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Dossier pour le module :

DSY 221 Comportement organisationnel 1



Amartya SEN : La Démocratie des autres : pourquoi la liberté n'est pas une invention de l'Occident. Paris, Payot, 2005.

Par
Assane BADIANE étudiant en Master prospective, innovation, stratégie et organisation (voie professionnelle)


Professeur: Yvon Pesqueux

1.L'auteur et son ouvrage

1.1. Brève biographie

1.2. Place de l'ouvrage dans la vie de l'auteur

2. Résumé et Plan de l'ouvrage

2.1. Les fondements pluriels de la démocratie

a. Une perception restrictive
b. Un héritage multiculturel

2.2. La valeur universelle de la démocratie

a. L'ascension démocratique
b. Des valeurs plurielles à la valeur universelle

3.Commentaires critiques et conclusions de l'étudiant

4. Bibliographie de l'auteur

1.L'auteur et son ouvrage

Amartya Sen, né en Inde en 1933, est un économiste ayant reçu le Prix Nobel d’économie en 1998, pour ses travaux sur la théorie du développement humain et la théorie du bien-être, sur les mécanismes générateurs de la pauvreté et de la famine, sur la théorie du choix social, sur le libéralisme politique, et sur les inégalités homme-femme. Il était professeur d’économie et de philosophie à l’Université de Harvard aujourd'hui il est recteur à l'université de Cambridge.

Amartya Sen est issu d’une famille de l’élite indienne. Enfant, il est témoin de la famine au Bengale en 1943. La partition de l’Inde en 1947 contraint sa famille à l’exil de leur province d’origine, intégrée au nouvel État du Bangladesh. Amartya Sen étudie à la Delhi School of Economics puis à Cambridge, où il obtient un doctorat de philosophie en 1959. Il a publié de nombreux ouvrages et dirigé plusieurs travaux dans l'économie du développement en questionnant la problématique des sociétés de sa globalité.
1.1. Brève biographie

Sa carrière académique est riche de nombreuses responsabilités dans des universités américaines, anglaises et indiennes (Cornell, Oxford, LSE, Delhi School of Economics, …). De 1998 à 2004, il était directeur du Trinity College de l’Université de Cambridge. En 2007, il est nommé président du Mentorat du projet d’Université de Nalanda, tout en conservant son activité d’enseignement à Harvard. Sen est aussi engagé dans l’action dans de grandes organisations internationales. Il est intervenu auprès de la Banque mondiale (institution spécialisée de l’ONU, en charge du développement). Il est président honoraire d’Oxfam. Il est administrateur de l’organisation internationale « Economists for Peace and Security », dirigée aujourd’hui par James K. Galbraith, aux côtés notamment de Kenneth Arrow.
«La notion de démocratie est si bien enracinée dans la culture européenne et nord-américaine, qu'elle est généralement considérée comme un concept purement occidental ; ainsi, la démocratie serait une valeur que l'Occident aurait pour mission de faire prévaloir et d'introduire dans des pays qui en auraient été jusque-là privés».

1.2. Place de l'ouvrage dans la vie de l'auteur

Influencé par Condorcet, mathématicien Français, penseur social et philosophe et aussi par Adam Smith et plus tard par Kant, Marx et John Stuart Mill qui ont réfléchi à la façon dont se passe la vie des gens dépendant des valeurs, des autorités, des choix, des possibilités qui leurs sont offertes, Sen est aujourd'hui préoccupé aux problématiques sociales,aux comportements et interactions entres les formes d'organisations individuelles ou sociétales.
Préoccupé par les comportements individuels (dans les organisations et les sociétés) notamment dans la théorie du choix social, Sen décrit la volonté de construire rationnellement un ordre social et de trouver des procédures efficaces et démocratiques. Dans les années 1950, un économiste, Kenneth Arrow, auteur de "Choix collectifs et préférences individuelles" donne à ce type de recherches des fondements scientifiques en définissant les conditions que doit respecter toute procédure de décision sociale, le vote, le marché, l'évaluation économique.. et aboutit selon le mot de Sen à des résultats "ahurissants": il est impossible que les décisions collectives intègrent réellement les souhaits individuels. Nous sommes là au cœur même de la problématique sociale. L'enjeu du choix social est de déterminer s'il existe des procédures capables d'agréger, de rassembler les préférences individuelles de manière relativement rationnelle, c'est à dire d'imaginer dans quelles conditions une organisation, une colllectivité puisse classer des états sociaux en se fondant sur les préférences individuelles.
L'originalité de la pensée d'Amartya Sen, économiste et humaniste, est de démontrer la complexité du problème de la démocratie. La démocratie est une valeur universelle, tel est l'argument défendu par le prix Nobel d'économie (1998). Elle n'est pas proprement occidentale car, comprise comme "la possibilité pour tous les citoyens de participer aux discussions politiques et d'être ainsi en mesure d'influencer les choix concernant les affaires publiques" elle est présente ailleurs dans les autres civilisations du monde. Et la défense de la singularité des soi-disant "valeurs asiatiques" est un leurre. Si l'on peut suivre Sen sur cette ligne, l'économiste fera tout de même bondir les spécialistes de l'Afrique quand il assène qu'il "n'y a guère de doute quant au rôle traditionnel et à la pertinence continue, dans l'héritage politique africain, de la participation et du fait d'avoir à rendre des comptes". La démocratie n'est pas non plus un obstacle à la croissance économique, affirme l'auteur. La question du lien entre développement économique et nature du régime politique a fait couler beaucoup d'encre sans qu'une loi générale s'en dégage.
Notre analyse portera sur ce dernier ouvrage. A travers celui-ci, Sen tend à s'affranchir des préjugés communs selon lesquels la démocratie ne serait qu'une valeur occidentale. Au travers de «La démocratie des autres» l'auteur s'attache à montrer que la pensée orientale n'est pas moins riche que son homologue occidental, et pour cela il s'appuie sur nombre d'exemples historiques attestant l'existence d'idées, de principes, d'expériences démocratiques en dehors de la Grèce antique. En premier lieu, il traite des origines de la démocratie et insiste sur l'importance du « débat public » comme garant de celle-ci en montrant tant pour l'occident que pour l'orient les conséquences du non-respect de celui-ci, pour lui l'occident s'approprie la démocratie or c'est une erreur qui trouve son origine dans la défaillance conceptuelle de la démocratie. Ainsi en second lieu, il revient sur ce concept pour aborder l'universalité de la démocratie qui déplace le débat au XIXème siècle selon lequel il ne s'agit plus de savoir si« un pays ne doit pas être déclaré mur pour la démocratie mais il doit plutôt parvenir à la maturité par la démocratie ». Ces deux parties s'articulent autour d'une question centrale à savoir dans quelle mesure peut on dire que la liberté puise ses racines dans l'existence de traditions démocratiques séculaire présente aussi bien en Orient qu'en Occident.
L’espace mondial, depuis la fin de la bipolarisation Est-Ouest, ne s’analyse pas seulement en termes de compétitions entre puissances (état de nature « hobbesien » des relations entre les nations), ni dans la mise en évidence de tensions entre blocs civilisationnels (le « clash », version Huntington), mais surtout à partir d’un donné qui interpelle l’humanité dans son ensemble :sociétés, organisations, l’état matériel, politique et moral des pays dits en développement, la misère et la pauvreté, l’injustice globale. La sociologie des organisations propose désormais des analyses de l'entreprise comme système social, qui ouvrent des espaces d'accueil sociologiques au concept politique, juridique et réglementaire de démocratie sociale, d'une part, et donnent quelques argument à la notion de «responsabilité sociale des entreprises» en aidant à la pensée de l'enchâssement de l'entreprise en société, d'autre part

Ces analyses ne prétendent certes pas que toutes les entreprises sont (ou peuvent être ) des foyers ardents de la démocratie, mais elles fournissent des clés de réflexion stimulante en faveur de cette contamination démocratique de la sphère de l'économique.

Quelle est et quelle pourrait être la contribution de l'économie sociale à ce mouvement? Très curieusement, la réponse se trouve dans le questionnement sur le comportement organisationnel ,elle est à la fois très importante, si l'on prend en considération certaines coopératives qui ont poussé très loin la radicalisation du modèle démocratique dans les organisations (tous les salariés sont obligatoirement associés; toutes les décisions sont collégiales...), et très faible si l'on considère que la mesure où l'innovation statutaire (les coopératives) ne fait pas de la question démocratique dans les entreprises une ambition de la démocratie sociale, voire pas même une pensée.

Il reste donc, de vastes espaces à explorer pour que l'économie sociale soit effectivement une source d'innovation dans le champ de la démocratie sociale, ce en quoi elle rendrait certainement un service aux organisations, à la société et renforcerait les conditions de leur développement.
2.Plan de l'ouvrage

L'ouvrage peut être scindé en deux grandes parties, l'une tente d'écrire les fondements pluriels de la démocraties et ses origines dans la grec antique avant de céder la place au totalitarisme et autres formes autoritaires. L'autre essaye de donner l'ascension et l'affirmation de la démocratie dans toutes les formes de sociétés et enfin la valeur universelle de la démocratie.
2.1. Les fondements pluriels de la démocratie


La démocratie est certainement le fil conducteur de l’ensemble de l'œuvre de l’économiste et philosophe Amartya Sen. D’une part, sa foi en la démocratie apparaît comme la raison première de sa volonté de défier le « théorème d’impossibilité » établi par Kenneth Arrow au début des années cinquante, et comme une ligne directrice dans sa recherche en théorie du choix social. D’autre part, dans ses analyses de problèmes sociaux plus empiriques, comme la famine ou les inégalités hommes-femmes, il considère que la solution réside dans la pratique de la démocratie et que, d’une manière générale, elle constitue un élément indispensable du développement des organisations, des sociétés. Plus fondamentalement enfin, la démocratie apparaît comme l’objectif qu’il cherche à servir par ses travaux en contribuant à alimenter le débat scientifique et public.

Sen fait partie des auteurs qui défendent une conception de la « démocratie en termes de débat public » (p. 15), allant bien au-delà de la question des élections libres et des scrutins, se situant sur ce point dans la lignée de James Buchanan qui parlait de « gouvernement par la discussion » ou de John Rawls qui la fonde sur « la délibération ». Il est vrai que, durant le siècle dernier, il a été largement débattu de la nécessité d’avoir un point de vue beaucoup plus vaste sur la démocratie non seulement dans le domaine de la philosophie politique, mais également dans celui de ces nouvelles disciplines que sont la théorie du choix social et la théorie du choix public. Sen a largement contribué à alimenter ce débat, notamment par ses contributions en théorie du choix social.

La démocratie des autres, traduction française de deux textes assez courts rédigés par Sen entre 1999 et 2003 – respectivement « Democracy as a universal value » et « Democracy and its global roots » –, peut surprendre par son orientation vers un public bien plus large que la seule communauté des spécialistes de l’économie normative ou de la philosophie morale et politique. En effet, bien loin des percées théoriques – souvent très formalisées – qui caractérisent les publications nombreuses de Sen, ce petit ouvrage se veut une réponse à ceux qui estiment que la démocratie est une tradition politique occidentale, non applicable et non efficace dans les pays que l’on qualifie de « sous-développés ». Cette réponse se situe notamment dans un contexte où la thèse du « clash des civilisations » de Samuel Huntington s’est trouvée amplifiée par les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et sa volonté d’instaurer avec force son idéal démocratique en Afghanistan, puis en Irak.
a) Un héritage multiculturel

Sen entend donc démonter, par des références à l’histoire et aux influences multiples de chaque culture, l’idée reçue selon laquelle le pluralisme, la tolérance et le libéralisme politique sont des pratiques quasi « naturelles » à l’Occident et étrangères aux « autres ». Il est vrai que, en tant qu’économiste indien, son engagement incessant pour la démocratie s’est parfois vu accusé de défense des valeurs occidentales. Il n’est donc pas surprenant que, dans ses derniers écrits, il tente davantage de définir une éthique de la démocratie en s’appuyant sur des penseurs et des pratiques issus d’Afrique ou d’Asie. Il cite volontiers John Rawls ou Alexis de Tocqueville, mais il semble s’inscrire de plus en plus fermement dans la lignée du poète et intellectuel bengali Rabindranath Tagore prix Nobel de littérature en 1913.
La première partie de l’ouvrage sur « les racines globales de la démocratie » commence par une remise en cause des doutes fréquemment émis quant à ce que peut accomplir le « modèle démocra-tique » dans les pays pauvres. Ces doutes ont notamment deux origines : d’une part, il y a l’idée que la démocratie peut être un obstacle au développement ; d’autre part, certains considèrent que la dé-mocratie véhicule des valeurs historiquement et culturellement inadaptées à certains pays. Sen s’attache donc à rappeler qu’il existe de longues traditions de débat public sur les problèmes politiques, sociaux et culturels en Asie, en Afrique ou dans le monde arabe, et que les populations de ces parties du monde ont beaucoup souffert de la domination autoritariste des empires britannique, français, portugais et belge, les famines en étant une illustration. En outre, les Euro-péens, qui se targuent souvent d’être les héritiers des pratiques démocratiques de la Grèce antique, oublient un peu trop vite que, dans l’Antiquité, les Grecs eux-mêmes avaient tendance à privilégier les liens intellectuels avec les Indiens, les Iraniens et les Égyptiens plutôt qu’avec les Goths.

Après avoir rappelé que l’histoire de la pensée démocratique ne peut se limiter aux seules expériences et valeurs européennes, dans la seconde partie de l’ouvrage, Sen s’engage à défendre l’idée de « la démocratie comme valeur universelle », s’intéressant cette fois aux événements plus contemporains. Il répond ainsi plus précisément au doute concernant l’apport de la démocratie pour le développement, en distinguant trois éléments qui fondent sa valeur et sa portée : l’importance intrinsèque de la démocratie dans la vie des hommes ; son rôle instrumental en produisant des incitations politiques, et sa fonction constructive dans la formation des valeurs et des priorités pour l’action collective en permettant une meilleure connaissance des besoins.

Ainsi, la conception de la démocratie qui semble se dégager de ce court ouvrage est bien évidemment que « la démocratie a des exigences qui transcendent l’urne électorale » (p. 12), qu’il s’agit plutôt d’une logique de la délibération, d’une pratique de la discussion et du raisonnement publics. D’ailleurs, de ses travaux en théorie du choix social et de ses controverses avec les philosophes politiques notamment, Sen dit avoir retenu que « le processus de décision, grâce à la discussion, peut enrichir l’information que nous avons sur une société donnée, sur les propriétés individuelles, qui elles-mêmes peuvent évoluer à la suite d’une délibération publique » (p. 13). En tout cas, il est évident pour lui que cette conception de la démocratie trouve des racines dans toutes les cultures, et qu’il s’agit d’une valeur universelle, non parce que personne ne s’y oppose, mais parce que « des gens, en tous lieux, ont sans doute bien des raisons de la considérer comme telle » (p. 70).

Cet ouvrage, à la lecture facile, aux arguments simples, accessible à tous, n’en est pas moins le fruit d’une longue réflexion sur la nature complexe des institutions démocratiques qui, loin de se réduire à l’application de la loi de la majorité, nécessitent que les individus eux-mêmes soient démocratiques et puissent utiliser les institutions à bon escient. L’éthique de la démocratie défendue par Sen est, d’une part, tout à fait compatible avec les cultures non occidentales, mais elle nous incite, d’autre part, à regarder de plus près nos pratiques passées et présentes à l’aune de cet idéal politique prétendument considéré comme le nôtre. On peut cependant regretter que cette volonté de replacer son engagement pour la démocratie dans des traditions non occidentales l’ait amené à éclipser un certain nombre d’autres influences qui l’ont certainement tout autant orienté. On peut penser à l’influence de sa seconde femme Eva Colorni, dont l’engagement en faveur de processus politiques authentiques et équitables, comprenant une double exigence de réalisme et de participation, était lié à sa propre histoire familiale – son père était un éminent philosophe tué pour s’être consacré au mouvement antifasciste de l’Italie mussolinienne et aux traditions politiques italiennes sensibles à la question sociale. Mais on peut tout autant souligner, comme l’a fait récemment Hilary Putnam, les proximités entre la perspective de Sen et la philosophie pragmatiste, notamment celle développée par John Dewey aux États-Unis.
2.2. La valeur universelle de la démocratie

L’intérêt très ancien de Sen pour la démocratie et l’équité a d’abord pris forme dans les réflexions menées sur la théorie des choix collectifs et la volonté de dépasser le pessimisme de Arrow (Sen, 1998). Sen n’aura de cesse de perfectionner ses avancées en la matière pour servir des questionnements plus pratiques que la théorie «pure» laisse de côté. Ce que montrent les travaux menés à partir du théorème d’impossibilité de Arrow c’est qu’il n’existe pas un type idéal de choix social applicable à la lettre dans la mesure où ce sont les circonstances qui déterminent quelles sont les meilleures procédures à appliquer (id., p.200). Sen cherchera en conséquence à établir en quelque sorte une théorie générale du choix social qui s’articule avec la relativité et la contextualisation de son application. Cette recherche passe par une analyse renouvelée de la démocratie.

Dès 1970 Sen affirme la nécessité de s’émanciper de la démarche purement prédictive de la théorie pure, critique qu’il complétera plus tard par une charge contre les prétentions prescriptives d’une analyse économique se croyant libérée des jugements de valeur (Sen, 1980, Putnam, 2002). L’argument principal de Sen, alors, tient à ce que les discussions éthiques sont au coeur de la critique sociale qui sous-tend l’analyse des choix collectifs (Sen, 1970, pp.122-3, 192).
Il prolongera ces réflexions par la suite pour rejeter les dérives autoritaires de certaines théories du

bien-être et du développement. Ces dérives sont de plusieurs sortes. La première, et peut-être la plus fondamentale, tient à la croyance dans la possibilité d’établir scientifiquement un ensemble de priorités aptes à guider les politiques publiques en vertu de l’intérêt général. Cette critique est ancienne on la trouve exprimée très clairement chez Schumpeter confrontant l’utilitariste à « l’étroitesse de son champ de vision, petit canton taillé dans la forêt des évaluations humaines » qui l’empêche de saisir que les valeurs poursuivies par les individus et les groupes « ne se trouvent pas circonscrites dans le cercle de la simple logique » (Schumpeter, 1984, p.331). Bien qu’ils soient les pères de la doctrine démocratique (id., p.332)4, la croyance des utilitaristes dans l’existence d’un bien commun comme le maximum de satisfaction économique fausse leur perception de la liberté. C’est le même type de réflexions que Sen déploie à de nombreuses reprises contre l’idée qu’il existerait des priorités économiques justifiant le sacrifice de certaines libertés.
Le refus de la « formule magique » s’appuie sur l’analyse de la formation des préférences individuelles. Elle entretient un lien essentiel avec l’analyse des procédures conduisant au choix social et dont plusieurs paradoxes (comme celui de Condorcet) sont à la base des travaux d’Arrow (1974, pp.19 et suiv., pp.171 et suiv. ; Sen, 2005a). Sen propose alors un dépassement du théorème d’impossibilité en abandonnant certains axiomes de la théorie standard. En particulier, il suggère que les individus ne peuvent pas être appréhendés comme disposant d’un ordre de préférence complet. Pour lui, les valeurs poursuivies par les individus (ce qu’ils souhaitent réaliser) sont le résultat d’une interaction sociale déterminant à la fois ce qu’il leur semble possible de réaliser et ce qu’il leur semble souhaitable de valoriser.
Ainsi, l’ « exercice de la raison publique », en incluant les membres d’une collectivité, d'une organisation dans les processus de discussion et de décision, « peut enrichir l’information que nous

avons sur une société donnée, sur les propriétés individuelles qui elles-mêmes peuvent évoluer à la suite d’une délibération publique » (Sen, 2006a, p.14).
Comme le souligne Anderson (2003, pp.249-250), la démocratie se définit comme « l’incarnation institutionnelle d’un raisonnement et d’une expérimentation collective quant aux modalités du vivre ensemble », ce qui en fait un « engagement collectif dans la raison pratique » qui dépasse l’action publique et inclut une participation aux débats des citoyens les plus ordinaires. C’est ce qui confère à la démocratie son rôle « constructif » :

« la politique de la démocratie donne aux citoyens une chance d’apprendre les uns des autres, et aide la société à donner forme à ses valeurs et à ses priorités. Même l’idée de « besoins », qui inclut la compréhension des besoins économiques, requiert une discussion publique et l’échange d’informations, de points de vue et d’analyses. Dans ce sens, la démocratie joue un rôle constructif. » (Sen, 2006b, p.71);

« Les droits politiquent, y compris la liberté d’expression et de discussion, jouent non seulement un rôle vital pour induire des réponses sociales des besoins économiques, mais aussi un rôle primordial pour la conceptualisation des besoins économiques eux-mêmes. » (id., p.74)

b) Des valeurs plurielles à la valeur universelle

La démocratie est-elle universelle, au même titre que le sont les lois de la physique newtonienne ? Telle pourrait se formuler la question à laquelle l’économiste indien Amartya Sen tente d’apporter une réponse dans ce petit ouvrage, La démocratie des autres. Pourquoi la liberté n’est pas une invention de l’Occident ? cet essai veut réfuter l’idée reçue et, selon l’auteur, par trop répandue, suivant laquelle l’origine de la démocratie est se trouve dans la civilisation du couchant (Asiatique). Explicitement, ce travail entend opposer le présupposé qui veut que les « racines » de la démocratie ne puissent être trouvées uniquement « dans les signes distinctifs d’une pensée occidentale qui ne s’est épanouie qu’en Europe – et nulle part ailleurs – et cela, pendant très longtemps » (p. 11).

Selon Sen le « plus grand défi de notre temps », est celui du soutien de la lutte « pour le modèle démocratique dans le monde entier » (p. 9). Dans ces deux textes, Amartya Sen emprunte à plusieurs reprises les mêmes chemins – ce qui pourrait donner l’impression d’une certaine répétition, si ce n’était de la pertinence de leur rappel pour le développement successif et complémentaire pour répondre à ce qui constitue, à ses yeux, les deux principales objections souvent avancées à l’encontre du modèle démocratique.

Premièrement, l’auteur s’oppose à l’idée suivant laquelle la démocratie serait inadaptée aux pays les plus pauvres, sous prétexte que ce dont ces pays ont besoin ce ne sont pas des élections, mais du pain. Pour les tenants de ce que l’auteur appelle l’« hypothèse de Lee » (du nom de Lee Kuan Yew, ancien premier ministre et ministre d’État de Singapour de 1959 à 1990, qui en fut un fier partisan), un régime autoritaire, plutôt que le régime du pouvoir par le peuple, serait bien plus à même de garantir la satisfaction des besoins primaires et essentiels d’une population dans le besoin et, par suite, de contribuer à son développement économique. À cette vision, l’économiste oppose les exemples de l’Inde, de la Jamaïque et du Costa Rica. C’est bien en effet dans le cadre de régimes démocratiques que ces trois pays ont réussi à maintenir un taux de croissance économique qui fait l’envie de leurs pays voisins. Mais, d’une manière plus fondamentale, la réfutation de cette hypothèse offre en plus l’occasion à l’auteur de remettre en cause cette idée suivant laquelle il existerait une quelconque corrélation entre système démocratique et croissance économique. Reprenant une thèse qu’il exposa plus longuement dans Un nouveau modèle économique. .Développement, justice, liberté (Paris, Odile Jacob, 2000 l'économiste de Harvard soutient que l’on ne saurait établir avec certitude un lien de causalité entre démocratie et croissance économique, «[s]i toutes les études comparatives sont confrontées les unes aux autres, l’hypothèse selon laquelle il n’y pas de relation claire entre croissance économique et démocratie dans l’une ou l’autre direction reste extrêmement plausible » (p. 57). Ainsi, la mise en place de droits politiques démocratiques dans une société pourrait être, selon lui, sans effets sur son développement économique, qu’ils soient positifs ou négatifs. La démocratie est une chose, le développement économique, une autre.

Deuxièmement, Sen s’emploie à réfuter la thèse qui stipule que la démocratie ne conviendrait pas à certaines cultures, puisque ce régime leur serait intrinsèquement étranger. Suivant une opinion assez répandue, une « différence culturelle » justifierait (p. 73), ou pourrait justifier, le cantonnement de la pratique de la démocratie à l’Occident. Conséquemment, tout effort en vue de soutenir ce régime politique dans les pays non occidentaux ne constituerait donc rien de moins qu’une forme d’occidentalisation, soit un effort en vue d’imposer ce régime occidental – par le biais de la promotion de son supposé caractère universel – au reste du monde. Pour répondre à cette seconde objection, l’auteur n’a d’autre choix que de s’engager dans une réflexion sur la nature

de la démocratie.

Pour Sen, la démocratie ne saurait être réduite à sa seule dimension fonctionnelle, soit le fait de tenir des scrutins et des élections. Inspiré directement de l’analyse rawlsienne, l’auteur offre une conception de la démocratie comme pratique sociale, celle de « l’exercice de la raison publique » (p. 12). Comme telles, on peut relever deux dynamiques au cœur de cette pratique sociale, soit : « la tolérance à l’égard de points de vue différents (y compris le fait de se trouver d’accord pour être en désaccord) » et, « l’encouragement au débat public (y compris le fait d’adhérer à l’idée qu’il peut y avoir enrichissement et enseignement réciproques) » (p. 25). Partant de cette définition de la démocratie, Sen poursuit sa réflexion et se demande dans quelle mesure ces deux pratiques sociales peuvent être considérées comme des traits spécifiques à l’Occident .
La réponse à cette question passe d’abord par la réfutation du mythe de l’existence d’une tolérance typiquement occidentale, à laquelle il faudrait opposer un « despotisme non occidental » (p. 26). L’auteur rappelle en effet comment le Caire, sous le vizirat de Saladin I (1169-1193), était une ville où régnait la tolérance, ce qui est attesté par le fait que le penseur Maïmonide ait pu y trouver refuge, fuyant l’Europe alors intolérante à l’égard des Juifs. De même, l’Andalousie, sous le califat d’Abd al-Rahman III (912-961), dont le vizirat était assuré par un juif du nom de Hasdai ibn Shaprut, ou même l’Empire mongol d’Akbar à la fin du XVIe siècle, où vivaient paisiblement chrétiens, parsis, jaïns et juifs, sont des exemples concluants de pratique de tolérance politique à l’extérieur du monde occidental. L’auteur rappelle qu’à l’époque d’Akbar, en Europe, on avait condamné au bûcher Giordano Bruno sous l’accusation d’hérésie ! Ainsi, pour Sen, il convient d’abord de souligner qu’il n’y a point d’exception occidentale en matière de tolérance et de dialogue.

Si la tolérance ne saurait être l’apanage de l’Occident, de même l’encouragement au débat public trouve de nombreux exemples à l’extérieur du monde occidental. Il cite alors les expériences de l’Inde, de la Chine et du Japon, trois pays où il s’est longtemps pratiqué une gouvernance au moyen « d’assemblées générales, très ouvertes, visant de manière spécifique à régler des conflits nés de points de vue différents » (p. 28).

L’auteur rappelle le caractère public des conseils qui se tenaient à Pataliputra (aujourd’hui Patna), en Inde, au IIIe siècle avant J.-C. De même, l’élaboration au Japon de la Constitution des dix-sept articles en 604 après J.-C,. sous le règne du prince Shotoku, représente un exemple insigne de pratique du débat public dans le monde non occidental. Ces expériences – dont les origines, selon l’auteur, sont à trouver dans les « “conseils” bouddhistes [qui] se tinrent peu après la mort de Bouddha Gautama » (p. 28) – permettent, à ses yeux, de réfuter clairement l’existence exclusive de débats publics en Occident.
Par ailleurs, désireux de vouloir réfuter la question de la différence culturelle pour expliquer le caractère occidental de la démocratie, l’auteur estime d’emblée nécessaire de mettre en garde le lecteur contre le risque de voir dans l’immense continent de l’Asie une seule culture monolithique et ainsi de négliger de considérer l’extrême diversité des cultures qui le composent (p. 74). Or, n’aurait-il pas été conséquent pour l’auteur qu’il respecte lui-même ce précieux conseil lorsqu’il aborde la question de la pratique de la démocratie en Afrique (p. 16-19) ? Comment en effet est-il franchement possible de parler de l’existence d’une « pensée démocratique en Afrique (p. 18) », comme si ce vaste continent et l’immense diversité des cultures qui s’y épanouissent formaient une seule expérience culturelle et historique ?
3.Commentaires critiques et conclusions de l'étudiant

En somme, ce petit ouvrage constitue une réflexion stimulante sur la nature de la démocratie et permet d’apprécier la grande érudition de l’économiste indien. Toutefois, sans vouloir en diminuer sa portée, cette réflexion suscite quelques interrogations.

Si, dans ce petit ouvrage, Sen apparaît convaincant lorsqu’il s’efforce de réfuter certaines thèses courantes qui vont à l’encontre de la démocratie – encore qu’on puisse remarquer que cet exercice n’est pas en soi si difficile, puisque de telles thèses ne jouissent plus, du moins en Occident, d’une grande autorité –, lorsqu’il s’agit de défendre ses propres thèses, notamment celle de l’absence de corrélation entre démocratie et croissance économique, la force de l’argument semble malheureusement s’épuiser.
4. Bibliographie de l'auteur

2007 - L'Inde. Histoire, culture et identité. Paris, Odile Jacob.

------- Identité et violence. Paris, Odile Jacob.
2005- Amartya Sen : La Démocratie des autres : pourquoi la liberté n'est pas une invention de l'Occident . La Démocratie des autres, Rivages poche;

---- Rationalité et liberté en économie. Paris, Odile Jacob;

---- La Démocratie des autres : pourquoi la liberté n'est pas une invention de l'Occident. Paris, Payot.
2004 - L'économie est une science morale. Paris, La Découverte.
2000 - Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté. Paris, Odile Jacob;

------- Repenser l'inégalité. Paris, Seuil.
1999 - Development as freedom. Oxford, Oxford University Press.
1993 - Éthique et économie. Paris, PUF.
1990 - More Than 100 Million Women Are Missing. New York, New York Review of Books.
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