Les investissements internationaux du «Sud»





télécharger 94.94 Kb.
titreLes investissements internationaux du «Sud»
page1/4
date de publication28.02.2018
taille94.94 Kb.
typeDocumentos
e.20-bal.com > économie > Documentos
  1   2   3   4


Colloque RINOS Aix-en-Provence

6-7 Juillet 2007

Les investissements internationaux du « Sud »

Reconnexion ? Déconnexion ? Ou nouvelles connexions ?

(version préliminaire)
Pierre Berthaud

Maître de conférences

LEPII, UMR CNRS et Université Pierre Mendès France de Grenoble 2

Pierre.berthaud@upmf-grenoble.fr

Il aura fallu attendre que les pays du « Sud » renoncent aux stratégies préconisées par les partisans de la déconnexion et de ses diverses variantes (comme la préconisation d’un Nouvel Ordre Économique International) pour que s’amorce effectivement le processus d’intégration « Sud-Sud » que visaient précisément ces stratégies.

L’essor du commerce et de l’investissement « Sud-Sud » depuis le début de ce siècle ne semble en effet rien devoir à un projet collectif des pays en développement (ou même d’une partie d’entre eux). Les pays qui contribuent le plus à cette dynamique d’intégration économique (des pays d’Asie orientale) sont au demeurant parmi ceux qui ont le moins cherché à la promouvoir. Le processus qui s’amorce s’explique en définitive beaucoup mieux par des facteurs qu’on qualifiera de « naturels » comme ceux qui sont mis en évidence par les modèles à équation gravitationnelle, à savoir, pour les plus déterminants d’entre eux : la masse des économies (combinaison de leur taille et de leur niveau de développement) et la distance qui les sépare. Ces déterminants « naturels » n’auraient certes pas pu déployer tous leurs effets d’intégration si les pays du « Sud » n’avaient pas fait le choix de libéraliser leurs relations extérieures à partir des années 1980 (ouverture du compte courant et du compte de capital). Mais on conviendra que les politiques de libéralisation ne sont pas celles qu’entendaient promouvoir les partisans de la déconnexion. L’amorce d’intégration des économies du « Sud » que l’on observe aujourd’hui ne résulte ni de la mise en œuvre des préconisations des partisans de la déconnexion (comme Samir Amin) ni même de la mise en œuvre d’une quelconque stratégie de déconnexion.
L’essor du commerce et de l’investissement des pays du Sud que décrivent les rapports récents de la Cnuced [2004, 2006] est en réalité le fait d’un nombre réduit de pays en développement dont la masse économique s’est très considérablement accrue au cours des vingt dernières années. Il s’agit des nouvelles économies émergentes de l’Asie de l’Est et tout particulièrement des « trois Chines » (Chine, Hong Kong et Taïwan) et de Singapour (dont on sait qu’elle héberge une très importante communauté chinoise). L’essor constaté recouvre en effet des contributions très inégales de la part des pays en développement. Si aucune région du monde en développement n’échappe à cette dynamique d’intégration et à ses effets, les pays d’Asie orientale en sont les seuls véritables moteurs. Les transactions économiques internationales de ce noyau de pays expliquent non seulement la plus grande part de l’intégration « Sud-Sud », mais aussi celle de la région asiatique (intégration régionale) et celle qui s’amorce entre cette région et les économies développées d’Asie (le Japon), d’Europe et d’Amérique du Nord (intégration « Sud-Nord »). En définitive, les amorces d’intégration « Sud-Sud » et « Sud-Nord » que décrivent les statistiques de la Cnuced apparaissent comme un effet induit du seul véritable processus d’intégration « naturelle » en profondeur qui ait cours dans le monde en développement : celui de la région est-asiatique. L’intégration est-asiatique exerce ses effets bien au-delà de la région et participe d’une (amorce de) recomposition de l’ensemble des structures du commerce et de l’investissement international qui le doit beaucoup plus à la masse économique des économies concernées et à leur (relative) proximité géographique qu’à tout autre catégorie de facteurs.
Si le processus en cours ne répond en rien à des stratégies de déconnexion (du « Sud » vis-à-vis du « Nord »), il ne semble pas non plus correspondre à un schéma de reconnexion — en tout cas, si on entend par là, la poursuite de stratégies symétriques d’arrimage du « Sud » au « Nord ». La vision globale que dessinent les statistiques du commerce et de l’investissement international est plutôt celle d’un processus d’intégration naturelle en Asie orientale (au sens des modèles de gravité et de la définition de Krugman), processus qui ne doit pas grand-chose aux projets institutionnels régionalistes qui se développent parallèlement dans cette région, mais un processus dont les effets d’entraînement se manifestent aussi bien sur le reste du « Sud » que sur les relations « Nord-Sud » et un processus d’intégration dont le caractère naturel pourrait à l’avenir atténué la coloration régionale sans pour autant faire obstacle aux projets régionalistes des pays concernés.
L’objet de cette contribution est de décrire les contours de ce processus d’intégration naturelle est-asiatique et les effets de recomposition qu’il exerce à l’échelle de l’économie mondiale. On le fait ici au regard des seules tendances de l’investissement international et en nous appuyant sur les données fournies à ce sujet par le World Investment Report (WIR) de la Cnuced et en focalisant, comme y invite la dernière livraison du WIR [Cnuced : 2006] sur les investissements directs extérieurs (IDE) des pays en développement dans le reste du monde (investissements « Sud-Sud » et investissement « Sud-Nord »). Cet angle d’attaque par les investissements du « Sud » dans le reste du monde n’a pas d’autre justification que celle d’une (relative) originalité par rapport aux nombreuses études qui focalisent leur attention sur les seules données du commerce international et/ou sur les investissements des pays du Nord dans les pays du Sud. Les tendances qui se dessinent semblent par ailleurs recouper très largement celles que décrivent les statistiques du commerce international.

Les données rassemblées par la Cnuced sur l’investissement international présentent des limites bien connues qui réduisent la portée et la précision de l’exercice. Ces limites sont liées à la collecte des informations, à leur qualité, à leur homogénéité et à leur agrégation, mais également à l’existence à l’échelle internationale de pratiques et de stratégies nationales (comme celles des centres financiers off-shore par exemple) qui obscurcissent considérablement l’interprétation. D’autres limites tiennent aussi au fait que le WIR ne permet pas d’aller dans le détail de la géographie des investissements. En particulier, il n’est pas possible, sur la base de ce seul type de rapport, de dessiner par exemple la répartition par pays ou même par grandes zones des IDE de Hong Kong ou de la Chine. Le WIR ne fournit que des données globales agrégées par grandes catégories de pays (pays développés, pays en développement1, pays de la Communauté des États indépendants). Ces diverses restrictions limitent considérablement la portée de l’exercice. Mais la vision globale qu’apporte le WIR est, à notre connaissance, la seule qui permette de conserver une vue d’ensemble sur le processus étudié et ainsi de permettre de le relativiser.

Nous commençons par décrire l’émergence du « Sud » en tant que terre d’origine d’investissements internationaux (I). On s’interroge ensuite sur la réalité de « l’investissement Sud-Sud » (II) avant d’envisager l’hypothèse d’une régionalisation « naturelle » des investissements asiatiques (III)

I.– L’émergence du Sud comme investisseur

La dernière livraison du WIR [Cnuced : 2006] porte le sous-titre : « FDI from developing and transition economies : implications for development ». Le rapport entend ainsi attirer l’attention sur une tendance émergente : l’accroissement absolu et relatif des IDE originaires d’autres pays que les économies les plus avancées. On ne s’arrêtera pas sur les investissements des « économies en transition ». Un simple examen des données sur les stocks d’IDE détenus par cette catégorie de pays (pour l’essentiel les économies de la Communauté des États Indépendants depuis que nombre de PECO ont rejoint l’Union européenne) suffit pour constater que i) leur part reste modeste (guère plus de 1 % du stock mondial en 2005) et ii) la Fédération de Russie y occupe une part écrasant (95 % en 2005). L’essor des IDE en provenance des pays en développement (149 pays dans la nomenclature de la Cnuced) est plus substantiel.


Tableau 1. Répartition des IDE par région et par pays, 1980 – 2005

(pourcentages)




Régions/ Pays



Stock d’IDE détenus par le pays / la région


1980

1990

2000

2005

Pays développés

87, 3

91, 7

86, 2

86, 9

– Union européenne


37, 2

45, 2

47, 1

51, 3

Japon

3, 4

11, 2

4, 3

3, 6

États-Unis

37, 7

24, 0

20, 3

19, 2

Pays en développement

12, 7

8, 3

13, 5

11, 9

Afrique

1, 3

1, 1

0, 7

0, 5

Amérique latine et Caraïbes

8, 5

3, 4

3, 3

3, 2

CEI et sud est de l’Europe

...

0, 01

0, 3

1, 2

Asie et Océanie

2, 9

3, 8

9, 5

8, 2

Monde


100, 0

100, 0

100, 0

100, 0
  1   2   3   4

similaire:

Les investissements internationaux du «Sud» iconLes voies de la mondialisation
«dans presque tous les domaines : valeur ajoutée industrielle, palmarès des grands groupes, recherche-développement, investissements...

Les investissements internationaux du «Sud» iconJournées de l’économie à Lyon
«maladie hollandaise»; au Brésil, en Inde, en Afrique du Sud, en Turquie, insuffisance des investissements publics dans l’éducation,...

Les investissements internationaux du «Sud» iconChapitre 1 : Les fondements théoriques des échanges et des investissements internationaux
«facteurs spécifiques» : plus la dotation en facteur spécifique est grande, plus le pays aura de chances d’avoir un avantage comparatif...

Les investissements internationaux du «Sud» iconSujet : Comment peut-on expliquer les échanges internationaux de marchandises ?
«On s’interrogera sur les déterminants des échanges internationaux de biens et services et de la spécialisation» dans la partie 1...

Les investissements internationaux du «Sud» iconProgramme provisoire
«Sud / Sud». IL s’agira également d’étudier les approches les plus efficaces en termes d’impact et d’efficience

Les investissements internationaux du «Sud» iconBibliographie 62 Cône Sud et Brésil Introduction du Chapitre 4 :...
«nouveau régionalisme», caractérisé par la multiplicité des flux et des réseaux qui polarisent les activités tissant les filets de...

Les investissements internationaux du «Sud» iconSens général du thème en terminale S
«L'Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud», «L'Afrique : les défis du développement», «L'Asie du Sud et de l'Est : les...

Les investissements internationaux du «Sud» iconChapitre I -l’organisation générale des échanges internationaux....
«Quatorze points» de Wilson*. En 1945, ils y parviendront, parce qu’ils sont plus hégémoniques, et parce que les autres pays sont...

Les investissements internationaux du «Sud» iconLes conflits fonciers au Sud du benin
«Régime foncier et développement agricole au sud du Bénin : de l’Indépendance à nos jours (1960-2002)»

Les investissements internationaux du «Sud» iconAppel à candidatures «Campus pros internationaux»
«Campus pros internationaux» sont pilotés par la Délégation aux relations européennes et internationales et à la coopération» (dreic)...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com