I. Les principaux mécanismes monétaires





télécharger 60.23 Kb.
titreI. Les principaux mécanismes monétaires
date de publication08.02.2017
taille60.23 Kb.
typeDocumentos
e.20-bal.com > économie > Documentos
Le financement de l’économie
Au niveau microéconomique, le financement est nécessaire pour se libérer des contraintes qui pèsent sur les agents ; au niveau macroéconomique, historiquement, le pouvoir de création monétaire est considéré comme déterminant dans toute économie, voire comme un attribut régalien. Le pouvoir politique a toujours voulu contrôler l’émission de monnaie.

Sur le plan théorique, on constate un développement important de l’analyse du rôle de la monnaie dans la croissance et les fluctuations économiques.

I.Les principaux mécanismes monétaires

A.Définitions de la monnaie


La monnaie est une institution (fait social établi et durable de pratiques et de normes) caractérisant une économie d’échange. Elle est l’instrument unique d’échange et, comme tel, sert de contrepartie aux offres et aux biens sur tous les marchés.

La monnaie est le résultat d’un accord entre les différents membres de la société qui permet de réduire les coûts de transaction (ce qui correspond à la définition que donne Coase de l’entreprise), à la différence du troc qui entraîne une hausse des risques pour l’acquéreur et le vendeur. De façon générale, les intervenants conviennent d’un référent commun, d’abord une marchandise (sel chez les Touaregs). La monnaie est ce à quoi on accorde sa confiance, pour lequel on est sûr de la reproduction de la valeur : on choisit souvent le bien en fonction de sa valeur intrinsèque, qu’elle soit symbolique ou exprime la richesse censée être représentée.

Pour A. Clower (Monetary Theory), le rôle d’intermédiaire dans les échanges rempli par la monnaie permet d’économiser deux types de coûts : coûts de transaction et coûts d’attente (subjectifs : la satisfaction est différée et objectifs : les vendeurs doivent stocker leur marchandise). L’ophélimité de la monnaie explique son institutionnalisation. La monnaie est un instrument d’échange qui permet l’achat immédiat de biens et services et conserve sa valeur entre deux échanges, un phénomène social qui repose sur la confiance des agents qui l’utilisent.

Elle est donc une convention, un « fait social total » (Mauss) dont la valeur est fondée socialement. Ce point de vue est reconnu par la plupart des écoles économiques. Pour Hayek, la monnaie fait partie d’un ordre juridique et moral nécessaire à la mise en place de l’économie de marché. Pour les régulationnistes (Aglietta et Orléan), elle est une institution qui permet d’assurer la cohésion sociale et joue un rôle de médiation dans les relations sociales. Elle permet de canaliser la violence sociale (La violence de la monnaie, 84).

Pour jouer correctement son rôle, la monnaie doit rester extérieure aux rivalités des hommes. Mais elle est souvent un enjeu de ces rivalités et parfois la source de crises.
Une deuxième définition plus fonctionnelle donne les caractéristiques propres de la monnaie comme répondant aux besoins des agents. Elle est :

-une unité de compte : elle constitue un étalon de valeurs pour simplifier le système des prix et simplifie le nombre d’informations que l’individu doit retenir pour effectuer son calcul de maximisation.

-un intermédiaire unique des échanges : cette qualité est essentielle dans la monnaie, qui doit pouvoir être échangée contre n’importe quel bien ou service sans attente ni coûte. Elle est un droit sur les biens et ne peut jamais être refusée dans les échanges, elle a un pouvoir libératoire. Cette fonction contredit la loi de Say. Pour Clower, les biens ne s’achètent pas contre des biens : « la monnaie achète les biens, les biens achètent la monnaie, mais les biens n’achètent les biens sur aucun marché organisé ». Il doit donc exister un certain rapport entre quantité de monnaie en circulation et volume des biens échangés.

-une réserve de valeurs : cette fonction est une extension de la fonction d’intermédiaire. Elle permet de transporter dans le temps le pouvoir d’exercer un droit sur les biens. Elle fait de la monnaie « un lien entre le présent et l’avenir » (J. M. Keynes). Elle découle aussi d’une autre réalité, l’absence de synchronisation entre recettes et dépenses. Elle constitue également une protection contre l’incertitude (Keynes, préférence pour la liquidité).
La monnaie constitue donc un bien public, indivisible et inappropriable, qui ne trouve son sens que dans l’échange.

Elle est traditionnellement un attribut de la souveraineté. Son émission fait l’objet de soins méticuleux. L’Etat doit garantir le respect des fonctions de la monnaie et doit en particulier en maintenir le pouvoir d’achat, il s’attribue peu à peu le rôle de fixer le cours légal de la monnaie en la référençant à un étalon (or ou argent). Ce cours légal fait obligation aux agents d’utiliser la monnaie. Un système de monopole de la monnaie se développe dans les Etats nations, qui peut conduire quelquefois à des déviances (l’Etat impose un cours forcé de la monnaie, utilisée pour développer une certaine forme d’action économique, inflation par exemple).

B.Les formes et agrégats monétaires


Est considéré comme monnaie au sens strict tout instrument de paiement détenu par les agents non financiers : ménage, entreprises et administrations non financières. Elle inclut la monnaie fiduciaire et scripturale.

Loi de Gresham : « la mauvaise monnaie chasse la bonne » (cf. marché noir, rôle des cigarettes, hyperinflation).

C.La création monétaire


La création monétaire vise à assurer les moyens de paiement nécessaires aux transactions des agents économiques.

1.Exogène ou endogène ?


Le courant classique et néoclassique, puis monétariste, considère la monnaie comme un phénomène exogène. Les trois postulats de base sont :

  • L’offre de monnaie ne dépend pas de la demande de monnaie ou des besoins de monnaie. Elle détermine le niveau général des prix et celui des taux d’intérêt, ce qui renverse la causalité entre phénomènes réel et monétaire

  • La monnaie n’est qu’un voile (dichotomie). La distinction est totale entre évolution de la quantité de monnaie et le développement de l’activité économique réelle

  • La monnaie est neutre, l’évolution de la quantité de monnaie n’a d’influence que sur le niveau général des prix

Cette vision est à l’origine de l’école quantitativiste. Pour M. Friedman, « l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire ».

Dès le XVI°, Bodin explique la hausse des prix intervenue en Europe par l’afflux d’or du Nouveau Monde. L’idée est développée par Locke au siècle suivant, puis par Hume : le pouvoir d’achat de la monnaie est inversement proportionnel à sa quantité. Pour Cantillon (Essai sur la nature du commerce en général) : la vitesse de circulation de la monnaie peut influer sur la hausse des prix.

A la fin du XIX°, Newcomb établit la première formule algébrique reprise en 1911 par Fisher : MV = PT (dite aussi équation de l’échange). Plusieurs versions en ont été proposées au cours du XX° : Pigou et Angell remplacent T par Y (revenu national).

Pour Pigou et Marshall, M = kPY, où k=1/V : équation de Cambridge ou équation sur les encaisses. Si on considère k comme ex ante, elle prend en compte tous les effets qui influencent la demande d’encaisses nominales et donc le niveau de la monnaie. Mais k peut être modifié par les mouvements sur les taux d’intérêt ou d’autres facteurs institutionnels qui conduisent les agents à modifier leur comportement. Cette équation est appelée « équation de la demande de monnaie » : la demande d’encaisses réelles (M/P) est proportionnelle au revenu national.

Ce mécanisme est très important pour la théorie monétaire des années 50 à 70 : il est au cœur de la relation entre monnaie et prix. Quand les agents économiques constatent une hausse de leurs encaisses réelles, ils sont tentés de s’en débarrasser en augmentant leurs achats. Dans le modèle néoclassique, l’économie étant supposée en plein emploi, cette hausse conduit à une hausse des prix puisque l’offre de biens est rigide à court terme. C’est cool, mais là on est en situation de crise, alors le plein emploi, c’est pas ça !

Dans certains cas, l’effet de richesse ou de patrimoine entrave ce retour au niveau initial des encaisses réelles : les agents, désireux de maintenir leur pouvoir d’achat, diminuent leur consommation pour augmenter leur épargne. Pour Don Patinkin, cet effet introduit un biais dans la théorie classique de la monnaie : dans le modèle walrassien, la monnaie est neutre ; s’il existe un effet d’encaisses réelles, le désir des agents de maintenir le pouvoir d’achat les conduit à modifier leur comportement d’achats sur le marché des biens => interférence des différents marchés. Cette théorie des encaisses réelles ouvre la voie à une analyse plus intégrée de la monnaie. Il peut exister des situations multiples d’équilibre sur le marché de la monnaie qui conduisent à la réalisation de l’équilibre sur le marché des biens, et celui-ci peut être établi par une modification du niveau des encaisses réelles. 

Effet d’encaisses réelles : Pigou et Patinkin supposent que les agents veulent détenir de la monnaie pour elle-même afin de se prémunir contre les incertitudes. Cette quantité de monnaie est réelle ; si le niveau général des prix augmente, la valeur réelle des encaisses détenues tombe au-dessous du niveau souhaité, il y a donc demande de monnaie et baisse de la demande des autres biens. Le prix diminue alors, et les agents peuvent dépenser une partie de leurs encaisses : l’effet d’encaisses réelles est transitoire. Dans le long terme ne subsiste que la hausse des prix due à l’accroissement de la masse monétaire.

Friedman montre que ce n’est pas la demande de monnaie qui est instable, mais plutôt l’offre. Cette déduction constitue une rupture avec le dogme de Say et rompt avec l’hypothèse d’une dichotomie totale : à court terme, il peut exister une influence de la politique monétaire sur la sphère réelle. L’histoire monétaire des Etats-Unis : il existe une corrélation entre variation du stock de monnaie et hausse du revenu (néo-quantitativistes). Cette analyse affaiblit la théorie classique en introduisant l’hypothèse d’un lien, même à court terme, entre monnaie et marché des biens. Elle favorise la vision endogène de la monnaie qui peut être désirée pour elle-même.

Cette endogénéisation de la monnaie justifie dans les années 50 et 60 le recours à une politique monétaire dans un processus keynésien. Cette révolution donne un nouveau statut au crédit et à la création monétaire. La monnaie est chez Keynes endogène dans la mesure où sa présence dans l’économie est liée aux besoins de la production. Le besoin de financement des agents économiques détermine le crédit et, en contrepartie, l’émission de monnaie, ce qui entraîne une révision de la conception du système bancaire et l’accord aux banques d’un rôle fondamental.

2.Les conséquences sur l’activité économique : du principe de circulation au principe de banques


Le principe de circulation est la conception défendue par Ricardo qui conduit à la concentration du pouvoir monétaire au niveau de la banque centrale. La valeur de la monnaie dépend du volume d’émission. Ricardo fixe comme objectif premier de la politique monétaire la couverture-or des billets, assimilés à de la monnaie métallique : l’évolution de la masse monétaire est fonction des stocks d’or. Le Peel’s Act de 1844 centralise l’émission monétaire dans la Banque d’Angleterre et rend obligatoire la couverture des billets. Les cycles monétaires sont donc liés à la découverte de mines d’or (Cassel).

Le principe de banque est défendu par Tooke dans An Inquiry into the currency principle (1844). Il montre que l’inflation ne trouve pas son origine seulement dans l’abandon de la convertibilité de la monnaie. Il existe des causes réelles : les guerres, ruptures dans la production agricole, l’évolution du coût du travail. Freiner l’émission de monnaie en situation déflationniste renforce le cycle dépressif. L’émission monétaire doit épouser les besoins de l’économie. Le crédit est la contrepartie de l’activité économique, la création monétaire est endogène à l’activité réelle. Il peut exister une partie de monnaie exogène, mais tous les autres titres de paiement doivent évoluer au rythme de l’activité économique, sous peine de la brider et de renforcer les cycles. Les crédits ne sont que des reconnaissances de dettes et suivent la loi du reflux (Fullarton) : quand les créances détenues par les banques arrivent à échéance, les billets émis refluent vers celles-ci (destruction de la monnaie initialement créée).

Cette théorie permet de comprendre le pouvoir discrétionnaire des banques : « les crédits font les dépôts ». Le multiplicateur monétaire exprime les possibilités d’expansion de ce crédit, d’autant plus fort que les fuites au système sont faibles. Le banking principle permet une politique de création monétaire décentralisée et calée aux besoins de l’économie. Le risque majeur est le non remboursement du prêt consenti (pas de destruction monétaire, émission de monnaie sans contrepartie réelle). Les crises financières qui fragilisent l’économie sont dénoncées dans les années 50 par Hayek et Allais.

II.Les modes de financement

A.Le mode de financement intermédié


Les agents non financiers confient leur épargne à des institutions qui, à leur tour, consentent des crédits à d’autres agents non financiers.

1.Le crédit


Forme principale de l’intermédiation financière, il trouve son origine dans la définition même de la monnaie. La mise à disposition des agents non financiers de monnaie par le système bancaire leur permet d’économiser les coûts de transaction. Le crédit à court terme finance les dépenses courantes de la production ou de la consommation, il existe aussi des crédits à moyen terme mobilisables et des crédits à moyen-long terme. Le crédit à court terme est remboursable au moment où l’entreprise rentre dans ses fonds après vente de sa productionn. C’est un moyen d’assurer durablement le financement de l’économie (lignes de crédit reconduites régulièrement). Il peut s’agir d’une avance en compte courant ou une escompte de papier commercial. La banque est un intermédiaire comme un autre, si ce n’est qu’il pratique l’escompte proportionnel à la valeur de la créance. Mais ce processus est assez lourd : aujourd’hui, l’escompte est pratiqué par simple présentation des factures. Le crédit à court terme permet à l’entreprise de s’adapter à la conjoncture et de bénéficier d’une liquidité suffisante.

Le crédit à moyen terme mobilisable est un crédit à l’investissement d’une durée inférieure à 7 ans. Il peut être affecté à des secteurs privilégiés (habitat, exportation, investissement rural, équipement) et bénéficier de clauses favorables. Aujourd’hui en voie de disparition, il était né après 45 pour financer la reconstruction en permettant aux banques de réescompter des titres à 3 mois renouvelables pendant 5 ans (Jacques Rueff considère cette technique comme la cause de l’inflation).

Le crédit à moyen long terme s’est développé au XX°. L’Etat a rendu cette technique possible en créant des organismes spécialisés dont la fonction est d’accorder des prêts à long terme à certains secteurs : Crédit Foncier (1852, habitat), Caisse des dépôts et consignations (1797, collectivités locales), Crédit national (1945). Après 70, les autres banques ont été encouragées à l’utiliser. Il a permis à de nombreux ménages d’accéder à la propriété (d’autant qu’ils bénéficiaient de la situation inflationniste).

Depuis 45, l’influence importante des banques sur le mode de financement des économies permet la mise en place d’une économie d’endettement (Hicks) : les agents économiques disposent de fonds prêtés par les organismes bancaires. En France, elle trouve son origine dans le faible recours de l’Etat au marché financier en raison de son faible endettement après 45 et son désendettement (59-73). Parallèlement croissent les crédits au secteur privé. L’Etat impose des taux faibles qui permettent aux banques de se pourvoir en ressources peu coûteuses, les emprunteurs bénéficient de taux réels nuls, voire négatifs. Cette politique d’argent bon marché stimule croissance, accumulation de capital, investissement, voire surinvestissement. Des privilèges sont accordés à certains crédits, dits bonifiés (les taux d’intérêt sont fixés en dessous du taux du marché, la différence est payée par l’Etat) qui expliquent notamment la modernisation de l’agriculture.

Mais cette économie d’endettement engendre une forte création monétaire : dans le cas français, l’étude faite par Lutfalle et Patat (Histoire monétaire de la France, 1987) montre que M2 a augmenté de 14% par an entre 1948 et 1973, contre 5% pour le PIB. La monnaie a joué un rôle crucial dans la dynamique de l’économie, mais aussi dans l’inflation.

2.Avantages et inconvénients de l’intermédiation


A l’issue de la période, on considère qu’il s’agit d’un mode de financement archaïque en raison de l’endettement, voire du surendettement des agents et de la crise dans laquelle l’économie est précipitée.

Pour la France, ce système a permis aux entreprises d’assurer leur financement (masse de fonds propres très faible, pas de marché des capitaux). Cet endettement n’était pas lourd tant que la croissance perdurait et que les taux d’intérêt restaient faibles. La structure de financement a un effet d’entraînement pour la croissance, tant que celle-ci reste supérieure aux taux d’intérêt réels.

L’entrée dans une économie ouverte rend impossible ce mode de financement. Le seul moyen de lutter contre l’inflation est d’effectuer un contrôle administré de la masse monétaire par encadrement du crédit (limitation ou affectation à certains secteurs). Ce contrôle est très arbitraire : il empêche la fluidité du crédit et son allocation en fonction du seul calcul économique (conséquences discriminatoires). Il faut donc s’orienter progressivement vers un autre mode de financement, d’autant que les besoins des agents en capitaux sont de plus en plus importants.

A la fin des années 70, on passe à une économie de marchés financiers du fait de l’importance du déficit public et du refus de le financer par l’inflation : l’Etat doit faire appel à l’épargne des agents économiques. Le renversement de politique conduit à une politique de taux d’intérêt forts dictée par le renversement américain de 79.

B.Le financement direct


Ce passage a des fondements théoriques : le monétarisme critique radicalement les modes de financement hérités de l’après-guerre, notamment le SMI, facteur de l’inflation mondiale (émission de $ et eurodollars ???????????). Les économies d’endettement engendrent de l’inflation (les prix ne peuvent plus jouer leur rôle régulateur) et faussent l’allocation des facteurs de production. 1979 marque la fin de l’argent facile jusqu’à aujourd’hui (malgré des taux d’intérêt faibles, les taux réels restent constamment positifs).

1.La hausse des taux d’intérêt remet en cause l’économie d’endettement


La hausse des taux est d’abord présentée comme un moyen de lutte contre l’inflation par une politique de contrôle de la masse monétaire. Le but est de modifier les comportements des agents économiques pour revenir à l’équilibre économique (en particulier hausse de la rentabilité des investissements et ralentissement de la demande). La hausse des taux joue sur des mécanismes inverses à ceux d’une économie d’endettement : l’effet de levier devient un effet de boomerang (hausse des charges financières des agents qui modifie leur comportement en matière d’emprunt). L’appréciation des taux de change diminue le coût relatif des importations mais renchérit celui des exportations. Le ralentissement global des économies s’opère en même temps que le taux d’inflation diminue.

La hausse des taux d’intérêt a aussi des effets pervers : à court terme, elle augmente les charges financières des entreprises (accélération de l’inflation) ; à long terme, elle provoque un ralentissement du taux d’investissement et la création de goulets d’étranglement (la relance économique de 81 en France est contredite par l’insuffisance de l’appareil productif). L’appréciation du taux de change fait augmenter les prix et freine l’activité intérieure, et peut avoir des effets contradictoires sur le pouvoir d’achat (alors que les agents qui détiennent des actifs financiers voient leur patrimoine diminuer, les revenus des prêteurs augmentent).

Le rendement économique de l’investissement productif peut s’avérer insuffisant quand les taux d’intérêt augmentent (effet de levier contrarié). Dans les années 80, la hausse des taux d’intérêt stimule la spéculation financière au détriment de l’investissement productif (désendettement et désinvestissement).

Les taux d’intérêt apparaissent alors comme un instrument de la politique économique plus favorable aux puissants qu’aux faibles : la hiérarchie mondiale des taux d’intérêt profite à la Fed, la mobilité des capitaux contraint la politique monétaire. Les banques centrales gèrent les taux d’intérêt à court terme en fonction des objectifs extérieurs plutôt que pour soutenir l’activité. Certains pays maintiennent donc leur taux d’intérêt structurellement plus élevé que celui des économies dominantes dans une logique de désinflation. Pour Artus, seuls les Américains peuvent dans la période 80s et 90s déterminer leurs taux d’intérêt en fonction de leurs objectifs intérieurs.

Ces mécanismes peuvent avoir des répercussions négatives : la France est dépendante des taux d’intérêt extérieur et ne peut pas mener de politique économique adaptée à la hausse de sa population active. La crise de la dette au Mexique et dans le Tiers monde est consécutive à la hausse des taux d’intérêt américains : les recettes des exportations diminuent (ralentissement du commerce mondial en 79-82) alors que s’apprécie la dette libellée en dollars. La charge financière s’alourdit car la croissance intérieure est souvent plus faible que les taux d’intérêt pratiqués (cf. Allais) : l’Europe essaye donc de s’organiser monétairement et financièrement face aux yoyos du dollar et des taux d’intérêt.

2.Hausse des taux d’intérêt et mondialisation financière


A la fin des années 70 s’ajoute à la volonté de lutter contre l’inflation le déséquilibre financier du monde :

_ Déséquilibre des paiements après le premier choc pétrolier : aux excédents structurels (OPEP) s’opposent les déficits structurels (autres pays du Sud en course pour tirer un profit plus élevé du commerce international). Ce déséquilibre s’accentue avec le deuxième choc : les EU sont en déficit, le Japon et la RFA en excédent.

_ Déficit public de plus en plus important : la régulation keynésienne des Trente Glorieuses avait engendré des déficits très faibles, qui explosent avec la crise dans la plupart des pays industrialisés : du budget de l’Etat et des régimes de Sécurité Sociale (« déficits jumeaux »)
La mondialisation financière s’explique ainsi par la nécessité d’assurer un équilibre entre capacité et besoins de financement. Déjà, à la fin du XIX°, des pays étaient structurellement excédentaires en capitaux (France et Angleterre), mais dans un système monétaire stable avec un organisme directeur (la Banque d’Angleterre). Aujourd’hui, les mouvements de capitaux confus résultent de réactions de marchés fluctuantes en décalage avec la sphère réelle. Les conditions de financement de la dette internationale ont changé, surtout après 79. La guerre des taux d’intérêt est le résultat de la difficulté à trouver un équilibre financier.

Sont mises en place des innovations financières pour stimuler l’épargne et l’orienter vers des placements financiers :

_ La loi Monory (78) crée les comptes d’épargne en actions pour stimuler les placements.

_ Dans les années 80 : développement des OPCVM, SICAV, fonds communs de placement pour assurer la dynamique des marchés financiers

_ 84 : loi bancaire qui permet aux banques de compléter leurs fonctions industrielles par une fonction de gestionnaire de patrimoine.

La financiarisation est bénéfique aux Etats (qui y trouvent un moyen de financer à bon compte et sans inflation leur déficit), à certaines grandes entreprises (marché des capitaux meilleur marché), mais défavorable aux ménages et PME ou PMI.

3.Conséquences du développement du marché des capitaux


Le problème de transition entre la période d’intermédiation et la désintermédiation remet en cause le fonds de commerce traditionnel du système bancaire. Aux EU, les Savings & Loans protégées jusque-là par un taux supérieur de 0,5 point à celui du marché font faillite (ce qui coûte à l’Etat fédéral 198 milliards de dollars !). En France, la faillite du Crédit Lyonnais coûte 100 milliards de francs aux contribuables. En Angleterre, la banque Barings est mise en faillite à cause d’un seul agent en 95. Cette crise est due à la réorientation de l’épargne des ménages vers les marchés financiers plus rémunérateurs, ainsi qu’au recours moins large des entreprises au crédit du fait de l’envolée des taux d’intérêt (autofinancement) et de la libéralisation des marchés financiers. La régulation monétaire et financière des années 80 est aujourd’hui marquée par la transformation qui conduit au calcul actuariel et permet de construire des tables de rendement actualisé (systèmes d’assurance).

III.Historique du financement depuis le XVIII°



La foi dans la finance est critiquée : par les révolutionnaires d’abord, les agioteurs n’ont pas de patriotisme, la finance a donc plus d’échos favorables dans les pays anglo-saxons qu’en France (d’où le retard dans la modernisation du système financier). Necker met en place un projet de banque nationale dès 1770. En 1777, Chamousset crée une maison d’association préfigurant un système d’assurance-maladie. Saint-Simon promeut la mise en place de maisons de crédit, « forme la plus vertueuse de l’amour du prochain ».

A.Au XIX° : deux tendances principales

1.Le financement par le marché privilégié par le monde anglo-saxon


D. Lands, Vieille banque et banque nouvelle : la révolution financière au XIX° s’est appliquée en Angleterre dès fin XVIII° avec le développement de « country banks » qui vise à suppléer à l’insuffisance métallique et permet l’émission de traites ou monnaie-papier. Ces banques pullulent dans toutes les bourgades anglaises, la plupart liées à des manufactures (Lloyd’s) : les innovateurs sont souvent contraints de se comporter comme des banquiers pour se financer. Au cours du temps, les banques abusent de leur position peu contrôlée en émettant plus de billets qu’elles n’avaient d’effets escomptés et sont conduites à des faillites retentissantes. Mais elles ont eu un rôle fondamental dans l’émergence d’un mode de financement moderne et la mise au point des techniques bancaires modernes.

Apparaissent des banques plus spécialisées : les bill brokers (escompte de traites) et les discount houses (réescompte). La Banque d’Angleterre s’affirme comme banque des banques, devenant progressivement la seule à pratiquer le réescompte. En 1826, une loi bancaire permet l’apparition de la banque par action (joint stock bank) qui absorbe progressivement la plupart des country banks. La concentration de la banque anglaise durant tout le siècle aboutit à l’émergence de cinq banques principales : Lloyd’s, Westminster Bank, National Bank, Midland, Barclays. En 1844, le Peel’s Act fait de la Banque d’Angleterre l’institution contrôlant l’émission de papier-monnaie et pouvant réguler l’offre de monnaie (Ricardo).

Les sociétés d’assurance et sociétés par actions se développent : la Bourse de Londres devient au milieu du siècle la plaque tournante de la finance internationale. Le financement reste pourtant très compartimenté en raison des pratiques bancaires très originales. La plupart du financement est réalisé sur les fonds propres des merchant banks spécialisées dans la finance (Lazare, Rothschild, Baring) ou sur des fonds levés exprès. La banque anglaise joue très vite un rôle dans l’Empire.

Les banques se spécialisent en fonction de l’orientation de leurs placements. Les banques commerciales (joint stock banks) sont affectées au drainage des dépôts. Leur puissance financière leur permet de lever des capitaux en quelques heures (l’Angleterre devient majoritaire dans le canal de Suez en 1875). Sa puissance permet au Royaume-Uni de disposer d’une force d’intervention dans le monde croissance. Le capitalisme financier, fondé essentiellement sur le rendement financier, se substitue après 1870 au capitalisme industriel, la logique de marché devient beaucoup plus forte que sur le continent.

Les Etats-Unis sont aujourd’hui le référent pour le modèle anglo-saxon de la finance. Le financement de l’investissement se fait principalement par financement direct : l’entreprise reste autonome mais les marchés financiers déterminent le coût du capital et l’allocation des ressources et les transferts de propriété (OPA). Cette logique de marché s’accompagne de l’existence d’une grande variété de banques dominées par la Fed, les State Banks (qui reçoivent des dépôts et émettent des billets), les National Banks (investissement industriel), les Savings & Loans (caisses d’épargne) et les Trust Companies (banques d’affaire) aujourd’hui marquées par des restructurations (concentration dans le cadre d’une financiarisation croissante).

2.Mode de financement intermédié


Le modèle allemand de la banque universelle constitue le modèle le plus épuré. Il est adapté à une stratégie de rattrapage industriel : les Etats allemands ne disposent pas au démarrage d’un autofinancement suffisant pour assurer le décollage. La constitution de la banque allemande vise à compenser la rareté du capital à une époque où les fonds nécessaires au décollage deviennent plus importants (tous les enfants grandissent en même temps, parfois il faut attendre les habillements). La banque n’assure pas directement le financement de l’investissement mais sert d’intermédiaire pour un financement principalement d’endettement. Le capitalisme industriel et financier allemand est dès les origines étroitement mêlé, avec une tendance des banques à contrôler le capitalisme industriel (Mitbestimmung) : elles prêtent puis sont amenées à contrôler une part du capital. Le système se concentre autour des quatre D (Diskontogesellschaft, Dresdner Bank, Deutsche Bank, Darmstädter Bank) mais reste fragile : une faillite engendre une cascade de faillites (1873 puis faillite du Kreditanstalt de Vienne en 1933). L’économie sociale de marché n’a pas remis en cause la banque universelle, combinaison entre banque commerciale et banque d’affaires. Les banques allemandes pratiquent le crédit intermédié mais aussi le courtage des valeurs mobilières (surveillance des grandes entreprises et souvent participation au conseil d’administration).

Au Japon se forment des communautés d’intérêt : comme en Allemagne, le financement de l’activité s’effectue très tôt par l’endettement, phénomène structurel fondé sur les intérêts entre industriels et banquiers. Les participations croisées entre banques et industries permettent aux entreprises japonaises de financer leur croissance par l’emprunt sans risque pour le capital. Les emprunts sont traditionnellement favorisés par les banques (taux d’intérêt bas), les entreprises déposent leurs liquidités dans les banques. Le capitalisme corporatiste est fondé sur un tissage des relations financières entre différents acteurs. Cette communauté d’intérêts explique les tendances à la cartellisation : la dimension des zaibatsus est industrielle mais aussi financière. Les entreprises disposent d’un financement à long terme à taux faible et garanti. Les modalités dans les NPIA sont les mêmes.

Mais le système de financement est fragilisé par les crises financières quand les engagements des banques sont douteux. Mondialisation et financiarisation de l’économie mondiale entraînent une crise du système intermédié, avec un effet boule de neige quand la crise prend trop d’ampleur. La faillite des banques remet en cause certains empires industriels alors que les banques semblent s’être mieux adaptés. Le système allemand est celui qui a le mieux résisté, mais doit à son tour se restructurer.


B.Le cas français : un modèle original de financement.


J. Bouvier, Un siècle de banque française : « La France est restée longtemps un pays où le bonheur ne peut provenir que de l’épargne patiente ». Pendant très longtemps, la banque française a fait l’objet d’une « allergie sociale ». La critique de gauche l’assimile aux puissances de l’argent, la critique d’extrême droite crée un amalgame entre exploiteurs, banquiers et juifs. J. Garrigues : « les mythologies de l’argent roi ».

1.Un financement dominé par l’autofinancement


Au milieu du XIX°, la structure du crédit reste très rudimentaire, dominé par la Haute Banque d’une bourgeoisie affairiste qui finance les emprunts d’Etat (la Banque de France est créée en 1800). Elle finance principalement le négoce extérieur et le lancement des sociétés d’assurance, mais aussi après 1830 les charbonnages, les forges ou le chemin de fer, voire le textile. Sa première source d’enrichissement reste la dette publique. La banque Laffitte est créée par actions en 1837 pour assurer le financement des industries nouvelles. La création de banques n’est pas réglementée (l’Etat se contente de contrôler après 1806 l’émission de monnaie). Mais la responsabilité des propriétaires est entière dans le système, aussi chaque crise majeure provoque des faillites bancaires (1830, 1848)

2.La modernisation du secteur bancaire


La volonté de mettre en place un grand établissement de crédit capable d’empêcher la chute des banques privées conduit à la création en 1852 du Crédit Mobilier des frère Pereire. Il doit constituer une masse suffisante pour suppléer aux escompteurs défaillants, canaliser l’épargne pour remettre de l’argent dans le circuit. Dans une logique politique, il doit également contrebalancer l’influence de la Haute Banque.

La banque est favorisée par la modernisation juridique et législative (loi de 1867 autorisant les sociétés anonymes) : le CIC est créé en 59, le Crédit Lyonnais en 63, la Société Générale en 64. La réglementation bureaucratique de l’Etat oriente la politique financière. Le système classique français est mis en place après 70 (l’Etat ne légifère plus jusqu’en 1966) :

_ Les banques se spécialisent malgré une rivalité entre la Haute Banque et les banques de dépôt sur le financement des investissements lourds. Sous la pression de la Grande Dépression, les banques de dépôt se retirent du financement des infrastructures et se spécialisent dans le court terme.

_ Des relations privilégiées naissent entre certaines banques de dépôt et d’affaires : Paribas et Société Générale ont après 1905 des accords

_ L’intervention de l’Etat dans la Première Guerre mondiale est teintée d’un certain laxisme monétaire et engendre de l’inflation. Celle-ci conduit à des faillites bancaires, aussi l’Etat crée de nombreuses banques publiques ou semi-publiques. Mais le pouvoir financier d’établissements privés contraint la politique monétaire de l’Etat : en 1937, la Banque de France est nationalisée (entériné en 45). La banque devient une corporation contrôlée par l’Etat. Le Trésor public chapeaute le système bancaire en lui imposant des contraintes (plancher d’effets publics).

En 45 sont nationalisés : le Crédit Lyonnais, la Société Générale, l’Escompte de Paris, la BNP au début des années 60. L’Etat crée un Conseil National du Crédit pour échapper au mur d’argent. Mais le système engendre de l’inflation.

3.L’abandon du système


L’inflation devient le thème central des années 50 à 70 : les politiques oscillent entre la laisser filer et la contrarier (plan Pinay de 58, plan de stabilisation du franc en 63, remise en cause de la parité du franc en 69) à travers une restriction monétaire, éventuellement l’encadrement du crédit et la restriction du déficit public.

En 66-67, une réforme financière importante renforce le secteur bancaire en mettant fin à la distinction entre banques de dépôt et d’affaires, élargit le marché des capitaux et modernise les instruments de la politique monétaire. En janvier 66, le Conseil National du Crédit décide la libre ouverture des guichets des banques, une loi autorise le crédit-bail et les taux des crédits sont rendus libres. La suppression du contrôle des changes libère les transferts de fonds, les IDE ne sont plus soumis qu’à une simple déclaration à la Banque de France. De nouveaux intervenants (caisses de retraite, sociétés d’assurance et sociétés de portefeuille) peuvent accéder au marché monétaire.

Le système engendre le développement d’un crédit bon marché dont profitent ménages et entreprises, l’enchaînement macrofinancier stimule l’investissement et la croissance. Mais la lutte contre l’inflation échoue : la croissance de la masse monétaire dépasse 15 à 16 % par an, les mécanismes d’indexation des salaires sur les prix font le reste. Les chocs pétroliers marquent la fin de l’endettement structurel. La politique monétaire renoue après 74 avec les instruments traditionnels sans limitation de l’inflation.

Après 79 les taux d’intérêt augmentent dans un but d’assainissement financier. La loi Monory de 78 crée les SICAV et les FCP. Les flux de capitaux sont libéralisés en 87. Dans le pasage à un système de financement direct, le rôle des banques est modifié (aux fonctions d’intermédiaire financier s’ajoutent celles de gestionnaires de patrimoine). L’autofinancement progresse (108 % en 93). Les économies s’ouvrent sur l’extérieur et le système financier a du mal à mesurer le risque industriel et financier. Les cycles, en particulier financiers, se renforcent, les krachs financiers et bancaires se multiplient.

similaire:

I. Les principaux mécanismes monétaires icon1-1-1 Les flux physiques, monétaires ou d’informations

I. Les principaux mécanismes monétaires iconRésumé des principaux axes d’intervention 13 Quelles sont les principaux...
«Compétitivité» 2007-2013 – axe compétitivité, innovation et économie de la connaissance 17

I. Les principaux mécanismes monétaires iconPrincipaux enjeux et conséquences en matière d’emploi
«capitalisme cognitif»1, pour reprendre le concept de Yann Moulier Boutang où information et connaissance sont désormais les principaux...

I. Les principaux mécanismes monétaires iconPrincipaux enjeux et conséquences en matière d’emploi
«capitalisme cognitif»1, pour reprendre le concept de Yann Moulier Boutang où information et connaissance sont désormais les principaux...

I. Les principaux mécanismes monétaires iconIdée n° 1 : L'Asie du Sud et de l'Est rassemble les deux foyers de...
«population» : car l'Asie du Sud et de l'Est concentre les deux principaux foyers de peuplement mondiaux. Attention dès l'introduction...

I. Les principaux mécanismes monétaires iconLes enjeux et limites des politiques monétaires non conventionnelles de la bce

I. Les principaux mécanismes monétaires iconRôle de la liquidité dans les déséquilibres monétaires et financiers des années 90

I. Les principaux mécanismes monétaires iconLes mecanismes de la creation monetaire

I. Les principaux mécanismes monétaires icon1°es 2 séances td les mécanismes du marché : offre, demande et élasticités

I. Les principaux mécanismes monétaires iconRésumé : Le précédent article a estimé les valeurs du temps, du plaisir...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com