Grigorakis anastasios





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titreGrigorakis anastasios
date de publication26.11.2019
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GRIGORAKIS Anastasios

Enseignant vacataire, Université Paris 13 – Nord

grigorakis_a@yahoo.gr


Transmissions, pouvoirs et reproduction sociale : l’ « économie morale » de la famille
Cette proposition de communication s’inscrit principalement dans l’axe 5, visant à élaborer une réflexion théorique de la manière dont la famille gère non seulement les rapports de pouvoir qui s’exercent sur elle par son extérieur mais aussi les disparités et les rapports inégalitaires à son intérieur, dans les relations conjugales et intergénérationnelles.

Plus précisément, cette communication discute la pertinence théorique de la notion de l’ « économie morale », appliquée sur le groupe familial. Développée initialement par l’historien E.P. Thompson (Thompson E.P., 1971) cette notion essayait de rendre intelligibles les luttes des paysans anglais contre la fixation des prix des alimentations par les forces du marché capitaliste émergeante pendant le 18e siècle. Par la suite, l’ « économie morale » a été employée en plusieurs reprises dans les différentes disciplines des sciences sociales (anthropologie, sociologie ou économie) pour décrire notamment le système de normes et d’obligations qui oriente les jugements, les actes et qui « distingue ce qui se fait et ce qui ne se fait pas » (Fassin D., 2009 : 1243) des groupes sociaux donnés. Bien que ce concept ait été développé pour appréhender les logiques de l’action sociale des paysans anglais pendant la période préindustrielle, son utilisation a été étendue pour aborder les systèmes normatifs d’autres groupes sociaux, notamment dans un contexte de pressions économiques.

L’économie morale pourrait ainsi constituer un concept utile pour mieux comprendre la manière dont la famille s’organise et agit, notamment dans un contexte inégalitaire, afin d’assurer sa reproduction sociale. Son système normatif et moral sert comme un fondement d’action, donnant lieu à des échanges, transmissions et solidarités indispensables pour la subsistance du groupe familial, notamment en périodes de crise. Cette « économie morale familiale » se met souvent en opposition à des logiques et rationalités différentes, propres au marché capitaliste. En même temps, cette notion constituerait le fil conducteur pour comprendre la persistance éventuelle des liens familiaux malgré l’existence des relations inégalitaires et des rapports de pouvoir à l’intérieur du groupe familial, entre les sexes et les générations. Le système des valeurs et d’obligations qui lie les membres familiaux saurait créer une vision d’accomplissement et d’épanouissement personnel qui va au-delà d’un individualisme au sens étroit. Une certaine idée de ce qui est « juste » pour la famille pourrait ainsi rendre « tolérable » l’existence des rapports de pouvoir entre les sexes et les générations (cf. Scott J., 1976). C’est ainsi qu’un esprit collectif familial contrebalance les rapports inégalitaires entre ses membres.

Le concept de l’économie morale donc apparait utile lorsqu’on étudie la manière dont la famille organise des pratiques et des échanges dans un esprit collectif et pourrait nous aider à comprendre pourquoi des rapports de pouvoir objectifs peuvent être tolérés par les membres de la famille. Ceci dit, comme tout outil théorique, le concept de l’économie morale nécessiterait un usage qui tient en compte le contexte historique et social. Son application à l’étude des milieux sociaux défavorisés (ou par exemple des pays en crise) ou des familles populaires pourrait ainsi s’avérer plus pertinente, en concordance aux ambitions théoriques initiales de E.P. Thompson.



Références bibliographiques

Fassin D. (2009) « Les économies morales revisitées », in Annales HSS, 6, pp.1237-1266

Scott J. (1976) The moral economy of the peasant: Rebellion and subsistence in Southeast Asia, New Haven, Yale University Press

Thompson E.P. (1971) « The moral economy of the English crowd in the eighteenth century », in Past & Present, 50, pp.76-136


Résumé

Cette communication propose une réflexion théorique autour de la manière dont le groupe familial gère les pressions et les pouvoirs qui s’exercent sur lui par son extérieur et comment organise son action en vue de sa reproduction sociale. En même temps elle essayera de saisir la raison de persistance des liens familiaux même quand des rapports de pouvoir interconjugaux et intergénérationnels existent à son intérieur. Plus précisément, elle propose l’extension du concept de l’ « économie morale », développé par E.P Thompon et destiné à appréhender le système normatif et les modalités d’action des groupes sociaux défavorisés (comme les paysans) dans un contexte de pressions économiques, dans l’étude du groupe familial. « Economique » et « morale » à la fois, cette notion a été reprise afin d’aborder la complexité de l’action des groupes sociaux donnés subissant l’emprise du marché capitaliste.

Ce concept pourrait ainsi nous aider à comprendre comment les familles développent de systèmes normatifs et moraux qui servent comme fondement d’action sociale traduite en transmissions, échanges et solidarités, notamment lorsqu’elles subissent les pressions et les pouvoirs du marché. En même temps, cette « économie morale familiale » contribuerait à la compréhension de la persistance d’un esprit familial collectif même lorsque des rapports de pouvoir entre les sexes et les générations sont établis à son intérieur et en dépit de l’emprise d’une rationalité individualiste dans les sociétés contemporaines.






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