Principaux enjeux et conséquences en matière d’emploi





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Séminaire GE 90

Organisé par Yann Moulier Boutang

Big data et emploi :

Principaux enjeux et conséquences en matière d’emploi.



L’Uberisation, l’automatisation… Le travail, les emplois de la seconde vague du numérique.


Bruno Teboul

Vice-président du groupe Keyrus

Enseignant-Chercheur à l’Université Paris-Dauphine

Membre de la Chaire Data Scientist de l’Ecole Polytechnique


INTRODUCTION


Nous considérons que le travail et son évolution récente sont consubstantiels de la technologie et de son accélération incessante. En effet, depuis les deux dernières révolutions industrielles, l’économie s’est considérablement modifiée, le travail s’est réorganisé sous l’impulsion de l’essor fulgurant des technologies, avec pour conséquences des bouleversements sans précédents sur le marché du travail. La déferlante technologique, nous conduit à repenser le capitalisme lui-même, passant d’un capitalisme industriel, financier, entrepreneurial, à un « capitalisme cognitif »1, pour reprendre le concept de Yann Moulier Boutang où information et connaissance sont désormais les principaux actifs, d’une société de l’information, reposant sur la dématérialisation des biens, des services, des flux et la numérisation…
La société salariale, qui s’est construite à partir de la seconde révolution industrielle, s’est répandue et incarnée dans la « grande entreprise » et s’est imposée comme le modèle dominant du XXème siècle. Cette organisation et conception du travail et de la société salariale ont connu leur apogée durant les trente glorieuses, période de croissance économique, de plein emploi et de consommation de masse. Suite aux deux derniers chocs pétroliers, à l’intensification de la crise économique et financière depuis 2008, le chômage n’a cessé d’augmenter. Désindustrialisation, délocalisations, tertiarisation accrue, numérisation de l’économie ont fortement impactés le marché du travail et la société salariale.
Rappelons que l’organisation du travail s’est toujours construite dans un rapport direct et dépendant de la technique et des enjeux scientifiques d’une époque, comme le furent: l’électricité, la métallurgie, la sidérurgie, l’automobile. La recherche scientifique et ses applications industrielles organisent et rationalisent le travail autour des machines et des chaînes de production. Le travail se définit alors en unité de temps, de lieu, dans un rapport de subordination, on lui associe une rémunération, des droits sociaux, une défense et une représentation syndicale et patronale. C’est ainsi qu’en l’espace de cent ans le travail est devenu un « fait social total »2 pour reprendre une expression de Dominique Méda.

Le concept même de travail est sujet de controverses, tant les points de vue s’opposent pour le définir : il est tantôt considéré comme une source de transformation positive pour l’individu, une libération, un pouvoir d’émancipation, d’épanouissement, l’otium, mais aussi une forme de domination, d’aliénation humaine, de souffrance continue, soumis à la tyrannie du marché économique au sens de negotium3 voire de trepalium. Avec l’accélération des technologies de l’information et de la communication le modèle du travail salarial est remis en question fondamentalement. Si les technologies numériques redessinent nos manières de produire, d’apprendre, de travailler, elles ont des effets pernicieux sur l’emploi et l’activité salariale, du fait de l’intensification du travail, de la compartimentation de la production, du morcellement des tâches, de l’externalisation, de l’émiettement du travail, en somme de son atomisation protéiforme et d’une certaine déliquescence (ontologique et sociologique).
Avec l’avènement d’internet, des réseaux sociaux et du mobile, de nouveaux acteurs qui étaient encore de jeunes pousses il y a dix ans, sont devenus des géants mondiaux du numérique: Google, Amazon, Facebook, Apple, que l’on surnomme les « GAFA ». Leur succès se traduit notamment par une valorisation boursière astronomique, un nombre d’utilisateurs pléthorique, une notoriété planétaire, mais leur hégémonie pose question, tout comme leur vision du monde, leurs objectifs sociétaux. On a utilisé un temps l’expression de « googlisation du monde » 4 et d’économie des GAFA ou Gafanomics5 tellement leur influence et leur culture se sont imposées à nous en une décennie. Plus récemment, nous avons eu à faire face à l’émergence violente de nouveaux troublions numériques, instigateurs d’innovation de rupture dans les usages et dont les effets dévastateurs sur l’économie traditionnelle se caractérise par un phénomène que l’on qualifie désormais par l’expression « uberisation ». J’ai consacré un livre au décryptage de l’uberisation de l’économie6 dans lequel j’ai montré comment des startups essentiellement américaines (Uber, AirBnB…) siphonnent, vampirisent des leaders historiques, symboles d’une économie traditionnelle, parfois rentière, dépassée par des innovations de désintermédiation, qui améliorent l’expérience et la qualité de service aux clients.
Toutes ces sociétés comme Uber, AirBnB, Lyft, TaskRabbit ont construit des plateformes de mise en relation directe de prestataires de services (professionnels ou particuliers) avec des consommateurs (circuits courts) le tout à travers une relation dématérialisée de bout en bout (géolocalisation en temps réel, paiement, évaluations, notations…). Ces plateformes utilisent les mêmes armes et fondent une nouvelle forme d’hypercapitalisme, ou capitalisme à l’ère numérique, en rupture avec les modèles capitalistiques des grands groupes faisant figures de « tigres de papier » à côté de ces « nouveaux grands prédateurs technologiques ».
Comment la mutation numérique en cours impacte-t-elle le travail, les emplois ? Quelles sont les conséquences économiques de l’uberisation ? Quels liens et articulations entre uberisation et automatisation ? Pourquoi l’uberisation et l’automatisation de la société menacent-elles l’emploi et nous imposent-elles de repenser le travail ? Quelles nouvelles filières, quels nouveaux emplois dans la seconde vague du numérique ?

I - L’UBERISATION DE L’ECONOMIE

Ils construisent leur domination sur une faible intensité capitalistique, avec peu d’infrastructures, une faible masse salariale, très peu de salariés et surtout des travailleurs indépendants ou des auto-entrepreneurs, des innovations continues, mais pas de modèle social. Leur valorisation financière et/ou boursière franchit des sommets jamais atteints. La valorisation des GAFA est supérieure à la valorisation totale des entreprises de l’indice CAC 407 : les GAFA valent plus que les 40 valeurs phares de la Bourse de Paris. Apple (748 milliards de dollars de capitalisation), Google (370 milliards $), Facebook (223 milliards $) et Amazon (175 milliards $) ce qui fait un total de 1.516 milliards $ soit 1.336 milliards €8.
L’émergence de ces nouveaux acteurs hypercapitalistiques, véritables oligopoles numériques font dire au PDG de la firme CISCO, John Chambers que « sur la liste des entreprises du Fortune 500 d’il y a 25 ans, il n’en reste plus qu’un quart qui soit toujours présent dans cette liste et 90% des grands entreprises connaîtront une crise financière majeure dans les 15 ans qui viennent, et seulement 10% y résisteront. Enfin, seulement un tiers de nos entreprises existera d’une manière significative dans 25 ans »9 les autres seront remplacées par d’autres sociétés technologiques (numériques) très innovantes, plus agiles à l’image des GAFA et autres NATU (Netflix, AirBnB, Tesla et Uber).
Mais ces compagnies sont elles-mêmes vulnérables, fragiles, soumises à la volatilité des marchés et des tendances de consommation sans cesse renouvelées par le marketing et variables d’un pays à l’autre. Désormais, non seulement aucune citadelle n’est inexpugnable, mais aucune position de leadership n’est définitivement acquise. Les tigres de papier ont fait place à des géants aux pieds d’argile, à des ballons de baudruches numériques alimentant le risque d’une nouvelle bulle financière produite par d’autres facteurs aggravants et en décalage total avec l’économie réelle. L'indice S & P 500 de Wall Street a ainsi été multiplié par trois en six ans, une performance sans commune mesure avec celle de l'économie américaine. La Bourse de Francfort et celle de Paris ont grimpé pour leur part d'environ 20% depuis le 1er janvier, malgré une reprise européenne assez poussive (1,5% de croissance seulement prévue en 2015 en zone euro, et à peine 1,1% en France) 10.
L’uberisation nous fait ainsi entrer dans l’ère d’un capitalisme numérique ou « hypercapitalisme », dont la forme la plus récente est celle du « capitalisme des plates-formes » particulièrement violent, imprévisible et sans limite. Cette implosion de l’économie classique n’est pas sans conséquence sur l’emploi, la formation et le contrat social.
Sous l’impulsion d’Uber, le transport de personnes s’est vu démocratisé grâce au déploiement d’une plateforme numérique de mise en relation « intelligente » de l’offre (consommateurs) et de la demande (VTC ou véhicule de tourisme avec chauffeur). Cet état de fait impose une compétition sur les prix pratiqués par les chauffeurs pour que le service puisse s’imposer (sans compter les baisses tarifaires décidées par Uber de manière unilatérale) ce qui induit une répercussion directe sur les rémunérations. Même si les chauffeurs communiquent sur un niveau de rémunération tout à fait respectable entre 2500 et 5000 euros en moyenne en fonction du temps travaillé n’étant majoritairement pas salariés de la plateforme, leur statut d’auto-entrepreneur confère à leur activité une certaine précarité.
Avec Amazon Mechanical Turk (AMT) une plateforme de micro-tâches (microtasking), Amazon a su le démontrer depuis des années pour son propre intérêt dans un premier temps, ouvert à tout acteur sous forme de place de marché ensuite. Ces tâches sont souvent dématérialisées et laborieuses car découpées en unité, une forme de retour au taylorisme mondialisé et dématérialisé. Elles répondent au besoin de certains travailleurs d’obtenir une rémunération complémentaire, voire de moduler leur temps de travail ou de travailler depuis leur domicile avec un tarif fixé le plus possible par l’offre et la demande. Mais cette place de marché d’un nouveau genre est aussi très controversée, voire sulfureuse ! Le « Turc mécanique », c’est une référence à un très célèbre canular de la fin du XVIIIe siècle11. Si Amazon se réfère à ce célèbre canular, ajoutant sur son site un sous-titre assez ironique – « artificial artificial intelligence », c’est parce que son service est une sorte de supercherie contemporaine, supercherie démasquée, mais s’est imposée en quelques années et questionne sur une nouvelle forme de « servitude 2.0 ».

Sur la plateforme d’Amazon, les « turcs mécaniques » sont sous-payés (à partir de 1 $ de l’heure prestée) et opèrent des tâches répétitives sans valeur ajoutée. Dans le domaine du web design, du développement web, de la traduction… mais dans le domaine du traitement du langage naturel, il est vrai qu’il est nécessaire d’utiliser l’intelligence humaine en plus de l’intelligence artificielle pour procéder à de l’analyse sémantique fine. Le fait d’avoir recours à des petites mains éparpillées dans le monde entier ne permet pas d’obtenir un niveau de traitement linguistique avancé qui requiert l’expertise d’un linguiste (au sens universitaire). Chacun peut réaliser des HIT sur Amazon Mechanical Turk, c’est-à-dire des Human Intelligence Tasks. D’où la nouvelle appellation pour désigner ces travailleurs d’un genre nouveau : les « turkers ». On peut parler désormais comme Joëlle de Rosnay de « pronetariat » ou encore de « cybertariat » : conséquence de ces nouvelles formes de précarisation, du tâcheronnage à l’ère numérique.
Ce que nous venons de décrire comme étant la première vague, d’une mutation plus profonde à venir, l’uberisation, va progressivement se transformer en une numérisation totale de l’économie et de la société dans son ensemble. Nous parlons du tsunami provoqué par la computerisation ou l’algorithmisation de l’économie entrainant l’automatisation de la société. « L’automatisation intégrée est le principal résultat de ce que l’on appelle « l’économie des data ». Organisant des boucles de rétroactions à la vitesse de la lumière (à travers les réseaux sociaux, objets communicants, puces RFID, capteurs, actionneurs, calcul intensif sur données massives appelées big data, smart cities et robots en tout genre) entre consommation, marketing, production, logistique et distribution, la réticulation généralisée conduit à une régression drastique de l’emploi dans tous les secteurs – de l’avocat au chauffeur routier, du médecin au manutentionnaire – et dans tous les pays.
Pourquoi le rapport remis en juin 2014 au président de la République française par Jean Pisani-Ferry occulte-t-il ces prévisions ? Pourquoi le gouvernement n’ouvre-t-il pas un débat sur l’avenir de la France et de l’Europe dans ce nouveau contexte ? »
demande si justement Bernard Stiegler.12
II - LES CONSEQUENCES ADDITIONNEES DE L’UBERISATION ET DE L’AUTOMATISATION SUR L’EMPLOI, LE TRAVAIL ET LA FORMATION.
2.1 De l’uberisation à l’automatisation…

Si la numérisation détruit des emplois dans tous les secteurs depuis des décennies, l’automatisation accélère donc ce phénomène. En effet, la numérisation permet de démultiplier les potentialités de l’automatisation grâce à la mise au point de programmes permettant l’individualisation de la production. Ainsi, les machines-outils à commande numérique, puis les imprimantes 3D se conçoivent comme la jonction de l’automatisation (la machine fabrique le produit) et de la numérisation (un programme dirige la machine et permet la fabrication de bout en bout de plusieurs articles différents par une seule machine).

La technologie numérique permet également de faciliter la mise en relation directe (circuit court) deux personnes pour l’exécution d’une tâche bien précise, l’achat d’un bien ou la fourniture d’un service (phénomène que nous avons déjà défini par le terme « d’uberisation »). Cette relation directe, qui permet la concurrence d’amateurs face aux acteurs professionnels (les hôtes inscrits sur AirBnB concurrencent les hôteliers professionnels), tend également à supprimer les intermédiaires et les emplois qui y sont liés. D’autres emplois doivent faire face à la pression accrue des nouvelles technologies, comme les guichetiers, les caissiers. Il en va ainsi du secteur de la logistique – Amazon a déjà mis en place près de 30 000 robots dans ses entrepôts automatisés aux Etats-Unis13.

Le cynisme et la détermination du PDG de Uber lui faire dire qu’il passera bientôt à une nouvelle étape de son développement en introduisant dans un premier temps dès 2020 pas de moins de 500 000 véhicules Tesla Motors autonomes14 afin de se passer de chauffeurs humains. Ce sera bien le bien passage de l’uberisation à l’automatisation totale de l’activité de la firme californienne. Et cette tentation se généralise comme en témoigne la nouvelle usine de Tesla entièrement automatisée.
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Plusieurs études font état d’un fort degré d’automatisation des emplois à l’horizon 2025, à commencer par les travaux de deux chercheurs de Oxford University, Frey & Osbourne en 201315. Toutes ces études prospectives établissent une moyenne des risques d’automatisation des emplois en europe autour de 40%. Comme nous l’indique un rapport de l’Institut Bruegel16, (cf. figure infra), une analyse de la société anglaise Nesta17 et celle du cabinet de conseil Roland Berger (pour la France)18 dont les conclusions chiffrées sont similaires.



2.2 L’uberisation et le développement du travail indépendant, freelancisation, intermittence : nouveaux défis, nouveaux enjeux pour le travail
Le cas des travailleurs indépendants (freelance) constitue une zone de représentation insuffisante. Cela à la fois pour des raisons similaires à celles évoquées sur le point ci-dessus, et pour des raisons tenant à la configuration du dialogue social français, concentrée sur le travail salarié. De même, l’essor d’une économie de services à la demande, économie des plateformes et plateformes d’intermédiation numérique (de type économie collaborative), doit nous permettre de nous interroger sur la représentation des prestataires auto-entrepreneurs (exemple des chauffeurs d’Uber). De ce point de vue, la controverse actuelle se déporte à la fois sur la question du régime de protection juridique et sociale applicable aux indépendants en situation de dépendance économique.

Les bouleversements introduits par la numérisation - destruction d'emploi dans de nombreux secteurs, nécessité pour chaque secteur de s’adapter aux nouveaux usages de consommateurs, développement du travail « à la tâche » - rendent d’autant plus prégnant le besoin d’une véritable sécurisation des parcours professionnels.

La formation professionnelle est ainsi un secteur essentiel du fait de la nécessité d’accompagner les travailleurs dont les emplois sont affectés par la numérisation. Dans ce contexte, il est essentiel de concentrer la formation professionnelle sur les chômeurs et d’attacher les droits à la formation à l’individu et non pas à l’emploi dans un contexte où un parcours professionnel s’entendra de plus en plus comme l’alternance de périodes de chômage ou formation et de travail. Le compte personnel d’activité (CPA) est donc une réforme majeure dans ce sens. En outre, les pouvoirs publics ont un rôle essentiel à jouer dans la formation aux outils et aux métiers innovants, comme l’ont compris certaines régions qui développent des plans autour du thème de la « troisième révolution industrielle » en mobilisant les différents leviers à leur disposition, dont celui de la formation initiale et continue.

Une réflexion autour du partage du travail se justifie également aujourd’hui par plusieurs éléments. D’une part, l’automatisation accélérée par la numérisation entraîne une baisse des besoins en emploi dans de nombreux domaines d’activité. On constate d’autre part que la part du capital intangible (éducation, formation, santé, R&D…) est aujourd’hui le principal facteur de croissance, capital auquel la création et l’échange de savoirs rendu possible par le numérique et qui se développe en partie en dehors des heures de travail rémunérées (le « travail cognitif »), contribue fortement. Cette tendance est renforcée par le « travail du consommateur », c’est à dire la production de données et d’informations par les consommateurs de services numériques sur lesquels sont fondés les modèles de profit des grands oligopoles d’internet19, si bien que de nombreux observateurs s’interrogent aujourd’hui sur la façon de prendre en compte cette forme de travail non-rémunéré créatrice de valeur : on parle de « digital labor ».

Le digital labor que l’on peut définir comme « ce travail invisible, mais qui se manifeste au travers de nos traces numériques, constitue le noyau autour duquel s’est articulée, dès le début des années 2010, la notion de digital labor. Son émergence formule une critique de la patrimonialisation des contenus générés par les utilisateurs, de l’embrigadement marchand de l’effervescence des commons qui finit par nourrir les profits des industriels. En même temps, elle passe par une dénonciation de la précarité croissante des producteurs de contenus, face à cette marchandisation de leurs contributions. Quel type de pression salariale s’exerce dans les secteurs les plus divers (journalisme, industries culturelles, transports, etc.) par la création d’une armée de réserve de travailleurs qui s’ignorent », convaincus d’être plutôt des consommateurs, voire des bénéficiaires de services gratuits en ligne ? » 20.

D’autres phénomènes encore plus pernicieux se sont développés subrepticement à cette évolution de l’emploi salarié précaire et du chômage de masse infligé par la computerisation : le tâcheronnage ou « microtasking »21, la freelancisation, l’intermittence généralisée des emplois enclin à la précarisation et à la paupérisation de nouveaux serviteurs du numérique. Ce travail invisible, mais qui se manifeste au travers de nos traces numériques, constitue le noyau autour duquel s’est articulée, dès le début des années 2010, la notion de digital labor. Son émergence formule une critique de la patrimonialisation des contenus générés par les utilisateurs, de l’embrigadement marchand de l’effervescence des commons qui finit par nourrir les profits des industriels. En même temps, elle passe par une dénonciation de la précarité croissante des producteurs de contenus, face à cette marchandisation de leurs contributions. Quel type de pression salariale s’exerce dans les secteurs les plus divers (journalisme, industries culturelles, transports, etc.) par la création d’une armée de réserve de travailleurs qui s’ignorent », convaincus d’être plutôt des consommateurs, voire des bénéficiaires de services gratuits en ligne? »22.
La dématérialisation et la virtualisation accrues, la robotique pervasive, l’intelligence artificielle forte, les neurosciences computationnelles et au final la convergence exponentielle des sciences et des technologies avancées (NBIC), conduira à la mécanisation du cognitif qui est in fine recherchée comme but ultime de la numérisation du monde transhumaniste ou post-humaniste. Avec comme effets dévastateurs la suppression massive d’emplois de catégories intermédiaires, auxquels s’ajouteront une vague sans précédent de disparition de tâches peu qualifiées. A titre d’exemple, ce sont tous les modes de transports qui seront voués à une autonomisation augmentée des machines. Le seul secteur des « trucks » aux Etats-Unis à l’horizon 2025, du fait de l’irruption des « autonomous trucks » ou « self-driving trucks » mettrait au pilori près de 5,5 millions d’emplois…
Désormais l'informatisation atteint fatalement la classe moyenne et plus rapidement que la mécanisation détruit les emplois dans l'industrie. L'informatisation affecte notamment le travail administratif, détruit le travail tertiaire, voire même certaines professions libérales. Les prestations intellectuelles, comme les avocats, les huissiers de justice ou encore les notaires se font aussi « disruptées » par l’entremise de startups telles que Testamento, DemanderJustice.com… Puis par de nouveaux acteurs qui ingèreront les codes et les jurisprudences pour devenir le prochain Watson Analytics du « legal » grâce au cognitive computing. C’est notamment ce nouveau paradigme de l’informatique que nous avons décrit dans un article portant sur « l’informatique quantique et cognitive »23 dont IBM est le pionnier, et partenaire de plusieurs centres hospitaliers américains, sur l’aide au diagnostic oncologique. Nous parlons ici du risque de « watsonisation » de la médecine, tant le super-ordinateur d’IBM, s’impose progressivement et supplantera peut-être les méthodes, les processus et les équipes dédiées aux diagnostics à l’hôpital (génomique et oncologie)
watson va accélérer les analyses d\'adn.

IBM Watson.

IBM a annoncé en ce début mai 2015 un partenariat avec 14 cliniques et instituts américains spécialisés dans le traitement du cancer, qui vont utiliser son super-ordinateur Watson pour accélérer des analyses d'ADN et déterminer des soins personnalisés pour leurs patients. Là où des médecins passeraient des semaines à étudier chaque mutation et la littérature scientifique existante, Watson est en effet capable d'arriver à des conclusions « en quelques minutes », assure IBM, faisant valoir que cela pourrait permettre de faire bénéficier davantage de patients de ces traitements accessibles pour l'instant seulement à quelques-uns.

L’intelligence artificielle et les robots pénètrent aussi le bloc opératoire. Après les interventions au crâne, le robot Rosa de MedTech s'attaque à la microchirurgie non-invasive de la colonne vertébrale. Nous assistons bien à l’interpénétration de l’intelligence artificielle, des neurosciences et de la médecine robotisée à l’hôpital…
2.3 Le « paradoxe Schumpeter-Sauvy » et la « disruption destructrice ».
Nous considérons comme dépassée et infondée aujourd’hui la théorie de Schumpeter, sur la « destruction créatrice », tout comme la « théorie du déversement » d’Alfred Sauvy qui ne peuvent plus se vérifier, en ces temps d’allongement des cycles économiques, d’aggravation de la crise financière, d’accroissement constant du chômage, de démographie déclinante. Nous sommes plongés depuis le second choc pétrolier, dans une période que l’on pourrait qualifier par l’expression Les Soixante Dix Piteuses, (en clin d’œil à Jean Fourastié et à la période qu’il qualifia de Trente Glorieuses, de 1947 à 1973). Si cycles économiques il y a, ils sont sans doute plus proches de ceux définis par Kondratieff (40 à 60 ans) que par Kitchin, Juglar ou encore Kuznets. Même si certains pensent24 que des cycles sont observables tous les sept ans depuis 1980 (krach octobre 1987, krach obligataire de 1994, les conséquences du 11 septembre 2001, le krach 2008, le paroxysme de la crise grecque en juillet 2015…), rien ne nous autorisent à penser que la durée moyenne des cycles puisse être inférieure à plusieurs décennies ; d’autant que nous observons depuis les années 1980 le phénomène conjugué de stagnation économique réelle et d’une augmentation de l’inflation, que l’on nomme « stagflation ». La croissance de la productivité a fortement ralenti à travers le monde. En 2014, la croissance de la productivité de la productivité globale des facteurs a oscillé autour de zéro pour la troisième année consécutive, alors qu’elle atteignait à peine 0,5-1 % entre 1996-2012.

Comme Barry Eichengreen, Donghyun Park et Kwanho Shin (2015) l’indiquent, il serait tentant d’invoquer la crise financière pour expliquer ce ralentissement ; elle a en effet perturbé l’offre de crédit (qui se révèle importante pour l’innovation) et les échanges internationaux (qui sont importants pour la diffusion des innovations). Mais le ralentissement de la productivité globale des facteurs est un phénomène généralisé : il touche aussi bien les pays qui ont été les plus touchés par la crise que les pays qui en ont été relativement épargnés. D’autre part, dans les pays avancés, ce ralentissement s’est amorcé avant la crise mondiale. Certains ont pu suggérer que le ralentissement de la croissance de la productivité dans les pays avancés puisse s’expliquer par un épuisement de l’innovation (comme le pense notamment Robert Gordon) bien par la stagnation séculaire, c’est-à-dire par une insuffisance chronique de la demande globale comme le suggère Lawrence Summers25.
Le déversement d'un secteur à l'autre n'est pas immédiat, ni systématique : Jean Fourastié nuançait déjà cette théorie en soulignant par exemple qu'un ouvrier peinera à se reconvertir dans l'informatique.

Le chômage français a plusieurs spécificités : la forte progression du chômage de longue durée, la forte dégradation de l'emploi industriel liée à la tertiairisation de notre économie. Le dualisme du marché du travail (emplois précaires contre CDI) qui amplifie l'ajustement de l'offre et la demande d'emploi. En effet, en période de crise, les entreprises se défont d'abord des emplois les moins bien protégés (stagiaires, intérimaires, CDD…).[ En France entre 1976 et 2014, le taux de chômage général est passé de 3% à 10% 26Pour la zone euro, la perte d’emplois de salariés intermédiaires s’élève à 6,7 millions d’emplois pour 4,3 millions d’emplois peu rémunérés crées au cours des 5 dernières années. Aux Etats-Unis27, ce sont 7,5 millions d’emplois qui ont disparu dont 50% d’emplois intermédiaires sur la même période.28

La productivité à l’ère de la robotisation actualise le paradoxe de Solow : « you can see the computer age everywhere except in the productivity statistics » (« vous pouvez voir l'ère informatique partout, sauf dans les statistiques de la productivité »), c’est ainsi que Solow en 1987 fit remarquer que l'introduction massive des ordinateurs dans l'économie, contrairement aux attentes, ne s’était pas traduit par une augmentation statistique de la productivité. Cela s'explique par le décalage dans le temps entre l'investissement en connaissances et son impact, dû au temps plus longs de formation et aux effets d'obsolescence.

Nous pouvons anticiper le mouvement suivant dans les secteurs du commerce de détail et de la logistique, qui jusqu’à présent étaient de forts pourvoyeurs de jobs peu qualifiés et qui remplaceront manutentionnaires, caissières, employés libre-service, et autres vendeurs par la computerisation de leurs activités en cours : self-scanning, self-payment, magasins augmentés, entrepôts robotisés…
Pourquoi nous faut-il dépasser et invalider la « destruction créatrice » schumpetérienne et penser la « disruption destructrice » : 4 facteurs principaux invalident la thèse de Schumpeter complétée par la théorie du déversement de Sauvy :


  • Absence de croissance économique (crise)

  • Démographie défavorable (vieillissement, faible natalité…)

  • Accélération exponentielle des technologies sans accroissement de la productivité

  • Raccourcissement des cycles d’innovation

Pas de déversement possible en proportion des emplois détruits par l’automatisation. Aucune poche de création d’emplois possibles, les nouvelles générations ne sont pas encore présentes sur le marché du travail, la natalité en berne pénalise toute opportunité de déversement réel : les nouvelles générations ne peuvent donc pas encore occuper d’éventuels nouveaux emplois mieux qualifiés, mêmes créés sur le cours terme, ou à horizon 10 ans par exemple (2025) du fait de l’accroissement constant des cycles d’innovation et les exigences de formation aux sciences et aux technologies avancées…
L’accélération des cycles d’innovation associée au phénomène de stagflation et de baisse de la natalité accroit la distance entre la destruction des emplois précédents et la création de nouveaux emplois et fait disparaitre le point de bascule entre les deux. Nous appelons ce phénomène le « paradoxe Schumpeter-Sauvy » qui justifie désormais notre concept de « disruption destructrice » qui invalide la théorie de la « destruction créatrice » schumpétérienne.

2.4 Vers un « robotariat » : entre fin du prolétariat humain et assujettissement aux machines…
L’emprise croissante de la convergence des sciences et des technologies sur nos vies va nous entraîner vers un “robotariat29, où les salariés peu qualifiés, peu diplômés, ainsi que les professions intermédiaires se verront remplacer par des machines intelligentes et augmentées, non soumises aux horaires de travail, non rémunérées, ne prenant ni congés, ni arrêt maladie, exemptes de tout stress ou de toute forme de pénibilité au travail : ce qui nous conduira inévitablement vers la fin du prolétariat humain.
Le « robotariat » signifie à la fois l’aboutissement de la mécanisation automatique du travail et de la substitution du travail humain par les machines augmentées, mais également une nouvelle forme d’assujettissement des intelligences artificielles aux humains les plus diplômés et qualifiés à horizon 2025. Entre polarité du pire et symétrie des effets dévastateurs sur l’emploi et la formation, le robotariat pose les termes d’une nouvelle équation infernale à résoudre, un tiraillement socio-économique où d’un côté il est impossible de refreiner la destruction massive d’emplois totalement robotisés et l’exigence de formation d’une nouvelle classe d’individus capables de concevoir, de programmer, de construire, d’interagir, de transformer, de maintenir des intelligences artificielles et des écosystèmes numériques augmentés.
L’assujettissement des machines doit être ici compris comme une nouvelle forme de domestication des machines productives et servicielles par l’humain, dans son environnement de travail quotidien. Les dirigeants seront tous demain confrontés au management d’intelligences artificielles au sens large. Les questions d’organisation, de planification, de législation du travail seront alors à reconsidérer en profondeur.
2.5 L’allocation d’un revenu d’existence

C’est dans ce contexte que je soutiens la mise en place d’un revenu d’existence, justifié par ces contributions non-rémunérées, afin de trouver un système qui permettent d’avoir un revenu en complément des revenus du travail et de se former pour enchaîner emplois, métiers et différentes carrières. De façon structurelle sachant que le type d'emploi dans l'économie numérique voit le noyau protégé du salariat, par le contrat de travail canonique (le CDI) se réduire comme une peau de chagrin, il faut étendre la protection du statut des Intermittents au-delà de ses bénéficiaires actuels (métiers artistiques et de création) aux travailleurs du numérique uberisés. La protection viable structurelle dans une économie numérique relève plutôt d'un revenu de base supérieur ou égal à environ 1 000 euros par individu, cumulable avec le travail intermittent ou salarié.

Ce socle (le double de la solution libérale de l'impôt négatif 450 euros)30 constitue l'équivalent de la partie fixe du salariat classique sous la révolution industrielle. Il règle au passage le problème de la précarité, des pauvres (15 à 20 % de la population) y compris celle des travailleurs pauvres (working poors). Il solutionne aussi la problématique qui va devenir de plus en plus aigu des retraites des post baby-boomers.
Peu importe le nom qu’on lui préfère, que l’on se réfère à l’approche Yann Moulier Boutang ou bien aux travaux et expérimentations de Bernard Stiegler sur le Revenu Contributif. Ils ont tous deux défini en tant que philosophes, le sens (signification et direction) de l’allocation d’un Revenu Universel. Yann Moulier Boutang qui est également économiste aborde la question du financement avec sa proposition de Taxe Pollen31.

Sur le financement à proprement parler, si l’on se réfère au site du Mouvement Français Pour un Revenu de Base (MFRB) plutôt « d’obédience libérale »32, on peut compter pas moins de 8 méthodes pour financer une allocation de ressource universelle, auxquelles il faut ajouter le projet de Taxe Pollen défendue par Yann Moulier Boutang.

Je me permets d’ajouter ici ma propre proposition, qui se veut un rétrécissement du cadre d’application de la Taxe Pollen de Yann Moulier Boutang aux flux issus du Trading Haute Fréquence (THF) : seules les transactions financières effectives via le Trading Haute Fréquence, soit 40% des transactions boursières actuelles. Ce serait une forme intéressante de redistribution de la rente hyperfinancière. Un amendement visant à taxer les transactions haute fréquence a été voté par le Sénat français le 18 novembre 2011,[] puis rejeté par Valérie Pécresse en tant que représentante du gouvernement Fillon33. Nicole Bricq « cet amendement avait pour objet de corriger une dérive majeure du fonctionnement actuel des marchés. Il propose de mettre en place une taxe assise sur les transactions automatisées et vise plus particulièrement le trading à haute fréquence dont les méfaits sont connus. Ce marché échappe à ses acteurs, puisque les opérations sont accomplies par des robots. La révision de la directive MIF ne sera sans doute pas à la hauteur des enjeux. Je propose donc de créer une taxe qui serait due par un prestataire de services d'investissement sur une base mensuelle dès lors que le taux d'annulation de ses ordres transmis chaque jour de bourse dépasserait 50 %. Le taux de la taxe serait de 0,1 % du montant des ordres transmis, ce qui demeure inférieur aux frais de courtage généralement facturés aux clients. Le dispositif prévoit un mécanisme de crédit d'impôt pour les intervenants étrangers qui seraient soumis à une taxe analogue dans leur État de domiciliation, dès lors que serait respecté un principe de réciprocité. Cette taxe serait applicable aux ordres transmis à compter du 1er janvier 2012. Un décret en Conseil d'État devra en fixer les modalités d'application, après avis de l'AMF ».

Le Revenu Universel est au cœur des problématiques sous-jacentes à l’évolution du capitalisme, sa financiarisation, sa dématérialisation en capitalisme cognitif, ce que j’appelle le capitalisme algorithmique. Les nouveaux actifs ne sont plus l’accumulation classique du capital, mais la Data, les algorithmes, les flux et les traitements des données ce ces nouveaux géants du numérique : GAFA, NATU et autres « Licornes »…
Le Revenu Universel doit être versé sans condition, autre que d’être résident régulier (en France en l’occurrence) et correspond à un revenu d’existence. Je suis aussi pour une réduction du temps de travail, mais les perspectives à horizon 2025, ne permettent pas d’envisager la réduction du temps de travail comme la seule solution à l’automatisation et par conséquent à la destruction massive de l’emploi salarié d’une part et à l’impossibilité pour de multiples raisons de faire évoluer (niveau d’éducation, qualifications, expériences professionnelles, formations continues) des millions d’individus qui ne pourront pas se reconvertir, car dépassés par la convergence exponentielle des technosciences: Intelligence Artificielle, Deep Learning, Machine Learning, Data Science, Cloud Computing, Neurosciences, Nanosciences, Métagénomique...
On reboucle avec le Digital Labor, que ce soient des « click workers » volontaires, en passant par des parents à domicile élevant leurs enfants… Sans compter la crise de l’Etat-Providence et les sérieux doutes que nous pouvons formuler sur notre capacité à indemniser dans 10 ans 3,5 millions de chômeurs supplémentaires en France. On ne peut reléguer une telle question de société, à une querelle théorique en économie ou au simple débat d’idées. Ces sujets doivent être prioritaires en politique, pour nos parlementaires et les organisations syndicales doivent s’en saisir sans attendre. C’est notamment ce que suggère le dernier Rapport du Conseil National du Numérique précité34.


III LE TRAVAIL, LES EMPLOIS DE LA SECONDE VAGUE DU NUMERIQUE.
3.1 De la polarisation de l’emploi…
La numérisation favorise en réalité une polarisation du marché de l’emploi… avec une demande de travail qui croît aux deux extrémités de l’échelle des qualifications et des revenus.
Alors qu’entre 1990 et 2012, les emplois de « production » faiblement rémunérés (par opposition à l’interaction) comme les maçons ou la collecte des déchets, ne sont pas encore impactés par le numérique et ont même fait l’objet d’une demande croissante, surtout dans le domaine des services à la personne, des emplois qualifiés et bien rémunérés (managers, financiers…). A la différence des emplois routiniers intermédiaires occupés par les classes moyennes qui sont en revanche menacés de remplacement par le numérique35


Ce qui est frappant à l’heure actuelle est le fait que cette désintermédiation intervient également dans le domaine des services et concerne ainsi des emplois plus qualifiés que les catégories d’emplois « automatisées » depuis les années 1990.

Ainsi, ce sont désormais des emplois traditionnellement occupés par les classes moyennes (emplois « routiniers » comme les cadres intermédiaires chargés de la comptabilité, de l’administration commerciale, de la gestion des paies par exemple), qui sont menacés de remplacement.

Le domaine de la banque, où le métier de conseiller bancaire est bouleversé, est un bon exemple : la généralisation de la banque en ligne et de la banque sur mobile fait considérablement baisser le nombre de clients se rendant en agence (un sur cinq aujourd’hui contre un sur deux il y cinq ans)36, si bien que deux mille agences ont été fermées en France depuis 2008. Le métier de conseiller bancaire n’est toutefois pas voué à disparaître - des clients continueront de se rendre en agence – mais à évoluer. Le secteur bancaire français n’est plus créateur net d’emplois depuis deux ans, même s’il embauche encore beaucoup. Les nouveaux recrutements s’effectuent toutefois globalement à un niveau de compétence plus élevé (bac +4/5 contre bac +2/3 aujourd’hui). Cette tendance s’explique d’une part par la nécessité de faire monter les conseillers clientèle en compétence, alors que les clients sont de mieux en mieux informés grâce à internet et qu’ils recherchent des conseils très spécialisés lorsqu’ils viennent en agence, et d’autre part par la recherche de profils hautement qualifiés capables de valoriser les données des nombreux contacts clients issus des canaux numériques (data scientists, computer scientists37…).

3.2 La numérisation ou la nécessité de sécuriser les parcours professionnels
Le sentiment d’insécurité et l’impression d’une menace de destruction massive d’emplois peut ainsi s’expliquer par le fait que les emplois détruits désormais sont les emplois emblématiques des Trente Glorieuses, ceux répondant à l’archétype de l’employé-salarié faisant sa carrière dans la même entreprise, sur lequel est fondé notre système de protection sociale.
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