Quelques réflexions sur la démocratie socialiste





télécharger 167.04 Kb.
titreQuelques réflexions sur la démocratie socialiste
page1/5
date de publication14.11.2017
taille167.04 Kb.
typeDocumentos
e.20-bal.com > économie > Documentos
  1   2   3   4   5
Pour la discussion internationale
Révolution d’abord
Editions Nouveau Prométhée Paris


Marceau Pivert
La Révolution avant la Guerre
1936

Avant-propos rétrospectif
Quelques réflexions sur la démocratie socialiste
La publication des thèses de Bauer(1)-Dan(2)-Dunois(3)-Zyromski(4) sur « l'Internationale et la Guerre » a le grand mérite de solliciter la « discussion internationale ».
Nous nous ferons donc un devoir de répondre à l'appel de Fritz Adler(5); avec l'automne 1935, le prolétariat mondial aborde une nouvelle période historique; les questions les plus dramatiques sont posées devant lui aussi bien par la croissance des antagonismes de classe que par la coexistence de l'économie soviétique ascendante et de l'économie capitaliste déclinante. Sans action prolétarienne sérieuse il est clair que la crise capitaliste conduit au fascisme et que le fascisme conduit à la guerre.
Comment rompre ce cercle infernal?

... Peut-être aurait-on avancé plus rapidement dans la recherche des solutions si la « démocratie socialiste » avait mieux fonctionné depuis 3 ou 4 ans. Mais notre SFIO a été gênée dans le processus de régénération révolutionnaire par des phénomènes de pression électoraliste et parlementaire. Cependant, en 1931, le Parti sait aborder, pour la première fois depuis 1914, la délicate question de la défense nationale. Il la traita presque exclusivement sous l'angle parlementaire, conformément à sa principale activité au cours de cette période « d'avant la crise ».
A ce moment, le plus grave danger nous paraissait résider dans la fraction social-patriote, représentée par Renaudel et Paul Boncour (6) qui prétendaient organiser la défense nationale plus rationnellement que la bourgeoisie elle-même (sans changer le régime capitaliste). D'où les fameux projets Boncour, le rapport du budget de l'Air confié à Renaudel, la participation au Conseil supérieur de la défense nationale, c'est-à-dire en fait, l'intégration du Groupe socialiste au parlement dans l'appareil militaire de la bourgeoisie.
Cette monstrueuse collaboration de classe fut liquidée par l'effort propre du Parti, de ses militants, de ses représentants du centre et de la gauche. Aussi, au lendemain du Congrès de Tours (1931) paraissait une singulière déclaration signée de 25 députés et sénateurs tous devenus depuis néos ou ministres bourgeois; « Puisque le Parti nie le principe de la défense nationale, nous faisons toutes réserves sur l'avenir... »
A la vérité, la motion adoptée par le Congrès à une très forte majorité n'approuvait ni ne niait « la défense nationale en régime capitaliste ». Elle donnait néanmoins un mandat précis au groupe parlementaire : « Ni vote de crédits militaires, ni rapports... Pas un homme, pas un sou » Et, pour donner satisfaction à beaucoup d'éléments du Parti qui ne voulaient pas apparaitre comme reniant un passé de majoritaires de guerre, on pria Léon Blum de faire une déclaration-synthèse précisant la physionomie du Parti. Cette déclaration fut un chef-d’œuvre de subtilité : « La défense nationale, c'est la paix; seul le socialisme peut assurer la paix; donc, seul le socialisme donnera son plein sens à la défense nationale »...
Mais le problème véritable, en style de classe, avait été éludé.
La résistance des militants aux compromissions, bientôt aux trahisons d'une forte fraction du groupe parlementaire s'était traduite par une définition concrète de l'attitude du Groupe; mais les divergences de conceptions renaissaient, dans le bloc de la majorité lorsqu'il fallait traduire l'opposition de classe à la guerre impérialiste dans le langage « action directe prolétarienne » Ici se retrouvaient deux grands courants, que la pression des événements devait séparer un jour ou l'autre.
I. Il y a des cas, en régime capitaliste, où le devoir de défense nationale peut avoir une vertu internationaliste (la thèse de Bauer-Dan-Dunois-Zyromski est précisément une analyse sérieuse de ces cas concrets actuels).
II. Il n'a a jamais de cas, en régime capitaliste, où le devoir de défense nationale ait un sens et une vertu internationaliste. En d'autres termes : collaboration avec la classe ennemie, jamais, et dans la guerre moins encore que dans la paix. Ce sera la thèse que nous apposerons à celle de nos quatre camarades.
Mais ces divergences pouvaient encore s’atténuer dans le jeu des tendances au sein de l'Internationale, en face des dangers renouvelés du social-patriotisme impénitent. Au printemps 1933, la fraction Renaudel-Marquet, violant les décisions de Congrès, en arrive à voter les crédits militaires!
Quoi qu'il en soit, I'IOS (6b) avait précisément porté à son ordre du jour les trois sujets toujours posés à notre attention : Guerre-Unité-Pouvoir. Une conférence internationale devait se tenir à Paris en août et le Congrès du Parti fixé le 14 juillet 1933 devait préciser le mandat de ses délégués sur les trois points de l'ordre du jour.
A vrai dire, l'attention du Congrès était concentrée sur la menace de rébellion des néos et c’est à ce Congrès que les fameux discours de Déat(7), Marquet(8), Montagnon(9)( « ordre! autorité!! nation!!! ») révélèrent le divorce total entre la droite ministérialiste et le socialisme traditionnel.
Néanmoins, la Conférence internationale d'août 1933 (où les délégués n'avaient pas de mandat) fournit l'occasion à la gauche de l'IOS de lancer un vigoureux appel aux masses organisées.
Cet appel partait les signatures suivantes : V. Alter (Bound de Pologne), N. Andresen (PS d'Estonie), Z. Bianco (PS d'Italie), A. Bocconi (PS d'Italie), H. Erlich (Bound de Pologne). O. Félix (PS d'Amérique), M. Krüger (PS d'Amérique), E. Levinson (PS d'Amérique), M. Pivert (PS de France), C. Senior (PS d'Amérique), P. H. Spaak (Parti ouvrier belge), Jean Zyromski (PS de France).
Il était précédé d'une déclaration qui fut commentée à la tribune par Jean Zyromski :
« Les membres soussignés de la « Conférence d'Information » considèrent que les divergences doctrinales et tactiques mises en évidence par la discussion générale doivent porter d'urgence à la connaissance de tous les militants de l'internationale, afin que, loyalement consultés, ceux-ci déterminent eux-mêmes, par le libre jeu de la démocratie intérieure, les principes de l'action à engager sur tout le front international de classe.
C'est en vue d'aider à la clarification rapide d'une situation périlleuse qu'ils proposent à l'examen des masses organisées les thèses ci-dessous en faisant confiance à leur instinct de classe, à leur volonté de lutte, à leur besoin impérieux de démocratie réelle. »
La déclaration de Staline vint ajouter à la confusion. Elle détermina une sorte de stupeur immédiatement exprimée par Blum dans « Le Populaire ». Puis, un effort de résistance collective aux menaces d'union sacrée qui semblaient en être la conséquence. Le malaise n’est pas encore dissipé au sein du prolétariat et plus particulièrement dans nos sections socialistes.
...Mais voilà l'Italie qui marche à la conquête de l'Abyssinie. Branle-bas diplomatique général. L'Internationale sera t’elle prête à faire face à tous les événements? Elle renvoie à une date ultérieur la réalisation du front unique international ( avec la IIIème ). Pourtant, le temps presse. Qui sait jusqu’où le conflit peut s’étendre? Osera-t-on décider du sort de millions et de millions de travailleurs organisés sans les consulter? Ce n'est pas possible.
La discussion est ouverte.
L'étude critique de la brochure de nos quatre camarades nous permet d'y apporter notre contribution; en présence de l'insuffisance et du danger des thèses que nous allons analyser, nous ferons apparaître, brièvement, nos propres conceptions.
Après quoi, si les événements le leur permettent, les travailleurs décideront eux-mêmes...
Du moins nous voulons espérer qu’on le leur permettra, à bref délai.
Jamais, en effet, les règles de la démocratie intérieure n' auront eu plus de prix qu'à la veille d'une nouvelle période de guerres, de dictatures et de révolutions dont les prolétaires seront en définitive, ou les victimes pitoyables, ou les acteurs victorieux
1er septembre 1935.

M. P.
I. « Si la guerre éclate, il sera trop tard »
La préface de Fritz Adler, comme les articles de Léon Blum ont évoqué une question préalable, pour nous essentielle :
C'est avant la guerre que nous devons agir, c’est-à-dire en ce moment même.
Le véritable « fatalisme désespéré » c’est à nos yeux celui qui semble porter l’effort principal sur la fixation des tâches internationales pendant la guerre. Oui, une politique internationaliste pendant la guerre doit être définie. Mais c'est mettre la charrue devant les bœufs que de ne pas examiner d'abord la tâche internationale immédiate! Au fait, y a-t-il, en 1935, une véritable Internationale?
Cette question n'est pas une sorte de blasphème; elle vient à l'esprit lorsqu’on regarde la carte d'Europe et du monde et l'état de division et de confusion du mouvement ouvrier. Comment peut-on imaginer une réalité internationale sérieuse pendant la guerre, si dès maintenant, il y a encore des fractions du prolétariat organisé qui collaborent avec leur bourgeoisie à l'organisation de l'appareil militaire de celle-ci?
Oui, il est peut-être déjà trop tard, mais la tâche essentielle ne pourra pas être toujours reculée : créer une véritable Internationale.
Si nous avons entrepris une étude critique des thèses de nos quatre camarades, c'est parce que nous sommes d'accord avec l'objectif fixé par Fritz Adler : définir « la position d'un internationalisme inconditionnel et viril ».
Et c'est parce que, comme nous allons le montrer, l'attitude qui nous est proposée s’écarte considérablement de cet objectif difficile à atteindre.
II. Le premier postulat
« L'Allemagne hitlérienne est la plus puissante forteresse du fascisme… la défaite militaire de l'Allemagne hitlérienne déclencherait la révolution prolétarienne. »(Page 11.)

Ce point de départ, d'où découlent tontes les thèses, est précisément le plus discutable.
La plus puissante forteresse? l'Allemagne hitlérienne? Dans quel sens?

Au sens militaire? Elle aurait reconstitué en moins d'un an une puissance militaire supérieure à celles de la Russie, de la France, de l'Angleterre réunies? Impossible.
Au sens économique? C'est nier la crise inextricable de l'économie allemande.
Au sens social? C'est nier les contradictions inouïes qui travaillent et sapent le troisième Reich.
Mais il y a un ciment, c’est exact, pour souder toutes les énergies nationales allemandes : c’est la crainte de l'encerclement, de l'étouffement économique, de la guerre d'extermination. La mystique hitlérienne est alimentée par toutes les fautes, tous les crimes des signataires du traité de Versailles, par tous les mensonges pseudo-pacifistes de notre impérialisme qui a refusé de désarmer après l'avoir promis. Hitler bloque autour de lui son peuple parce qu'il a su prendre un masque pacifiste. Son jeu consiste à proclamer son amour de la paix devant un monde surarmé qui l'oblige à en faire autant. Oui, une telle situation conduit à la guerre, mais parce que l'effort du prolétariat international n’apparait pas, en tant que tel, sur son propre terrain, s’exerçant directement, par des manifestations, des grèves, des boycotts, des luttes combinées internationalement en vue de marquer une solidarité de classe envers les prolétaires allemands et une volonté de lutte commune contre les impérialismes de tous les pays.
La propagande hitlérienne a beau jeu pour tromper et décourager les prolétaires allemands si elle peut invoquer les directives d'une pseudo-internationale appuyant la guerre impérialiste contre leur pays. Certes, nos camarades proposent d'éviter la confusion entre les buts propres de la classe ouvrière et les buts de l'impérialisme franco-anglais! Mais comment distinguer ces buts, autrement qu'en manifestations verbales qui ne changeront rien au caractère essentiel du soutien accordé? Ce qui compte c’est qu'une organisation internationale aura pris position dans une guerre entre deux impérialismes; elle aura donc, pratiquement, abandonné son terrain de classe. Car il n'est pas vrai qu’on puisse à la fois s'engager dans la politique de guerre de sa bourgeoisie et demeurer fidèle aux exigences de la lutte de classe. Il faut choisir.
Si l'on veut la victoire militaire contre « l'Allemagne », il faudra appuyer toutes les mesures dictées à l'Etat-Major par le plus élémentaire souci d'assurer la sécurité de son « arrière ». D'où dictature de classe renforcée, censure, emprisonnement des hérétiques, mensonges et piqûres de morphine, mobilisation des consciences, domestication de tout un peuple. La guerre entraîne une tension sociale extrême. Pour la conduire, la classe dominante met tout le monde au pas. Cela veut dire que la lutte de classe sera mise en veilleuse et qu’on ira, de gré ou de force à l'union sacrée ; quelques héros resteront peut-être en équilibre sur la corde tendue, au seuil de la collaboration de classe, mais ils seront l'exception; lorsque l'Internationale aura proclamé « Il faut soutenir la guerre », les masses obéiront encore plus docilement aux campagnes de la presse impérialiste, échauffant tous les esprits en faveur du massacre…
Cette conception apparait donc comme une véritable désertion de l'internationalisme prolétarien. Dans la paix comme dans la guerre, seul le prolétariat dressé, dans une lutte violente, contre sa bourgeoisie, peut obtenu un résultat progressif. Croire que l'internationalisme prolétarien peut avoir pour véhicule la politique militaire et guerrière d'une bourgeoisie impérialiste revient à croire, par exemple, que des ouvriers pourraient, sur le plan économique, « soutenir » un groupe de patrons en lutte contre un autre groupe; c'est oublier le caractère de classe de l'Etat bourgeois, de l'armée bourgeoise, de la presse bourgeoisie, et de toutes les institutions « connectives » de l'Etat capitaliste. Le meilleur moyen de s'attaquer à la « puissance » du fascisme hitlérien c’est, au contraire, de mener la lutte la plus impitoyable contre notre propre impérialisme et d'appeler le prolétariat allemand à en faire autant.
Toute l'action internationale actuelle semble se limiter à un appel humiliant aux gouvernements capitalistes. Des meetings, des pétitions, des ordres du jour... Mais la moindre organisation internationale d'un boycott (qui serait particulièrement efficace en période d'agression colonialiste comme celle de l'Italie) aurait une autre portée que les meetings ou les manifestations oratoires. Au moment où les diplomaties se demandent à quelle sauce il est possible d'accommoder le partage de l'Ethiopie pour que la SDN puisse éviter la mort, l'Italie continue à développer ses commandes de minerai et de charbon au pays de Galles, de chaussures en Ecosse, de viande en Hongrie, de bois en Autriche, de seigle en Russie, de nickel en France, d'étain en Allemagne, de citrons en Californie, etc. Cependant l'armée prolétarienne internationale existe, sur les trains, sur les camions, sur les paquebots, dans les mines, dans les banques, dans les ports, dans les usines. Mais il lui manque un état-major révolutionnaire, une stratégie révolutionnaire. Au lieu de se consacrer, de toute urgence, à cette tâche nécessaire, nos quatre camarades semblent admettre, par la nature même de leur travail, ou bien qu'elle est impossible, ou bien qu'elle est inutile. Ils se placent dans le cadre des réalités capitalistes. « L'Allemagne hitlérienne attaque, la France démocratique et « pacifique » riposte, et pour assurer la défense de l'URSS, il faut soutenir la guerre engagée contre l'Allemagne hitlérienne ». Ainsi toute l'action spécifique du prolétariat se limite, à leurs yeux, au soutien d'une bourgeoisie « moins dangereuse » qu'une autre?
Nous croyons reconnaitre les traits fondamentaux de cette tactique : c’est celle qui a été condamnée par la SFIO en politique intérieure. Va-t-elle reparaître en politique extérieure? Non! Nous nous en tenons, quant à nous, à la règle de conduite, excellente dans tous les domaines, que nous défendions avec « la Bataille Socialiste » dès 1927 au Congrès de Lyon. « Il n'est pas possible de solidariser, même pour une période limitée, la politique de classe du Parti socialiste avec l'ensemble d'une politique bourgeoise même de gauche ».
  1   2   3   4   5

similaire:

Quelques réflexions sur la démocratie socialiste iconMaurice Andreu La révolution russe… et les bases économiques de la...
«bourgeoise». Lénine se fait fort de conduire les deux révolutions pour accéder au pouvoir avec son parti prolétarien…

Quelques réflexions sur la démocratie socialiste iconNotes …Tout n’est donc pas rédigé ! Auteur
«Réflexions épistémologiques» générales et appliquées à quelques sujets de l’agrégation interne

Quelques réflexions sur la démocratie socialiste iconQuelques réflexions autour de la polémique «francophonie-littérature monde»
«francophone» qui semble manifester aujourd’hui la plus grande vitalité, comme en témoigne l’attribution des prix littéraires de...

Quelques réflexions sur la démocratie socialiste iconParcours universitaire
«Le tourisme est-il productif ? Quelques réflexions prospectives autour des thèmes de la créativité, des nouvelles technologies et...

Quelques réflexions sur la démocratie socialiste iconRéponse et réflexion d’un socialiste
L’idée lancée par les communistes a fait son chemin. Si quelques alliés et amis ont d’abord, au sein du Front Populaire, raillé les...

Quelques réflexions sur la démocratie socialiste iconFiche de lecture : christianisme et democratie de jacques maritain
«civilisation humaine» doivent emprunter pour en finir avec toutes ces guerres qui se sont succédées en si peu de temps, «gagner...

Quelques réflexions sur la démocratie socialiste iconReflexions sur les marchés publics de la défense

Quelques réflexions sur la démocratie socialiste iconComment l’urss a-t-elle réussi à imposer le système durable des démocraties...
«démocratie populaire» est inauguré par Jdanov à partir de 1947 pour désigner un nouveau type de régime s’opposant à la «démocratie...

Quelques réflexions sur la démocratie socialiste iconReflexions sur nos modes de vie dans 20 ans

Quelques réflexions sur la démocratie socialiste iconRéflexions sur les Femmes africaines d’aujourd’hui






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com