparer l’itinéraire avec minutie en éliminant le dos d’âne qui gênait le passage de la papamobile. Les agents du GIGN étaient partout, sur les toits (…) ». Une grande photo au centre de l’article montre effectivement le pape dans son véhicule qui salue une foule qu’on ne voit pas, escorté par de nombreux gardes du corps. L’article reprend les propos de l’évêque qui « évoquait l’importance de la construction d’une telle cathédrale édifiée au cœur d’une ville nouvelle, jeune et multiculturelle… ».

La mémoire d’une ville se constitue aussi au travers d’événements de ce type, comme l’indique H. Lefebvre : « Sur son plan spécifique la ville peut s’emparer des significations existantes, politiques, religieuses, philosophiques. Elle s’en saisit pour les dire, pour les exposer par la voie- ou la voix- des édifices, des monuments, et aussi par les rues et les places par les vides, par la théatralisation spontanée des rencontres qui s’y déroulent, sans oublier les fêtes, les cérémonies (avec les lieux qualifiés et appropriés) ».15

8. La nature et les espaces verts
Trois articles, soit 6 pages, sont consacrés exclusivement aux arbres, aux poissons et aux oiseaux d’Evry… dans la rubrique Patrimoine.

« La vie urbaine comprend des médiations originales entre la ville, la campagne, la nature. Tel est le village, dont le rapport avec la ville, dans l’actuel, loin d’être entièrement connu. Tel sont les parcs, les jardins, les eaux captives. Ces médiations ne se comprennent pas sans les symbolismes et représentations (idéologiques et imaginaires) de la nature et de la campagne comme telles par les citadins16 ».

Cette citation apporte une explication à la présence de ces sujets .En effet, si l’on méconnaît cette médiation qu’est la symbolique de la nature sur le territoire même de la ville, la place qu’elle tient dans la mémoire des citadins à ce qui les rattache à la campagne, on passe à côté de cette dimension originale du patrimoine. Patrimoine vivant telle la faune, qui relie à l’enfance : les grands dessins colorés représentant les poissons et les oiseaux, en lien avec la Seine (magazines n° 25 et 27) participent de cette symbolique. L’article(n°24) consacré aux arbres remarquables, parce que centenaires ou rares, met de plus en valeur le patrimoine historique de la ville par le rappel de l’existence de parcs anciens.

« N’oublions pas que les jardins, les parcs et les paysages firent partie de la vie urbaine autant que les beaux-arts. Et que le paysage autour des villes fut œuvre de ces villes (… )lequel, inséparable de l’architecture, joue un rôle immense dans les arts classiques17 »..

Singulièrement, ce patrimoine n’a pas été traité à la hauteur de ce qu’il recèle, par le magazine durant la période étudiée. C’est davantage la modernité des espaces verts, leur accessibilité, la convivialité qu’ils proposent qui est mise en avant. Les extraits figurant sur le site internet de la ville témoignent cependant de l’intérêt du patrimoine historique d’Evry en matière de parcs :

«  Evry, ville nouvelle, a été conçue avec la ferme intention de sauvegarder ces anciens espaces verts et d’en créer de nouveaux (...)

Le parc de 20 hectares tient son nom de la Grange « coq qui bue », lieu de stockage des récoltes sur le bois. Aujourd’hui il conserve de son passé, le nom de Coquibus et un espace forestier très singulier pour un parc à la française ! Ce parc fut réalisé à partir du bois de chasse de la famille noble du château du Petit Bourg et du parc créé par le maréchal de Raies pour ses promenades à cheval (…)

Edifiés autour de châteaux des familles nobles ou fortunées de la région, modelés par le sens esthétique et le courant philosophique du XVIIIe siècle, le Parc Bataille et le Parc des Tourelles ont été les observateurs de l’essor de la ville d’Evry. Aujourd’hui, ils en sont la mémoire verte (…)

Sa superficie de 8 hectares n’est qu’une partie de la propriété du château de Grand Bourg, aujourd’hui quartier d’Evry. Construit par des familles anoblies au XVIIIe siècle, étape du roi vers sa chasse de Fontainebleau, le château fait l’objet d’un projet de rénovation ».

On peut se poser la question de la raison de ce déficit en matière d’image concernant ce passé « vert », dont il reste davantage de traces que de l’industrie Decauville par exemple. Peut-être est-ce parce que la mairie n’a pas pu investir financièrement dans ces parcs et valoriser ce patrimoine, et qu’elle préfère donc ne pas trop y faire référence.

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9. L'activité économique et le patrimoine industriel
Il n’y a plus aucune activité industrielle ou agricole à Evry. Il a longuement été question de l’entreprise Decauville dont il ne reste rien. Les entreprises, nombreuses, existent sous forme de milliers de mètres carrés de bureau.

De ce passé perdu, seuls en réchappent deux constructions qui n’ont qu’un rapport indirecte avec l’économie : la vieille gare…et l’écluse. Un article parle du métier de marinier : « Sous l’écluse coule la Seine ». Six photos ainsi qu’un entretien avec l’un des trois éclusiers, apportant des informations sur la vie familiale (« Marinier une affaire de famille ») et sur les plan technique et économique, sont consacrés à la navigation fluviale. Il est fait référence à l’histoire, celle de la construction du premier barrage en 1906 à Evry, à Léonard de Vinci, inventeur du « principe de l’écluse à sas ». L’on apprend que « le bassin de la Seine compte 1427 km de voies navigables[et qu’il est donc] le plus grand réseau français ». A Evry, 60 péniches empruntent l’écluse chaque jour. La vieille gare, construite durant la révolution industrielle, est un des rares lieux rattachés à une histoire déjà ancienne et toujours bien inscrite dans la vie d’une partie des evryens qui l’utilisent quotidiennement.

Cet article fait un lien entre un passé d’Evry encore présent, où l’imaginaire peut se reporter à des souvenirs, en associant l’évocation du chemin de halage et celle d’un mode de vie « bohême » qui perdure (« marinier de père en fils depuis quatre générations »), liés à une époque où le temps passait moins vite.

CONCLUSION

Ce qui ressort de cette recherche, c’est la tension permanente à la quelle se soumet le magazine en tirant à la fois du côté de l’histoire et du présent, de la tradition et de la modernité. En matière d’histoire, toutes les références au passé sont en lien avec la réalité evryenne d’aujourd’hui. Cette tension traverse pareillement chacun des thèmes qui ont été déclinés dans l’analyse.
Ainsi, deux axes de dessinent dans la constitution d’un patrimoine mémoriel de la ville : la référence au village, qui a le rôle d’un mythe dans l’imaginaire collectif, et celle d’une modernité s’inscrivant dans une continuité historique, tant du point de vue de l’urbanisme que de celui des personnes, vivantes ou légendaires, célèbres ou plus ordinaires, porteuses de valeurs telles que l’intégration, la tolérance, la lutte pour la démocratie. Ces valeurs, génératrices de lien social, sont mises en valeur systématiquement.
Une spécificité qui se rapporte à Evry, est probablement la dimension spirituelle qui provient d’un choix politique, repris et défendu par le maire actuel . Cette dimension, qui s’inscrit de façon monumentale dans la ville, est bien évidemment aussi génératrice de lien social. Elle prend appui sur les origines et les histoires, individuelles et collectives, des habitants.
Une spécificité, probablement présente dans d’autres villes nouvelles, est la construction d’une histoire qui s’écrit à partir de sa conception politique et administrative. On raconte aux évryens comment s’est construite leur ville, depuis le premier jour : faute de pouvoir faire appel à une mémoire en cours de constitution, ils sont invités à être les témoins de leur propre histoire.

La multitude de tentatives de trouver des références historiques, cet effort constant d’extraire des traces du passé, comme d’un « sol », sont émouvants tant on sent qu’ils relèvent de l’exploit: à partir du neuf, faire de l’ancien .
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1 « Une communauté d’agglomération est un regroupement de communes – qui gardent leur identité – regroupant plus de 50 000 habitants avec une continuité de territoire. Créée par arrêté préfectoral à l’initiative de plusieurs conseils municipaux, elle a des compétences qui lui sont transférées pour les communes membres : développement économique, aménagement de l’espace communautaire, équilibre social de l’habitat, politique de la ville », Evry vie nouvelle, octobre 2002, p. 20.

2 Manuel Valls, « La laïcité en face », Desclée de Brouwer, oct. 2005, p. 23.

3 Op. cit. p.24

4Ce titre reprend l’expression d’ henri Lefebvre, dans son livre «  Le droit à la ville » (Ed. Anthropos coll. Points, 1974, p.111) : « à nous"de résoudre" cette double crise[de la cité traditionnelle et de la civilisation agraire], notamment en créant avec la ville nouvelle la vie nouvelle dans la ville ».

5« Synthèse de travaux sur l’immigration et la présence étrangère en France», in Migration/Etudes, n° 85, janvier -février 1999

6 Ancien directeur de l’Observatoire urbain du SAN de la ville nouvelle d’Evry. «  Je suis noir et je n’aime pas le manioc », Max Milo Editions, coll. 10 /18, Mai 2005..

7 Le nom « Bras de fer », donné au quartier, à une rue ainsi qu’à une des gares d’Evry, vient de la locution « pot de fer » qui était un instrument pour mesurer le vin.

8Note de l’auteur : ayant moi-même habité durant 12 ans la fameuse “barre de 12 étages et 14 escaliers” construite en 1959 sur l'emplacement même de ce château, dans le même alignement, et en conservant une bonne partie du parc, je m'autorise à penser qu'on n'habite pas une “barre” de la même façon quand on sait à quelle histoire elle appartient. Entre autre que son architecte est un élève de Le Corbusier. A l'opposé, je pense qu'en utilisant le qualificatif péjoratif et anonyme de “barre”pour qualifier cet immeuble, non seulement on disqualifie ses habitants, mais on leur dénie le droit d'être les porteurs d'une mémoire qu'ils pourraient à leur tour transmettre, on gomme toute histoire ; ceci au nom d'une norme esthétique subjective et discutable. Les premiers occupants étaient fiers d'habiter au “Parc” (de Petit Bourg). Il s'agissait d'une population appartenant à la classe moyenne (salariés d’IBM et de l’aéroport d’Orly), voire même de catégories supérieures. Aujourd'hui elle s'est considérablement paupérisée : avec le temps, les représentations et les habitants changent. Surplombant la Seine, plutôt qu’à une « barre », l’immeuble peut faire penser à un immense paquebot, en particulier la nuit quand il s’illumine. Peut-être un jour on en reparlera comme d’ un ouvrage méritant de faire partie du patrimoine architectural du 20ème siècle, et on racontera cette histoire…

9 M. De Certeau, in «Les inventions du quotidien», 1.les arts de faire, Ed.folio, coll. essais, p. 163

10 J. Guyard, op. cit.p.72

11 Id, p.79

12 Id, p. 92

93 On peut citer ici l’acception dans laquelle Michel de Certeau entend le terme mémoire : “mémoire au sens ancien du terme, qui désigne une présence à la plurialité des temps et ne se limite donc pas au passé”,in L’invention du quotidien 1. arts de faire, folio essais, p. 320.

14 M. Valls, op.cit., pp18-19

15 H.Lefebvre,op.cit, p.69

16 H. Lefebvre,op.cit., p.139

17 Id., p.139

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