Résumé : L’œuvre de Maurice Allais est abondante et protéiforme. Elle comporte des travaux d’économie théorique et d’économie appliquée comme des ouvrages de politique économique.





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Maurice Allais comme savant « nimbus »

Il est deux découvertes de Maurice Allais auxquelles celui-ci attache une grande importance mais qu'il est difficile de prendre au sérieux. Il a la conviction que l'économie n'est qu'une partie d'un tout, l'équilibre économique « général » ne constituant que l'un des aspects – important, certes, selon lui – de l'équilibre général social, ce dernier étant à son tour immergé dans l'équilibre universel ; d'où la pratique assidue de quelques « violons d'Ingres » (Allais, 1986), parmi lesquels la physique.

En 1952, Maurice Allais, en étudiant les mouvements du pendule paraconique, s'aperçoit que ceux-ci présentent des anomalies par rapport aux prévisions de la théorie gravitationnelle habituelle. Malgré les critiques des physiciens qui incriminent le manque de rigueur de ses conditions expérimentales, Maurice Allais publie alors une vingtaine d'articles pour analyser ces écarts et reconsidérer les lois de la gravitation. Il prétend avoir découvert une « anisotropie de l’espace » et annonce en octobre 2003 « l'effondrement radical et définitif de la Théorie de la relativité ». Ces travaux n’ont pas été pris au sérieux par les physiciens (voir Moatti, 2007).

En 1979, Maurice Allais découvre la cause essentielle des fluctuations conjoncturelles ; ce serait le Facteur X, c'est-à-dire l'influence sur l'homme des fluctuations planétaires et des taches solaires. Toutes les grandeurs économiques vibrent de façon similaire en raison de l'influence du Facteur X. Les travaux économétriques usuels seraient fondamentalement erronés car ils se contenteraient d'exhiber cette corrélation et ne permettraient pas de déceler des causalités : « Il est aujourd'hui établi que l'univers physique est caractérisé pour une large part par une structure vibratoire. Cette structure vibratoire se traduit par des phénomènes physiques d'allure périodique ou quasi-périodique, tels que rotation diurne de la terre, le mouvement des planètes autour du soleil, les taches du soleil, etc. C'est cette structure vibratoire de l'univers physique qui constitue le Facteur X. Il est dès lors naturel de supposer que les fluctuations économiques conjoncturelles sont dues en partie à des fluctuations de la psychologie collective résultant elles-mêmes des fluctuations du Facteur X. La théorie qui permettra de déduire les fluctuations des taches du soleil des périodes planétaires, et par la même de les prévoir, constituera certainement un pas décisif dans la compréhension des fluctuations conjoncturelles. » (Allais, 1980, p. 20, repris dans Allais, 2001) ou encore : « Suivant l’hypothèse du facteur X, les fluctuations des séries temporelles que nous observons dans les phénomènes qui relèvent des sciences de la nature, des sciences de la vie ou de l’homme, résultent, pour une large part, de l’influence par des phénomènes de résonance, des innombrables vibrations qui sillonnent l’espace dans lequel nous vivons et donc l’existence est aujourd’hui une certitude. Ainsi, peut s’expliquer, pour une large part, la structure des fluctuations aujourd’hui incompréhensible, que l’on constate dans un très grand nombre de séries temporelles comme par exemple celles des tâches solaires ou des cours de bourse. » (Allais, 1989, p. 1314). Ce facteur X représente, selon Allais, la 5ème de ces grandes découvertes en économie. Bref, Madame Soleil Prix Nobel d'économie… Ce facteur X n’a eu aucune postérité, à ce jour.

Maurice Allais, penseur libéral

Maurice Allais écrit : « Ma pensée a été largement influencée par une philosophie d’inspiration libérale15… Mais, quelle qu’ait pu être cette influence, je me suis toujours efforcé de maintenir mes analyses d’économie appliquée sur un plan aussi scientifique que possible » (Allais, 1986) Pour lui, la liberté politique et les libertés économiques (l’économie de marchés) sont indissociables ; il est farouchement opposé à la propriété collective et à la planification, sources de gaspillage et incompatibles avec la liberté individuelle. « Une économie collectiviste mène inéluctablement non seulement à des organisations bureaucratiques inefficaces, génératrices d’innombrables injustices, mais également à la perte des libertés politiques, à des régimes dictatoriaux et à un écrasement des citoyens par ceux qui se sont emparés de l’Etat ».

Allais accepte l’inégalité sociale au nom de la concurrence : « L’inégalité dans la distribution des revenus et de la propriété que génère inévitablement l’appropriation privée des surplus est le prix qu’il faut payer pour assurer l’efficacité de l’économie, condition en dernière analyse de toute amélioration de l’existence des hommes. Aucun progrès social n’est possible si l’économie n’est pas efficace et la condition de l’efficacité économique, c’est une économie de marchés fondée sur la propriété privée et la concurrence ».

Il ne se préoccupe guère de corriger les inégalités de revenu par la redistribution, ex ante (limitation de l’héritage) ou ex post : nous verrons qu’il n’est pas favorable à une fiscalité progressive et il se méfie des prestations sociales, sources de fraude et de chômage. : « L’indemnisation du chômage conjoncturel, fondamentalement justifié dans son principe aboutit à des abus scandaleux. Un chômage volontaire se développe, de nombreux chômeurs gagnant plus avec leur indemnité chômage et les ressources tirées d’un travail au noir qu’avec le salaire qui résulterait pour eux d’une activité régulière » (Allais, 1977, p. 12) ou « Les politiques de transferts de revenus aboutissent par la démagogie qui les inspire, et par les abus qu’elles engendrent à faire payer à une partie de la collectivité une charge excessive et injustifiée ». (p. 77).

Ses analyses de l'histoire et de la sociologie (voir, par exemple, Allais, 1974a) sont explicitement inspirées de Pareto – son maître entre tous – et de Tocqueville. Elles se fondent sur l'interaction entre l'économique et le social, en insistant sur le rôle des élites, leur formation et leur évolution, comme moteurs principaux de la dynamique des civilisations. Les sociétés démocratiques, qui seules permettent l'épanouissement des libertés favorables à l'efficacité économique, courent à leur perte si elles n'assurent pas la domination des élites et la promotion des élites virtuelles. De ce fait il est favorable à l'héritage : « En moyenne, les enfants des plus capables sont les plus capables ; il est de l'intérêt de tous que les plus capables disposent d'un pouvoir économique plus grand que ceux qui le sont moins » et se méfie de la démocratisation de l'enseignement : « Une structure de classe est inévitable et l'idée que la répartition des étudiants dans l'enseignement supérieur doive fidèlement refléter, quant à leur origine sociale, la répartition de la population relève ou d'une analyse insuffisante des faits, ou d'une démagogie hypocrite. »

Ce souci de préserver un ordre – économique et politique – libéral l'a conduit, à plusieurs reprises, à proposer des mesures de politique économique « radicales ». De ce point de vue, il s'inscrit dans la lignée des « libéraux réformateurs » et revendique l'héritage de Pareto, Silvio Gesell et Keynes, et plus généralement des « grands réformateurs sociaux de tous les temps, des Pères de 1'Eglise à Proudhon et à Marx » (Allais, 1977, p. 253).

Symptomatique de cet aspect de sa production, et révélateur de ses talents de pamphlétaire, L'impôt sur le capital et la réforme monétaire (Allais, 1977), exprime clairement ses choix de société et les moyens qu'à la lumière de ses analyses économiques, il juge les plus appropriés pour préserver l'ordre libéral permettant seul d'atteindre l'efficacité économique maximum : réforme fiscale (remplacer tous les impôts directs sur le revenu et les sociétés par un impôt sur le capital), réforme monétaire (rendre à l’Etat le monopôle de la création monétaire et du seigneuriage) et indexation généralisée. Ou plutôt pour restaurer cet ordre libéral, car «la mythologie, c'est que la société actuelle serait une société libérale ; la réalité, c'est qu'elle se fonde pour une grande part sur un singulier mélange de corporatisme et de collectivisme.» (ibid, p. 245). Il compare la société française de la fin des années 1970 à celle de la veille de la Révolution française, telle que décrite par Turgot, et à celle du Bas Empire romain : « Aujourd'hui comme alors des féodalités ploutocratiques, politicocratiques et technocratiques s'emparent de 1'Etat ... » (ibid, p. 255). Il dénonce avec virulence les méfaits de l'inflation : « Qu'est-ce que le scandale de Panama au regard de l'énorme "racket" permis par l'inflation ? Presque une goutte d'eau dans la mer. » (ibid, p. 145) ; et s'en prend à l'hypocrisie des politiques, de droite comme de gauche : « Ce que les hommes recherchent, ce sont des théories et des doctrines qui viennent consolider les avantages dont ils bénéficient, affaiblir ceux qu'ils contestent et faciliter la conquête de ceux qu'ils convoitent. » (ibid, p. 150).

Il est difficile de ne pas éprouver de gêne quand Maurice Allais critique aveuglément les transferts sociaux ou s'en prend aux salaires trop élevés ou aux travailleurs immigrés. Mais Allais n'est pas un idéologue du grand capitalisme. Le monde moderne, celui des grandes entreprises et de la finance lui répugne. C'est un chantre de l'artisan, du travailleur consciencieux qui doit être récompensé. « Il faut mettre fin à l’exploitation des administrés par la collusion de la ploutocratie, de la technocratie et de la politicocratie. L’atelier, la ferme, le magasin, le bureau, le laboratoire doivent devenir les seules sources de revenu ». (p. 247).

La réforme fiscale

Sa proposition d'instituer un impôt annuel sur tout le capital physique, en remplacement de l'ensemble des impôts directs existants, découle directement de ses travaux d'économie pure, en particulier de son insistance sur la distinction entre allocation et répartition. Allais estime que l'inégalité des « revenus gagnés » est un système d'incitations nécessaire au fonctionnement efficace de l'économie ; qu'il faut donc éviter de taxer les revenus qui récompensent le travail et les risques encourus. Il refuse les « recherches inquisitorial » que suppose l’impôt sur le revenu progressif16. Il estime qu’il est anormal et inefficace que l’impôt sur les sociétés ne frappe que les sociétés bénéficiaires.

Au contraire, il existe des «revenus non gagnés», qui sont injustes, inutiles et donc mal tolérés dans les sociétés démocratiques : il en est ainsi, par exemple, de la plus-value sur les terrains ou les immeubles due à leur rareté ou aux infrastructures publiques qui les valorisent, de toutes les rentes de monopole17, des profits résultant de protection douanière, des revenus qui naissent de l'inflation et de la création monétaire par les banques. Pour que l'économie de marchés fonctionne harmonieusement et de façon équitable, l'Etat peut et doit intervenir dans le processus de répartition des revenus, pour en corriger les évolutions spontanées en confisquant les rentes.

Maurice Allais propose d'instaurer un impôt annuel uniforme de 2 % sur tout le capital physique existant, en ne conservant, de la fiscalité actuelle, que l’impôt sur la consommation et en ajoutant aussi les gains obtenus en restituant à l’Etat le monopole de la création monétaire. L’impôt de 2 % sur le capital physique serait cohérent avec la taxe de 2 % sur les encaisses monétaires qu’induirait l’inflation stable à 2 % que Allais propose.

Allais estime que l'imposition du capital telle qu'il l’envisage18 n'aurait pas de conséquences nuisibles, le volume de l'épargne étant, selon lui, indépendant de sa rémunération : «La proposition suivant laquelle l'offre d'épargne est en valeur réelle pratiquement indépendante du taux d'intérêt réel dans le domaine de variation de 0 à 5 % de ce taux utile à considérer, paraît solidement supportée19 » (Allais, 1977, p. 65). La substitution de cet impôt à ceux qui existent actuellement ne peut, selon lui, que favoriser les entreprises prospères au détriment des entreprises déficitaires ; elle découragerait le gaspillage de capital tandis que la suppression de l’IR inciterait les salariés à travailler d’autant plus qu’ils sont plus productifs.

Toutefois, il ne propose pas d’analyse précise et modélisée de sa réforme : le gain en efficacité obtenu par sa réforme (qui inciterait les entreprises à utiliser moins de capital et plus de travail et les salariés à travailler plus) compenserait-il la perte induite par la baisse du stock de capital ? Le débat n’est pas clos comme le montre le débat en 2007-2008 sur la TVA sociale et la Contribution à la Valeur ajoutée.

On remarquera de plus qu’un tel impôt ne répond pas vraiment au problème posé de l'injustice des rentes et des revenus non gagnés, puisqu'il frappe sans distinction toutes les formes de capital, qu'ils proviennent de l'épargne, de la prise de risque ou de l'aubaine. Un impôt à taux très élevé sur les plus-values (en tout cas les plus-values mobilières) aurait semblé plus indiqué. De même, faut-il considérer que tout revenu dit « du travail » est un revenu gagné ? Ne faudrait-il pas considérer que les revenus salariaux excessifs récompensent des rentes (celles de dirigeants des entreprises ou des opérateurs sur les marchés financiers), rentes qu’il faudrait taxer ? Est-il choquant enfin que les revenus gagnés et légitimes contribuent aux dépenses de la Nation ?

La réforme monétaire

Maurice Allais a toujours été préoccupé de définir une réforme monétaire, c'est-à-dire une nouvelle organisation du crédit et de la monnaie qui permette de stabiliser automatiquement l'économie (Allais, 1977,1984, 1987). Si le thème de la monnaie fondante n'apparaît que dans Economie et intérêt, il défendra toute sa carrière ses trois autres grandes réformes : le « 100 % monnaie », l'attribution à 1'Etat de l'ensemble des gains de seigneuriage et l’indexation des créances.

Nous avons vu que, dans Economie et intérêt, Maurice Allais croyait avoir démontré que le taux d'intérêt optimal est zéro. Or l'existence de la monnaie empêche le taux d'intérêt nominal de s'approcher de zéro en période de stabilité des prix. Maurice Allais préconise alors de dissocier les fonctions de la monnaie : la politique économique devrait viser la stabilité du salaire nominal et donc une légère baisse des prix. Mais toute la monnaie, billets et dépôts à vue, devrait obligatoirement être exprimée en circul, instrument de transaction dont la valeur se déprécierait au cours du temps. Cela permettrait au taux d'intérêt nominal de fluctuer autour de zéro. Il retrouve ainsi l'inspiration de Silvio Gesell, de Prudhon, d'Henry George et du Major Douglas. A cette époque Maurice Allais ne fait pas confiance aux individus pour faire un arbitrage satisfaisant entre le présent et le futur de sorte qu'il préconise une politique budgétaire active pour abaisser le taux d'intérêt à zéro.

Maurice Allais cherche à concevoir une organisation du secteur monétaire qui permettrait au taux d'intérêt d'égaliser l'épargne et l'investissement, mécanisme qui est faussé, selon lui, par le fonctionnement actuel du système monétaire : d'une part les banques ont le pouvoir exorbitant de créer du pouvoir d'achat ex-nihilo et Allais les dénonce avec virulence comme des « faux-monnayeurs », créatrices de « faux droits » ; d'autre part le système est instable, car en période d'essor économique les banques offrent plus de crédit alors que les ménages veulent moins de monnaie. Allais est partisan d’une séparation rigoureuse du crédit et de la monnaie : « Il n’est pas exagéré de dire que le système actuel de création de monnaie par le crédit est un cancer qui ronge irrémédiablement le système capitaliste » (Allais, 1984).

Pour lui, comme pour tous les monétaristes, c’est la hausse de la masse monétaire qui est le facteur clé de l’inflation : « Que l’on explique l’inflation par la croissance de la masse monétaire ou par la hausse des rémunérations qui ne peut se réaliser que par l’accroissement de la masse monétaire, l’origine de l’inflation contemporaine doit être recherchée dans la création accélérée de faux droits, suscitée ou permise par le mécanisme du crédit » (Allais, 1977).

Dans son texte, « Les conditions monétaires d'une économie de marchés », écrit en 1987, Maurice Allais voit la source de tous les maux dans le fait que les banques prêtent à long terme des fonds dont elles ne disposent qu'à court terme : « Fondamentalement le mécanisme du crédit aboutit à la création de moyens de paiement ex-nihilo, car le détenteur d'un dépôt le considère comme une encaisse disponible alors que dans le même temps la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt. A chaque opération de crédit, il y a duplication monétaire ... De là résulte une instabilité potentielle permanente puisque les banques sont à tout moment dans l'incapacité de faire face à des retraits massifs, leurs actifs n'étant disponibles qu'à des termes plus éloignés. Autant la mobilisation d'épargnes vraies par les banques pour leur permettre de financer des investissements productifs est utile, autant la création de "faux droits" par la création monétaire est nocive, tant du point de vue de l'efficacité économique que du point de vue de la distribution de revenu. » (ibid, p. 16)

Il montre que le crédit génère une spéculation déstabilisante. Les agents économiques achètent des actions à crédit ; cela fait monter les cours. « Cette montée des cours viendra justifier leurs prévisions et les inciteront à emprunter davantage pour acheter encore... L’euphorie générale induira les banques à prêter toujours davantage. A un moment ou un autre, les opérateurs les plus lucides réaliseront que les prix sont devenus, selon tous les critères, déraisonnables… Des que la baisse s’amorce, les emprunteurs qui ont spéculé sur la hausse des cours devront faire face à leur promesse de payer. Pour tenir leurs engagements, ils devront liquider une partie de leurs actifs, d’où une pression à la baisse des prix. Ces difficultés entraîneront une perte de confiance dans l’économie…La dépense globale diminuera. Le chômage s’étendra progressivement. …Ce ne sont pas les spéculateurs qui sont responsables, mais le cadre institutionnel du crédit tel qu’il fonctionne ».

Il est donc partisan du système de « 100 % monnaie » déjà préconisé par Irving Fisher : les banques de dépôts devraient détenir la contrepartie de leurs dépôts en monnaie centrale et n'auraient pas le droit de consentir des prêts ; les déposants devraient rémunérer les banques pour leurs services ; l’Etat, en contrôlant la monnaie centrale, contrôlerait parfaitement la masse monétaire. Par ailleurs des banques de prêts collecteraient l'épargne sans avoir le droit d'accepter les dépôts à vue et distribueraient des crédits ; mais ces organismes, n'ayant pas de pouvoir monétaire, ne pourraient que transférer du pouvoir d'achat, pas en créer. Elles devraient prêter à un terme plus long que leurs passifs. Cette interdiction aboutirait à priver de rôle les intermédiaires financiers, dont la fonction est précisément, grâce à la loi des grands nombres, de fournir des prêts à long terme à partir de dépôts à court terme et de permettre la compatibilité des désirs des épargnants et des besoins des investisseurs.

Le projet d'Allais est basé sur un mythe : il n'existe pas de mécanisme qui assurerait automatiquement, ex-ante, l'égalité entre les actifs financiers émis et ceux que les ménages veulent détenir, c'est-à-dire entre l'épargne et l'investissement. Dans une économie monétaire, on ne peut distinguer entre un bon crédit (qui serait financé par de l’épargne ex ante conservé sous forme de titres) et un mauvaise (qui induirait de l’épargne forcée sous forme monétaire). La distinction « actifs financiers/actifs monétaires » est arbitraire. Dans une économie de subsistance, l'épargne (renoncer à aller à la pêche aujourd'hui et à consommer le produit de cette pêche, pour reprendre l'apologue de Maurice Allais, 1947) détermine automatiquement l'investissement (le radeau que l'on construira). Dans une économie monétaire, l'émission d'actifs financiers crée l'épargne correspondante, mais cela peut se faire par hausse de la production ou des prix, de même que la restriction de cette émission peut provoquer du chômage ou réduire l'inflation. Les déséquilibres n'apparaissent pas sur un marché épargne/investissement ou sur le marché monétaire mais sur le marché des biens. L'Etat ou la Banque Centrale ne peut échapper à sa responsabilité de fixer au jour le jour les règles de distribution du crédit.

Dans le système proposé par Allais, comme dans tout système de contrôle de la masse monétaire, que se passerait-il lors de modifications de la demande de monnaie ? Une hausse de la demande de monnaie se traduirait par un fort effet dépressif, une baisse par un fort effet expansionniste Tout le projet repose sur une distinction fictive entre épargne et monnaie. Selon quels critères peut-on décider qu'un actif financier représente de l'épargne ou de la monnaie, alors que l'évolution des systèmes financiers tend à faire disparaître toute frontière nette entre monnaie et actif financier?

Un autre thème d'Allais est que, si l’Etat conservait la totalité du seigneuriage, c'est-à-dire du bénéfice de l'émission de monnaie, les impôts pourraient être réduits fortement. Mais cette disposition aurait l'inconvénient d'inciter 1'Etat à émettre inconsidérément de la monnaie pour bénéficier du seigneuriage. Par ailleurs ce serait au détriment des détenteurs de monnaie qui non seulement ne seraient pas rémunérés mais en plus devraient payer les frais de fonctionnement des banques. Allais est victime du préjugé qui veut que la monnaie soit néfaste tandis que l'épargne est bonne, alors que la frontière entre les deux est arbitraire.

Allais dénonce comme une gigantesque escroquerie le pillage de l'épargne par l'inflation due aux « faux droits » causés par la création monétaire et préconise pour éviter des transferts injustifiés l'indexation totale sur l’indice des prix de tous les engagements sur l'avenir, sauf pour la monnaie20.

Selon Allais, c’est la hausse de l’offre de monnaie qui induit le profit des entreprises. Si la masse monétaire était fixe, il en irait de même pour la dépense globale et « les entreprises absorberait une part nulle de la production nationale », (Allais, 1984, p. 522). Cette proposition est difficilement compréhensible.

Allais est un Cassandre qui prédit continuellement que le système monétaire et financier va s’effondrer s’il n’est pas réformé. Ainsi, «Les conditions monétaires d'une économie de marchés » de début 1987 prédit le krach boursier d'octobre 1987 ; de même en 1979, Allais prévoit un krach pour 1980 (voir La Vie Française du 22 octobre 1979) ; de même qu'il avait prédit pour 1949-1951 l'effondrement de l'économie américaine en écrivant dès 1947 : « Nous sommes quant à nous convaincu que si les Etats-Unis ne prennent pas les mesures que nous préconisons, ils ne pourront éviter d'ici deux à quatre ans une nouvelle grande crise économique, plus terrible encore que celle de 1929 » (Allais, 1947, p. 617).
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