Thèse Pour le Doctorat de Sciences Economiques





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La tradition théorique autrichienne explore une vision du temps qui ouvre un espace analytique pour l’étude de l’apprentissage. Le premier élément de cet espace renvoie à l’hypothèse d’un temps qui modifie les connaissances individuelles, hypothèse dont découle une conception particulière de l’apprentissage. En effet, chez les auteurs autrichiens est envisagée une forme d’apprentissage qui passe par l’interaction sociale et qui permet d’intégrer la dimension tacite de la connaissnace. D’où le second élément, qui est lié à l’affirmation de l’hétérogénéité des agents quant à leurs perceptions du temps : les interactions entre des individus s’inscrivant dans des temporalités différentes sont alors analysées comme supports de procédures d’apprentissage.

La première dimension analytique renvoie à une vision « dynamique » du temps. Cette vision peut être caractérisée par comparaison avec le traitement conventionnel du temps, hérité de la mécanique classique et caractérisant l’économie walrasienne. Selon les auteurs, il est qualifié de « temps réversible» (N.Georgescu-Roegen, 1966)1, de « temps logique » (J.Robinson, 1980)2, de « temps newtonien » (G.O’Driscoll et M.Rizzo, 1985) ou de « temps fondamental » (I.Prigogine et I.Stengers, 1988)3. Examinée du point de vue de notre questionnement concernant les effets de l’interaction sociale en terme d’apprentissage, la limite de cette conception se situe dans le fait que le passage du temps y est considéré comme neutre, dans le sens où ce dernier ne modifie pas fondamentalement les connaissances des agents économiques. Inversement, d’un point de vue dynamique, le temps est perçu par les individus comme vecteur de changement, de nouveauté et donc d’imprévu. Réciproquement, les auteurs cités précédemment parlent de « temps irréversible » (Georgescu-Roegen), de « temps historique » (Robinson), de « temps réel » (O’Driscoll et Rizzo) ou d’un « temps du devenir » (Prigogine et Stengers).

Ainsi, l’écoulement du temps ne laisse pas ici inchangées les connaissances individuelles. On conçoit que le temps soit source d’apprentissage, ce dernier étant pris en compte, les ajustements des actions individuelles se faisant progressivement4.

La seconde dimension analytique s’appuie sur la distinction entre un temps « objectif » et un temps « subjectif », distinction qui permet de poser l’hétérogénéité des agents. D’un point de vue objectif, le temps est facteur d’homogénéisation des comportements individuels, étant perçu de la même façon par tous les agents économiques. En effet, les individus sont considérés comme agissant dans le cadre de « données », de circonstances objectives, identiques pour tous. Ainsi, dans cette perspective, l’intentionnalité des comportements est difficilement concevable sur le plan analytique, le problème économique étant essentiellement de réagir (ou de s’adapter) à une situation donnée. Il paraît par exemple difficile d’envisager conceptuellement, l’idée que les agents aient la possibilité de modifier les circonstances, le cadre, de leurs activités, c’est-à-dire la possibilité d’ « innover », comportement qui suppose une certaine intentionnalité. A propos de cette question de l’intentionnalité, la position de G.L.S.Shackle (1958,1961)1, pour qui l’étude du temps est au cœur de l’approche des phénomènes économiques, semble pour le moins radicale. Cet auteur considère en effet que l’agent économique, tel que le conceptualise la théorie de l’équilibre général, ne choisit pas : « En posant que le choix est « rationnel », qu’il répond à des mécanismes « objectifs », la théorie orthodoxe arrive à nier l’existence même du choix et condamne finalement l’individu à répondre passivement aux « circonstances ». Car, en effet, prendre une décision « rationnelle », au sens classique du terme, c’est en fonction des « données », optimiser un programme pour un objectif souhaité et donc « choisir » la meilleure solution au problème ainsi posé. […] Dans cette vue des choses, être « rationnel », c’est donc n’avoir pas le choix. » (P.Beaugrand, 1982, p 301-302). Selon Shackle, le véritable choix est dans la capacité pour l’individu d’« imaginer », ce dernier construisant et concevant son avenir, par « inspiration ».

Au-delà de sa position qui peut sembler très subjectiviste, même du point de vue de la tradition autrichienne, l’analyse de cet auteur contribue, et c’est ce qui nous intéresse dans le cadre de notre questionnement, à l’idée selon laquelle le temps est subjectif.

Dans une telle conception, le temps n’est pas perçu de la même façon par les individus. Ceux-ci peuvent expérimenter des temporalités différentes, si le temps est supposé non homogène : « Pour les autrichiens, le temps réel est synonyme de durée et ne peut être mesuré comme le peut l’être le temps newtonien. Il va sans dire que c’est l’un des aspects du noyau dur du programme autrichien qui pose le plus de problème lorsque l’on veut produire des modèles formels puisque le temps doit être indicé pour rendre compte du fait qu’il diffère selon les individus » (P.Garrouste, 2003, p 200). La prise en compte de ces différences de perception peut permettre de concevoir, par exemple, que des agents vivent un « temps du passé » et d’autres un « temps du futur ». Si l’on suit une nouvelle fois Shackle, l’individu ne vit que la réalité du « présent », dans son individualité. Par décision, celui-ci entend la transition entre un état psychique dans lequel l’individu prévoit un nombre de schèmes d’action qui lui semblent possibles, à un état psychique dans lequel il s’est mentalement engagé dans l’un de ces schémas. Mais, pour que l’idée de décision ait un sens, il faut que l’individu, dans son plan d’action, ait un « contact » avec la « réalité » des conséquences de cette décision (donc avec la réalité d’autres moments), ou si non il n’y a aucun test par lequel il peut choisir tel ou tel schème d’action. Dit autrement, pour décider, l’individu doit « expérimenter » les conséquences possibles de ses actions1. On peut dire que dans le cadre de l’équilibre général, la gamme des résultats semble, à l’individu, comme lui étant donnée objectivement (de l’extérieur) : il a en quelque sorte une idée de « l’équilibre » à atteindre. Dans une approche plus subjectiviste, et toujours en suivant Shackle, c’est la « mémoire » ou l’ « anticipation » qui peuvent offrir à l’individu, des substituts à la réalité d’autres moments que le « présent ».
L’établissement de l’hétérogénéité des agents économiques peut alors consister à considérer que certains individus vont plutôt s’inscrire dans un « temps du passé », de la « mémoire », en considérant par exemple qu’il faut agir ainsi parce tel ou tel type d’action s’est avéré par le passé, efficace ; alors que d’autres agents vont plutôt avoir comme horizon, le futur, s’écartant par exemple des pratiques routinières en envisageant des plans d’action relativement nouveaux.

Comparativement au cadre homogénéisant de la problématique de l’équilibre général, l’analyse précédente permet de concevoir des profils différents de comportement économique. Si certains agents peuvent être décrits comme adoptant des comportements relativement passifs, se contentant de reproduire des expériences passées réussies, d’autres, caractérisés par des comportements plus intentionnels, peuvent être qualifiés d’ « innovateurs » dans le sens où ils introduisent de la nouveauté comportementale. Même s’il est nécessaire d’expliciter les formes de rationalité à la base de ces deux types de comportement, il est possible d’envisager que les interactions de ces derniers soient le support de procédures d’apprentissage, les pratiques introduites par les « innovateurs » pouvant par exemple être imitées, car s’avérant plus efficientes.

Cette grille de lecture qui met l’accent sur l’apprentissage permet de faire du temps, au-delà des divergences parfois importantes des approches des auteurs étudiés, l’une des caractéristiques majeures de la conception de la tradition théorique autrichienne du comportement économique. Sans s’intéresser à ces divergences, nous allons illustrer, à travers quelques aspects des approches de certains des auteurs considérés, cette grille de lecture.
2.1.2. Le temps au sein de la tradition autrichienne : « temps de routine » et « temps de rupture »
Fondamentalement, dans l’optique analytique de la tradition autrichienne, c’est la subjectivité de l’individu qui donne au passage du temps sa signification.

Dans cette perspective, et c’est l’un des premiers éléments qui unifie les approches des auteurs étudiés, le passage du temps n’est pas neutre : celui-ci modifie (d’une manière imprévisible et discontinue) les connaissances sur lesquelles se basent les décisions individuelles (S.Gloria-Palermo, 1999). Cette modification fait que le passage du temps est source d’apprentissage, par lequel les agents ajustent leurs croyances et leurs comportements.

Cette relation entre le temps et l’apprentissage est au cœur de la conception mengérienne de la valeur. Dans celle-ci, la valeur d’un bien a une dimension cognitive, dans la mesure où elle dépend en partie de la connaissance des individus des fonctions utiles que le bien peut remplir et de l’interprétation subjective donnée à l’« utilité » de ce bien pour un but spécifique. Ainsi, la satisfaction des besoins est un processus d’ajustement dans lequel des jugements peuvent être faits par les agents économiques. Cette définition de la valeur des biens, fait qu’elle se modifie selon les circonstances et du fait des processus d’acquisition de connaissances par les individus au fil du temps : ainsi, dans cette optique, le passage du temps fait que les connaissances des agents, concernant les liens de causalité entre leurs besoins et les biens à même de les satisfaire, évoluent1.

On retrouve ce principe de causalité chez Mises. Le concept d’ « action humaine » comporte l’idée que pour qu’un individu agisse, il faut qu’il conçoive que son acte modifie l’état dans lequel il se trouve, pour une situation qu’il estime plus favorable. L’action humaine est finalisée vers l’atteinte d’un état futur plus satisfaisant pour l’individu. Selon Mises, l’individu agit en fonction de connaissances qu’il possède des relations causales, lui permettant d’atteindre son objectif (1949, p 25-26). Dans la même perspective que Menger, Mises considère en effet que le progrès des connaissances humaines relatives aux relations de causalité accroît l’efficacité des actions et réduit l’erreur humaine.

Ainsi, le « temps autrichien » est d’abord un « temps de l’apprentissage », dans la mesure où son passage permet, en reprenant la thématique hayékienne, aux individus d’acquérir, de découvrir, de la connaissance : selon Hayek, cette acquisition de connaissances représente la source essentielle d’évolution économique, à travers la modification des plans individuels qu’elle engendre.
Ensuite, le « temps autrichien » n’est pas un temps homogène : dans l’optique des auteurs autrichiens étudiés, les agents économiques, du fait de leur subjectivité, sont à même de s’inscrire dans des temporalités différentes, d’autant que le cadre de leurs actions est donc supposé évoluer. En effet, si le temps modifie leurs connaissances, les agents vont, du fait de leurs perceptions quant à ces changements, ajuster leurs comportements. Si ces perceptions différent du fait de l’hétérogénéité des individus, ces ajustements ne vont pas se réaliser de la même façon selon les agents. Nous pouvons illustrer ce point de vue en essayant d’expliciter cette idée importante pour notre étude, selon laquelle, dans l’optique de la tradition autrichienne, si des individus se situent plutôt dans un contexte temporel passé, d’autres, peu nombreux, ont pour horizon le futur.

Nous allons examiner, pour ce faire, l’approche de Schumpeter. A.Châteauneuf-Malclés (2002) considère que ce dernier, même s’il n’a pas étudié le temps en tant que tel, mobilise deux types de temporalité, qui rejoignent mais ne recoupent pas exactement les deux conceptions distinguées précédemment. En effet, dans l’analyse de Schumpeter, le temps n’a pas le même rôle dans l’économie du flux circulaire et dans la théorie de l’évolution économique ; mais, selon A.Châteauneuf-Malclés, le temps du flux circulaire n’est pas exactement le temps statique et réversible, inspiré de la mécanique classique. L’auteur oppose (p 107) un « temps rétrospectif », orienté vers le passé, caractérisant le flux circulaire, et un « temps prospectif », tourné vers le futur, caractérisant la théorie du développement économique.

Le modèle du flux circulaire met l’accent sur le rôle de la durée : le passage du temps est facteur de continuité, de permanence et de stabilité. Mais, dans l’optique de Schumpeter, ce temps diffère du « temps walrassien » (A.Châteauneuf-Malclés, op.cit, p 108), à deux niveaux essentiellement. Le premier est que le temps est considéré comme véhiculant de l’expérience. En répétant des activités, les agents apprennent et adoptent les modes d’actions qui s’avèrent avec le temps, efficaces : le temps, en tant que durée, améliore la connaissance et la coordination des actions économiques. Le passage du temps participe de l’émergence de comportements ou de situations « normaux » (J.Schumpeter, 1939, p 4) : « Les valeurs anciennes sont des valeurs habituelles. Une longue expérience les a déterminées, et elles sont établies dans la conscience des individus » (1934, p 142, cité par A.Chateauneuf-Malclés, p 109). A.Chateauneuf-Malclés note que l’on trouve également dans « Business Cycles », l’idée que chaque position d’équilibre peut être atteinte seulement après une certaine expérience, acquise au fil du temps du temps : « Il conduira, éventuellement, le système à l’équilibre, à condition que toutes les actions et réactions se fassent à l’intérieur des limites de la pratique habituelle qui s’est développée à partir de l’expérience et d’une répétition fréquente » (J.Schumpeter, 1939, p 47). En conséquence, et c’est la seconde différence avec la vision walrasienne, le temps est facteur d’irréversibilité des comportements. En effet, le renforcement de pratiques d’une période à l’autre favorise l’émergence de comportements routiniers : Schumpeter évoque l’idée que les individus s’enferment dans « une habitude fixée de pensée » (1934, p 86) et de leur réticence face au changement et à l’incertitude. A.Châteuneuf-Malclés qualifie ce temps du flux circulaire de « temps rétrospectif », pour mettre l’accent sur le fait que « [...] sa seule fonction est de renforcer des habitudes passées, et n’offre pas d’espace au futur, ou plus spécifiquement au « temps du devenir »» (2002, p 110). A ce titre, ce temps se distingue du temps du développement  dans la théorie schumpétérienne.

Alors que le temps du flux circulaire peut être considéré comme un « temps de routine », le temps du développement est un « temps de rupture » ; « de rupture avec les habitudes, […], qui rompt la continuité du processus économique ; ainsi, [dans la théorie du développement], le temps est irréversible mais aussi discontinu, […] discontinuité due aux activités innovatrices des entrepreneurs » (ibid., p 112). D’une part, l’innovation suppose quelque chose de radicalement nouveau par rapport aux périodes précédentes, dans la mesure où les nouvelles combinaisons productives ne sont pas la transformation des anciennes, mais « commencent à produire à côté d’elles » (J.Schumpeter, 1934, p 66). D’autre part, à la différence du temps du flux circulaire qui implique une adaptation passive, le temps, dans le développement, oriente les actions économiques, plus intentionnelles, vers des objectifs totalement nouveaux pour lesquels il n’y pas encore d’expérience : « Le temps ici est lié à l’action consciente des agents qui élaborent des plans réfléchis basés sur leur vue du futur » (A.Châteuneuf-Malclés, op.cit, p 111). Selon Schumpeter, « […] le nouveau est une image d’une image ; agir d’après lui et agir d’après le plan accoutumé sont deux choses aussi différentes que construire un chemin et suivre un chemin. » (1935, p 121). Ce nouveau contexte temporel dans lequel s’inscrivent les plans individuels crée de l’incertitude, en remettant en cause les caractéristiques stables de l’économie, rompant l’« harmonie » des structures existantes (1939, p 102).

Ainsi, si dans le flux circulaire les décisions des agents s’appuient sur la « mémoire », l’expérience passée, dans le cadre du développement, elles se basent au contraire sur une certaine idée du futur. Dans le flux circulaire, les actions économiques ne sont pas « créatrices », mais en reprenant A.Châteuneuf-Malclés (op.cit), une « adaptation passive » (J.Schumpeter, 1989 [1927]1, p 27, et 1939, p 72), c’est-à-dire une adaptation au changement « sans matériellement dévier des voies familières » (J.Schumpeter, 1934, p 81). Au contraire, l’entrepreneur est l’agent du développement car il est en mesure, du fait de qualités spécifiques, de s’inscrire dans un autre cadre temporel et ainsi de concevoir des plans entièrement nouveaux.
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