De l’Economie politique internationale au travail politique mondial





télécharger 221.75 Kb.
titreDe l’Economie politique internationale au travail politique mondial
page1/4
date de publication21.05.2017
taille221.75 Kb.
typeDocumentos
e.20-bal.com > économie > Documentos
  1   2   3   4
Le changement dans la régulation de la globalisation :

de l’Economie politique internationale au travail politique mondial
Andy Smith

Centre Durkheim-Sciences Po Bordeaux
Communication à la section thématique n° 2 (Penser le changement international)

du congrès de l’Association française de science politique,

Strasbourg, 30 août-1 septembre 2011
Introduction
Dans les manuels de Relations Internationales (RI), l’Economie politique internationale (EPI) figure presque toujours comme une catégorie à part (ex. Battistella, 2009). Traitée avec le respect excessif souvent réservé aux sujets que les politistes savent importants mais dont ils ne veulent pas s’en occuper, l’EPI est systématiquement abordée comme un segment autonome des RI, voire des sciences sociales. Lassé de ce traitement trop commode de la « dimension internationale » de l’économie, et notamment de son changement, cette communication proposera les fondements d’une ontologie et d’une démarche de recherche alternatives.
Afin de situer la controverse scientifique dans laquelle s’inscrit ce projet de moyen terme, le premier temps de ce texte est consacré à une revue de la littérature en EPI. Plus précisément, une attention spécifique sera accordée à une des revues « phares » de l’EPI contemporaine : Review of International Political Economy. La thèse générale défendue dans cette partie du texte sera que si la perspective des structuralistes et des tenants des choix rationnels sur le changement international doit toujours être combattue avec force, il est tout aussi important de lutter contre les approches « institutionnalistes » ou « constructivistes » qui véhiculent une vision a-sociologique de l’économie et de son rapport à la politique.
A l’inverse, le deuxième temps de notre communication proposera une approche de l’économie politique ancrée dans l’économie régulationniste, l’analyse de l’action publique et une sociologie politique constructiviste-institutionnaliste (Jullien et Smith, 2008 & 2012). A la base de cette approche est une ontologie qui conçoit l’économie et la politique comme liées de manière constante et inextricable : les économies sont régulées politiquement par les institutions et ces dernières sont coproduites par le travail politique des acteurs privés (les entreprises), collectifs (les groupes d’intérêts) et les pouvoirs politiques (les administrations et les élus). Or, s’il est certain que depuis une vingtaine d’années les économies locales et nationales connaissent du changement à la fois sur le plan de leurs interdépendances et de leur régulation (Hay, 2010), force est de constater que jusqu’ici la science politique s’est rarement donné les moyens pour saisir le travail politique qui en est sa principale cause. La perspective « méso » proposée ici se fonde sur l’analyse comparée de la régulation d’un échantillon représentatif des industries, et ceci afin d’en saisir le changement ou la reproduction. Plus exactement, nous considérons que c’est à partir de l’analyse du travail politique qui façonne la régulation de chaque industrie qu’il devient possible de comprendre avec précision à la fois les aspects « macro » et trans-industrie (la monnaie, les Rounds de l’Organisation mondiale du commerce : OMC) et « micro » (les effets sur les entreprises) du changement de l’économie politique internationale.
Cette deuxième partie « fera tourner » notre grille d’analyse et illustrera nos hypothèses autour des études ce cas de deux industries : le vin et les médicaments. Dans le cas de l’industrie vitivinicole, nous nous intéresserons de près aux changements introduits à l’échelle mondiale sur la définition du vin qui libéralise les pratiques œnologiques autorisées. Nous nous interrogerons sur le rapport entre ces changements de règles mondiales et une réforme profonde des politiques viticoles communautaires arrêtée fin 2007. Pour ce qui concerne l’industrie pharmaceutique, l’analyse se focalisera sur l’internationalisation des expertises en matière d’évaluation « pharmaco-économique » des médicaments et son impact sur la fixation de leurs prix et taux de remboursement1.
Au total, cette communication cherche à contribuer à cette Section thématique sur le changement international de deux manières. Premièrement, et de toute évidence, elle propose une lecture du changement dans la régulation internationale de l’économie, et donc de ses continuités et de ses ruptures. Deuxièmement, ce texte présente une démarche de recherche centrée sur les acteurs et leur travail politique qui, toutes proportions gardées, pourrait contribuer à un débat plus général sur l’objet et la démarche d’enquête des RI contemporaines (Smith, 2012).


  1. Analyser le changement des régulations mondiales de l’industrie :

l’apport limité de l’EPI contemporaine
L’EPI a une histoire variée et plus ou moins longue selon le point de vue du commentateur. Alors que certains soulignent les racines d’une littérature en économie politique qui date du 18e et du 19e siècles et le poids des différences nationales (Blyth, 2009), d’autres font commencer l’EPI en 1970 au moment de l’effondrement du système « Bretton woods » et les premiers écrits d’un seul chercheur : Susan Strange (1970) (Battistella, 2009, chap. 13). Si on peut mettre ce débat de côté pour l’instant, il importe quand même de noter que c’est au cours des années 1970 que l’EPI se met d’une part à s’autonomiser du reste des sciences politiques et économiques et, d’autre part, à reproduire le clivage classique des RI entre « réalistes » et « rationalistes ». Depuis cette période, ces derniers ont insisté sur comment la transnationalisation des firmes et des groupes d’intérêt, ainsi que l’institutionnalisation des organisations internationales ont engendré une économie mondiale au sein de laquelle les Etats jouent un rôle moins important qu’auparavant (Strange, 1988 & 1996). Naturellement, les réalistes ont défendu une lecture qui est presque le contraire parce qu’ils considèrent que l’économie du monde et les organisations internationales restent dominées par les (grands) Etats (Gilpin, 1987 & 2001).
Comme bien d’autres, nous avons pris position ailleurs sur la stérilité de ce débat dichotomique2 et sur le faible intérêt scientifique des analyses situées à ces deux pôles (Smith, 2008a). En particulier, nous n’y trouvons pas d’outils conceptuels adéquats pour analyser le caractère doublement économique et politique de la régulation contemporaine des industries. C’est la raison pour laquelle nos lectures pour préparer cette communication ont été davantage concentrées sur les travaux récents en EPI, et ceux publiés dans la Review of International Political Economy (RIPE) en particulier. Lancé en 1994, notre intérêt pour cette revue est triple. Tout d’abord, elle a réussi à gagner une notoriété, et donc on imagine un lectorat important, en économie et en science politique3. Ensuite, et contrairement à d’autres revues dans ce champ (notamment International Organization), elle est pluraliste dans le sens que les articles s’inspirant d’approches théoriques très différentes y sont publiés. Enfin, cette revue est particulièrement ouverte au constructivisme et à l’institutionnalisme qui constituent les bases épistémologique et ontologique de notre propre approche de l’économie politique. Pour toutes ces raisons, et conscients des limites de cet exercice, nous avons lu et codé l’ensemble des résumés des 428 articles qui ont été publiés dans la RIPE depuis 1994 afin d’identifier ceux qui fournissent les outils potentiels pour l’analyse de la régulation internationale des industries en général, et celle de son changement en particulier. Ensuite, nous avons lu en profondeur les articles le plus pertinents. Aussi laborieux soit-il, ce procédé nous a permis de mieux comprendre les « contours intellectuels » de l’EPI contemporaine, d’affiner notre point de vue sur cette dernière et de cerner la controverse scientifique dans laquelle doit s’insérer et se développer notre propre approche. En dépit des apports nombreux de ces travaux, ce dont nous faisons état ci-dessous est globalement une déception par rapport à cette « nouvelle économique politique », et ceci en raison des choix de l’unité de recherche, du niveau d’analyse et des techniques d’enquête qui la dominent.
La persistance d’un étatisme méthodologique : une EPI pas si internationale
Le premier constat qui découle de notre lecture de RIPE est que l’EPI demeure fortement marquée par les objets de recherche construits autour d’une économie politique essentiellement nationale. Nonobstant l’intérêt quasi constant des auteurs pour divers phénomènes regroupés sous le vocable de « la globalisation », comme le tableau 1 l’indique, l’unité de recherche centrale est donc l’Etat nation. Par conséquent, pas moins de 59% des articles publiés à ce jour relèvent avant tout plus d’une forme de politique comparée assez classique que de l’analyse de la politique internationale à proprement parler.
Tableau 1 : La politique internationale ou la politique comparée ?

Année

Total des articles

Politique comparée

Politique internationale

1994

15

7

8

1995

22

15

7

1996

20

11

9

1997

25

14

11

1998

22

14

8

1999

19

14

5

2000

19

13

6

2001

21

18

3

2002

22

13

9

2003

26

13

13

2004

34

19

15

2005

31

16

15

2006

24

16

8

2007

26

20

6

2008

32

16

16

2009

34

17

17

2010

32

15

17

2011

4

0

4

Total

428

251

177

%




59%

41%

Précisions bien que nous ne mettons pas en cause ici l’importance de questionner la capacité et le pouvoir des autorités étatiques à intervenir dans l’économie contemporaine. Au contraire, cette interrogation est très importante et plus que légitime. En revanche, il nous semble analytiquement réducteur d’aborder cette ligne de questionnement en considérant que l’économie est forcément segmentée nationalement et que « les Etats » y agissent comment les blocs monolithiques et indépendants. Autrement dit, ce que nous rejetons d’emblée sont les approches de l’économie politique structurée par les ontologies intergouvernementalistes explicites ou implicites.
La domination écrasante d’analyses « macro » : une EPI sans industries
Notre deuxième constat concernant les analyses publiées dans la RIPE concerne le niveau d’analyse de l’économie qu’elles privilégient. Se situent-elles à un niveau « macro » (l’ensemble des industries dans un espace politique), « méso » (l’échelle d’une industrie) ou « micro » (celle d’une firme) ? Comme le résume le tableau 2, la réponse à cette question est sans appel : les analyses « macro » constituent pas moins de 74% de l’échantillon, par rapport à 19% pour les études « méso » et 7% pour celles conduites à l’échelle « micro ».
Tableau 2 : Les niveaux d’analyse en général

Année

Macro

Meso

Micro

1994

11

3

1

1995

19

2

1

1996

19

0

1

1997

20

5

0

1998

16

4

2

1999

10

5

4

2000

14

4

1

2001

18

3

0

2002

15

4

3

2003

22

2

2

2004

24

5

5

2005

12

18

1

2006

17

4

3

2007

19

6

1

2008

25

4

3

2009

28

4

2

2010

24

6

2

2011

2

2

0

Total

315

81

32

%

74%

19%

7%


Etant donné notre implication dans l’étude des industries spécifiques, et comme nous la justifierions dans la partie 24, il est évident que notre préférence personnelle penche pour le niveau d’analyse « méso » (avec un lien fort avec « le micro »). Néanmoins il importe de souligner que nous ne récusons pas les analyses « macro » per se. Il est plus que légitime de vouloir saisir à la fois les régulations politiques qui traversent les industries (ex. les politiques monétaires ou les Rounds de l’OMC) et les modèles nationaux en tant que produits de l’ensemble des régulations sectorielles qui les composent. De même, si on l’aborde avec rigueur, le niveau d’analyse macro peut générer des outils d’analyse fins et permet de tester des hypothèses stimulantes (ex. Hay, 2004). Pour autant, force est de constater que l’analyse « macro » pratiquée dans RIPE (et ailleurs) tend fortement à aller de pair avec les « essais » méta-théoriques qui ne comportent ni de construction d’objet de recherche, ni de véritables grilles d’analyse.
Malheureusement, les 85 articles de RIPE dont l’analyse se situe au niveau « méso » ne sont pas non plus immunisés par rapport à ces deux « maladies scientifiques ». Comme le résume le tableau 3, pas moins de 44% de ce corpus persistent à étudier les industries sous l’angle de la politique comparée classique en raison de leur niveau d’analyse étatique.
Tableau 3 : Les niveaux d’analyse dans les études des industries

Année

Total des articles méso

Politique comparée

Régulation mondiale

1994

3

2

1

1995

2

0

2

1996

0

0

0

1997

5

2

3

1998

4

2

2

1999

5

4

1

2000

4

1

3

2001

3

3

0

2002

4

3

1

2003

2

0

2

2004

5

2

3

2005

18

7

11

2006

4

2

2

2007

6

4

2

2008

4

0

4

2009

4

2

2

2010

6

2

4

2011

2

0

2

Total

81

36

45

%




44%

56%


Soulignons à nouveau que ce que nous rejetons ici n’est pas l’analyse des industries nationales en tant que telle mais l’ontologie intergouvernementaliste qui la sous-tend. C’est la raison pour laquelle notre lecture plus approfondie du contenu de la RIPE s’est centrée d’abord sur les 45 articles qui, du moins selon leur résumé respectif, prétendent analyser la régulation des industries à l’échelle mondiale et/ou internationale.
  1   2   3   4

similaire:

De l’Economie politique internationale au travail politique mondial iconLa mise en œuvre de la lolf dans le prolongement de l’édiction d’une «politique du travail»
«politique du chiffre», les porte-parole des inspecteurs et contrôleurs du travail lancent un boycott des remontées statistiques...

De l’Economie politique internationale au travail politique mondial iconSanté et travail : repenser les liens
«pour agir autrement» dans trois champs d'activité : le travail professionnel, l'économie et la politique

De l’Economie politique internationale au travail politique mondial iconBilan du Groupement de recherches comparatives en droit constitutionnel,...
«travail de reconstitution des contextes», juridique bien sûr, mais aussi historique et politique

De l’Economie politique internationale au travail politique mondial iconTout public, histoire, sport, politique, économie, masculin, féminin,...

De l’Economie politique internationale au travail politique mondial iconCours de Sociologie politique – Master 1 de Science politique
«La parité sous contrôle. Égalité des sexes et clôture du champ politique», Actes de la recherche en sciences sociales, 2014/4 (N°...

De l’Economie politique internationale au travail politique mondial iconSéminaire de recherche 2014-2015 (chs/idhes)
«Histoire sociale et économique du politique, histoire politique du social et de l’économie»

De l’Economie politique internationale au travail politique mondial iconThème 2 Stratégies d’entreprises et politique de concurrence dans...

De l’Economie politique internationale au travail politique mondial iconPolitique Internationale insa toulouse

De l’Economie politique internationale au travail politique mondial iconI. le dialogue sur l’environnement dans la politique internationale

De l’Economie politique internationale au travail politique mondial iconGilles saint-paul, «Les nouvelles théories de la croissance et leurs...
...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com