Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations





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RECONNAISSANCE DE LA RICHESSE ET RICHESSE DE LA RECONNAISSANCE CHEZ ADAM SMITH

INTRODUCTION :
La problématique de la RN est posée dès les premières lignes. Dans les nations sauvages tout le monde travaille, l’entièreté du produit du travail revient au travailleur. Il n’y a ni capitaliste pour prélever un profit, ni Etat pour prélever des impôts. Et pourtant il y règne une grande indigence. Tandis que dans les nations commerciales une partie non négligeable de la population est oisive et pourtant y règne une opulence générale qui fait que le plus modeste des travailleurs de cette société est en définitive plus riche que le plus riche des sauvages. Comment expliquer cet apparent paradoxe ? Voilà ce que ce propose Smith dans son ouvrage. Nous pensons toutefois qu’au-delà de cela un regard porté sur l’ensemble de l’œuvre smithienne permet de mettre en lumière non pas seulement comment mais surtout pourquoi il faut enrichir la nation et les individus qui la composent. Nous nous proposons dès lors d’identifier un questionnement moral qui pourrait être le fondement de la Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations : il s’agit du concept de reconnaissance. Pour ce faire notre étude comportera trois parties. La RN identifie deux grandes causes d’augmentation de la richesse nationale : l’accumulation du capital et la division du travail. Dans la première partie nous tenterons d’élucider non pas ce qu’est l’accumulation du capital mais pourquoi nous cherchons à nous enrichir. Nous pensons que le moyen plus simple d’améliorer notre condition est de nous enrichir parce que richesse et grandeur attirent les regards et l’admiration. D’où la nécessaire distinction des rangs qui crée un système d’émulation. Mais quelle est dès lors la situation des pauvres ? L’enrichissement national, qui se répand parmi toutes les classes du peuple, ne permet il pas d’assurer une vie décente aux pauvres ? La seconde partie discute la question de la liberté et de l’indépendance, condition nécessaire à une vie digne. La relation salariale ressemble à s’y méprendre à une nouvelle relation de dépendance. Mais l’étude du système de la liberté naturelle et du cercle vertueux de croissance remet en question ce jugement précipité. Enfin nous abordons dans la dernière partie les fondements de la division du travail. Les relations d’échange sont des relations de persuasion. L’homme est un animal « commerçant » et le marché devient dans les sociétés commerciales le lieu fondamental de reconnaissance sociale.

I/Richesse et Reconnaissance
La démarche que nous proposons consiste à éclaircir les fondements de la problématique de la RN. Le titre de l’ouvrage économique de Smith est on ne peut plus explicite. L’Enquête porte sur la nature et les causes de la richesse des nations. Smith en identifie principalement deux : l’accumulation du capital et la division du travail. Intéressons nous à la première. La question que nous nous posons n’est pas de savoir ce qu’est l’accumulation du capital mais pourquoi nous accumulons, c'est-à-dire pourquoi nous cherchons à nous enrichir. Une réponse simple peut être trouvée en s’appuyant sur la théorie de la valeur smithienne. Smith a une conception négative du travail. C’est un effort, une peine, une perte de liberté. Or être riche c’est commander le travail des autres ; c’est donc reporter ces inconvénients sur autrui. Mais qu’est ce qui nous porte véritablement à accumuler du capital ? Pour le comprendre, remontons la chaine causale. Nous découvrons de ce fait que l’accumulation du capital prend sa source dans l’épargne1. Et si nous épargnons c’est parce que nous désirons améliorer notre condition. Ainsi « le principe qui nous porte à épargner, c’est le désir d’améliorer notre sort ; désir qui est en général, à la vérité, calme et sans passion, mais qui naît avec nous et ne nous quitte qu’au tombeau.2 » C’est véritablement une caractéristique de la nature humaine que Smith décrit ici. L’homme est fondamentalement un être incomplet et, contrairement à ce que pensaient les stoïciens et de manière concomitante, un être d’action. Ce désir est incessant, il nous poursuit tout au long de notre existence puisque « il n’y a peut être pas un seul instant où un homme se trouve assez pleinement satisfait de son sort, pour n’y désirer aucun changement ni amélioration quelconque.3 » C’est le « principe de vie » de l’espèce humaine, le moteur de la croissance économique. « Cet effort constant, uniforme et jamais interrompu de tout individu pour améliorer son sort…est la source primitive de l’opulence publique et nationale, aussi bien que de l’opulence privée », et il est si puissant qu’il peut maintenir « en dépit des folies du gouvernement et de toutes les erreurs de l’administration, le progrès naturel des choses vers une meilleure condition.4 » L’expression est à comprendre en son sens strict. Améliorer son sort ou sa condition c’est augmenter son bien être. Plusieurs solutions s’offrent aux individus pour atteindre cette fin. Parmi celles ci Smith va naturellement s’intéresser dans la RN « au moyen par lequel la majeure partie des hommes se propose d’améliorer son sort », à savoir « une augmentation de fortune » parce que « c’est le moyen le plus commun et qui leur vient le premier à la pensée » ; et comme « la voie la plus simple et la plus sûre d’augmenter sa fortune, c’est d’épargner et d’accumuler 5», le désir d’améliorer sa condition se manifeste chez la plupart des gens par un désir d’enrichissement. C’est toutefois dans la TSM, pierre angulaire du système smithien, que l’on découvre, outre qu’il existe un moyen alternatif pour améliorer son sort, pourquoi nous pensons qu’une augmentation de richesse est la source de l’amélioration de notre condition. Pour le comprendre, il faut se focaliser sur la « parabole » du fils d’un homme pauvre6 « que le Ciel dans sa colère a affligé d’ambition » et qui « admire la condition des riches » : il voudrait, comme eux, loger dans un palais, être transporté dans des calèches plutôt qu’aller à pied et comme « il se sent naturellement indolent et souhaite se servir le moins possible de ses mains » ; il « juge qu’une suite nombreuse de domestiques lui épargnerait bien de la peine ». Ainsi, « il pense qu’une fois obtenu tout cela, il pourrait enfin demeurer satisfait et paisible, et jouir à l’idée du bonheur et de la tranquillité de sa situation ». « L’idée lointaine de cette félicité l’enchante », c’est pourquoi il décide de se consacrer « à jamais à la poursuite de la richesse et de la grandeur. Mais « pour obtenir les commodités qu’offrent ces dernières, il s’oblige… à plus de fatigues et de soucis que l’absence de ces commodités aurait pu lui causer toute sa vie durant. » Il doit de se distinguer de ses rivaux par des talents exceptionnels et s’oblige pour cela à une « industrie acharnée », travaillant « jour et nuit …Toute sa vie durant, il poursuit l’idée d’un repos factice et élégant qu’il ne connaitra peut être jamais, à laquelle il sacrifie une quiétude réelle toujours à sa portée et qui, si jamais il l’atteint à la toute fin de sa vie, ne lui paraitra en rien préférable à l’humble tranquillité et au contentement qu’il a abandonnés ». Ce n’est qu’à l’aube de la mort, « le corps épuisé… et l’esprit humilié » qu’il comprend enfin, dans un éclair de lucidité, que la richesse et la grandeur ne sont que « des bibelots d’utilité frivole » inaptes à satisfaire notre bonheur, c’est à dire le bien être du corps et la tranquillité de l’esprit.… Lorsque nous observons « les palais, les jardins, l’équipage, la suite des grands », « l’évidente commodité » de ces objets ne peut manquer de nous frapper. C’est pourquoi « nous entrons aisément dans le sentiment de cette utilité, nous jouissons par sympathie de la satisfaction qu’ils sont propres à leur offrir, et nous applaudissons. » En revanche, « la curiosité d’un cure-dent…n’a rien d’aussi manifeste…Il est donc moins raisonnable d’en faire des sujets de vanité que ce n’est le cas pour la magnificence de la richesse et de la grandeur. » Ainsi, si nous admirons tant la condition des riches et des grands « ce n’est pas à cause du bien être ou du plaisir plus grands dont ils sont supposés jouir », mais en raison « des innombrables arrangements artificiels et élégants qui procurent ce bien être ou ce plaisir. » En d’autres termes, nous n’imaginons pas que les riches et les grands sont plus heureux mais qu’ils ont plus de moyens de l’être. Encore une fois, ce n’est que dans « la langueur de la maladie » et « la lassitude de la vieillesse » que nous prenons conscience de la futilité des objets de notre ambition et de l’absence de satisfaction réelle que leur possession nous amène. La puissance et la richesse nous apparaissent alors « telles qu’elles sont, d’énormes machines compliquées composées des ressorts les plus fins et les plus délicats, inventées afin de produire quelques commodités futiles pour le corps »…Elles sont d’immenses édifices, dont la construction exige le labeur d’une vie entière, qui menacent à chaque instant d’ensevelir celui qui les habite…Mais cette « philosophie mélancolique, familière à tout homme en temps de maladie ou d’accablement » n’est que passagère. En effet « une fois recouvrées une santé et une humeur meilleures… nous sommes enchantés par la beauté de l’arrangement qui règne dans les palais et l’économie des grands » ; c’est l’arrangement des moyens aux fins plus que les fins elles mêmes qui frappe notre imagination par sa beauté, son harmonie, son ordre et suscite par là même notre admiration. Nous contemplons avec délectation les merveilleux rouages des ces immenses machines.  A y regarder attentivement « la satisfaction réelle que toutes ces choses sont capables de produire, pour elle-même et indépendamment de la beauté de l’arrangement propre à la favoriser…nous apparaitra toujours au plus haut point méprisable et insignifiante. » Fort heureusement pour le bonheur de l’humanité :
« nous la considérons rarement sous ce jour abstrait et philosophique. Nous la confondons naturellement en notre imagination avec l’ordre, le mouvement harmonieux et régulier du système, de la machine ou de l’économie au moyen desquels elle est produite. Les plaisirs de la richesse et de la grandeur, considérés sous cet aspect complexe, frappent l’imagination comme quelque chose de grand, de beau et de noble, dont l’obtention mérite amplement le labeur et l’angoisse que nous sommes portés à lui consacrer. Et il est heureux que la nature nous abuse de cette manière. C’est cette illusion qui entretient le mouvement perpétuel de l’industrie du genre humain. C’est elle qui d’abord incita les hommes à cultiver la terre, à construire des maisons, à fonder des villes et des Etats, à inventer et améliorer toutes les sciences et tous les arts qui ennoblissent et embellissent la vie humaine ; c’est elle qui a entièrement changé la face du monde. »
Par conséquent la nature nous abuse, nous trompe, en nous faisant confondre moyens et fins, cause efficiente et cause finale. C’est pourquoi nous admirons tant la richesse et la grandeur et souhaitons nous enrichir. Les hommes sont pour Smith par nature des être sociaux qui ne recherchent rien d’autre que la reconnaissance de leurs semblables. Ils veulent attirer les regards, obtenir l’approbation, la sympathie, le mérite et l’admiration des autres7. Deux « routes » leur sont proposées qui « mènent également à cet objet tant désiré » : d’un côté l’étude de la sagesse et la pratique de la vertu, de l’autre l’acquisition de la richesse et de la grandeur. Arrivés au bout de la chaine causale nous pouvons affirmer que le fondement premier du désir d’enrichissement est un désir de reconnaissance sociale. Si nous souhaitons nous enrichir c’est pour attirer les regards, la sympathie et l’admiration. Pourquoi alors choisir cette voie plutôt que celle de la vertu ? Si nous pensons généralement qu’il est plus simple d’améliorer sa condition en augmentant sa fortune c’est parce que « le gros du genre humain est fait d’admirateurs et d’adorateurs de la richesse et de la grandeur8 ». A contrario, ce sont principalement les sages et les vertueux, « un parti choisi mais peu nombreux…qui sont les admirateurs réels et constants de la sagesse et de la vertu. 9» En effet constate-t-il bien malgré lui que « les attentions respectueuses du monde sont plus fortement dirigées vers les riches et les grands que vers les sages et les vertueux » et ceci pour une raison simple : la richesse et la grandeur sont beaucoup plus aisément identifiables et ostensibles que la sagesse et la vertu. La visibilité du riche qui vit hors de lui-même, cherchant l’approbation extérieure, contraste avec la discrétion du sage vivant en lui-même, à la recherche de l’approbation intérieure, celle du spectateur impartial. Il ne faut pourtant pas en déduire que celui qui cherche à s’enrichir est nécessairement incapable d’être vertueux. L’idéal smithien nous semble précisément être celui d’un homme d’humble condition qui par ses efforts incessants, son industrie, sa frugalité, sa justice, sa tempérance, réussit à s’enrichir et partant mérite et obtient l’approbation et l’admiration de ses semblables10. En un mot, la reconnaissance. Car « c’est la conscience de cette approbation et de cette estime méritées qui est seule capable de soutenir l’agent dans une telle conduite. 11». Répondant à Aristote et au concept de « mauvaise chrématistique » Smith légitime l’enrichissement personnel. Ce n’est pas une fin, mais un moyen. Un moyen d’attirer les regards, un moyen de reconnaissance sociale. Au final il est heureux qu’il en soit ainsi car l’illusion dans laquelle nous plonge la nature en nous faisant confondre moyens et fins est à l’origine de tous les progrès de l’humanité. En luttant pour la richesse et la grandeur afin d’obtenir l’admiration de nos semblables nous contribuons, sans en avoir conscience, aux avancées de la société. Les hommes sont comme portés par une Main Invisible à remplir des fins qui n’étaient pas dans leurs intentions. Ce n’est pas un hasard si dans les pages qui suivent le concept smithien le plus fameux et le plus controversé fait son entrée.

Nous avons vu que pour Smith le riche est regardé, admiré. Mais qu’en est-il du plus grand nombre : les pauvres ? A la « disposition à admirer, et presque à vénérer, les riches et les puissants » répond une disposition « à mépriser, ou du moins à négliger, les personnes pauvres et d’humble condition » qui quoi qu’elle soit « la cause la plus grande et la plus universelle de la corruption de nos sentiments moraux » est « nécessaire à la fois pour établir et pour maintenir la distinction des rangs et l’ordre de la société ». Ainsi, condamnable moralement la tendance à mépriser les personnes d’humble condition est toutefois nécessaire au bien être de la société. En particulier économiquement car la distinction des rangs crée un système d’émulation par comparaison entre les différentes classes sociales. De plus, nous pouvons imaginer que le mépris que vivent les pauvres va les inciter à vouloir améliorer leur condition pour obtenir la reconnaissance de leurs concitoyens. Alors que les riches attirent les regards, eux vivent dans « l’obscurité ». Alors que les riches influencent les législateurs, eux ne sont pas écoutés. Ni vus, ni entendus12. Comment peuvent-ils dans ces conditions espérer obtenir, au moins, le respect ? Nous prêtons à Smith ce type de questionnement moral lorsqu’il choisit d’écrire son Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations. Pour le justifier il faut revenir à des concepts de base de cet ouvrage : la définition de la richesse d’une nation et la distinction entre biens de nécessité et biens de luxe. Contrairement aux mercantilistes Smith affirme que la richesse d’une nation ne se confond pas uniquement avec la richesse du souverain. Enrichir la nation c’est enrichir le souverain
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