L’émergence de la coopération industrielle, bancaire et commerciale franco-soviétique dans les années 1960





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L’essor des relations économiques (1964-1969)



Parce que le cadre géopolitique, relationnel, financier et bancaire est dorénavant bien défini, les accords industriels et techniques se multiplient. En dresser la liste serait fastidieux d’autant plus que Marie-Pierre Rey a déjà fixé le cadre d’une histoire de la coopération économique franco-russe1 pour ces années 1960-1970. En tout cas, c’est au milieu des années soixante que se situe la rupture « historique », avec l’amplification des relations économiques franco-russes. Ainsi est enclenché en janvier 1964 un cycle de négociations économiques qui aboutissent à la conclusion d’un accord commercial franco-soviétique à long terme en octobre 1964 : Nikolaï Patolichev, ministre russe du Commerce extérieur, signe l’accord à Paris prévoyant la possibilité de crédits sur sept ans. « Jusqu’alors, l’État a respecté la convention de l’Union de Berne signée en 1960 par les pays occidentaux, qui limitait à cinq ans la durée des crédits accordés aux pays autres qu’en voie de développement, alors que plusieurs États signataires avaient déjà transgressé la convention »2, comme le Japon puis, dès novembre 1964, la Grande-Bretagne avec des prêts sur huit ans et demi. Le 10 juillet 1964, les premiers « protocoles bancaires » de financement des exportations françaises sont mis en place à Paris par la Banque pour le commerce extérieur de l’URSS et un groupe de banques françaises, dont le Crédit lyonnais : un ensemble de lignes de crédit à terme de sept ans est prévu pour financer l’équivalent de 85 % de la valeur des contrats ; le seul Crédit lyonnais se voit par exemple confier dix-sept opérations en tant que « banque domiciliataire », pour un montant global de 520 millions de francs3. Le voyage de De Gaulle en URSS en juin-juillet 1966 débouche sur la création de structures permanentes de coopération économique.

La « Grande Commission », établie par la déclaration commune du 30 juin 1966, tient sa première réunion lors du séjour de Debré à Moscou en novembre 1966, puis sa deuxième séance à Paris en décembre 1966, sa troisième à Paris du 26 au 31 janvier 1967, sa quatrième à Moscou en janvier 1968 et sa cinquième à Paris le 29 janvier 1969 : on y discute des accords-cadres. Ceux-ci sont ensuite mis en musique au sein de la « Petite Commission », créée le 8 décembre 1966, qui fédère deux fois par an des groupes de travail mixtes et tient sa première réunion à Moscou du 10 au 14 janvier 1967. En parallèle est montée à Paris la Chambre de commerce franco-soviétique, le 2 février 1967, qui réunit en particulier des industriels (Renault, speichim, etc.). Malgré le léger refroidissement4 qui suit le coup de Prague en 1968, « tant par le rythme régulier des rencontres que par leur diversité, ces années 1967-1968 ont réellement donné corps au projet élaboré par les textes de 1966 ; elles ont créé entre les deux pays une relation de confiance inscrite dans la durée, ce qui constitue un fait exceptionnel sur la scène européenne »5. Pompidou assure la continuité de cette stratégie par son voyage à Moscou en octobre 1970, conclu par le protocole du 13 octobre 1970, et quand il accueille Brejnev à Paris, où un accord de coopération économique et technologique bilatérale est signé le 27 octobre 1971.
L’expertise des banquiers

L’expertise des banquiers peut par conséquent tirer parti de la structuration de ces accords-cadres. Le Crédit lyonnais conserve pendant quelque temps un léger avantage sur ses confrères : « Les premiers contacts pris par les dirigeants du Crédit lyonnais avec l’URSS remontent à 1954. Notre établissement fut ainsi l’une des premières banques occidentales à rétablir des liens avec l’URSS, après la période dite de Guerre Froide. Depuis cette époque, de nombreuses missions se sont succédées à tous les niveaux de notre établissement et la qualité de nos relations a été marquée par les visites effectuées périodiquement par le président du Crédit lyonnais »6. Les banquiers sont des têtes chercheuses qui glanent des renseignements redistribués ensuite parmi leurs partenaires français. Lors de son voyage en URSS en avril 1968, l’un des spécialistes de l’URSS au Crédit lyonnais, O’Neill, noue des discussions avec Mashinoimport et Techmashimport à propos de matériel pétrochimique, de projets autour du gaz et du pétrole, etc. ; et il évalue la force de la concurrence (l’Italien SNAM-Progetti, l’Américain Herlicq-Delat, en particulier), à une époque où se précisent les perspectives de mise en valeur d’un nouveau gisement de gaz à Toumien-Oukta, en Sibérie7. Chaque banque se retrouve au cœur de projets avec des industriels partenaires : ainsi, Paribas et la Société générale, mais sans le Crédit lyonnais, accompagnent la SNPA dans des discussions autour d’une usine de désulfuration et de dégasolinage de gaz à Samarkand. Le Crédit lyonnais étudie divers projets pétrochimiques, avec les CMP (Constructions métalliques de Provence), Solvay et l’appui de sa société de prospection, la SORICE. La création en 1968 de la Chambre de commerce franco-soviétique constitue un outil complémentaire pour faciliter sur place les relations commerciales.

Les initiatives prises par les banques s’expliquent parce que la place parisienne a été réintroduite sur le marché des financements longs internationaux depuis le milieu des années cinquante ; quelques maisons ont renouvelé et élargi leur capital de savoir-faire en « financement de projets » (structured finance), en particulier en concevant des montages de crédits pour accompagner des exportations d’équipements industriels outre-mer (en Amérique latine et en Afrique, essentiellement). La banque d’affaires Paribas s’y est affirmée avec talent grâce à une équipe de financiers de haute volée et dotés d’une ouverture internationale qui était bien rare à cette époque8. La création de la BNP en 1966 participe de la volonté des pouvoirs publics (comme Debré, aux Finances en 1966-1968) de donner plus d’ampleur à l’action internationale des banques françaises. Les établissements élargissent leurs équipes spécialisées dans les financements à l’export (crédits à moyen terme aux firmes exportatrices, avec souvent un refinancement auprès de la BFCE ; participation active aux pools organisant des crédits longs aux entités importatrices, etc.). Les banques perfectionnent dès lors leurs techniques de financements structurés et durables, en particulier les banques d’affaires. Elles multiplient leurs analyses des risques, du risque russe ; elles créent des équipes d’experts9, sous la houlette de leurs spécialistes des affaires bancaires internationales. Paribas, en pointe à l’époque – depuis Paris, mais aussi depuis ses entités belge et hollandaise – monte en juin 1966 la Société de coopération industrielle franco-soviétique SOFRACOP – présidée par l’ancien ambassadeur à Moscou, Maurice Dejean (en 1955-1964), « en vue de promouvoir dans tous les domaines la coopération scientifique, technique et industrielle entre la France et l’Union soviétique »10. Elle installe un bureau permanent11 à Moscou en juin 1966 – donc juste après la conclusion des accords franco-soviétiques de coopération économique. Elle devient, après Renault, la deuxième société française à être officiellement « accréditée » auprès du Comité d’État pour la science et la technique, en novembre 1969, ce qui renforce la sécurité juridique de ses opérations. Elle propose aux autorités soviétiques le nom de sociétés françaises aptes à répondre à des appels d’offres, à participer à des missions techniques, à accueillir des missions d’experts russes. Sans pouvoir ici apprécier l’effet de son intervention, rappelons que le « groupe Paribas » constituait un « groupe financier » qui ajoutait à l’activité bancaire un faisceau de relations dans le monde des affaires industrielles, avec quelques firmes clefs qu’il soutenait de ses efforts bancaires et qu’il parrainait12 ; or, précisément, plusieurs de ces entreprises ont été impliquées dans ce décollage des relations économiques franco-soviétiques, par exemple dans les biens d’équipement électrotechniques et mécaniques (Neyrpic, Alsthom, Fives-Lille, csf, par exemple).

Une certaine osmose a favorisé ces initiatives autour de la prospection pour des projets, puis pour leur mise en œuvre. Le rôle de Paribas consiste à glaner des informations sur les projets d’investissements russes, à entretenir des contacts avec les industriels français intéressés par les débouchés soviétiques et à discuter avec eux de leurs besoins financiers et de la faisabilité de certains montages bancaires. Les représentants de Paribas à Moscou arrangent des visites de sociétés et d’usines en France par des responsables soviétiques, désireux de jauger la réalité de la puissance industrielle occidentale13. Les banquiers relancent ainsi le projet de fourniture à l’URSS d’une usine de catalyseurs d’ammoniac par ONIA-GEGI14, après qu’ils en ont fait connaître les techniques auprès de leurs interlocuteurs moscovites, aussitôt intéressés par une telle innovation15. Dès ses entretiens avec des cadres des ministères techniques russes, en octobre 1965 et en mars 1966, Paribas se transforme insensiblement en « courtier » des technologies françaises ; elle promeut « l’aide que l’équipement français pourrait apporter au développement des ressources pétrolières de l’URSS »16 ; en mars 1966, Pezet et Morin rencontrent des responsables du ministère de la Transformation du pétrole et de la Pétrochimie et ceux du ministère de la Chimie, et ils ne manquent pas de « vendre » le savoir-faire de la SNPA, la société pétrolière au capital de laquelle Paribas elle-même est historiquement associée.

Paribas accompagne Renault dans la montée en puissance de son programme de coopération avec l’URSS, tout au long des années 1966-1967 : les deux sociétés partagent des informations, en particulier sur leurs projets respectifs, mais surtout sur leurs réseaux relationnels en maturation au sein des entités administratives et industrielles soviétiques17 ; les patrons Jean Reyre et Pierre Dreyfus se rencontrent le 22 juin 1966, pour définir une sorte d’alliance informelle pour consolider les démarches après du ministère GKNT pour la modernisation de l’usine Moskvitch18. Fortement liée en France au monde des papetiers, Paribas établit également avec les autorités russes une liste de domaines où une coopération pourrait s’établir, afin de contribuer à « un très important programme de développement de la production de cellulose »19 et de construction d’usines à papier.
La préhistoire des grands projets à financer en eurodollars

En parallèle, les banquiers commencent à pratiquer largement la conduite de « grands projets » à l’échelle européenne ; Paribas participe très en amont, en 1967-1968, aux discussions entre Italiens, Autrichiens et Russes à propos du gazoduc devant relier l’URSS et Trieste. Le dossier est peu ou prou parrainé par les pouvoirs publics, qui ne peuvent que promouvoir, ne serait-ce que discrètement, les intérêts français dans ce dossier : « MM. De Margerie et Morin [deux dirigeants de Paribas] ont vu M. Delmon, conseiller technique au cabinet du Premier ministre, qui accompagne ce dernier dans son voyage en URSS à partir de lundi prochain »20. Le dossier industriel et énergétique intéresse surtout les Italiens (SNM-ENI) et les Autrichiens, mais le financement du projet est destiné à acquérir une dimension paneuropéenne ; Reyre rencontre ainsi le ministre du gaz soviétique, Sorokine, le 23 février 1967 : « M.Reyre expose l’objet et le contenu général de la proposition remise à l’administration soviétique, visant à contribuer à la collecte d’une partie des fonds nécessaires pour construire le gazoduc, grâce à la formation d’un consortium international ayant recours au marché financier international. »21 Même si la banque d’affaires milanaise Mediobanca est en pointe sur ce dossier, Paribas se pose en promoteur des intérêts bancaires français et, surtout, défend l’idée qu’une solution de financement multilatéral serait appropriée – alors que l’URSS avait jusqu’alors privilégié les relations bilatérales pour ses contrats. Paribas s’avère innovatrice, du moins aux yeux des Soviétiques au premier trimestre 1967, à une époque où le marché des eurodollars est encore jeune.

Reyre et Morin sont admis auprès du vice-président du Conseil et ministre du Plan, Baibakov, le 24 février 1967, puis auprès du président du Conseil des ministres, Kossyguine, le 25 février, où Reyre aborde « les sujets industriels qui font l’objet de suggestions de Banque de Paris & des Pays-Bas auprès du gouvernement soviétique »22. Cela confirme le rôle de « voltigeur » joué par la banque d’affaires pour détecter des occasions d’affaires et promouvoir les intérêts économiques français – des crédits fournisseurs pour le matériel nécessaire au gazoduc et un projet européen pour le gazoduc lui-même et notamment les tuyaux, à acheter à l’Ouest. « M. Kossyguine indique qu’il donnera instruction à ses administrations d’examiner les propositions que la banque [Paribas] peut faire pour financer les fournitures de tubes et de stations de compression »23. Paribas est alors en pointe, même si elle doit surmonter, au sein des cercles de l’appareil économique d’État français, des préjugés en faveur de la banque semi-publique qu’est la BFCE, établissement que privilégie par exemple Gaz de France dans ses projets.
La multiplication des accords de coopération industrielle

Une deuxième vague d’accords entre l’URSS et les firmes industrielles se situe dans la seconde moitié des années soixante, quand des sociétés pionnières deviennent elles aussi des fournisseurs de l’URSS : « La société Camus a signé un accord pour la construction d’une usine de production de maisons préfabriquées. En octobre 1966, un accord de coopération scientifique et technique entre les firmes Renault et Peugeot d’une part, et l’industrie automobile soviétique d’autre part a été signé. Un autre contrat prévoyant la fourniture par la Régie Renault de matériel d’une valeur de 250 millions de francs pour la modernisation des usines automobiles Moskvitch a été signé. En novembre 1966, un accord entre les Constructions métalliques de Provence & des Ardennes et Techmachimport a été conclu en vue de l’installation complète d’une usine qui produira de la glycérine synthétique »24. La construction mécanique (au sens large), l’ingénierie, la chimie sont dès le départ au cœur des négociations menées sous l’égide des autorités gaullistes et des entreprises françaises. Des transferts de technologie sont enclenchés, avec l’accord des autorités ; par exemple, l’Institut français des pétroles cède à l’URSS « un procédé de fabrication d’isoprène »25.

L’accord qui concerne la coopération automobile est évidemment la clef de voûte de cette politique. Six mois après que, en avril 1966, les Italiens ont conclu le contrat pour l’usine de Togliattigrad, Renault paraphe un protocole d’accord, le 15 octobre 1966, « pour la modernisation et le développement de l’industrie automobile soviétique ; ses livraisons d’équipement et d’engineering devront, selon l’accord, se monter à 250 millions de francs. Elles s’élèvent en définitive à un montant triple de celui d’abord convenu, et Renault construit ou reconstruit trois usines Moskvitch, à Ijvest, Oufa et Moscou (AZLK) »26. Cet accord de fourniture d’équipement concerne à la fois Renault et Peugeot qui, à cette époque (1966-1974), sont partenaires dans plusieurs programmes de coopération ; mais il profite essentiellement à Renault27. En 1966, à la suite des accords passés avec la Régie Renault avec le ministère du Commerce extérieur soviétique, le Crédit lyonnais et la Société générale sont choisis pour assurer le financement des contrats devant résulter de ces accords ; un protocole spécifique est donc signé le 28 octobre 1966 ; jusqu’en 1970, il permet à quarante contrats d’être gérés conjointement et par moitié par les deux banques, pour un montant total de 680 millions de francs28.

L’affaire Renault révèle des déficiences dans la stratégie française ; en effet, parce que la France privilégie les achats de gaz en Algérie et son propre charbon, elle ne peut suffisamment concurrencer l’Italie qui achète du gaz russe – grâce aux contrats négociés par l’ENI – et du charbon polonais et rafle par conséquent les gros contrats automobiles soviétique et polonais. Il semble également que l’administration et/ou les entreprises françaises manquent encore de réactivité pour le développement des opérations de « compensation » – du troc à l’échelle du négoce international –, d’où un relatif manque à gagner. Mais Renault a créé sa société d’import-export pour un tel troc dès avril 1966, même si son institutionnalisation à une dimension importante n’intervient qu’en 1974, avec la création de Sorimex Internationale, installée en Suisse29.
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