Notes Sociales (1)





télécharger 21.05 Kb.
titreNotes Sociales (1)
date de publication23.05.2017
taille21.05 Kb.
typeNote
e.20-bal.com > économie > Note

Notes Sociales (1)



Il est toujours étonnant de lire que « le capitalisme semble avoir déjoué les pronostics (…) de Marx, qui anticipait son effondrement sous l’effet de ses contradictions » ou encore que « la crise de 1929 n’a pas marqué l’entrée du capitalisme dans une phase d’aggravation des crises puisqu’elle a suscité au contraire, avec la Seconde Guerre mondiale, une transformation en profondeur des compromis sociaux et politiques qui furent à l’origine du fordisme et de la croissance des Trente Glorieuses. »(1) Comme si la Seconde Guerre Mondiale et le meurtre innombrable n’avaient été qu’une simple parenthèse, une simple transition, une simple redéfinition homogène avec la capitalisme des années 30, et non une rupture essentielle dont nous n’aurions pas fini de tirer les conséquences.

Il y a une façon d’écrire l’histoire, d’analyser les phénomènes économiques qui en gomment les effondrements monstrueux tout comme les singularités radicalement nouvelles. Ces effacements sont eux-mêmes, un résultat de notre contemporanéité.

Dans le combat mené contre l’éternel présent des robinsonnades des théories économiques dominantes, la pensée critique a eu recours, dans les années soixante, à des usages parfois délirants du déterminisme historique. Face aux apories de ces usages, quelques penseurs critiques en vinrent à considérer que nul ne pouvait sauter par dessus son temps ou à l’impossibilité pratique d’une mise à distance temporelle. L’incapacité à dépasser cette apparente limite a eu pour résultat l’effacement de la dimension temporelle, aspect essentiel de la pensée critique. Dès lors, il ne fut pas très difficile de décréter, ailleurs, la fin de l’histoire avec son corollaire, le capitalisme comme horizon historique indépassable. Une pensée critique qui a à montrer le caractère toujours situé, relatif, provisoire, construit d’une conception du monde, s’était pour ainsi dire, auto-dissoute.

Dans le même moment, la révolution, rupture meurtrière du temps collectif, fut l’objet d’un travail de deuil dont nous ne pourrions que nous féliciter s’il n’avait conduit à abandonner aussi, l’objectif de justice sociale.

Cette dissolution de la dimension temporelle que plus rien ne pouvait structurer, polariser, agiter, a tout naturellement conduit à une hypertrophie de la dimension spatiale. A tel point, que même la mémoire a ses lieux.

Plutôt que de se perdre dans des histoires chiliastes masquant la singularité des différents espaces-temps, beaucoup ont fui dans l’espace, dont l’Europe est l’une des acceptions possibles. L’analyse géopolitique d’espaces indéfiniment ramenés au même, est devenue en même temps que pléthorique, la dernière instance explicative.

Or même si nul ne peut sauter par-dessus son temps, il est toujours possible de distinguer dans une contemporanéité expérimentale, dans un temps social, des moments et leurs enchaînements.

Il est possible de concevoir qu’en lieu et place d’une improbable fin de l’histoire, l’histoire sociale s’est mise, au début des années 80, à bégayer, le mouvement de nos sociétés à piétiner, avant de … repartir en arrière, pour dessiner une régression sans précédent. Quand bien même, de prétendus changement de civilisation, révolution technologique ou autre post-modernité, parviendraient encore à masquer cette régression, elles ne permettront pas d’éviter son terme catastrophique.

Il faut que des mémoires expérimentales aient été incroyablement saccagées, que le désarmement théorique ait été poussé à son terme, pour que si peu songent que la généralisation d’un capitalisme autophage à la Communauté Européenne, conduira nécessairement, aux mêmes conséquences que le capitalisme des années 30 … à une échelle élargie.

« Le capitalisme international, et cependant individualiste, (…) n’est pas une réussite. Il est dénué d’intelligence, de beauté, de justice, de vertu, et il ne tient pas ses promesses. En bref, il nous déplaît et nous commençons à le mépriser. Mais quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes. » (2). Prenant le contre-pied des forces de l’orthodoxie, qui « campe de l’autre côté du fleuve », John Maynard Keynes n’en concevra pas moins, avec d’autres dans ce moment, un « autre » capitalisme. Celui-ci sera formalisé dans La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936).

Grand bourgeois, né l’année de la mort de Karl Marx, il s’interroge sur les limites du capitalisme, dont il pressent qu’elles pourraient mener à une catastrophe.
Révolution ou conflit mondial ? L’exacerbation des contradictions du capitalisme ne prédispose pas à la prise d’une conscience de classe. Leurs effets d’atomisation ouvrent un moment d’anomie ou de peste sociale, qui appelle de ses vœux des recompositions organiques, suscite des morales zoologiques, des ethnicisations ou pré-nationalismes, un moment qui conduit à la montée du fascisme dans toutes les composantes d’une société.

Au cœur de la catastrophe, des représentants de partis politiques, de syndicats, se réunissent dans la clandestinité, au sein du Conseil National de la Résistance (3). Ils tirent leurs conclusions des années 30 et élaborent pendant toute une année, un programme de progrès social, visant à définir la politique économique de la France libérée, avec par exemple, la mise en place de la Sécurité Sociale.
Au lendemain de la 2° Guerre Mondiale, la conjonction d’un rapport de force politique favorable et d’une théorie économique originale va permettre peu à peu la mise en route de politiques économiques de type keynésien.

En France, la croissance liée à la reconstruction, s’essouffle au début des années 60. La perte de l’empire colonial, l’arrivée des « rapatriés » accentuent la gravité du moment. Le mouvement de décolonisation soutenu par les deux super-puissances supprime les champs de réalisation protégés que constituaient les colonies. Ce qu’il n’est désormais plus possible de gagner en extension, il va falloir le gagner dans le seul cadre national, en développant ce que des auteurs marxistes qualifieront un peu plus tard de périphéries internes, apportant ainsi une lumière provisoire, transitoire sur la demande interne keynésienne.

Dans le seul champ de l’Economie, la mise en place de la Sécurité sociale est moins une démocratisation de la santé que le financement de l’une des premières médecines du monde, de la recherche médicale et d’un réseau hospitalier dense, ainsi que la mise en place d’un champ de réalisation unique pour les industries pharmaceutiques.

La démocratisation de l’enseignement est d’abord la construction de nombreux collèges, de nouveaux campus et résidences universitaires, avec ce que cela induit de demandes connexes et de créations d’activités sociales dans un réseau social de plus en plus serré, dense.

Le financement massif de la révolution agricole tient moins au poids politique d’une fraction minoritaire de l’électorat qu’à la possibilité de créer indirectement les conditions d’émergence d’un vaste et puissant secteur agro-alimentaire. D’autres exemples — politiques volontaristes du logement social, du réseau routier, … — pourraient être présentés avec les mêmes implications économiques.

Cette économie régulée, planifiée que certains contempteurs n’hésiteront pas à qualifier de collectiviste, a permis l’émergence de groupes à vocation internationale dans un tissu social serré d’activités artisanales, libérales ou familiales, et ceci non pas dans un cadre protégé, mais avec un taux d’ouverture à l’international à la fin des années 60 qui n’est pas significativement différent de celui d’aujourd’hui (de l’ordre de 20% du PIB).

La faiblesse du chômage permet la montée en puissance de l’Etat social et autorise une première redistribution sociale de la richesse produite. Cette redistribution qui permet d’infléchir très légèrement le partage de la richesse en faveur du travail, est réellement sociale en ce qu’elle repose pour l’essentiel sur une définition fournie par l’activité salariale et ses revenus. Elle ne ressemble en rien à ce qu’une gestion « sociale » de la régression mettra en œuvre : catégories socialement abstraites — les jeunes, les vieux, les buralistes, les chercheurs, les restaurateurs, les chirurgiens, …— et saupoudrages clientélistes.

Les indicateurs traditionnels donnent pour la période des taux de croissance qui avoisinent les 5% annuels ! Mais dans ce moment singulier, il est moins question de croissance que de développement. Cela suppose que des changements qualitatifs interviennent. Ceux-ci ont peu ou pas été pris en compte par la théorie si ce n’est sous leur forme économiquement abstraite de démocratisation de la santé ou de l’éducation, de besoins humains, conceptions dont nous pouvons mesurer les conséquences désastreuses dans les courants d’opinions qui prônent plus ou moins un anti-économisme.

Il est possible que la richesse « patrimoniale » d’une nation modifie substantiellement la nature de son rapport au marché mondial, ce qui pourrait expliquer la bataille féroce qui se livre tout à la fois autour des services et du démantèlement de l’Etat social.

Il faudrait sans doute étudier également en quoi le développement de l’Etat social a eu ou non, pour conséquence une relative dilution de l’Etat politique, de l’Etat réduit à ses fonctions régaliennes, et en quoi le démantèlement de l’Etat social pourrait conduire à un renforcement considérable de l’Etat politique, au niveau de la nation ou/et au niveau européen. Cette « merde d’Etat-Nation » dont il faudrait se débarrasser selon Toni Negri, pourrait bien n’être que ce qu’il reste ici ou là de l’Etat social. Et face aux multitudes mises en scène par Négri, nous ne voyons pas très bien comment l’Europe n’aura pas à recourir à … un Etat impérial. Sans doute, nous expliquera-t-on encore une fois, que vraiment il n’y a pas d’autre solution.

  1. 1Robert Boyer – L’avenir des capitalismes à la lumière de l’histoire – Alternatives Economiques – Hors-Série – Printemps 2005

  1. 2John Maynard Keynes, 1933 - Cité par Christian Chavagneux , Remettre le capitalisme à sa place – id.

3avril 2004 -  Page 26

  1. « L’histoire avancerait-elle à reculons ? Si le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), à la pointe du progrès économique et social, a pu s’appliquer à partir de 1944 dans un pays ravagé par la guerre, on ne voit pas pourquoi, dans une France et une Europe regorgeant de richesses, des changements de même ampleur ne seraient désormais qu’une aimable utopie incompatible avec les « contraintes » financières. En fait, tout dépend du rapport des forces politiques... » Serge Wolikoff Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne et directeur de la Maison des sciences de l’homme de Dijon. – Il y a soixante ans, un programme social audacieux. L’esprit de résistance, toujours d’actualité – art. Monde Diplomatique – Avril 2004, p. 26

    Voir également l’appel à voter non au traité de constitution européenne d’anciens résistants et déportés.

similaire:

Notes Sociales (1) iconNotes et les abréviations I. Pourquoi apprendre à prendre des notes

Notes Sociales (1) iconNotes de lecture Auteur
«mouvement spiralaire» continu, figure la praxis de l’œuvre. On peut alors lire la recherche en sciences sociales selon et par «le...

Notes Sociales (1) iconLes classes sociales chez marx
«sociaux» de production car ils établissent un certain type de relations sociales au-delà du contrat de travail

Notes Sociales (1) iconDenis Colombi Marion Lajous Enseignants de Sciences Economiques et Sociales
«La rationalisation des activités sociales». Ce document présente le premier chapitre

Notes Sociales (1) iconEpreuve orale de Sciences économiques et sociales (Enseignement de...

Notes Sociales (1) iconEpreuve orale de Sciences économiques et sociales (Enseignement de...

Notes Sociales (1) iconNotes : 11

Notes Sociales (1) iconNotes os/2

Notes Sociales (1) iconNotes: 9

Notes Sociales (1) iconPlan chapitre 1- les bases des sciences sociales 1 : une rapide presentation...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com