Résumé L'analyse des sources écrites notamment Homère





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Article paru dans Ktèma 32, 2007, pp. 467-495

LES DÉBUTS DE LA POLIS :

L'EXEMPLE DE PHAISTOS (CRETE)*
Résumé

L'analyse des sources écrites (notamment Homère, Iliade, XVIII, 478-607) permet de repérer les phénomènes historiques, économiques et sociaux impliqués dans la naissance de la cité grecque (polis). Le site de Phaistos (Messara, Crète) constitue, grâce aux fouilles archéologiques récentes, un excellent banc d'épreuve pour tester la valeur des critères archéologiques généralement invoqués pour définir une polis à ses débuts (la croissance économique et démographique, les lieux de réunion des institutions civiques, l'organisation urbaine comprenant les sanctuaires, les quartiers d'habitation dotés de rues pavées, les nécropoles, les fortifications).
Abstract

L'analisi delle fonti (in particolare Omero, Iliade, XVIII, vv. 478-607) permette di individuare i fenomeni storici, economici e sociali connessi con la nascita della città greca (polis). Il sito di Festòs (Messarà, Creta) costituisce, grazie ai recenti scavi archeologici, un eccellente banco di prova per i criteri archeologici spesso chiamati in causa nella definizione della polis nascente (la crescita economica e demografica, i luoghi di riunione delle istituzioni civiche, l'organizzazione urbana con i santuari, i quartieri d'abitazione attraversati da strade lastricate, le necropoli, le fortificazioni).

La cité1 reste, à presque un siècle et demi de l'œuvre fondamentale de N. D. Fustel de Coulanges2, l'un des thèmes de recherche les plus fascinants de l'Antiquité grecque. Ce modèle de référence pour tout citoyen des démocraties occidentales a été soigneusement étudié par les spécialistes qui connaissent aujourd'hui les détails de son fonctionnement, notamment aux époques classique et hellénistique3. Toutefois, de nombreuses incertitudes voilent encore les origines de cette forme d'organisation humaine ainsi que le contexte politique et social qui l'a précédée sur le sol grec. En effet, la polis surgit, dans le courant du VIIIe s.4, d'un monde encore fondamentalement peu connu et qui est le résultat d'une longue évolution ayant débuté avec la disparition du système palatial mycénien5.

Or l'organisation des palais au Bronze récent n'a que peu à voir avec le monde des poleis. Ces vastes royaumes centralisés, comparables par plusieurs aspects (les dimensions, le système politique et économique) à leurs homologues de la Crète minoenne et du Proche-Orient, étaient administrés, pour la plupart, par une bureaucratie6 hiérarchisée formée de nombreux fonctionnaires aux ordres du souverain (wa-na-ka)7. Ils étaient donc différents des cités grecques, le plus souvent dotées d'un territoire restreint, ne connaissant pas une centralisation des ressources communautaires et dans lesquelles une partie plus ou moins étendue de la population (les politai) participait directement aux décisions d'intérêt commun, sous l'égide des divinités poliades8.

Ces différences indiquent que des changements se sont produits dans l'organisation des communautés humaines entre le début du XIIe et le VIIIe s. La fin du système palatial centralisé, les déplacements de populations, la régression économique, l'oubli de l'écriture syllabique9, la situation générale d'insécurité sont autant de phénomènes qui concourent à expliquer, à travers une évolution longue et encore en grande partie obscure, la formation de la nouvelle structure politique. Il ne faut pas pour autant nier l'importance ni la portée de la continuité culturelle qui est attestée, par exemple, par les noms de la majorité des divinités grecques déjà présentes dans les tablettes en linéaire B. Aujourd'hui on sait qu'au VIIIe s., les traces archéologiques du passé minoen et mycénien étaient encore bien visibles et chargées d'une signification profonde, notamment en Crète10; le souvenir était ancré dans la mémoire collective des populations égéennes, formées du mélange des rescapés des civilisations de l'Age du Bronze récent (dispersés sur le pourtour égéen ainsi qu'en Méditerranée centrale et orientale11) et des "nouveaux arrivants" (les Doriens de la tradition littéraire12, les Levantins au moins dès les Xe-IXe s.13). Il est tout à fait vraisemblable que de multiples composantes aient joué un rôle dans la naissance de la polis grecque: les restes d'organisations communautaires mycéniennes au niveau local14, les influences phéniciennes15, les multiples expériences politiques (grands et petits ethne, bourgades et villages) que le monde égéen a dû connaître avant le VIIIe s16. Dans cette perspective la Crète offre un champ de recherche privilégié: premièrement, il s'agit d'une île, milieu conservateur par excellence17 dans lequel on peut espérer retrouver les traces de l'origine de la polis; en deuxième lieu, pendant le premier Age du Fer, la Crète a gardé ses contacts avec la Méditerranée orientale18, d'où certaines influences se sont probablement exercées; enfin, dans cette île ont été découvertes les plus anciennes inscriptions institutionnelles du monde grec (en dialecte dorien) qui attestent l'existence de poleis bien consolidées19 dans la seconde moitié du VIIe s. (cf. Dréros20 et Gortyne21). Nous étudierons l'origine des cités crétoises dans une double perspective, historique et archéologique, tout en ayant conscience des difficultés inhérentes à la méthode combinatoire. On tâchera, dans un premier temps, de repérer dans les textes les critères qui permettent de définir la polis à ses débuts, critères qui ont été entérinés par les données archéologiques mises au jour dans le monde égéen22. Ensuite, il s'agira d'appliquer ces paramètres au cas de Phaistos (Messara occidentale). Cet aperçu permettra d'attirer l'attention sur les problèmes rencontrés par les archéologues dans l'interprétation historique des plus anciens vestiges des cités grecques.


LA DÉFINITION DE LA POLIS
Parmi les innombrables sources littéraires et historiques qui décrivent la polis, l'une des plus intéressantes pour notre propos est le célèbre passage du chant XVIII de l'Iliade23 ("le bouclier d'Achille", vers 478-607), en raison des références aux données matérielles qu'il contient et de sa chronologie haute. En relatant la fabrication des armes d'Achille, œuvre d'Héphaistos, Homère présente le bouclier du héros orné, entre autres, des images de deux cités, l'une en paix, l'autre en guerre. Ce texte sera donc la source d'inspiration privilégiée pour déceler les caractéristiques principales d'une polis de l'époque d'Homère24, c'est-à-dire grosso modo le moment de l'organisation de la nouvelle entité politique25. Aux éléments déduits de ce passage nous ajouterons des indications fournies par d'autres sources historiques, concernant notamment le développement démographique et l'organisation de la chôra. Les phénomènes examinés n'ont pas tous une relation privilegiée et exclusive avec la naissance de la polis ; il paraît toutefois nécessaire de fournir le cadre le plus complet possible en vue de la comparaison avec les données archéologiques concernant Phaistos. Dans les conclusions, on mettra en évidence les phénomènes fondamentaux pour la définition de la cité grecque par rapport à ceux qui restent au second plan.
Le développement de l'agriculture, la spécialisation artisanale et la multiplication des échanges sont parmi les phénomènes qui accompagnent la naissance de la polis. Homère souligne à plusieurs reprises dans les scènes du bouclier le rôle de l'économie dans la vie d'une cité : la terre labourée qui donne la moisson (vers 541-560) et le raisin (vers 561-572), le troupeau de vaches menacées par les lions (vers 573-586), l'artisan Dédale qui façonne à Cnossos un choros pour Ariane (vers 590-605). En ce qui concerne le commerce, le monde égéen entretenait au VIIIe s. des relations surtout avec la Méditerranée orientale26, comme l'indiquent les nombreux objets d'importation découverts dans les sanctuaires et les nécropoles. La Crète27 et l'Eubée28 semblent jouir d'une situation privilégiée dans le cadre de ces traffics. En effet, après la fin du système palatial mycénien, ces îles avaient gardé des contacts (bien que sporadiques au début29) avec la Méditerranée orientale, grâce à l'esprit d'initiative de quelques marchands ; ces relations se développèrent tout naturellement à partir des Xe-IXe s. Il est vraisemblable que les échanges aient favorisé la diffusion précoce des connaissances artisanales, par exemple, dans le travail du fer30 et dans l'orfèvrerie31. La création de l'alphabet grec à partir du modèle phénicien est probablement une conséquence de ces étroites relations commerciales32.

Dans un monde pauvre en matières premières comme le bassin égéen, le surplus de certaines denrées alimentaires (surtout le vin et l'huile) a dû être utilisé comme moyen d'échange à côté des productions artisanales. Fondamentales sont la culture de l'olivier et la production d'huile d'olive qui augmente à partir des VIIIe-VIIe s.33 D'ailleurs, la valeur symbolique de l'olivier dans la vie des poleis grecques est soulignée, entre autres, par un texte archaïque concernant les éphèbes de la cité crétoise de Dréros : « Et il faut que chacun plante un olivier et le présente, une fois bien pris. Celui qui n'aurait pas planté devra payer cinquante statères »34.

Plus généralement, le développement de l'agriculture, primordial dans un monde en pleine expansion démographique, est attesté par la présence de nombreux pithoi et d'autres vases pour le stockage dans les maisons de l'époque géométrique35.
A l'essor économique il faut ajouter un autre aspect déterminant pour la naissance de la polis, c'est-à-dire la croissance démographique. En effet, même si ce phénomène n'est pas lié exclusivement à l'origine de la cité grecque, il est clair que l'une des conditions nécessaires à la mise en place de la polis (et ensuite à sa survie) est la présence d'un nombre suffisant de citoyens de plein droit36 et d'habitants. Dans la Grèce du haut-archaïsme, après la régression démographique du XIIe s., suivie d'une stagnation jusqu'au IXe s., on observe une croissance significative de la population, même si elle reste difficile à quantifier dans le détail. À Athènes, par exemple, l'élévation de la courbe de croissance apparaît dans les premières décennies du VIIIe s. et devient très importante vers la moitié du siècle37. Ce phénomène est attesté en Crète par la multiplication du nombre des sépultures et des sites d'habitats dont les dimensions mêmes augmentent. L'interprétation de ces données est encore source d'interminables débats (cause ou conséquence de la naissance de la polis ?). Nous nous bornerons ici à remarquer qu'après la création de la nouvelle entité politique à partir d'un nombre minimum d'habitants, l'augmentation démographique semble accompagner d'une façon générale son développement.
Revenons maintenant au texte homérique qui met en scène un mariage collectif dans un cadre urbain décrit par touches rapides: les fiancées sont conduites le long des rues, en passant devant les portes des maisons d'où les femmes les admirent, tandis que les jeunes danseurs tournent au son des auloi et des lyres. Plus précis encore, le contexte de la scène suivante (vers 497-508)38: le jugement de la querelle sur le prix d'un meurtre39 se déroule sur la place publique (agora) où la foule est rassemblée près des "anciens" réunis en conseil dans le cercle sacré40. Les aspects typiques de l'urbanisation sont ici présents: les maisons, les rues, la place publique. Nous sommes dans l'asty, le centre urbain41, formé d'un ensemble plus ou moins régulier42 d'espaces privés et de zones publiques ; cette répartition fut sans doute fixée à travers d'innombrables négociations au sein du groupement humain43.

Le passage en question décrit l'un des critères archéologiques fondamentaux pour la définition d'une polis : l'endroit destiné aux réunions des "anciens". La participation44 d'une partie de la population aux affaires communes est, en effet, implicite dans l'aménagement de cet espace, même si son aspect est très simple. Malheureusement les données archéologiques attestant l'existence de ces lieux de réunion restent très difficiles à cerner. En réalité, n'importe quel endroit assez vaste à l'intérieur ou près de l'habitat pouvait accueillir le rassemblement des "ayant droit" à discuter des problèmes communs et à décider45. Au début, aucun aménagement monumental n'était nécessaire: un cercle de pierres suffisait, comme le rappelle Homère46. Seulement à une époque plus récente, l'exigence de monumentalisation des lieux de réunion sera ressentie, en tout cas après celle des sanctuaires.

Les "anciens" (gérontes) nommés par Homère sont vraisemblablement les représentants de l'élite aristocratique qui, au début de la polis, a joué un rôle fondamental dans la mise en place des institutions communautaires, le roi (basileus) étant lui aussi un aristocrate. Ces élites, dont les sources anciennes nous parlent à plusieurs reprises, n'ont toutefois laissé en Grèce que de rares traces archéologiques, difficiles à interpréter. A. Mazarakis Ainian47 a tâché de repérer dans les habitats datés du haut-archaïsme les résidences des basileis où, à son avis, se déroulaient les cultes communautaires avant que le véritable temple ne soit édifié. D'autres tentatives ont été faites à propos des nécropoles, afin de détecter les sépultures d'élite ; jusqu'à présent, les véritables tombes princières en Grèce restent rares, avec un cas isolé dans la première moitié du Xe s. ("héroôn" de Lefkandi48) et des attestations, en Eubée au début du VIIe s. (tombe 6, près de la "porte de l'ouest")49 et sans doute à Eleutherna en Crète50. Les traces d'une différenciation du mobilier à l'intérieur d'une même nécropole sont, en revanche, mieux attestées ; il s'agit d'un indice précieux pour détecter les premiers signes de distinction sociale intervenue à la période en question. En ce qui concerne le phénomène des tombes princières, il peut parfois accompagner l'essor d'une polis, mais on se souviendra qu'il est aussi attesté dans d'autres contextes, à propos de groupements humains dont l'organisation communautaire était bien différente de celle de la polis51.
Homère décrit ensuite un autre aspect marquant du paysage urbain: les remparts. L'image est celle d'une armée qui attaque une ville fortifiée dont les seuls défenseurs sont les femmes, les enfants et les vieillards puisque les hommes tentent une sortie contre l'ennemi (vers 509-540). Souvent la présence d'un rempart a été considérée comme essentielle pour reconnaître une polis. Mais, surtout aux hautes époques, ce paramètre n'est pas décisif : l'exemple de Sparte montre que les citoyens ne ressentaient pas forcement, au début, la nécessité de s'entourer d'un mur, cet élément architectural étant souvent ajouté bien après la fondation de la cité52. Cette situation se rencontre surtout dans les villes organisées en bourgs éparpillés (structure kata kômas53), comme souvent en Grèce pendant le haut-archaïsme. Dans d'autres cas, l'édification d'une enceinte était la conséquence d'une situation d'insécurité qui amena les habitants d'un territoire à se mettre ensemble à l'ouvrage, sans pour autant faire déjà partie d'une polis54. Pourrait-on imaginer que parfois l'entreprise commune ait joué le rôle de catalyseur dans l'organisation d'une communauté qui deviendra par la suite une cité? Nous reviendrons sur ces considérations à propos de Phaistos, où le mur de fortification semble remonter à une phase ancienne de l'établissement.
Il convient à présent de mettre l'accent sur un autre aspect essentiel pour la définition de la polis : le binôme agglomération urbaine (asty) - territoire environnant (chôra). La cité était formée de ces deux entités inséparables, peuplées de citoyens (politai) généralement au même titre55, soit qu'ils habitassent dans le centre urbain principal, soit dans les fermes et les bourgs éparpillés dans les campagnes (kômai). C'est vraisemblablement le développement d'une économie fondée, avant tout, sur l'agriculture qui a conduit les groupements humains à se donner une forme d'habitat assez lâche, avec plusieurs villages et hameaux séparés par des zones rurales destinées aux cultures. L'émergence de l'une de ces agglomérations, destinée à devenir le noyau urbain principal, est parfois reliée à un processus de synœcisme (synoikein = habiter ensemble), l'unification politique autour d'un centre urbanisé, éventuellement assortie du déplacement d'une partie de la population56.

Mise à part l'organisation du centre urbain, les cités grecques ont déployé, dès les origines, toute leur énergie dans la délimitation d'une chôra assez vaste et fertile pour permettre la survie de la communauté. La progression dans le contrôle des terres environnantes peut être aisement tracée dans certains cas, par exemple dans celui de la cité de Thasos57. D'autres sites, en revanche, posent de nombreux problèmes de définition des frontières, notamment lorsque plusieurs poleis sont installées aux abords d'une même plaine. Les sources mentionnent, en effet, maintes guerres conduites par des cités voisines dans le but de s'assurer la mainmise sur un secteur stratégique, par exemple une source, un cours d'eau, une zone particulièrement fertile58 ou le débouché sur la mer59. Dans le texte archaïque de Dréros déjà mentionné, les combats pour le contrôle du territoire font partie des épreuves initiatiques des jeunes Drériens opposés aux Milatiens (leurs voisins orientaux)60.

Un autre moyen souvent utilisé pour marquer le territoire fut la sacralisation des frontières par l'intermédiaire des lieux de culte, jusqu'à constituer parfois une sorte de "ceinture sacrée"61. Ces sanctuaires en dehors de l'habitat étaient dédiés généralement à Artémis, la déesse par excellence de l'eschatia et des initiations juveniles, à Héra ou à Apollon. Ils indiquaient avec leurs édifices (au début un temple avec élévation en matériaux périssables, comme par exemple dans l'Héraion d'Argos ou dans le sanctuaire rural d'Ano Mazaraki62), l'appartenance de la chôra à la polis qui fixait ainsi ses frontières face aux agglomérations avoisinantes63. La même fonction peut être envisagée pour les dépôts d'offrandes d'époque géométrique/orientalisante à l'intérieur ou près des tombes désaffectées de l'Age du Bronze, pratique attestée en Crète ainsi que dans de nombreuses régions de la Grèce64.
Il reste à évoquer l'aspect cultuel, fondamental dans la définition de la polis65 et présent de façon implicite dans tout le passage homérique concernant le bouclier d'Achille: la protection des divinités était invoquée lors des mariages, pendant les jugements ou bien sur le champ de bataille où Arès et Athéna sont représentés à la tête de l'armée (vers 516). Les sources écrites66 et les données archéologiques montrent que l'installation ou l'intégration des sanctuaires dans l'asty et dans la chôra est l'un des premiers actes des politai. A côté du lieu de réunion des "anciens" et de l'assemblée, le sanctuaire poliade devient un élément de cohésion et de mise en place de l'identité communautaire. À l'origine, les cérémonies en l'honneur des divinités choisies pour patronner la cité devaient se dérouler dans des sanctuaires à l'air libre: ici, un simple autel accueillait les sacrifices et parfois un téménos (souvent en matériaux périssables) matérialisait la distinction entre l'espace sacré et l'espace profane67. A côté de ces éléments, souvent difficiles à cerner d'un point de vue archéologique, les lieux de culte étaient caractérisés par la dédicace d'ex-voto aux divinités68, attestations tangibles de la dévotion des fidèles et reflet des fonctions attribuées au dieu. Dans de nombreux cas, les sanctuaires accueillirent les premiers édifices monumentaux de la cité, symbole d'une communauté qui se reconnaissait, non seulement dans les institutions civiques, mais aussi dans les cultes communs et qui voulait manifester sa dévotion avec une construction à caractère avant tout ostentatoire69. L'édification d'un temple, souvent au début en matériaux périssables70, impliquait une concertation sur l'utilisation des sols, une concentration de richesses et un concours de forces humaines et de connaissances techniques que seule une communauté nombreuse et bien organisée pouvait mettre en œuvre.

Parmi ces sanctuaires une attention particulière fut accordée, dès les origines, aux lieux de culte des divinités qui patronnaient les initiations des jeunes. Afin de perpétuer la communauté, chaque polis soignait attentivement l'éducation et la formation des futures générations de citoyens/soldats et de mères de famille, dont le passage à l'âge adulte était marqué par des rites d'initiation71. Parmi les nombreux textes qui relatent ces pratiques, on peut mentionner les traditions concernant le sanctuaire d'Héra Akraia à Corinthe72 ou encore celui d'Artémis Amarynthia à Erétrie73. Les initiations féminines avaient généralement un caractère moins spectaculaire par rapport aux rituels destinés aux jeunes garçons, mais elles étaient tout autant suivies comme l'attestent, par exemple, les rites dans le sanctuaire attique d'Artémis Brauronia. L'attestation du déroulement périodique de ces pratiques rituelles peut être considérée comme un indice supplémentaire de l'existence d'un groupement humain nombreux et bien structuré.

Homère décrit, au début du passage portant sur le bouclier d'Achille (vers 491-496), un mariage collectif qui se déroule au son des auloi et des lyres dans la cité en paix. Ce récit n'est pas sans rappeler le témoignage d'Éphore74 concernant les jeunes Crétois à la fin de leur période d'initiation : à la sortie de l'agela, ils étaient obligés de se marier tous en même temps mais, avant de cohabiter avec leurs épouses, ils attendaient qu'elles aient appris à bien gérer le ménage. Pour assurer la perpétuité de la communauté, ces deux rites de passage (initiation, mariage75) étaient donc associés dans les cités crétoises.
En définitive, hormis les phénomènes concomitants à l'émergence de la polis (le développement économique, l'essor démographique), il ressort deux critères archéologiques incontournables dans la définition de la cité grecque : 1) le tissu urbain, caractérisé par le sanctuaire de la divinité poliade et par le lieu de réunion des institutions politiques (les "anciens', les magistrats, l'assemblée) ; 2) le binôme asty-chôra, cette dernière ayant généralement des dimensions limitées et abritant souvent au moins un autre lieu de culte communautaire.

Les traces archéologiques de la genèse de la cité ne sont pas nombreuses, notamment en ce qui concerne le lieu des réunions politiques. Les sanctuaires sont mieux connus : les dépôts votifs, et parfois le temple consacré à la divinité poliade, permettent de détecter les débuts de la nouvelle organisation communautaire. Des prospections de surface aux techniques de plus en plus sophistiquées donnent, en outre, des informations sur l'exploitation du territoire ainsi que sur l'évolution des frontières entre les cités grecques.

L'utilisation d'un seul de ces critères pour établir le moment de la naissance d'une cité paraît réducteur, compte tenu de la complexité du phénomène, surtout dans le contexte égéen. Au lieu de privilégier l'une de ces composantes, il est préférable de détecter un faisceau d'indices afin de reconnaître la phase de l'éclosion de la polis. Penchons-nous à présent sur le cas de Phaistos dont les origines sont mieux connues grâce aux nouvelles données archéologiques concernant les IXe-VIIe s. 76
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