L’émergence de la coopération industrielle, bancaire et commerciale franco-soviétique dans les années 1960





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L’émergence de la coopération industrielle, bancaire et commerciale franco-soviétique dans les années 1960
Hubert BONIN

« Avec la Russie, comme avec les alliés européens de celle-ci, la France était, en 1966, bien engagée sur la voie de la détente. Il restait à le consacrer, et ce ne pouvait être le fait que de Charles de Gaulle lui-même »1. Le voyage de De Gaulle en URSS les 20-30 juin 1966 scelle ce rapprochement stratégique. Encore fallait-il évoluer de la géopolitique à la géo-économie, transformer en réalisations concrètes, « matérielles », les engagements de la diplomatie. « Une déclaration solennellement signée au Kremlin le 30 juin 1966 créait les mécanismes propres à mettre en pratique la volonté réciproquement formulée de développer au maximum les échanges de toutes sortes »2. Le voyage de Kossyguine en France en décembre 1966 permet de lancer le processus de coopération, avant que Pompidou lui-même se rende en URSS en juillet 1967, « aussi pour discuter de façon concrète de la mise en œuvre du programme de coopération qui commençait à prendre forme dans tous les domaines »3. Maurice Couve de Murville évoque ensuite plusieurs voyages effectués en France par des responsables politiques des pays d’Europe centrale et orientale 4 en 1967-1968, avant le séjour de De Gaulle en Pologne en septembre 1967 et en Roumanie en mai 1968.

L’histoire d’entreprise mobilisée dans cette étude d’histoire géo-économique doit considérer d’abord les conditions du déploiement des entreprises françaises en Russie et donc l’environnement économique général ou la « demande » russe ; elle doit aussi soupeser l’appui procuré par l’appareil économique d’État français aux effets de prospection et de négociation des sociétés ; elle doit préciser les contours des compétences spécifiques offertes par celles-ci face à la concurrence ; elle entend par conséquent déterminer la fonction d’intermédiaire assumée par les banquiers dans le défrichage de ce marché nouveau et les prestations qu’ils ont procurées à leurs clients pour leur fournir un avantage comparatif ; le rôle de quelques hommes a pu être essentiel car l’histoire économique s’incarne par des stratèges et des pionniers.

Le cadre général de la politique de coopération industrielle
C’est dans ce cadre géopolitique que peuvent s’insérer la définition et le début de la mise en œuvre de la politique de coopération industrielle. La France y trouve d’abord un intérêt immédiat : grâce à des exportations dans les pays d’Europe centrale et orientale et en URSS, elle peut desserrer quelque peu l’étreinte des États-Unis sur le commerce mondial, alléger la prédominance exercée par les entreprises allemandes sur le marché international des biens d’équipement – à une époque où l’aéronautique civile française et européenne est peu exportatrice. Les débouchés conquis à l’Est élargissent la base d’économies d’échelle de l’industrie française et contribuent à consolider les « points forts », les avantages comparatifs, dont elle bénéficie, notamment dans les branches de la chimie organique, de la pétrochimie, etc. – à une époque où les exportations de services, par exemple de services collectifs, restent encore modestes. Face aux États-Unis et à la RFA, les sociétés des puissances moyennes-grandes européennes cherchent à grignoter des marchés dans ces « pays neufs » que constituent les pays d’Europe centrale et orientale. La diplomatie gaulliste encourage cette évolution, qui contribue à la détente et au rapprochement économique entre Est et Ouest5. Le Premier ministre puis le président Pompidou participe lui aussi à cette stratégie : « Georges Pompidou accorde en effet au facteur économique une place clef qui le conduit tout au long de son mandat à encourager le développement des exportations françaises »6.

Or la politique industrielle de l’équipe Brejnev-Kossyguine mise en place en 1964 passe par une accélération intense des investissements dans l’appareil industriel de base. La planification soviétique décide d’intensifier le rythme de la croissance : après l’époque de la reconstruction et du réarmement de la Guerre Froide, est venu le temps du « rattrapage » des niveaux de production et de vie dans le cadre de la coexistence pacifique. La machine russe de l’investissement marche à plein feu : le taux de croissance est très fort en URSS, avec 7,4 % en 1966 et 6,7 % en 1967 pour le revenu national et 8,6 % et 10 % pour la production industrielle, dont 9 et 10,2 % pour les biens de production. La multiplication de la masse productive de biens d’équipement devrait permettre au niveau de vie de s’élever in fine rapidement – à une époque où les gains de croissance soviétiques ne sont pas encore massivement dévorés par le surarmement comme dans les années quatre-vingt. Le modèle de croissance agricole évolue, avec une priorité à l’intensification de la production, à la bonification des terres au détriment de la croissance des superficies prônée par Khrouchtchev : cela explique le besoin en produits chimiques, en engrais et en produits phytosanitaires. La politique agricole requiert la montée en puissance rapide d’usines agrochimiques pour enrichir des sols fragiles que la machine de guerre de la croissance a défrichés et labourés avec voracité, quitte à les user trop rapidement dans le cadre de la fameuse agriculture « extensive »7.

Malgré la prédominance du commerce au sein du COMECON – qui absorbe environ 60 % des échanges soviétiques –, la part des pays industrialisés occidentaux tend à s’accroître, en raison de l’augmentation des besoins. De plus, la mise en place de la réforme économique en URSS institue de nouveaux critères de gestion au sein des organisations de production, désormais dotées de plus d’autonomie pour obtenir une meilleure productivité et pour se moderniser, ce qui constitue une exigence clef du Plan (1966-1970). Paribas relève que, « pour les pays occidentaux, deux secteurs se présentent de manière favorable : l’équipement pour la construction d’automobiles et l’électronique »8.



Le remodelage du commerce extérieur soviétique au tournant des années 1970




1967

1976

Importations de l’URSS en provenance du COMECON

62,6 %

52,5 %

Importations de l’URSS en provenance des pays développés à économie de marché

24,3 %

37,7 %


Total des échanges de l’URSS en 1975

(en millions de dollars)


73 014

Avec les pays socialistes

44 114

Avec les pays occidentaux

22 815

Dont :




RFA

3 999

Japon

2 768

Etats-Unis

2 303

Italie

2 054,5

France

1 953

Grande-Bretagne

1 381


La « demande » soviétique répond à « l’offre » française (ouest-européenne, en général) et vice-versa. L’URSS ressent tout à coup le besoin de revenir aux pratiques de la NEP des années 1920 : à cette époque, des experts américains, belges et allemands, les spets (spécialistes), étaient actifs dans la jeune URSS pour y développer le transfert de technologies, contribuer à l’assimilation des méthodes d’organisation prototayloriennes, voire tayloriennes, comme dans les usines d’automobiles utilisant les techniques transmises par la Ford Motor Company9. Expulsés vers 1927-1930, ces spécialistes réapparaissent un tiers de siècle plus tard, grâce à une nouvelle génération d’ingénieurs. Certes, la capacité technique de l’URSS n’est plus comparable avec la situation des années vingt ; l’ampleur du système de formation d’ingénieurs et de techniciens, le boum des ministères supervisant les industries de biens d’équipement, la croissance des combinats spécialisés ont procuré à l’urss une large autonomie de développement. L’Europe occidentale n’apporte qu’un appoint à la croissance russe, mais elle contribue à « doper » l’accélération des investissements, grâce à la fourniture d’équipements « clefs en main », d’usines ou d’ateliers exportés dans le cadre d’accords d’ingénierie et de fourniture d’équipements. Enfin, cette stratégie de coopération industrielle débouche sur des transferts de technologie, quand des techniques sont désormais partagées par un partenaire russe qui doit les assimiler pour son propre compte. Les pays ouest-européens agissent chacun de leur côté ; par exemple, l’Italie a noué des liens privilégiés avec l’urss, en particulier à l’occasion de la création de l’usine de Togliattigrad, le long de la Volga, grâce à l’ingénierie du groupe FIAT, ou quand le groupe énergéticien ENI a conclu des accords technologiques et gaziers avec l’urss.

Même si, à cette époque, l’URSS se montre réticente à confier des contrats en direct aux entreprises de RFA, la concurrence est vive, par conséquent, ce qui explique toute l’utilité de l’appui de l’État français aux initiatives des entreprises et des aides juridiques et financières (assurance-crédit de la COFACE, société semi-publique ; négociations avec le Trésor pour concevoir avec les banquiers – publics, souvent – des financements privilégiés à l’export, dans le cadre de « protocoles », une sorte d’accords cadres ; refinancement par la BFCE (Banque française du commerce extérieur), banque semi-publique, etc. Tout l’appareil économique d’État (ou semi-public) français est dès lors mobilisé par la guerre commerciale à l’export, et les relations entre la France et les PECO bénéficient bien entendu de toutes ces aides directes ou indirectes. Des mesures partielles et banales sont intervenues au fil du temps, comme l’ « accord des paiements » entre les deux pays, conclu le 2 avril 1960.

Pour l’enclenchement concret du processus de coopération industrielle, le voyage de De Gaulle a pu être décisif. Au-delà même des enjeux géostratégiques français, le président a dû ressentir le retard pris par la France dans ses relations avec l’URSS ; en effet, Khrouchtchev et Boulganine s’étaient rendus à Londres dès avril 1956 et avaient négocié l’enclenchement d’une coopération économique, ce qui explique que le Royaume-Uni était le deuxième partenaire occidental de l’URSS en 1960. De même, c’est dès avril 1958 que la RFA et l’URSS avaient conclu un traité de commerce sur les années 1958-1960 et des accords conclus en 1963 avaient accentué ces liens économiques. Il fallait donc agir avec détermination pour éviter que la France passe à côté de l’émergence de ces relations industrielles et commerciales. Marie-Pierre Rey10 a bien montré comment elles ont pris corps au niveau de la diplomatie, notamment par la note remise par Khrouchtchev à de Gaulle le 17 mai 1963 pour en appeler à une coopération pacifique entre les deux pays, et par la conclusion des premiers accords entre 1960 et en 1966, année où « une instance de dialogue économique et commercial a été créée, avec la mise en place de la Grande Commission, puis de la Petite Commission, toutes deux chargées de faciliter le développement des échanges bilatéraux »11. Mais la chronologie dessert cette analyse historique centrée sur le général de Gaulle puisque, sous de Gaulle lui-même, ne sont mis en place que les concepts de la coopération industrielle ; les accords cadres sont négociés ; un capital relationnel avec l’appareil économique d’État soviétique et un capital de connaissance des besoins industriels russes se sont peu à peu constitués. Par contre, la montée en puissance du processus de coopération industrielle exige quelques semestres ; puis la « machine » monte en puissance à la fin des années soixante et le mouvement s’amplifie dans les années soixante-dix, sous les présidences de Pompidou et de Valéry Giscard d’Estaing, avec continuité et régularité. Par exemple, le Protocole interbancaire franco-soviétique – étudié plus bas – n’est signé à Moscou qu’en août 1970, soit plus d’un an après le départ du général de Gaulle des affaires, et une (petite) demi-douzaine d’années après le début des négociations économiques bilatérales. Un accord décennal de coopération est mis au point le 6 décembre 1974 pendant les entretiens de Rambouillet entre Brejnev et Giscard pour la période 1975-1979. Est-ce à dire que, pendant les années de Gaulle-Pompidou, s’est bâti à propos des relations industrielles franco-russes un « triptyque » tel que celui analysé par Jacques Thobie à propos de l’empire ottoman, triptyque qui exprimait l’influence française grâce à la conjonction des efforts des industriels, des banquiers et des diplomates ?

La préhistoire de la coopération économique franco-soviétique
Sur ces bases générales, les hommes d’affaires français sont passés à l’action et ont entrepris d’établir des têtes de pont au cœur des ministères industriels soviétiques, puisqu’un ministère s’occupait d’une branche particulière au sein du foisonnement administratif de l’appareil économique d’État russe. Des pionniers ont conquis des premières positions, avant l’institutionnalisation de relations importantes et durables.
La liberté de mouvement des autorités françaises par rapport au passé

La liberté de mouvement aurait pu être entravée si une conception mesquine de l’histoire des relations bilatérales avait conduit au respect des exigences fixées par une République lointaine, au tournant des années vingt. En effet, l’Association nationale des porteurs français de valeurs mobilières continue à aborder le thème de la dette russe ; elle tente de mobiliser l’Association France-URSS et le gouvernement français lui-même en 1961, mais sans succès. Les ministères des Finances et des Affaires étrangères ont toutefois réaffirmé, en 1961-1962, que l’État ne reconnaissait pas la répudiation de cette dette russe dont 1,5 million de Français détiendraient encore des actifs au début des années soixante (pour 15 milliards de francs-or, valeur estimée à 5 milliards de dollars en 1964). « La question ne paraît, toutefois, pas avoir été évoquée lors des négociations qui ont abouti, le 1er février 1963, à la conclusion d’un nouvel accord commercial franco-soviétique »12. La même déception touche l’Association des porteurs lors des négociations économiques conduites en 1964, mais elle obtient confirmation que le dossier n’est pas clos et que les autorités françaises ne l’ont pas gommé de leurs pensées, comme l’indique le porte-parole du gouvernement à l’Assemblée nationale le 18 décembre 1964 : un mémorandum est remis à l’ambassade soviétique, et les pouvoirs publics indiquent à plusieurs reprises qu’ils ne manquent pas d’en rappeler le contenu à leurs interlocuteurs – lors du voyage de Couve de Murville en 1965, puis lors de celui de De Gaulle en 1966… Cependant, l’État n’entend pas se faire ligoter par de telles polémiques et il souhaite que la politique franco-russe les dépasse et prenne de l’ampleur, pour s’orienter vers un futur prometteur : la priorité n’est pas de ressasser le lointain passé. Ainsi, Paribas elle-même décide de passer par profits et pertes les vieux comptes bancaires entretenus dans ses livres par les anciennes banques russes en 1914 et maintenus en 1944 : une décision du 19 avril 1966 règle ces dossiers, à l’avantage d’ailleurs de la maison puisque les huit comptes sont au total créditeurs, mais seulement d’un petit millier de francs (de 1966)…
Les banquiers en prospecteurs pionniers

L’histoire des relations commerciales franco-soviétiques13 n’a pas commencé avec de Gaulle, puisque la IVe République a déjà noué des accords avec l’URSS : un accord portant sur les années 1957-1959 a été mis au point et signé le 11 février 1957 – et lui-même faisait suite à un premier développement des échanges pendant la première moitié des années cinquante ; une commission mixte d’exécution de cet accord est établie et suivie par le chef du bureau Est-Ouest du secrétariat d’État aux Affaires économiques. Cet accord profite d’ailleurs largement à l’URSS dont le compte est créditeur pendant la durée du contrat. Peut-être doit-on situer dans ce cadre les premiers contrats obtenus par Renault pour livrer à l’URSS « cent têtes électromécaniques » à l’office d’achats Stankoimport (en 1957) puis pour 500 millions de francs de machines-outils14 (en 1958) ? Les voisins de la France effectuent eux aussi des démarches de prospection en URSS, par exemple les Belges, qui envoient une mission d’étude en 1962, en particulier pour des projets d’exportations de matériel sidérurgique.

De leur côté, les banques ne sont pas restées inactives. Paris dispose de l’une des deux maisons clefs des relations entre l’URSS et l’Europe occidentale à cette époque, la Banque commerciale pour l’Europe du Nord, l’homologue de la Narodny Bank à Londres, créée dès 1911. Cette bcen avait été créée par des émigrés aisés en 1921, puis avait été achetée par l’URSS en 1925 ; elle est devenue la tête de pont soviétique pour les opérations courantes15. Dans les années cinquante, les banquiers parisiens se sont montrés curieux de prospecter ce vaste marché redevenu vierge. Dès mai 1954, deux représentants du Crédit lyonnais effectuent un voyage16 en Russie ; ils rendent plusieurs visites à la Gosbank, notamment auprès du directeur du département étranger, en lui proposant des « crédits de confirmation ». Pendant la décennie qui suit, le but des banquiers consiste à se placer au mieux dans le processus de redémarrage des échanges commerciaux banals. Le Crédit lyonnais noue des contacts avec la Banque d’État de Moscou en 1958-1959 : il établit désormais des « lettres de garantie » qui sont remises à la Banque d’État de Moscou puis transmises à des centrales d’achat officielles pour des achats courants de machines-outils ou de fourrures en URSS. Le Crédit lyonnais relance ses voyages d’études, en septembre 1965 ; Jean Deflassieux, de la direction des affaires internationales du Crédit lyonnais, devient l’un des bons connaisseurs des relations bancaires franco-russes au milieu des années soixante car sa maison multiplie les opérations avec l’URSS, par exemple par le biais de lettres de garantie apportées pour le paiement des marchandises à l’échéance prévue pour les importateurs français17.

Les règles bancaires courantes sont précisées entre les deux pays (crédit documentaire, etc.) ; les affaires de change organisées ; toutes ces opérations passant le plus souvent par le biais de la Banque du commerce extérieur de l’URSS. Des réseaux relationnels sont établis – mais Paribas signale que « nous n’obtenons nous-mêmes que peu de choses, à Paris, sur le plan des opérations de banques de la part de la Banque du commerce extérieur russe »18 ; toutefois, elle accorde une ligne de crédit documentaire à celle-ci pour 5 millions de francs (en 1964-1969) ; et la succursale de Paribas à Amsterdam parvient à gagner des occasions de lignes de crédit avec confirmation de crédits documentaires pour des opérations avec les pays de l’Est19, tandis que l’entité belge de Paribas participe elle aussi – à partir de 1966-1967 – à des opérations avec l’URSS, mais pour des affaires russo-belges (facilités d’escompte, crédits d’acceptation, etc. – par exemple pour des achats de laines belges).
Les premiers pas de la coopération industrielle et technique (au début des années 1960)

Au niveau officiel, il convient de déterminer la nature et l’ampleur des changements qui se nouent pendant la présidence de Gaulle. Un accord de paiement est signé le 2 avril 1960, afin de définir les rapports financiers entre la France et l’URSS, car l’URSS a alors décidé d’accroître ses achats avec les pays occidentaux. Dans cette ligne, une exposition est organisée à Moscou en août 1961 par le gouvernement pour la mise en valeur des intérêts français ; elle a lieu au parc Sokolniki. En 1965, des entreprises françaises participent à l’Exposition internationale de la chimie, à Moscou dans le même parc Sokolniki20. Une photographie21 symbolise cette première étape de la coopération industrielle, celle des premiers contacts : Pierre Dreyfus, le président de Renault, et Louis Joxe font visiter à Khrouchtchev l’usine Renault de Flins en mars 1960. C’est que, « à la suite de l’exposition française de Moscou en 1961, l’Union soviétique a passé une importante commande de machines pour l’usine automobile de Gorki et l’usine de tracteurs de Minsk [...] Ces accords donnent lieu à des opérations de compensation et de troc »22. Dreyfus est reçu par Kossyguine dès 1962, à une époque où FIAT enclenche déjà son programme de coopération italo-russe.

À cette époque, des banques prennent des initiatives et montent des sociétés de négoce et de représentation en guise d’interlocuteurs auprès des centrales d’achat des ministères soviétiques ; la Société générale et le Crédit lyonnais en ont chacun une, en liaison étroite avec des firmes françaises ; de multiples conférences techniques se tiennent avec les représentants des centrales d’achats pour présenter les productions françaises. Le Trésor et les banques mettent au point des montages pour financer l’exportation de matériels vers l’URSS. Nous avons relevé dans les archives de Paribas23 une liste de contrats qui nous paraissent inaugurer ces relations d’exportation de biens d’équipement, dès 1961-1963 :

  • Février 1961 : Fives-Lille-Cail : matériel constituant la fourniture complète des sucreries d’Orelski, d’Otradnenski, de Nikiforoski.

  • Juillet-août 1961 : Neyrpic : piles défileuses pour le traitement des linters.

  • Novembre 1961 : Ateliers & chantiers de Bretagne : installation de lignes complètes pour la fabrication de sacs de papier.

  • Mars 1963 : Ateliers & chantiers de Nantes (Bretagne-Loire) : deux dragues porteuses de 2 800 m3.

« Si je suis bien informé – note un banquier –, la société Fives-Lille, dans laquelle Paribas détient une importante participation, vivra pendant deux ans pratiquement des fournitures qu’elle effectue vers les pays de l’Est »24. Ces éléments concernant les « éclaireurs » de la prospection française en URSS permettent de se rendre compte de la cristallisation de ces relations d’affaires qui unissent peu à peu les deux pays, usine exportée par usine exportée, crédit par crédit, avec le haut patronage des autorités (qui supervisent le contrôle des changes, les autorisations diverses accordées pour les crédits garantis par la COFACE, les opérations des banques nationalisées, etc.).


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