Thèse Pour le Doctorat de Sciences Economiques





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Chapitre 2), découle de la prise en compte par cette tradition, et c’est ce qui la démarque du cadre analytique homogénéisant de l’approche économique contemporaine, d’une forme particulière d’hétérogénéité des agents économiques (Chapitre 1).

Chapitre 1 : La tradition autrichienne face à l’analyse économique contemporaine
Le point de vue que nous défendrons ici est que, par comparaison avec l’approche théorique autrichienne, la conceptualisation des comportements économiques individuels retenue dans la tradition de l’équilibre général crée de l’homogénéité. Cette comparaison met en évidence l’approche beaucoup plus subjectiviste adoptée par l’approche autrichienne (1.2). Approche qui conduit à montrer les limites, au sein de la théorie économique contemporaine, d’une part, de la conception de la connaissance individuelle (1.1) et d’autre part, de la définition retenue de la rationalité du comportement en tant que comportement de maximisation, maximisation reposant sur un strict égoïsme individuel de type utilitariste (1.3). Le subjectivisme de la tradition autrichienne fonde ainsi un certain type d’hétérogénéité des agents économiques (1.4).
1.1. Tradition autrichienne et théorie de la connaissance
Si on la compare à la théorie autrichienne, l’approche économique contemporaine adopte une vision restrictive de la connaissance, définie exclusivement comme une connaissance codifiée, c’est-à-dire objective et explicite pour les individus. A l’inverse, dans l’optique des auteurs autrichiens étudiés, la prise en compte des interactions sociales et de leurs effets, est liée à celle de l’importance de connaissances tacites dans le processus de décision individuelle, connaissances mobilisables au travers de ces interactions.
Nous illustrons cet aspect à travers les approches de Menger et de Hayek de la connaissance. Le premier de ces auteurs considère l’accroissement de la connaissance comme la cause essentielle du progrès (1871, p 74), annonçant par exemple les réflexions actuelles sur l’ « économie de la connaissance » (D.Foray, 2000). Menger met l’accent, dans son analyse du comportement économique, sur l’importance d’un savoir diffus, des circonstances « de temps et de lieu », lié aux activités concrètes dans lesquelles sont engagés les individus (1.1.1).

Le second de ces auteurs montre que des interactions entre les agents émergent des règles qui guident les comportements individuels. Pour Hayek, la nature en grande partie tacite et dispersée de la connaissance est au centre du problème de la coordination des actions individuelles : dans sa critique du rationalisme « constructiviste » (1980), l’auteur souligne l’enjeu, pour les décisions individuelles, d’un savoir lié à la pratique dont les individus n’ont pas toujours conscience (1.1.2).
1.1.1. L’évolution de la connaissance individuelle chez Menger
P.Dulbecco et P.Garrouste (2000, p 76-77) notent que « lorsqu’il critique l’explication smithienne du progrès économique, Menger estime que celui-ci est consécutif à l’accroissement que les individus ont de la relation entre leurs besoins et l’ensemble ordonné des biens économiques »1. Ainsi, les individus assimilent progressivement, et ce de façon définitive, des connaissances que l’on pourrait qualifier de « techniques » (S .N.Chamilall, 2000, p 82) et donc relativement explicites pour les individus, concernant «  la connexion causale [entre les biens et la satisfaction des besoins qu’ils permettent] » (C.Menger, 1871, p 52), « les relations entre leurs besoins et les moyens dont ils disposent » (p 114) ou « les relations entre les biens d’ordre supérieur et les biens d’ordre inférieur » (p 56-57)2. Mais outre ces connaissances techniques, Menger met également l’accent sur l’importance de l’acquisition de connaissances moins explicites ou tacites, connaissances liées à l’activité concrète dans laquelle sont engagés les individus et donc à leurs interactions avec les autres.

Par exemple, l’acquisition par les individus de la connaissance que l’échange est un moyen d’atteindre leurs buts plus facilement et plus sûrement que par une production isolée, est l’acquisition d’une connaissance technique. Mais cette connaissance n’est pas suffisante. Pour que l’échange se potentialise3, il est nécessaire que « les deux individus [aient] perçu la relation [qui leur permettrait de mieux satisfaire leurs besoins au travers de l’échange de leurs dotations initiales] et ils doivent pouvoir réaliser effectivement l’échange des biens » (1871, p 180). Cette connaissance nécessaire à la découverte des opportunités d’échange, « […] émerge du processus d’échange [et] fournit aux individus une connaissance complémentaire pour la réalisation de leurs objectifs » (S.N.Chamilall, 2000, p 88).
Ainsi, dans l’atteinte de leurs fins, les individus peuvent s’appuyer, en plus de connaissances « scientifiques», sur des connaissances plus diffuses, moins organisées, issues de l’interaction sociale, connaissances dont les enjeux ne sont pas pris en compte dans le conception usuelle de la rationalité économique. En effet, dans cette dernière, le critère de rationalité est « la cohérence logique des actions de l’agent avec sa connaissance et ses préférences explicites » (R.Langlois, 1986, p 226)1.

La vision hayékienne de la connaissance remet en cause cette conception « cartésienne » de la rationalité économique, en ce qu’elle est basée sur une vision restrictive de la connaissance individuelle. Selon Hayek, les comportements individuels sont régis par des règles comportementales, dont les individus ne pourraient énoncer explicitement le principe opératoire, mais qui la plupart du temps s’avèrent efficaces dans l’atteinte des objectifs visés.
1.1.2. La conception hayékienne de la connaissance
Hayek critique la théorie néoclassique en ce qu’elle s’appuie sur une vision restrictive de la connaissance, l’identifiant à la connaissance codifiée et explicite. On retrouve cette critique à deux niveaux.

Il y a, d’une part, une critique de nature « épistémologique » : l’approche néoclassique est constructiviste et tombe sous la critique que Hayek adresse au rationalisme de la Philosophie des Lumières. Hayek décrit sous le terme de « constructivisme » certains aspects de la tradition cartésienne. Ce terme qualifie une conception qui envisage une construction rationnelle de la société : le caractère ordonné de la société est dû à des institutions et des pratiques délibérément créées dans ce but. L’efficacité des actions individuelles découle de leur rationalité, au sens cartésien du terme. En effet, selon Hayek, c’est à Descartes que l’on doit la plus complète expression des idées fondamentales de ce « rationalisme constructiviste ». Ainsi, l’appellation « action rationnelle » serait réservée à l’action déterminée essentiellement par une vérité connue et démontrable. Alors, seul ce qui est vrai dans ce sens là peut conduire à l’action réussie, et l’individu doit sa réussite à son raisonnement ainsi conçu.

En conséquence, et c’est le deuxième niveau de critique, lorsque la théorie néoclassique conceptualise le comportement des agents économiques, elle adopte également, selon Hayek, une vision de connaissance codifiée : il est supposé que les individus sont capables de faire un choix conscient, délibéré, dans lequel ils quantifient et ordonnent des préférences et maximisent une fonction d’utilité. On considère ainsi que l’individu ne pourrait agir que du fait de sa capacité de déduction logique à partir de prémisses explicites. Cette idée, selon Hayek, est contredite par la réalité : l’action individuelle est efficace car elle est guidée, principalement, par des règles de conduite non verbalisées (J.Fisette, 1989). En effet, c’est l’obéissance à de telles règles qui permet à l’individu de s’adapter à son environnement, règles qu’il n’a pas créées et dont il n’a pas souvent une connaissance explicite, bien qu’il soit en mesure de les respecter en agissant : « L’homme est tout autant un animal obéissant à des règles qu’un animal recherchant des objectifs. Et il est efficace, non pas parce qu’il sait pourquoi il doit obéir aux règles qu’il observe en fait, ni même parce qu’il est capable d’énoncer toutes ces règles en paroles, mais parce que sa pensée et son agir sont régis par des règles qui, par un processus de sélection, se sont établies dans la société où il vit, et qui sont ainsi le produit de l’expérience des générations. » (F.Hayek, 1980, p 12-13).
Cette critique hayékienne du constructivisme signifie que les agents n’ont pas une connaissance qui est purement codifiée (une connaissance « non organisée ») ; ils ont aussi une connaissance tacite (des « connaissances informelles »), un savoir pratique, issus « de l’interaction entre les gens, et entre les gens et le monde naturel […] » (F.Hayek, 1945, p 521, cité par J.Fisette, op.cit, p 165). Selon Hayek, lier l’efficacité de l’action au seul savoir explicite ôterait d’ailleurs à l’individu bon nombre de moyens les plus efficaces de réussite dont il dispose1.

C’est de cette conception constructiviste dont s’inspire la théorie néoclassique que découle, pour Hayek, la préférence pour tout ce qui est fait « consciemment » ou « delibéremment » et la signification péjorative des termes « irrationnel » ou « non conscient ». Cet auteur privilégie ainsi dans son analyse, la connaissance tacite et inconsciente.

L’analyse hayékienne diverge, sur ce point, de l’analyse disons plus « traditionnelle » de L.Von Mises. Celui-ci définit l’action humaine comme un comportement intentionnel ou un ajustement conscient. Mises est ainsi très critique à l’égard de ceux qui soutiennent que les décisions individuelles puissent avoir un contenu inconscient ; il considère que l’action humaine découle de délibérations conscientes et tend à montrer que les comportements inconscients doivent être écartés de la science (S.Longuet, 1998). Hayek, au contraire, considère que la conscience n’est qu’une des modalités possibles de l’action, mais pas la plus essentielle : l’action humaine n’est ni purement réflexe ni purement rationnelle ; elle est nécessairement gouvernée par des règles. Ainsi, l’efficacité de l’action individuelle ne dépendra pas d’une parfaite rationalité, mais au contraire d’une limitation du champ d’exercice de la raison et de l’ensemble des actions gouvernées par la conscience (J.Fisette, p 1989).
Les analyses de Menger et Hayek montrent que la connaissance sur laquelle se basent les processus de décision individuelle ne peut se limiter à la connaissance dite scientifique et codifiée. Il est nécessaire de tenir également compte d’un savoir plus diffus, dont les individus n’ont pas toujours conscience, et mobilisable dans l’action, c’est-à-dire à travers les interactions des comportements individuels. Ces différentes formes de connaissance envisagées sont étroitement liées, dans le cadre d’analyse général de la tradition autrichienne, à la subjectivité des individus.
1.2. Conception de l’individu et Subjectivisme 
La théorie économique usuelle adopte une approche individualiste des phénomènes économiques, dont on peut évaluer la portée par rapport à l’approche subjectiviste de la tradition autrichienne, concernant la réelle prise en compte des effets de l’interaction sociale dans l’analyse des processus économiques. Cette tradition met davantage l’accent sur l’importance analytique et méthodologique du subjectivisme. Hayek écrit qu’« il n’y a probablement aucune exagération à dire que chaque progrès important de la théorie économique pendant les cent dernières années, a été un pas de plus dans l’application cohérente du subjectivisme » (1953, p 40). En ce qui concerne l’aspect subjectiviste de la théorie de l’équilibre général, il est, comparativement à l’optique autrichienne, relativement restreint : la « psychologie » des individus que se propose d’appréhender la relation de préférence est très limitée (S.Hargreaves Heap, 1989). En effet, ce que l’on peut appeler le « subjectivisme marginaliste » (S.Gloria-Palermo, 1999) ne concerne que les préférences des individus : étant données ces préférences (supposées constantes), les individus prennent en quelque sorte des décisions totalement « mécaniques » et prédéterminées (ibid., p 34).

Par comparaison à ce « subjectivisme marginaliste », le subjectivisme qui caractérise l’approche de la tradition autrichienne des phénomènes économiques, et c’est ce qui nous intéresse dans le cadre de notre problématique, a un enjeu plus cognitif.

L’un des éléments essentiels de la « déhomogénéisation » de Menger de l’école marginaliste (W.Jaffé, 1976) est sa conception « cognitive » de la valeur des biens (1.2.1). Cette dimension cognitive est présente dans les analyses des auteurs autrichiens étudiés, à travers la distinction qui est faite, de façon plus ou moins explicite, entre les notions d’information et de connaissance : la nature interprétative de cette dernière est particulièrement mise en évidence par L.M.Lachmann (1.2.2). Si tout échange d’informations donne lieu à des interprétations de la part des individus, la nature de la coordination de leurs actions n’est plus celle de la théorie contemporaine : par rapport au cadre usuel de la théorie des jeux, structuré par le concept d’équilibre de Nash, qui met l’accent sur le rôle des croyances individuelles dans le processus de coordination, la théorie autrichienne offre une solution plus satisfaisante, par l’analyse du processus même d’émergence des règles qui favorisent la coordination des comportements individuels, solution que nous illustrerons à travers l’analyse hayékienne de l’apprentissage (1.2.3)
1.2.1. Une conception subjective de la valeur
La valeur des biens a, selon les auteurs autrichiens considérés, une dimension subjective dans la mesure où cette valeur n’est pas fondamentalement liée aux caractéristiques propres des biens, mais à l’évaluation subjective que portent les individus quant à l’utilité des ces biens pour la satisfaction de leurs besoins.
L’analyse mengérienne est relativement représentative de la position de la tradition autrichienne sur cette question.

Menger considère que la satisfaction des besoins est un processus d’ajustement dans lequel des jugements peuvent être faits par les agents économiques. La valeur d’usage d’un bien, dans la mesure où elle ne lui est pas intrinsèque, est différente d’une personne à l’autre (et même différente pour une même personne dans un contexte différent). Cela découle du fait que pour Menger, la valeur a une dimension cognitive : « La valeur n’est en rien inhérente aux biens, ni une propriété de ceux-ci, ni une chose indépendante existant en elle-même. C’est un jugement que les individus font de l’importance des biens. […]. Ainsi, la valeur n’existe pas en dehors de la conscience des individus » (1871, p 102-121). Menger adopte une théorie de la valeur subjective dans la mesure où la valeur dépend de l’intensité du besoin. Ne se plaçant pas dans une logique benthamienne comme le fait Jevons, l’auteur considère la satisfaction des besoins et la façon de l’obtenir comme les fondements de l’activité économique.

S’inscrivant dans cette optique « cognitive », Mises adopte un subjectivisme extrême en l’étendant aux besoins physiologiques. Pour cet auteur, il est erroné de considérer que les besoins physiologiques de tous les hommes sont de même nature et d’essayer, à partir de ce postulat, de mesurer un degré de satisfaction objective. Selon Mises, il n’y a que des degrés de satisfaction subjective et ainsi il est impossible de mesurer et de se prononcer sur l’état de satisfaction de tous les individus : « Les jugements de valeur d’un individu mettent de la différence entre ce qui le rend lui-même plus ou moins satisfait. […] Les jugements de valeur qu’un homme porte à propos de la satisfaction d’un autre homme ne déclarent rien de valable sur la satisfaction de cet autre ; ils déclarent seulement quelle est la situation de ce dernier qui satisfait le mieux l’auteur du jugement. Les réformateurs en quête du maximum de satisfaction générale nous ont dit quel état des affaires d’autrui leur conviendrait le mieux. » (1949, p 257).

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