Ou comment faire du vieux avec du neuf





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3. Histoires d’ evryens
Le thème des « evryens » apparaît avec la plus grande fréquence (13 articles).

Deux catégories d'evryens apparaissent : celle d'evryens “remarquables” et celle déjà évoquée des “portraits gourmands”.
Portraits gourmands :
Sur les 9 portraits, un seul concerne une habitante née sur le territoire métropolitain. Cette évryenne âgée de 79 ans, qui habite Evry depuis 30 ans, est originaire de Cholet. La recette choisie est celle de la langue de boeuf à la paysanne angevine ; Marie-Jo fait largement référence à ses souvenirs de petite fille, au compagnonnage, à son père, maréchal-ferrand, compagnon du tour de France. Elle évoque ses souvenirs d'enfance à la campagne, et la convivialité rurale des repas.

Un autre portrait concerne une femme originaire du Portugal. Il y est fait référence à la révolution des oeillets, à l'histoire coloniale du Portugal et à l'intégration de sa famille à Evry en 1968, grâce au travail, au milieu des immigrés européens de cette période.

Le seul homme parmi ces portraits est un chilien, réfugié en France depuis 1976 : il donne la recette de la Cazuela. «Une façon de faire ressurgir les saveurs de sa terre natale, qu'il a fui après le coup d'Etat de 1973 et d'effacer les mauvais rêves... » La majeure partie de l'article est consacrée au renversement du gouvernement de l'Unité Populaire et à la répression qui s'est abattue sur les opposants.

Les 7 portraits sont ceux de femmes originaires des anciennes colonies françaises. Il s'agit toujours de femmes engagées dans la vie citoyenne, porteuses de valeurs intégratives : « un jour, j'ai préparé une shorba pour 100 personnes. Alors que j'étais en cuisine, l'une des invitées a demandé à me voir. Elle avait deviné que j'étais d'Oran rien qu'en goûtant ma shorba. Elle était tellement émue en me recontant les souvenirs que cette soupe évoquait qu'elle avait les larmes aux yeux ».. Toutes ces femmes habitent des quartiers populaires de la ville, en appartement, et sont photographiées dans leur cuisine.

L'histoire dont il est question dans cette rubrique est celle de la mémoire sensible, affective, et qui est donnée à partager comme on partage un repas, ou qu'on apprend une recette. N’oublions pas que cette ville est une ville de déracinés. Mettre ainsi en valeur les racines, faire parler de terroir par le biais de la gastronomie, de l’intégration en France et à Evry en particulier en traitant de la décolonisation ou de l’exil politique nous semble être une façon particulièrement subtile et adaptée de faire de l’histoire à partir d’une mémoire très récente ( et qui se constitue aussi grâce au support de l’écrit par le biais de l’article) chez des habitants qui peuvent être considérés comme représentatifs du "creuset" evryen. Cette rubrique « portait gourmand » participe grandement à cette volonté de renforcer le lien social, avec sous-tendu un appel à l’exercice de la citoyenneté. Elle transforme les témoins en conteurs, en “passeurs d’histoires”. Procédé très différent de celui employé à mettre en valeur des personnalités, étrangères ou française, à la carrure internationale et dont l’œuvre est porteuse de symboles politiques, tels Salvador Allende, Léopold Senghor et Louise Michel comme nous le verront plus loin.
Ces articles suggèrent que l'histoire de la ville se constitue à partir des histoires individuelles, addition de destins venus d'ailleurs : « Evry s'est constituée par le regroupement de nouveaux arrivants, sans attaches locales. Déracinés dans une ville de déracinés, les immigrés y sont à leur place. Plus encore, ils renforcent la représentation d'une ville ouverte aux autres, réunissant ses habitants dans un projet collectif»5 

Sur le sujet de l’immigration, au centre de la problématique identitaire d’Evry, on peut citer un autre évryen (il y vit depuis 16 ans) spécialiste de la question, Gaston Kelman6 dont le livre paru cette année rencontre un grand succès. Dans un encart de l’article qui lui est consacré dans le journal municipal (n°25) on lit : « La dédicace de Gaston Kelman aux evryens : cette ville, elle est à ma taille, bâtie comme moi, multiforme, multicolorée. En plus, elle m’a fait et défait de mes angoisses. Je l’aime viscéralement. Vous aussi peut-être ? Bonne lecture ».

Evryens “remarquables” :
-”Portrait d'un couple évryen, mémoire de notre ville”est le titre d'un petit article qui figure dans la rubrique “La vie à Evry”, à côté de l'article principal qui s'intitule “A la rencontre de nos aînés”. Il met sous les projecteurs un couple véritablement exceptionnel, puisque l'un et l'autre sont nés à Evry (en 1928 et 1932), qu'ils se sont mariés à Evry et y ont fêté leurs noces d'or. Ils ont plus de 80 ans et ont toujours habité Evry. On aura compris que ces deux-là ne sont pas représentatifs de la population évryenne. Malheureusement, on ne sait pas ce qu'il y a dans leur “mémoire”: on ne les a pas interrogés. On peut supposer que ce court article veut faire oublier le caractère éminemment jeune de la population évryenne, et faire passer cette ville pour une ville comme une autre. Cela fait sourire, mais laisse cependant penser qu'il est possible de vivre toute sa vie à Evry et de s'en porter bien. Reste à fabriquer la mémoire, qui fait défaut dans cet article.
-“Une bénévole au service de la foi, de l'art et de la culture

Geneviève Rabier, qui habite Evry depuis 1975 nous fait-on remarquer, est le centre de cet article paru dans la rubrique”la vie à Evry, portrait d'evryens”. Elle se singularise par le fait qu'elle fait visiter la célèbre cathédrale d'Evry à titre bénévole depuis 1995. Cette oeuvre monumentale a été conçue par le non moins célèbre architecte Mario Botta. La cathédrale a été rendue célèbre également pour avoir reçu la visite du pape Jean-Paul II en 1997. Son décès a été l'occasion de rappeler dans un long article ce jour extraordinaire. Madame Rabier, étalagiste à la retraite, se consacre à la mise en valeur de ce patrimoine culturel : ”cette cathédrale est une église moderne profondément enracinée dans la tradition chrétienne (...) ici tout est symbolique, comme dans les églises des premiers siècles”.
-Claude Jeanlin, dans la même rubrique, est présenté comme “un homme au service des citoyens”. Conseiller général de 1973 à 1985, vice-président du conseil général de 1976 à 1982 et premier maire socialiste de 1977 à 1983, il a reçu nombre de personnalités politiques à Evry durant sa carrière. L'article précise avec une note d'humour qu’« étant artiste-peintre à ses heures, il retrace à sa façon l'histoire de la ville en couleurs ».

Ce personnage qui habite le vieil Evry, dont on apprend qu'il est Chevalier de la Légion d'Honneur au titre des collectivités territoriales, est une figure reconnaissable de la ville : comme en témoignent les photos, avec sa longue barbe blanche fournie, sa moustache superbe et sa petite taille, il semble appartenir à une époque révolue. Et cependant il est encore bien présent dans la vie locale.

4. Des personnages célèbres
Lalande, Manouchian, Decauville, Rossini, Louise Michel, Salvador Allende, Léopold Senghor : ces 7 personnages sont présents dans 12 articles. A des titres divers, ils ont leur inscription dans le territoire de la ville .

Le moins connu, André Lalande est pourtant celui qui a le plus agi pour la commune, un père fondateur qui mérite qu'on lui consacre deux articles (rubriques “Patrimoine” et “Vos élus s'engagent à vos côtés”) dont le premier à l'occasion de sa mort : “A la mémoire d'André Lalande ” retrace l'itinéraire professionnel de celui-ci et en particulier sa période évryenne. Directeur de l'établissement public en charge de la construction de la ville nouvelle de 1966 à 1979. Il avait été engagé dès 1945 au ministère de la reconstruction puis désigné par G. Pompidou pour “lancer la ville nouvelle d'Evry”. “A son départ de l'EPEVRY en 1979, écrit son collaborateur, cet endroit situé au milieu de nulle part, issu du rêve gaullien de l'urbanisme des villes nouvelles, était déjà une réalité concrète, pleine de vie, de jeunesse et d'activités (... )En désignant André Lalande, l'Etat avait choisi, non seulement un homme de grande compétence, mais aussi un humaniste avec une ouverture d'esprit remarquable. La conception et l'histoire d'Evry en porteront très longtemps la marque”.

Il est fait à plusieurs occasions référence à Missak Manouchian, en particulier avec l'hommage paru dans la rubrique “Vos élus s'engagent à vos côtés”. Il résume l'itinéraire dramatique et héroïque de cet arménien : victime du génocide, orphelin à huit ans, poète à douze, rédacteur du journal de la “Section Arménienne” de la Main d 'Oeuvre Immigrée des FTP, il devient l'un des chefs de la Résistance. Filé par la Police Française au service de la Gestapo, il est finalement arrêté le 16 novembre 1943 à Evry - Petit Bourg sur les bords de Seine, non loin de la gare. Le nom de Manouchian est rendu célèbre grâce au poème écrit par Louis Aragon “L'affiche rouge”, qui reprend des extraits de la magnifique lettre écrite par Manouchian lui-même à sa femme quelques heures avant son exécution avec 21 autres résistants. L' Affiche Rouge devenue célèbre elle aussi, n'est autre que celle, rouge effectivement, élaborée par la propagande nazie où apparaissent les visages des résistants de la MOI. Elle est “ devenue le symbole de ces “justes”, qui venus de tous les horizons, se battirent pour l'honneur et la liberté de la France”. La rubriquePatrimoine ” témoigne également à deux reprises de cette histoire dans l'article “Le charme à Evry au fil de l'eau” à propos du parc des bords de Seine et dans celui consacré à la gare: “la ville, en devoir de mémoire, a baptisé le parc du nom de Missak Manouchian, à l'endroit même de son arrestation et lui a dédié une stèle”.

En parlant du « personnage » Manouchian, on parle de la résistance, des immigrés et du patrimoine culturel. Et on associe, à cause d’un destin tragique qui s’est déroulé à cet endroit précis, les valeurs d’héroïsme et de liberté avec le charme des bords de Seine.

Decauville est un authentique évryen. Deux articles de la rubrique “Patrimoine” sont consacrés en grande partie à son œuvre industrielle dans les numéros 15 et 28. Un autre lui est totalement dédié : « La saga Decauville »(n°23) : « des locomotives des autorails, des voitures de métro pour la RATP, des cycles, des automobiles, des grues, des chariots élévateurs, des moteurs électriques, des bennes de camion…Tous estampillés au nom de Decauville. Un nom connu aux quatre coins du monde qui évoque une aventure industrielle et humaine et qui imprègne profondément l’histoire de notre ville ».

Concernant notre sujet, le personnage, tel qu’il nous est raconté, est intéressant à trois titres :

Issu d’une riche famille de fermiers cultivateurs de betterave, installée à Evry depuis 1759, Decauville était, dit l’article « avant d’être l’un des plus célèbre patronymes de l’ère industrielle du 19ème, siècle, attaché à la terre de notre commune ». De sa réussite industrielle dépassant le cadre non seulement municipal mais aussi national il ne reste, ‘’avoue’’ discrètement l’article, que « des vestiges sous forme de maisons d’ouvriers nichées au fond d’une impasse  et la Coopérative d’approvisionnement », destinée aux ouvriers. Pour finir, ce qui pourrait être retenu à égalité de l’œuvre industrielle serait l’œuvre sociale de Armand Decauville et de son fils Paul : « [ils]ont une idée qui n’est pas uniquement la recherche du profit, mais celle, chère aux Saint Simoniens, d’un certain progrès social. Le père n’a-t-il pas créé, pour le cantonnier d’Evry, les premiers congés payés ? ».L’article comprend un encart reprenant la doctrine de St Simon et un paragraphe intitulé “Révolution industrielle et question sociale” faisant la liste des mesures “sociales” prises par ce patron progressiste.

Deux gravures en couleurs, du début du siècle, illustrent la réussite économique de l’entreprise. Une remarque s’impose au lecteur vigilant : sur une l’une d’elle apparaît « Petit Bourg » et sur l’autre « Corbeil » ; car, ce que ne dit pas l’article, c’est que rapidement l’usine s’est déplacée à Corbeil, ville voisine et rivale depuis la création de la ville nouvelle (cf. motivations). Ce qui explique l’absence de construction, les « vestiges » se trouvant à Corbeil et les deux photos couleur sépia prises à Corbeil, comme il est écrit en tout petit dessus. Voici comment, par omission, on détourne discrètement l’histoire pour bénéficier d’un plus grand prestige. En parlant d’histoire, l’article ne dit pas non plus qu’une association agit depuis des années pour la création d’un musée Decauville, à l’endroit même où furent inventés et utilisés les premiers wagonnets avec les rails mobiles pour le transport des betteraves !
L’article consacré au compositeur Rossini est assez étonnant : il y est autant fait référence à l’appétence du personnage pour les mets raffinés qu’à son talent musical. L’article se veut réjouissant. Ainsi on vivait à Evry : dans ces beaux milieux (bourgeois ou aristocratique), on donnait des soirées, on y mangeait bien, on venait séjourner dans des belles demeures et on y trouvait même l’inspiration pour écrire une œuvre connue internationalement, en tous cas figurant dans le patrimoine national. L’article n’omet pas de parler de la recette du non moins connu « tournedos » éponyme, la gastronomie a fortiori faisant partie du patrimoine ! Dans la réalité, Rossini ne fit que séjourner chez un riche ami en 1829, séjour pendant lequel il acheva l'écriture de l'opéra Guillaume Tell. Episode culturel qui mérite qu'une double page soit consacrée à “ce personnage haut en couleurs”. En narrant généreusement ce qui peut apparaître comme de l’anecdotique, l’article met en valeur cette histoire dont les habitants peuvent s’enorgueillir, pendant laquelle la ville recevait des hôtes de marque. Histoire avec un grand « H » qui permet de baptiser la rue, où se trouve encore la fameuse demeure, dans Evry village, du nom du compositeur.
Un autre personnage célèbre, fait l’objet d’un article (n°31) traitant de l’histoire nationale : Louise Michel. Le magazine, s’appuyant sur la journée internationale de la femme, fait un portrait de l’ « institutrice dont les méthodes dérangent ». « Louise Michel - Une vie de militante (1830-1935) » titre cet article écrit à l’occasion du 100ème anniversaire de la mort de cette « première femme anarchiste, cette militante d’une rare ténacité[qui] anima avant l’heure des cercles féministes et la révolte ouvrière ».L’article n’oublie pas de mentionner qu’ « un boulevard de la ville porte son nom », seul référence à la ville. Comme souvent dans les articles ayant trait à l’histoire, un rapprochement est fait avec une personnalité contemporaine. Ici il est fait référence à la kenyane Wangari Muta, première Africaine prix Nobel de la paix (2004) : « Un siècle plus tard, la lutte se poursuit pour la liberté et le droit de toutes les femmes dans le monde ».

L’histoire est ainsi vue comme un mouvement continu, un lien entre les époques et les peuples, grâce à la défense de valeurs dans lesquelles la jeune population d’Evry doit pouvoir se retrouver (féminisme, lutte contre le colonialisme, solidarité).

Rappelons-le, cette image dynamique est véhiculée par l’intitulé même du magazine, porteur de l’identité de la ville.

Salvador Allende est une figure historique à laquelle la municipalité rend hommage, en l’occurrence à l’occasion du 30ème anniversaire de sa mort : une cérémonie a lieu sur la place qui porte son nom au cours de laquelle plusieurs manifestations dont la lecture de textes qui «  permettront d’honorer la mémoire de celui qui incarne à jamais la démocratie assassinée ».

Respect de la mémoire, proclamation des valeurs démocratiques : cet article est une leçon d’histoire politique en particulier pour les générations nées après 1973.

La mort de Léopold Sédar Senghor est une autre occasion de rendre hommage au « président-poète sénégalais », au sujet duquel il n’est probablement pas inutile de rappeler qu’il fut « ministre de la République Française » . L’article annonce qu’une rue « au cœur d’un quartier où se trouvent l’université la cathédrale et la mosquée » portera le nom de cet agrégé de grammaire et membre de l’Académie Française. On retrouve la volonté constante d’aller en direction de la population evryenne issue de l’immigration, en grande partie africaine comme il a été dit plus haut, mais ici tout particulièrement, en mettant en avant l’attachement à la France et à la culture française

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