Une transition économique inattendue : vers le «cupidalisme» ?





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Une transition économique inattendue : vers le « cupidalisme » ?

Unexpected transition: toward a “greed-based economy”?

Wladimir Andreff

Professeur émérite à l’université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, andreff@club-internet.fr

Depuis un quart de siècle des activités de captation d’actifs contrarient l’accumulation du capital dans l’économie réelle et financière légale et régulée. Ayant leur origine dans les économies postcommunistes en transition, elles se propagent à l’économie mondiale lors des transferts d’actifs du public vers le privé (privatisations), par la prédation financière d’actifs réels, dans la formation d’une économie financière parallèle (dont le shadow banking) et dans les trous noirs de la finance mondiale (paradis fiscaux et réglementaires). Elles s’appuient sur de mauvaises pratiques : sous-estimation et détournement des actifs, manipulation des cours ou des taux sur les marchés financiers, ventes à découvert, prêt systématique à clients insolvables, pyramides financières, fraudes et escroqueries, voire crime économique, en infraction aux règles formelles du capitalisme. Une cupidité systémique sous-tend ces stratégies de maximisation de la richesse relative, mais sans contrainte, dont la captation d’actifs est le moyen rationnel, dans une économie où « le gagnant rafle tout ».
On regroupe par construction les activités de captation d’actifs dans un secteur « cupidaliste », côtoyant un secteur de capitaliste. Faute de publications statistiques à son sujet, on propose une estimation préliminaire de ce secteur. Son émergence engendre de nouvelles formes de concurrence, une capture de l’État par l’oligarchie et un régime économique incohérent à croissance déséquilibrée, ralentie et instable, parcouru de crises résultant de la « lutte entre deux régulateurs », typique d’une économie en transition. Quelques mesures d’urgence de politique économique pour endiguer le développement du secteur cupidaliste sont esquissées en conclusion.

captation d’actifs, privatisation, marchés financiers, shadow banking, cupidité, winner-take-all, formes de concurrence, régime de croissance, transition, régulation, crise

Code JEL : P16, P26, G12, G24, G28

During the last quarter of a century various activities of asset grabbing hinder capital accumulation in the legal and regulated part of the real economy and finance. Originating in post-communist economies in transition asset grabbing has spread throughout the global economy through public assets transferred to private owners (privatisations), predatory real assets stripping by finance, the emergence of shadow finance (of which shadow banking), namely in all the black holes of global finance (tax and judiciary heavens). Asset grabbing relies on bad practices such as the under-estimation of asset value, asset tunneling, price and rate manipulations in financial markets, short selling, a systematic lending to insolvents, financial pyramids, fraud, swindling and even economic crime. It is conducted in breaching formal rules of capitalism. A systemic greed underlies these strategies of relative wealth maximisation, though maximizing it without any constraint, of which asset grabbing is a rational tool, in a winner-take-all economy.
A “systemic greed” sector of the economy is theoretically conceived which gathers all asset grabbing activities, alongside with a capitalist sector. In absence of published data about asset grabbing a preliminary estimation of this sector is provided. Its emergence generates new forms of competition, state capture by oligarchs, and an inconsistent economic regime plagued with unbalanced, slow and unstable growth, and crises resulting from a “struggle between two regulators”, as it is typical in a transition economy. The conclusion briefly maps out a few economic policy measures that are urgently needed for hedging against the development of the “systemic greed” sector.

asset grabbing, privatisation, financial markets, shadow banking, greed, winner-take-all, forms of competition, growth regime, transition, regulation, crisis

Code JEL : P16, P26, G12, G24, G28

Je remercie tous ceux qui, depuis le colloque de l’Association française d’économie politique, du 5 au 8 juillet 2012, m’ont fourni des commentaires et des critiques, y compris les rapporteurs anonymes de la revue.

Il n’existe pas d’analyse des transformations affectant l’économie mondiale depuis un quart de siècle qui étudie l’interaction entre la transition économique des anciens pays communistes et le développement de la finance de marché. L’analyse des dérives du capitalisme financier n’intègre pas le rôle des économies postcommunistes en transition (EPT) dans leur genèse. L’analyse des EPT repère des distorsions par rapport aux programmes de transition soutenus par le FMI et la Banque mondiale qui aboutissent à créer une économie de marché non alignée sur les modèles occidentaux ; mais elle ne met pas en relation ces distorsions avec les dérives du capitalisme financier. De part et d’autre, l’hypothèse n’est pas envisagée de dérives communes aux processus de transition des EPT et de financiarisation du capitalisme, ni qu’elles procèdent d’une transformation évolutive d’ensemble de l’économie mondiale.

Les privatisations ont donné lieu à des montages financiers de détournement et de captation d’actifs réels. Ces stratégies de captation réalisées par le biais d’opérations de légalité douteuse dans les EPT émergent au moment où se propagent dans le capitalisme financier la prédation des entreprises par la finance, la vente à découvert, la titrisation de créances douteuses et les schémas Ponzi visant à capter des actifs financiers. On examine ici l’hypothèse que ces deux séries de phénomènes synchrones sont similaires et en interaction. La captation d’actifs aurait alors une dimension systémique, ouvrant une phase de transition inattendue vers le « cupidalisme »1 entendu comme tout un secteur économique regroupant des stratégies de contournement des règles capitalistes animées par une cupidité systémique à l’œuvre dans des activités où le « gagnant rafle tout ». Pas de rupture brutale, plutôt une transformation évolutive dans laquelle se conservent des institutions et un secteur dominant capitalistes ; et où se développent des pratiques et des institutions informelles incongrues avec le capitalisme. Appréhendé comme un secteur d’économie parallèle mondiale, l’ensemble des pratiques de captation d’actifs fait émerger une forme nouvelle de concurrence, un régime de croissance instable et une croissance ralentie. En relisant l’évolution des EPT et de la finance de marché depuis 1987-19922 à la lumière de l’hypothèse susmentionnée, on repère : une dynamique de captation privée des actifs accumulés par l’État, lors des privatisations, qui ne nourrit pas l’accumulation du capital et même la contrarie (1) ; une captation d’actifs par la finance grâce à des paris financiers qui trichent avec les règles du capitalisme, formant une économie financière parallèle mondiale (2) ; une altération des règles formelles du capitalisme, moyen pour les oligarques de gagner tous leurs paris financiers truqués (3). Ces observations mettent en évidence des stratégies guidées par une cupidité systémique se propageant dans tout un secteur cupidaliste qui croît rapidement en captant des actifs (4). Une première analyse de la transition vers le cupidalisme la représente comme une économie à deux secteurs avec un régime de croissance incohérent et instable (5).
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