Cnam professeur titulaire de la Chaire «Développement des Systèmes d’Organisation»





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Yvon PESQUEUX

CNAM

Professeur titulaire de la Chaire « Développement des Systèmes d’Organisation »

292 rue Saint Martin

75 141 PARIS Cédex 03

France

Phone ++ 33 (0)1 40 27 21 63

FAX ++ 33 (0)1 40 27 26 55

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site web www.cnam.fr/lipsor
Institution & organisation

Introduction
L’intrusion du management comme référence majeure du fonctionnement de nos sociétés pose la question de la désinstitutionnalisation de l’institution et, en miroir, celle de l’institutionnalisation de l’organisation, dans une perspective évolutionniste duale et adressée comme inéluctable. Les modalités managériales se situent en effet entre institutionnalisation (du fait de la généralisation de ses pratiques dans les « objets sociaux ») et cadre institutionnel (qui les entourent), y compris dans leur extension en termes de gouvernance. Elle repose sur le présupposé d’une normativité qui ferait de l’organisation le lieu de l’efficience et de l’institution le lieu de l’inefficacité, les catégories organisationnelles pouvant alors être considérées comme salvatrices de cette inefficacité. Cette situation ambiguë est liée à la définition vague de l’institution et de l’organisation et à leur positionnement réciproquement problématique. Il est donc nécessaire d’essayer de faire le point de ce qui se joue entre institution et organisation en essayant de tracer les contours qui opèrent entre les deux, d’autant que la convocation de l’institutionnalisme contemporain est aujourd’hui courante pour qui s’intéresse aux rapports entre management, gouvernance et régulation. La privatisation est ici considérée comme un processus allant dans le sens de la désinstitutionnalisation de l’institution et dans celui de l’institutionnalisation de l’organisation sans que cette institutionnalisation débouche nécessairement soit sur l’institution soit sur l’accaparement de l’institution par l’organisation. L’institutionnalisation ne débouche pas forcément sur l’institution tout comme l’organizing ne débouche pas forcément sur l’organisation, le knowing sur le knowledge et la socialisation sur la société … rappelons que l’institutionnalisation apparaît quand on passe des logiques d’acteurs (ou des logiques d’agents) aux logiques d’action.
L’hypothèse générale de ce texte sera celle de l’orthogonalité (et non de l’opposition) entre « institution » et « organisation ». On raisonnera donc le plus souvent par différence et non par opposition entre les deux termes.
Institution et organisation : argument politique
Il faut souligner, avec G. Lapassade1, la corrélation entre le détournement des citoyens des institutions et le détournement de ces mêmes citoyens des idéologies. Mais l’institutionnalisation de l’organisation vient justement poser la question des rapports entre idéologie et organisation au travers de la question du managérialisme. Rappelons déjà que l’idéologie est à l’institution ce que la culture est à l’organisation, c’est-à-dire du caché mais que l’idéologie vise un passage « en force » par simplification, incantation, distinction entre des facteurs « amis et des facteurs « ennemis », etc2.
Rappelons aussi, de façon liminaire, qu’il en va aujourd’hui de même dans les deux domaines (institutions et organisations) qui confondent, au gré des besoins, « institution » (comprendre les institutions instituées) et « institutionnalisation » (comprendre les modalités instituantes) tout comme l’on confond « organisation » et « organizing ». Dans les deux cas (institution et organisation), il est également question de considérer ces deux « objets » comme lieu de constitution de l’instance d’observation, d’évaluation et de jugement et donc de la souveraineté (c’est-à-dire l’aspect « non » discutable) attribuée à leurs appareils (en particulier à leurs appareils de direction où l’on retrouve donc la question de la gouvernance). L’institution se caractérise par la place accordée à la souveraineté (c’est-à-dire son évidence indiscutable) qui, justement, fait de l’objet visé une institution. Il s’agit, en particulier, de la mission qui lui est propre et de la manière de la réaliser dans une perspective où les caractéristiques économiques restent au deuxième plan, par exemple comme pour l’hôpital. Il y a de l’obstination dans l’institution. C’est en cela que l’institution est considérée comme créant de la certitude. L’organisation se caractérise par l’importance majeure donnée à l’efficience de son fonctionnement. Il y a donc cette fois de l’opportunisme au lieu de l’obstination et donc de l’incertitude et du risque.
C’est d’ailleurs bien au regard de l’essence fondamentalement opportuniste de l’organisation que la décision peut être considérée comme un de ses descripteurs compte tenu de modèles de prise de décision dont les deux grandes références sont les suivantes :

  • Les modèles probabilistes avec le modèle de l’utilité subjectivement espérée qui combine « incertitude » et « préférences » (J. Von Neuman & O. Morgenstern3) et le modèle bayesien qui consiste à réviser une opinion antérieure compte tenu des informations actuelles pour parvenir à une opinion finale (choix) (L. D. Phillips4).

  • Les modèles cognitifs avec le modèle des processus de traitement (R. Hogarth5) où c’est la chaîne des processus mis en œuvre pour traiter les informations qui importe et le modèle de l’intégration de l’information (N. H. Anderson6) qui met en relations les « données » du monde extérieur (le registre objectif) avec la transcription donnée par le décideur sous forme de valeurs personnelles (registre subjectif).

Dans les deux cas, la décision est anthropo-centrée par référence à un personnage central : le décideur qui est considéré comme plutôt autonome. C’est d’ailleurs une des raisons essentielles de la convocation des catégories des sciences de la décision dans les sciences des organisations, la décision y étant toujours implicitement considérée comme un choix tranchant, cette conception dédouanant de l’absence de la référence à une théorie de l’autonomie et de la volonté du sujet.
Mais la décision est aussi un descripteur dans la mesure où elle constitue le moment de la réduction de l’incertitude inhérente à l’organisation. C’est de cette réduction que naît l’idée même de stratégie. C’est aussi à cela que H. A. Simon7 se confronte quand il construit la boucle « information – décision », dans la mesure où « plus je m’informe, plus, peut-on penser (même s’il souligne les limites de la boucle dans le cadre des décisions non programmées) la qualité de ma décision dans sa vocation à réduire l’incertitude est fondée ». En tous les cas, il s’agit bien de « boucler » les agents organisationnels du niveau des décisions programmées en « ré-acteurs » et non en décideurs. J. G. March8 change la focale en substituant l’ambiguïté à l ‘incertitude. « Plus je m’informe et plus grandes sont alors les chances de créer de l’ambiguïté », ambiguïté irréductible en quelque sorte, et donc tout autant que l’incertitude, fondatrice de l’organisation.
Il y a donc de l’universel dans l’institution là où il y a du général dans l’organisation. L’institution peut se désinstitutionnaliser alors que l’organisation ne se désorganise pas mais change (ou disparaît), en devenant une « autre » organisation. Mais il n’y a pas d’organisation sans organizing ni d’institution sans institutionnalisation. C’est en cela qu’il est possible de parler de « tension » entre la perspective de l’institution (institutionnalisation comprise) et celle de l’organisation (organizing compris). Se référer à une logique managériale relève du managérialisme tout comme se référer à une logique institutionnelle relève de l’institutionnalisme. Les problèmes commencent quand il est question de croiser les deux logiques, en projetant le managérialisme sur l’institutionnalisme, comme l’indique le tableau suivant.
Managérialisme
Organisation Organizing
Institution institutions (et l’institution

organisations) (tout comme

considérées l’organisation)

comme des est

« objets » « organisée »

possibles à comme une

comprendre dans les organisation

catégories de

l’organisation ou de

l’institution
Institutionnalisme
Institutionnalisation L’organisation perspectives

/ désinstitutionnalisation considérée intra et inter

comme une organisation-

institution -nelles de

et / ou l’insti- l’institutionnalisation

-tution est

considérée

comme l’environ-

-nement de l’orga-

-nisation (perspective

supra-organisationnelle)
Par ailleurs, les sciences des organisations conduisent vers la définition d’un champ « autonome » de l’organisation et, au nom de l’efficience, vers la reconnaissance de l’existence d’un sens « donné » quant à leur fonctionnement. A ce titre, il en va des organisations et des sciences des organisations comme du travail et des « sciences du travail ». C’est l’« objet » (l’organisation ici) qui en constitue l’essence. Remarquons d’ailleurs qu’avec l’organisation scientifique du travail, il est bien question de replier le travail sur l’organisation. Il est donc intéressant de souligner que cela répond aux perspectives gestionnaires et aux fondements de la théorie des organisations dans une logique à la fois réductionniste (en isolant cette entité que l’on va qualifier d’organisation pour mieux l’analyser et la comprendre) et prescriptive (pour « améliorer » son fonctionnement). Et pourtant, il n’existe pas, en miroir, de « sciences des institutions » mais des sciences politiques, d’où le champ laissé libre aux catégories des sciences des organisations pour investir la dimension organisationnelle des institutions.
Les sciences des organisations reposent sur le postulat implicite du continuum « individu – groupe – communauté - entreprise – organisation – institutions – Etat - société » dont on réduirait l’ensemble à un fragment, l’organisation, fragment considéré alors comme significatif, les instruments de gestion participant d’ailleurs au travail de légitimation de cette fragmentation. La référence privilégiée à l’institution réduit ce même ensemble à un autre fragment : l’institution.
L’entreprise (et ses catégories) serait l’organisation de référence et les sciences des organisations seraient également susceptibles d’offrir un contenu scientifique à la compréhension de ce que sont les institutions, celles-ci pouvant être étudiées au travers du concept d’organisation. Par extension, l’Etat serait aussi une organisation. Les catégories explicatives et les méthodes de fonctionnement constatées dans les organisations lui seraient donc applicables. L’institution perd ainsi ses caractères aussi bien juridiques que politiques et symboliques et l’on parle alors de « désinstitutionnalisation des institutions » au regard d’une « institutionnalisation des organisations ». Par contre, en miroir, l’« extensivité » de l’institution n’opère pas de la même manière sur les autres éléments du continuum en laissant autonomes les notions d’individu et de groupe.
C’est ce que souligne d’ailleurs P. Romelaer9 dans « Le gouvernement d’un pays comme métaphore du gouvernement d’une entreprise » quand il commente l’ouvrage de J. G. March & J. P. Olsen10 qui distinguent une « approche agrégative » d’une « approche intégrative » des institutions. Dans « l’approche agrégative », les institutions ont pour fonction l’allocation optimale des ressources pour satisfaire les intérêts différents et potentiellement divergents des coalitions et autres « parties prenantes ». Ces institutions réagissent à court terme aux forces du présent. Elles ont peu le sens du passé et peu le sens de l’avenir et mettent en avant la figure de « l’entrepreneur politique ». Dans « l’approche intégrative », les institutions ont pour fonction la création d’une communauté dont les membres se reconnaissent des valeurs partagées et internalisées (ces institutions s’appuient fortement sur l’interprétation du passé et sur une vision d’avenir « enracinée »). La « réalité » institutionnelle se situe bien sûr en mélange et alternance des deux car pour qu’il y ait agrégation, il faut bien qu’il y ait intégration, mais la managérialisation de la société tend bien à privilégier la première approche sur la seconde.
L’acception donnée ici à l’institution est caractérisée par le fait qu’elle se définit comme ce qui participe à la réalisation du « Bien Commun » (comme dans le cas d’un hôpital) tout en jouissant d’un statut légal et symbolique alors que l’organisation vise à réaliser des objectifs spécifiques dans le contexte de l’efficience (comme dans les entreprises), La substance de l’institution s’est modifiée dans le temps, en corrélation avec les catégories du monde moderne entre une vision triadique, en phase avec l’hétéronomie (l’institution amalgame le « je », les autres et « il », sous la forme de lois divines, par exemple) et une vision dyadique, celle de l’époque moderne, qui met face à face le « je » avec l’institution (cf. l’autonomie). La référence à l’organisation conduit à mettre l’accent sur des éléments tels que la hiérarchie, la coordination et la cohésion mais dans le cadre d’un statut juridique conventionnel, celui du droit des sociétés, venant, par exemple, en constituer le cadre institutionnel. Mais la dissociation ainsi tracée est certainement trop abrupte quand on doit prendre en compte le fait que l’institution se trouve être « organisée » alors que l’organisation tend à faire pression pour modifier le statut juridique qui est le sien soit directement, par modification de la loi, soit indirectement, par introduction d’éléments de soft law à l’intérieur de la hard law, dans une perspective d’institutionnalisation.
C’est à la critique de la primauté accordée à l’organisation que nous invite d’ailleurs H. Mintzberg dans Voyage au centre des organisations11. Les sciences des organisations conduisent à une réification de l’organisation dans une dimension a-historique, réductrice aussi bien de leur diversité « formelle » que de leur nature institutionnelle et politique. Il n’y aurait pas autre chose que des organisations ! Faire des organisations des entités « objectives » repose bien sur l’idée de les limiter aux entreprises ou de prendre celles-ci comme référentiel malgré leur diversité de forme. Il n’est pourtant pas si facile de trouver quelque chose de commun entre la « Très Petite Entreprise », extension de la personne, la Petite et Moyenne Entreprise, la « grande » entreprise et l’entreprise multinationale. Par ailleurs, alors qu’elles sont dénommées comme telles quand on parle « d’organisations internationales », il n’est pas établi de lien (ou très partiellement si l’on ne s’intéresse qu’à leur fonctionnement) lorsque l’on se réfère, par exemple, à l’ONU. Il en va de même des ONG (organisations non gouvernementales). Et pourtant, les organisations internationales sont aujourd’hui le lieu principal d’institutionnalisation de l’organisation comme avec, par exemple, l’Union Européenne au travers de ses directives ou la Banque Mondiale au travers de ses recommandations dans la mesure où il ne s’agit plus seulement d’organisations internationales mais d’organisations « supra » nationales dans la mesure où une délégation de souveraineté de la part des Etats membres leur a été explicitement ou implicitement attribuée. A partir du moment où l’usage de la notion peut s’appliquer dans des situations aussi disparates, peut-être est-il nécessaire de tenter d’y mettre un peu d’ordre en proposant une cartographie de l’organisation et de ses composantes.
Avec l’organisation, il s’agit de parler d’un monde où les sociétés se dissoudraient dans les organisations qui les constituent et dont les catégories justificatives se référant aussi à l’institution permettraient ainsi de « penser » la société en même temps. C’est en cela qu’il est question de parler « d’institutionnalisation » de l’organisation dont on rappellera la définition qu’en donne J. Rojot. « 
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