La structuration des musiques actuelles, histoire





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La structuration des musiques actuelles, histoire,

réseaux et spécificités.
Mathieu LAMBERT Coordinateur du Garage électrique – Montpellier
Définitions
L'expression « musiques actuelles » est avant tout un terme administratif qui désigne un champ d'action de la politique culturelle publique en France. Il a été définitivement adopté à l'issue des travaux de la commission dite Trautmann en 1998. S'il a permis de faire rentrer dans les politiques publiques nombre de pratiques musicales négligées, il reste un terme complexe dont on peut proposer au moins quatre définitions / approches.


  1. Une définition par défaut, en creux qui stipule que les musiques actuelles sont l'ensemble de toutes les musiques à l'exception de celles dites « sérieuses » : les musiques anciennes, médiévales, sacrées, baroques, classiques et contemporaines, qu'on qualifie parfois, à tort, d' « écrites » ou d' « académiques ».




  1. Une approche topographique, qui est la plus communément admise : les musiques actuelles sont la réunion des trois courants esthétiques suivants :

    1. le jazz, entendu au sens de l'ensemble des descendants des musiques noires américaines de la première moitié du 20ème siècle (blues, be-bop, ragtime, jazz, etc.) et les musiques d'improvisation,

    2. les musiques traditionnelles et du monde, considérant que les musiques traditionnelles populaires sont actuelles si le répertoire est toujours joué, et l'ensemble des musiques dites world,

    3. les musiques amplifiées, rock, pop, chanson, folk, musiques électroniques et musiques urbaines, métal.




  1. Une approche militante consiste à voir en les musiques actuelles les musiques populaires, par opposition aux musiques classiques qui seraient les musiques réservées à l'élite et à la bourgeoisie. Pendant les années 90 le terme de musiques populaires a longtemps tenu la corde à la place de musiques actuelles.




  1. Une approche pragmatique, enfin, défend l'idée que « musiques actuelles » est un terme neutre qui a permis de dépassionner le débat public autour de pratiques artistiques et culturelles qui passaient jusqu'à lors pour inquiétantes voire subversives. D'aucuns prétendent que musiques actuelles a permis de remplacer le mot « rock », terme qui faisait peur à certains, comme « musiques électroniques » a supplanté « techno », et « hip hop » a remplacé « rap », ces termes étant trop chargés négativement (violence, drogue, etc.).


Gageons pourtant que, si musiques actuelles a tout d'un terme politiquement correct, il colle malgré tout assez bien à la réalité de ce champ esthétique qui mouvant, immédiat et en renouvellement constant. À peine le rock s'était-il fait place que de nouvelles esthétiques frappaient à la porte (rap et techno), puis toutes les musiques d'hybridation... Qui sait de quoi demain sera fait ?
Il était bien nécessaire de créer un terme générique qui donne un contour, aussi perfectible soit-il, à toutes ces pratiques artistiques.


Repères :





1977

Quelque chose de nouveau émerge dans le paysage de la diffusion musicale : Transmusicales, Printemps de Bourges, Francofolies...

1982

Fête de la Musique, radios libres, mouvement de la jeunesse

1983

Programme Zénith

Création des premières salles de concerts qui vont devenir plus tard les SMAC et apparentées

1985

Loi sur les droits voisins donne ses contours actuels à l'organisation de la filière musicale ; création dans la foulée de la SCPP et de la SPPF, suivi très rapidement du FCM et du Bureau Export de la musique française

1986

Le « Réseau Rocks » devient le CIR (Centre d'information du Rock), premier « Officiel de la Musique » en 1987

1989

« Plan rock » du Ministère de la Culture avec Brun Lion « Monsieur Rock », création du fair

1991 et 1992

États généraux du Rock à Montpellier (Rockstore)

1995

premières rencontres nationales « politiques publiques et musiques amplifiées » à Agen ; entrée dans l'ère de la « légitimation par la diffusion » ; début du plan SMAC

1996

Création de la Fédurok

1998

Rapport de la Commission nationale des musiques actuelles, dite Trautmann avec l'adoption du terme « musiques actuelles » ; volonté de rééquilibrage ; lancement du plan Nouveaux services emplois jeunes

2003

Début de la crise du disque Crise de l'intermittence

2005

ForuMa marqué par la revendication de co-construction des politiques publiques

Circulaire Donnedieu de Vabres sur la mise en place de concertations territoriales

2006

Création du CSMA (Conseil Supérieur des Musiques Actuelles)

dont les travaux dureront à peine deux ans. Le CSMA est enterré par Christine Albanel

2010

Début des SOLIMA, schéma d'orientation des lieux de musiques actuelles




L'organisation par métier
Les musiques actuelles s'appuient sur quatre corps de métiers : les artistes et techniciens, la filière du disque, la filière de la scène, les fonctions transversales. Chaque métier s'est organisé en fédération professionnelle et syndicat.

Les fonctions transversales (voir ci-après) ne forment pas un tout homogène mais sont plutôt des électrons libres qui prennent place au sein des interstices et des ponts entre les deux filières que sont l'exploitation de musique enregistrée et le spectacle vivant.


  • La filière du disque comprend les labels, les studios d'enregistrement, les producteurs phonographiques, les distributeurs phonographiques et les détaillants. Cette partie du secteur est essentiellement basée à Paris et dans les métropoles régionales.




  • La scène réunit les promoteurs locaux, les tourneurs, les agents artistiques, les festivals, les salles, et notamment les SMAC, les cafés concerts (caf'conc), les bars (cafés culture). Cette filière de la scène est répartie sur le territoire national de manière bien plus homogène que la filière discographique.




  • Les fonctions transversales comprennent essentiellement les studios de répétition, les structures de management, les éditeurs, les écoles et organismes de formation, les centres d'information et de ressource, ce à quoi on peut rajouter la presse spécialisée.




  • Les artistes, à la différence d'autres arts, ne se sont pas regroupés en organisations professionnelles, à l'exception de l'Union des musiciens de jazz, et restent peu syndiqués. Les techniciens sont représentés par les syndicats d'employeur du spectacle : essentiellement, mais pas uniquement, la CGT Spectacle.



Un écosystème qui est traversé par trois logiques



Au sein de cet écosystème déjà complexe, découpé en trois grands champs esthétiques, organisé en deux grandes filières (le disque et la scène) autour desquelles gravitent les fonctions de transversalité, il est de plus traversé par des logiques économiques différentes voire antagonistes.


  1. Une logique commerciale et industrielle assumée, par les « gros » labels (majors et maisons de disque indépendantes), les distributeurs phonographiques, mais aussi la plupart des tourneurs. Pleinement inscrits dans l'économie libérale, ces structures profitent à fond de l'organisation de la filière telle qu'elle a été instituée par la loi de 1985. Au sein du Ministère de la Culture, elle émarge du coté de la DGMIC (direction générale des média et des industries culturelles).




  1. Une logique associative, qui fait primer l'objet social sur l'objet commercial, en héritage direct des réseaux d'éducation populaire et de jeunesse (rappelons que le Réseau Rock est né dans les MJC), traverse toute la filière. On y retrouve tous les métiers : des labels associatifs, des tourneurs associatifs, des collectifs d'artiste, des festivals associatifs... Il regroupe autant des militants convaincus par l'idée du développement et de l'épanouissement des individus, que des activistes des mouvements underground et/ou alternatif qui choisissent souvent ce mode de structuration par facilité ou par absence de socle économique mainstream (les


« musiques de niche »).


  1. Une logique publique, plutôt représentée dans la filière scène, avec les salles de concert municipales, certaines SMAC, les service culturels dont bon nombre sont organisateurs d'événements et de festivals, les conservatoires. Héritiers directs de la politique malrausienne, ils dépendent au Ministère de la DGCA (direction générale de la création artistique). On y placera également les collectivités locales qui ont la compétence culture et interviennent pour soutenir les opérateurs de musique à travers la subvention notamment.



Un secteur balkanisé



A la lumière de ce qui précède, on voit bien que le milieu des musiques actuelles est un milieu extrêmement éparpillé entre ses différentes esthétiques, les nombreux métiers, les logiques économiques. A cela s'ajoute depuis quinze ans la montée en puissance des

« territoires », avant tout au niveau des régions, où les acteurs de la musique se sont regroupés autour de logiques revendicatrices et de lobbying.
LES FÉDÉRATIONS PROFESSIONNELLES NATIONALES
Cf. le doc-joint « Panorama-Fédérations ».
Les fédérations nationales sont nées entre la fin des années 1980 et le milieu des années 2000, surtout dans la filière scène et dans les fonctions transversales. Elles se sont construites à côté voire face à l'institution, et représentent une organisations des acteurs par eux-mêmes, avec généralement trois objectifs principaux.


  1. Représenter : peser, faire une action de lobbying, dialoguer avec l'ensemble des services de l'État et des collectivités locales. Cette combinaison de dialogue et d'auto-organisation débouchera sur le concept de co-construction des politiques publiques.

  2. Normaliser : créer des référentiels d'activité et de métier, organiser des filières d'enseignement et/ou de formation, définir des termes et des pratiques professionnelles d'usage.

  3. Développer : favoriser la réussite des projets et faire émerger de nouveaux projets par le partage d'expériences, l'auto-connaissance et la circulation de l'information.


A noter que les acteurs de la musique enregistrée sont peu organisés en fédération professionnelle, mais plutôt présents dans les syndicats et les sociétés civiles.
Cf. le doc-joint « Panorama sociétés civiles ». LES SYNDICATS

Principaux acteurs de la régulation sociale, représentants des employeurs et des employés du secteur professionnel dans les instances paritaires, en charge des conventions collectives, les syndicats sont très présents dans la musique enregistrée et le métier des artistes et des techniciens.
La représentation syndicale employeurs


SNEP syndicat national de l'édition phonographique, créé dès 1922 !



SYNDEAC syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (subventionnées)

PRODISS producteurs diffuseurs et salles de spectacles (privées ou partiellement subventionnées)

UPFI union des producteurs phonographiques indépendants

SMA syndicat des musiques actuelles, créé en 2004


La représentation syndicale des employés
- FNSAC – CGT dite CGT Spectacle LES STRUCTURES TERRITORIALES

Cf. le document joint « carte-réseaux-territoriaux ».
Dernières nées des organisations professionnelles, les structures territoriales ont été rendues possibles par les lois de décentralisation et la montée en puissance des conseils régionaux sur les compétences culturelles. Elles s'organisent soit en « réseaux territoriaux », construits sur des logiques d'acteurs qui se sont organisés par eux-mêmes et en « agences régionales », conçues par les conseils régionaux comme des relais opérationnels au service de la politique culturelle.
Quelque soient leur statut et leur histoire, les réseaux et les agences régionales qui ont un réel impact sur leur territoire sont ceux qui ont su dépasser leur logique première (relais politique pour les unes et logiques de revendication militante pour les autres) pour devenir les véritables accompagnateurs d'une filière professionnelle en pleine mutation.

L'évolution



Les lignes de force présentées ici sont des points cardinaux autour desquels s'organisent l'écosystème des musiques actuelles. Dans la réalité, bien évidemment, les choses sont plus complexes.
Sur les champs esthétiques, il n'y a pas de frontières hermétiques, tant dans la pratique quotidienne des métiers que dans la capacité à asseoir des projets.
Il y a des ponts entre chaque logique économique : de nombreuses interpénétrations font qu'il n'y a pas une filière tout public à côté d'une filière purement commerciale avec un secteur associatif coincé au milieu. Il y a bien sûr les DSP (délégation de service public) pour la gestion d'équipement culturel.
Mais surtout, il y a une révolution culturelle de l'économique, avec notamment toute la réflexion autour de l'économie sociale et solidaire et de l'économie créative. L'ESS comme l'économie créative ont fourni un corpus idéologique qui a permis aux secteurs associatif et public de penser la question économique différemment, et d'envisager sous un autre angle leurs rapports au secteur commercial.
Enfin, deux externalités contribuent à rebattre les cartes de l'organisation de ce secteur, en affaiblissant ou renforçant certains métiers :

  • la dématérialisation et les nouveaux usages de consommation musicale,

  • l'intégration européenne, corrélée pour la France à une régionalisation accrue.






« Paroles de formateurs » Conseil Départemental du Valdoise / CNFPT Grande Couronne - Antenne du Val-d’Oise – janvier 2017


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