Niveaux d’explications du «printemps arabe»





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Ana Quintana-Macchi, août 2013

Niveaux d’explications du « printemps arabe ».

« Le « Printemps arabe » est un ensemble de contestations populaires, d'ampleur et d'intensité très variables, qui se produisent dans de nombreux pays du monde arabe à partir de décembre 2010. L'expression de « Printemps arabe » fait référence au « Printemps des peuples » de 1848 auquel il a été comparé. Ces mouvements révolutionnaires nationaux[ ] sont aussi qualifiés de révolutions arabes, de révoltes arabes ou encore de « réveil arabe[] ».1

C’est ainsi que Wikipédia, site controversé et réputé peu fiable mais l’un des rares à proposer une définition claire et non partisane de ces mots, définit l’ensemble des événements qui ont lieu dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient depuis 2010 et dont les conséquences sont à l’origine des bouleversements indéniables qui transfigurent les régions du monde arabe.

Nombreux sont les articles, commentaires, analyses, entretiens, émissions… qui leur sont consacrés. Si nous sommes en mesure de comprendre l’intérêt évident aussi bien sur le point de vue politique que social des contestations au niveau local, nous ne pouvons pas négliger leur impact au-delà même de leurs frontières.

De par sa proximité géographique, de par les liens de parenté et les différents intérêts qui lient la France aux pays du Maghreb et du Moyen-Orient, l’ensemble de la société française a porté un réel intérêt aux événements survenus dans ces pays. Craintes, doutes, espoirs, méfiance à l’égard des populations des pays arabes et souvent un regard teinté de paternalisme des anciennes métropoles vers ces pays qui cherchent à se positionner et même à s’imposer sur la scène internationale.

Or, fort est de constater que l’influence des événements qui ont lieu dans le Maghreb et dans le Moyen-Orient, ne concernent pas uniquement les anciennes métropoles européennes, c’est l’occident dans son ensemble qui analyse ce « printemps arabe » tout en s’efforçant de lui donner un sens, d’établir un grille de lecture afin de mieux appréhender les bouleversements qui trouvent leur épicentre dans cette région du monde et dont l’onde expansive affecte d’une façon ou d’une autre le reste de la planète.

Il est difficile, voire impossible à ce jour d’en évaluer les conséquences, cependant nous pouvons affirmer que par rapport aux événements dont il est ici le cas, il est indéniable qu’ils se placent dans le « temps long de une émancipation du monde arabe à l’œuvre depuis deux siècles (…) « révolution arabe » au singulier dans le prolongement de la « renaissance arabe » du XIXème siècle » 2 longue période qui se voit ponctué par des événements qui font partie des temps courts.. Les soubresauts et l’instabilité consubstantielle à tout bouleversement aura donc une durée difficile à déterminer.

Or afin de porter un regard plus pertinent et proche de la réalité, nous devons analyser les causes qui sont à l’origine des révoltes et des contestations, les commenter et dresser le portrait. Nous pourrons ensuite porter un regard plus éclairé et une meilleure appréhension de la réalité et de son devenir.

C’est dans ce sens que nous allons procéder à l’analyse des différentes causes qui sont à l’origine des contestations et essayer d’en délimiter la portée. Pour cela nous allons prendre appui sur l’extrait d’un texte du professeur M. Guidère (« Bilan géostratégique », Moyen-Orient, n°11 (juillet-septembre 2011), pp 6-10, pour essayer d’explorer et de discuter les différents niveaux d’analyse sur le printemps arabe qui sont proposés dans le texte.

Ainsi, nous traiterons d’abord les facteurs sociaux qui interviennent de façon évidente ou plus mesurée dans les manifestations et revendications des populations maghrébines et proche-orientales, pour ensuite analyser le niveau politique et les différents sources qui alimentent le pouvoir et les structures administratives des pays concernés et enfin nous aborderons les enjeux internationaux et géopolitiques qui devraient aider à la meilleure compréhension de ce qu’on qualifie de « printemps arabe »
I-Des sociétés éprouvées en quête de reconnaissance.
« Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant de Sidi Bouzid, s'immolait par le feu, après avoir reçu une gifle d'une policière qui lui avait confisqué sa marchandise… « En deux ans, rien n’a changé, se désole Rochdi Horchani, agriculteur de Sidi Bouzid et cousin de Mohamed Bouazizi. On vit dans les mêmes conditions, on a toujours autant de chômeurs, peut-être même plus, on a les mêmes diplômés sans travail, la même pauvreté. Les causes qui ont amené Mohamed Bouazizi à faire ce geste sont toujours là, c’est peut-être même pire qu’avant. Avec l’instabilité et la hausse des prix, les gens sont davantage en difficulté qu’en 2010. On a simplement gagné la liberté d’expression, on peut dire ce que l’on veut aujourd’hui, mais la parole, ça ne suffit pas pour vivre ! »3

Comme l’indique Henri Laurens dans son article Chronique d’une révolte annoncée 4 on a pu assister à travers les siècles à deux genres de fondements sociaux dans les pays arabes ; d’une part pour être légitimé par les sociétés, un pouvoir naissant doit se doter d’une prédication religieuse afin d’avoir le droit de contester les dynasties en place et les supplanter, d’une autre, la tradition issue du Coran permet le recours à la résistance lorsque l’oppression des tyrans provoque une situation d’injustice et s’attaque aux personnes et aux biens.

L’islam est une civilisation qui prend sa source au Coran, livre de vie qui inspire les principes religieux des musulmans. Dans les sociétés arabes sa place est centrale car il « participe à la définition de l’identité officielle de l’Etat et de la nation » 5 La charia est la loi canonique islamique régissant la vie religieuse, politique, sociale et individuelle dans certains pays arabes. Elle est le chemin qui conduit à l’abreuvoir, et par extension celui qu’il faut suivre. « La résistance à l’oppression se manifeste souvent en termes religieux car l’injustice et les abus sont contraires à l’ordre voulu par Dieu »6. Cette apparente unité a été mis à mal par des schismes comme celui qui a séparé chiites et sunnites qui continuent de se confronter violement dans de nombreux pays du Maghreb et du Moyen-Orient.

Il n’en reste pas moins que l’aspect religieux a joué un rôle dans les révoltes arabes. Certes, ce rôle n’a pas été aussi essentiel ni fédérateur que les islamistes le prétendaient. Le slogan « l’Islam est la solution » n’a jamais pu être réellement pris au sérieux car cette prétendue solution ne comportait pas de véritables et adaptables propositions politiques.

Depuis les années 90, la libéralisation des outils de production, la mondialisation galopante, la manne pétrolière ont apporté des nombreux et fondamentaux changements provoquant la décomposition des systèmes d’organisations tribales et claniques traditionnelles et la déroute des sociétés qui sont devenues majoritairement urbaines du fait de l’exode rural et de la transition démographique. Certains détenteurs du savoir religieux n’ont pu proposer d’alternative sérieuse au mal être des populations arabes et dans de nombreux cas, ils ont préfère l’injustice au désordre, d’autres « pour éviter aux jeunes de sombrer dans le désespoir et répondre à un certain nombre de leurs besoins sociaux et psychologiques (…) préconisent un retour à la pratique religieuse »7

D’une façon générale les pouvoirs en place ont fait reculer l’analphabétisme et la forte croissance démographique, ce qui a provoqué l’explosion du nombre de jeunes diplômés en quête de travail. Les masses populaires souffrent du « sentiment justifié de ne pas profiter de la croissance économique qui est réelle »8. Les élites au pouvoir se partagent les juteux bénéfices de la croissance économique alors que les classes populaires n’arrivent pas à se procurer des denrées de première nécessité inévitable résultat de l’inflation galopante.

C’est en cas de conflit qu’apparaissent les différents niveaux de la réalité sociale arabe caractérisée par une « forte conscience collective qui s'explique par la ressemblance des éléments composant ces sociétés, impliquant l'adhésion à un même système de valeurs. »9.

Un proverbe arabe dit « moi seul contre mon frère ; mon frère et moi contre mes cousins ; mes cousins, mes frères et moi contre ceux qui n’appartiennent pas à notre groupe ». Ce proverbe nous illustre ce que Lilia Ben Salem appelle une réaction en fusion, c'est-à-dire en « coopération quand l’ensemble de segments est confronté avec un ennemi extérieur »10

Ce dans cette perspective que nous nous ne pouvons pas négliger le rôle des confréries qui bénéficient d’une grande influence politique et sociale au sein de l’armée et dans les campagnes, notamment dans des pays comme le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, l’Egypte, la Syrie et que l’Etat ne parvient pas à contrôler. Comme nous l’explique Hamit Bozarslam dans l’entretien des Collections de l’histoire n° 52, pp 40-41, en période de crise ces confréries peuvent mobiliser des forces considérables y compris dans l’armée au même temps qu’ils bénéficient d’une forte puissance sociale car représentatives de l’ordre moral au sein des sociétés.

Nous avons pu être étonnés du caractère hétérogène des revendications des révoltés. De leur origine diverse, et de la fragilité du substrat dont elles se nourrissent , or il apparait comme évident que l’élément de fusion irradiait des pouvoirs corrompus et répressifs, qui s’estimant immunes et au-dessus de toute justice avaient méprisé et ignoré des sociétés qu’ils croyaient isolées, sans paradoxalement tenir compte des avancées technologiques inhérents à la mondialisation à laquelle ils avaient adhérée avec tant d’entrain : télévision satellitaire, internet, facebook, twitter…autant d’outils de communication qui ont joué les rôles fédérateur et détonateur qui ont abouti aux protestations du « printemps arabe ».

Nous devons nous rendre à l’évidence de la dichotomie actuelle de ces sociétés ou la tradition façonne des formes d’actuation et de comportement, pas ou plus islamistes. En révolte contre les systèmes liberticides ils sont cependant animés par un fort sentiment nationaliste ou le poids de la tradition cohabite avec les pratiques bien contemporaines des populations majoritairement jeunes qui évoluent dans un monde connecté et globalisé. Au cœur des protestations non pas des prédicateurs, des imans ou syndicalistes, mais des footballeurs, rappeurs, et autres « geeks » ont été les relais des manifestations et les catalyseurs des revendications.
II-Des Etats devenus indépendants, aujourd’hui en proie à des systèmes politiques répressifs et corrompus
Une grande majorité des pays du Maghreb, ainsi que du Moyen-Orient sont issus du processus de décolonisation intervenu après la deuxième Guerre Mondiale. Ce sont des anciennes colonies européennes qui ont accédé à leur indépendance assez récemment. L’on assiste alors à l’arrivée au pouvoir des nouveaux Etats d’ élites « qui s’y sont établies qui l’ont façonné et qui le détiennent encore car possèdent et se transmettent les organes du dit pouvoir : tradition, éducation, pouvoir économique, influence, armée… »11

Les élites politiques issues des luttes indépendantistes possèdent aux yeux des populations locales la légitimité incontestable des pères de la patrie. Dans les années 70, « ces régimes autoritaires doivent faire face à la contestation islamiste, seule force d’opposition à leur tenir tête (…) au XXIème siècle, les régimes autoritaires semblent solidement établis »12

Dans la majorité des pays arabes après leur indépendance, le pouvoir est détenu par des dictateurs qui demeurent assez longtemps en place pour tisser les réseaux nécessaires à leur maintien. Tolérés, voire aidés par les démocraties occidentales qui préfèrent faire l’impasse sur les libertés publiques et les droits humains plutôt que de se voir définitivement exclus ou ignorés lors de l’attribution des parts de la manne pétrolière et autres ressources fondamentales pour les économies occidentales. .

Se structurent ainsi ce que l’on qualifie d’états  « kleptocratiques »13 d’après la qualification de Patrick Merrey qui parle de « gouvernement des voleurs » et qui implique la « confiscation du pouvoir par une élite en détriment du peuple ». Nous appropriant cette définition, nous pouvons qualifier les pays arabes d’Etats gouvernés par des dictateurs cupides qui établissent la mainmise sur les moyens de production et sur l’économie en général par des procédés dont on n’a aucun mal à qualifier de mafieux. Nul n’ignore l’emprise du clan Trabelsi, famille de Leila, femme du président Ben Ali qui depuis son arrivée au pouvoir en 1989 et après 5 mandats consécutifs (1989-2009), a procédé et permis le pillage systématique de l’Etat. « Banques, transport, immobilier, agroalimentaire, hôtellerie, agriculture, grande distribution, télécommunication, maritime... "Pas un secteur qui ne leur échappe ; pas une transaction avec un groupe étranger dont ils ne sont parties prenantes ; pas un beau terrain, ou presque, sur lequel ils n'ont des vues. Et personne, dans le clan, n'est oublié", racontent Nicolas Beau et Catherine Graciet dans le livre "La régente de Carthage, main basse sur la Tunisie". D'origine sociale modeste, les frères, sœurs, gendres et neveux de Leila deviennent ainsi rapidement propriétaires d'hôtels, de fermes, de banques et de compagnies aériennes.
(…) De quoi qualifier l'entourage familial du président de "quasi-mafia" par l'ambassade américaine. Dans des télégrammes confidentiels obtenus par Wikileaks, un diplomate cite plus d'une dizaine d'exemples de "magouilles" à mettre au compte de ce "clan" »14

Plus largement l’histoire du Maghreb est ponctuée de conflits entre les clans qui arrivent à s’imposer au sommet du pouvoir en se l’appropriant. Cette domination par rapport à d’autres cellules ou tribus ne leur octroi qu’une légitimité dynastique toute subjective, mais dont ils se servent afin d’ensevelir toute contestation, toute réclamation ou demande de partage.

Au début du XXIème siècle, les dictatures dans des pays arabes ne sont pas soutenues par des doctrines idéologiques ou philosophiques qui auraient pu cimenter leur légitimité ou justifier leurs politiques. Des Etats qui se sont construits en s’appuyant sur un modèle apparemment occidental, avec une fausse façade démocratique ou l’on organise des élections libres à partir d’un pluralisme politique d’opérette. Or, il n’en est rien : ils s’appuient sur une pression policière permanente et sur l’implacable répression des opposants et des contestataires. Progressivement la corruption s’étale et s’installe dans tous les secteurs de la vie publique et politique créant des « réseaux d’allégeance et de clientélisme »15. Les autorités ne souhaitent pas partager le pouvoir ni faire de concessions envers des populations dont les actions provoquent les violences du pouvoir en place et leur brutale répression.

Les libertés et les droits individuels disparaissent, l’arbitraire s’installe dans tous les services administratifs et régaliens. Les services de sécurité omniprésents font régner la terreur sur les populations qui subissent ce système avec le mutisme, voire la complaisance des démocraties occidentales.

L’opposition politique doit sa survie d’une part à l’exil des opposant qui choisissent cette voie afin de se mettre à l’abri de la répression policière afin de continuer leur action depuis l’étranger, créant des cellules d’opposition dans les grandes capitales occidentales comme à Londres ou des membres du PU (Parti Unioniste) libyen avaient trouvé asile. De l’autre à l’appropriation par les forces de l’opposition du discours religieux islamiste présenté aux sociétés comme vertueuse et unique solution pour en venir au bout d’un système politique complètement véreux.

S’aggrave ainsi une situation duale qui confronte deux visions de la politique de ces Etats : la vision « islamiste » et la vision « démocratique », provoquant la bipolarisation des idées politiques et de la société qui s’agite et réclame la fin des systèmes corrompus et l’instauration d’un nouveau ordre moral.

Par ailleurs, dans la continuité de l’analyse au niveau de l’Etat s’il apparait qu’aucun des dictateurs déchus ne possédait le charisme fédérateur de Nasser ou n’était une figure emblématique de l’Independence comme Bourguiba. Nous ne pouvons pas cependant négliger le poids que l’idiosyncrasie des dictateurs en place a joué dans l’éclatement des révoltes.

Nous introduisons ici un niveau d’analyse que n’a pas été évoqué par le professeur Guidère, mais qui nous semble crucial dans la compréhension du sujet. En effet, que ce soit en Egypte, en Tunisie, en Lybie, en Syrie, au Maroc, en Arabie Saoudite ou en Algérie, les mêmes causes n’ont pas provoqué les mêmes effets. Le président Moubarak était l’homme de l’armée perpétuant ainsi un schéma bien classique en Egypte ou depuis 1952 l’armée est la colonne vertébrale de l’Etat. Militaire également, seul point en commun avec son homologue égyptien, le colonel Mouammar Kadhafi s’impose comme précurseur du panarabisme et de « l’africanisme » de la Lybie. Issu de l’une des trois principales tribus traditionnelles libyennes toujours en confrontation, il réussit à les fédérer (malgré des oppositions) pendant 40 ans autour de ses successifs projets pour la Lybie. Le roi du Maroc, Mohamed VI, appartenant à la minorité alaouite qui se dit issue du prophète Mahomet tout comme Bachar-el-Assad, a réagi promptement aux révoltes qui ont eu lieu en 2011 au Maroc et fait proclamer une nouvelle constitution garante des libertés réclames. En Syrie, l’enlisement des confrontations a abouti à une guerre civile qui dure depuis deux ans.

Reprenant le commentaire de M. Guidère, il apparait qu’il faut éviter le « travers des comparaisons » ce qui effectivement nous essayons de prouver à travers notre analyse, mais nous nous devons de rappeler également que les qualificatifs de « printemps arabe », « révoltes arabes »…cachent des réalités et des contextes fort différents. Dans cette partie nous avons évoqué des causes convergentes et somme toute assez similaires des révoltes dans tous les pays concernés, cependant, il nous semble nécessaire de faire ressortir également les aspects idiosyncratiques de chacun des chefs d’Etat en place de façon à éviter des amalgames qui pourraient nuire à la compréhension in fine des événements qui nous occupent.

III-Le monde arabe reflet des bouleversements politiques et stratégiques d’un nouvel ordre mondial en devenir
Nombreux sont les analystes et observateurs souvent français qui dans la recherche des formules inévitables pour la postérité ont fait un rapide rapprochement entre les révoltes arabes et la « glorieuse» Révolution Française de 1789 ou le non moins francisé « printemps des peuples » de 1848.

Pour d’autres, les révoltes arabes se rapprochent des « révolutions de couleurs » qui ont suivi la chute du Mur de Berlin et la quête d’une identité post-communiste des Etats de l’Europe de l’est. Dans les pays arabes nul empire ne s’est effondré. Nulle union ne s’apprête à absorber quelque pays arabe que ce soit. Pas de comparaison possible car l’effondrement du bloc de l’Est est la conséquence de l’affaiblissement de l’empire soviétique, tête des régimes communistes.

Dans l’extrait du texte proposé pour l’analyse Matthieu. Guidère nous met en garde contre ces raccourcis souvent hâtifs et trompeurs qui nous éloignent des réelles problématiques sous-jacentes dans les cas des événements arabes.

Après la deuxième guerre mondiale le processus de décolonisation s’accélère et les pays colonisés du Nord de l’Afrique accèdent à leur indépendance ; né dans la douleur l’Etat hébreux et la vertigineuse croissance économique des pays de l’hémisphère Nord fait naitre un nouvel enjeu stratégique majeur, le pétrole. L’instabilité géopolitique à l’origine de nombreux conflits s’installe autour du bassin méditerranéen et se déroulent dans un contexte impliquant directement les grandes puissances.

Pendant les années 70, les dictateurs s’installent avec le soutien de l’Occident. La rente pétrolière consolide ces régimes autoritaires. Sous prétexte de l’intérêt commercial et avec la menace d’un baril de pétrole de plus en plus cher, les puissances occidentales ferment les yeux devant le recul des libertés en échange du maintien d’un ordre nécessaire pour que l’extraction et la distribution de l’or noir puissent se faire sans heurt.

Lors du processus d’élargissement de l’Union Européenne, le cœur stratégique de l’Union se déplace vers le centre et las pays de l’Europe du sud voient leur influence à l’intérieur de la zone diminuer au même temps que grandit celle de l’Allemagne. Ils se tournent alors vers la Méditerranée et ses pays riverains en pleine croissance économique et démographique. Naît ainsi en 1995 le Processus de Barcelone met en place des accords de coopération entre l’Union Européenne et les pays situés au sud, en Afrique et au Moyen Orient mais demeure lettre morte malgré la volonté de certains dirigeants de le réactiver en 2000. La croissance européenne attire des masses de jeunes migrants, pour beaucoup issus des pays arabes, qui désespèrent de trouver un travail et rêvent de se forger un avenir dans la riche Europe. L’Union Européenne ferme alors ses portes et se transforme en forteresse imprenable prétextant une double menace, économique et terroriste car la peur islamiste a remplacé progressivement la peur du communisme dans les rapports internationaux.

Ainsi les européens imperméabilisent les frontières méditerranéennes et exigent des dictateurs des pays arabes qu’ils agissent d’une main de fer sur des populations qui « ne sont pas préparées culturellement à se convertir aux formes européennes de la démocratie, avant tout en raison du facteur religieux.»16

En 2007, l’alors candidat à la présidence de la France, Nicolas Sarkozy, souhaite donner une nouvelle impulsion au Processus de Barcelone et crée l’Union pour la Méditerranée ou EUROMED afin de relancer la coopération entre les pays et promouvoir des réformes démocratiques. L’UpM en place depuis 2011, n’a pas su donner de réponse aux événements du « printemps arabe ». Pour Kristina Kausch, spécialiste du Moyen-Orient au think tank européen FRIDE, “malgré une « bonne connaissance » de la région, les eurodéputés n’ont qu’un poids « symbolique » face aux Etats de l’UE dont dépend la vraie nature des relations entre le nord et le sud de la Méditerranée. (…)Aujourd’hui, l’heure est donc encore au « statu quo » dans les relations euroméditerranéennes. Elles sont structurées par la politique européenne de voisinage (PEV), par laquelle Bruxelles fournit de l’aide budgétaire et technique aux Etats du sud et de l’est de l’Europe. Cet argent étant principalement destiné au développement économique, à la modernisation des infrastructures et des institutions.”17

Dans ses rapports avec les pays du Maghreb, « l’Europe tient avant tout un discours à destination d’elle-même » demeurant « invisible à différence de la Turquie et des pays du Golfe »18 autrement présents dans la région.

Pour sa part, Washington veille à ses intérêts géopolitiques dans la zone. D’une part agissant en qualité de protecteur d’Israël et de ses intérêts et de l’autre veillant à ce qu’aucun événement ne déstabilise cette région si fondamentalement stratégique pour son économie et sa puissance. Alliés de l’Egypte de Moubarak et des monarchies saoudites, les Etats-Unis n’ont pas hésité à soutenir Morsi, afin de garder l’Egypte d’après la révolution comme allié et ainsi continuer à veiller au maintien de l’équilibre, même fragile, de Proche et Moyen Orient. Or, dans les rapports mondiaux nous devons nous rendre à l’évidence de la« tendance à l’érosion du leadership américain, la « bagarre multipolaire » (Hubert Védrine) étant engagée »19

Le bassin méditerranéen qui joue un rôle d’interface des rapports nord-sud, est aujourd’hui le reflet des bouleversements géopolitiques et géostratégiques qui convulsent le monde. En effet, durant la Guerre Froide la configuration bipolaire de la puissance structurait les rapports mondiaux. Après l’implosion de l’empire soviétique et l’effondrement du bloc de l’Est pendant les années 90, les Etats-Unis deviennent les « gendarmes du monde » garants uniques de l’ordre mondial. Aujourd’hui « la bagarre multipolaire » est en cours et le « printemps arabe » est l’illustration à l’échelle régionale des mouvements que préfigurent un nouvel ordre planétaire « multipolaire ».

« Au sens strict, le Maghreb est la région septentrionale de l'Afrique, regroupant le Maroc, l'Algérie et la Tunisie.
Afin d'éviter tout confusion, on appelle également cette région Petit Maghreb, ou encore Maghreb central. L'espace du Grand Maghreb rattache à cet ensemble la Mauritanie, et la Libye. Ces cinq pays forment d'ailleurs l'Union du Maghreb arabe (UMA), fondée en 1989.
Le Maghreb possède une forte identité, par rapport aux mondes arabo-musulman et africain du fait de son relatif isolement par rapport à celui-ci et de l'importance de l'élément berbère dans sa culture. Carrefour d'influences diverses, son histoire contemporaine est marquée par la colonisation française et par sa proximité avec l'Europe occidentale.
Son nom provient de l'arabe Al-Maghrib, qui signifie « le Couchant » (ou « l'Occident »), en raison de la position occidentale de cette région par rapport au monde arabe.
Il s'oppose au Machrek (le Levant), qui désigne l'Orient arabe, de l'Égypte à l'Irak et à la péninsule arabique. Les Arabes avaient d'abord nommé cette région Jezirat al Maghrib, ce qui signifie "l'île de l'Occident", mettant alors en avant la situation de la région: apparemment isolée entre une mer et un désert.
Maghreb en arabe désigne aussi le Maroc. Lorsqu'il y a ambiguïté, on appelle le Maroc el-Maghreb el-aqsa, ce qui signifie l'Occident lointain. On utilise aussi el-Maghreb el-araby (littéralement « le Couchant arabe », mais souvent traduit par le « Maghreb arabe ») pour désigner la région entière »20

Ces territoires se sont façonnes grâce aux multiples apports identitaires. Ils sont soumis aujourd’hui à des ambitions géostratégiques concurrentes et à des conflits régionaux irrésolus rendant la création du Grand Maghreb impossible à ce jour. La mosaïque maghrébine de par ses multiples ressources attire la convoitise des puissances régionales en quête de domination comme la Chine, l’Inde mais surtout la Russie qui entendent élargir leur influence dans la région et détrôner les puissances traditionnelles en présence comme les Etats-Unis ou l’Europe.

Les pays arabes sont encore aujourd’hui traversés par des violentes secousses que continuent à agiter la région, rendant l’avenir opaque et l’issue incertaine.


1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Printemps_arabe

2 Jean-Pierre Filiu. Alternatives Internationales. 2013, l’Etat de la mondialisation. N°12, janvier 2013

3http://www.rfi.fr/afrique/20121217-revolution-jasmin-population-tunisienne-ennahda-sidi-bouzid-gafsa-siliana-bouazizi

4 D’où viennent le Révolutions arabes ? 150 ans de combats politiques. L’Histoire, Les collections. Juillet 2011

5 Des sociétés structurées par l’Islam ? Hamit Bozarslam. L’Histoire, Les collections. Juillet 2011

6 Chronique d’une révolte annoncée. Henri Laurens. L’Histoire. Les collections. Juillet 2011

7 Malaise social, islamisme et replis identitaires dans le monde arabe. Abderrahim Lamchichi. Confluences, n°6 printemps, 1993

8 Chronique d’une révolte annoncée. Henri Laurens. L’Histoire. Les collections. Juillet 2011

9 Intérêt des analyses en termes de segmentarité pour l’étude des sociétés du Maghreb. Lilia Ben Salem. Revue de l’Occident Musulman et de la Méditerranée, 1982, n°33, pp113-135

10 Idem

11 Thierry de Montbrial. Perspectives. RAMSES 2012, Les Etats submergés ? (Irfi)

12 D’où viennent le Révolutions arabes ? 150 ans de combats politiques. L’Histoire, Les collections. Juillet2011

13 Monde arabe, sous la direction de Mansouria Mokhefi. RAMSES 2012 , Les Etats submergés ? (Irfi)

14 http://lexpansion.lexpress.fr/economie/comment-le-clan-ben-ali-a-pille-la-tunisie_247031.html

15 M. Guidère (« Bilan géostratégique », Moyen-Orient, n°11 (juillet-septembre 2011), pp 6-10

16 Le printemps arabe. Thierry de Montbrial. Perspectives. IFRI 2012

17 http://www.euractiv.fr/developpement/le-parlement-europeen-veut-revigorer-lunion-pour-la-mediterrannee-18677.html

18 Jean-Pierre Filiu. 2013 L’état de la mondialisation Alternatives Internationales, N° 12, janvier 2013

19 Géopolitique et prospective : une nouvelle géopolitique du Mahgreb. Mehdi Taje. Realpolitik.tv

20 http://culture-maghrebine.clictopic.com/t6-definition-du-maghreb

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