Quand le Capitalisme perd la Tête





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Joseph E. Stiglitz

Quand le Capitalisme perd la Tête

The Roaring Nineties
Fiche de lecture


Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001, fut membre du Concil of Economic Adivisers (1993-1997), dans l’administration Clinton, président des Etats-Unis d’Amérique de 1992 à 2000. Il fut par la suite Economiste en chef de la Banque mondiale (1997-1999). Sa position lui a offert une place d’observation de premier ordre. Mais elle lui a aussi donné d’être soumis à l’impératif de la décision. Et c’est en cette double qualité qu’il a rédigé The Roaring nineties, traduit par Quand le Capitalisme perd la tête en France en 2003. L’auteur s’appuie sur la théorie néo-keynésienne et tente d’analyser la période des années 1990, dans un style accessible et volontairement pédagogique : il s’agit de faire un bilan, pour pouvoir tirer des leçons et être à même de ne pas refaire les mêmes erreurs à l’avenir. Ce schéma fait déjà ressortir l’idée de la durabilité, très présente dans les analyses que mène Stiglitz. Les « Folles années 1990 » l’ont été parce qu’elles ont vu des aberrations théoriques, l’inversion des priorités dans la décision économique, le renforcement des conflits d’intérêts, et l’emprisonnement de la politique économique dans le court terme, faisant perdre de vue le rôle de l’Etat dans l’économie. L’auteur tente ici de mettre en lumière les processus en cause dans la création de la « Bulle spéculative des hautes technologies » et de son éclatement, aux effets néfastes pour les Etats-Unis, et ô combien destructeurs pour l’économie mondiale. Le monde est de plus interdépendant, et les Etats-Unis semblent ne pas avoir mesuré la prééminence de leur position depuis la chute de l’Union Soviétique en 1991 : constater les vicissitudes de l’économie des années 1990 doit inciter à cette prise de conscience, afin d’envisager un renforcement de la « Démocratie mondiale » et une croissance économique qui profite à tous.

Les années 1990 sont en apparence celle de la croissance. L’économie est caractérisée par un essor du commerce international et des flux de capitaux, fondés sur une « troisième révolution industrielle ». La « Nouvelle économie » devait apporter la croissance et la prospérité de manière durable, pourtant à l’aube du deuxième millénaire, c’est bien une récession mondiale qui se produit, après l’effondrement de Wall Street en avril 2000. Les mutations de l’économie avaient nourri le mythe de la fin du cycle des affaires, c'est-à-dire la stabilité de l’économie. Le choc de l’an 2000 pose lui un grand nombre de questions : qu’est-ce qui, dans l’expansion, a pu être à l’origine de cette déconvenue, aux conséquences si graves ? L’auteur affirme que la bulle spéculative était d’un genre nouveau : « les investisseurs ont versé des milliards de dollars pour des entreprises qui n’avaient jamais réalisé le moindre profit, et très probablement ne le feront jamais ». A cette exubérance irrationnelle, il y a plusieurs coupables : l’Etat américain, qui a poussé trop loin sa politique de réduction des déficits et de déréglementation, qui a subi les pressions des « prétendus petits génies de Wall Street » et des groupes d’intérêts conservateurs. Le laxisme comptable a orchestré directement la constitution de la bulle spéculative, favorisant le profit à court terme des banquiers, analystes et présidents des grands groupes, aux dépens des investisseurs, victimes des asymétries d’information. Selon Stiglitz, c’est le fanatisme du Marché, cautionnant la recherche ultime de l’intérêt individuel à court terme, qui a fait perdre la tête au capitalisme.

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L’arrivée de Clinton à la Maison Blanche devait marquer un tournant : son programme était orienté vers le long terme : la croissance, l’emploi et la prospérité. Stiglitz déplore l’urgence de la situation laissée par Reagan et Bush père (déficit budgétaire, faible croissance, réforme fiscale néfaste) qui a fait perdre de vue à la nouvelle Administration ses idéaux et ses valeurs. Les Nouveaux Démocrates ont embrassé les revendications néolibérales, et notamment sous les pressions de la Federal Reserve, dans la lutte contre le déficit budgétaire. Il est supposé responsable de la fixation de taux d’intérêts trop forts, à leur tour défavorables à l’investissement. Pour Stiglitz, cette politique était dangereuse, car son succès dépendait d’une grande élasticité des investissements à la baisse des taux d’intérêt, afin de compenser la réduction des dépenses de l’Etat, et la hausse des impôts. Mais la recherche de l’équilibre budgétaire a été un succès, et la reprise a eu lieu, accréditant les revendications de la FED. L’auteur constate aujourd’hui les limites de cette politique : la reprise a plus été provoquée par les effets d’investissements anciens que par la réduction du déficit. Seule la croissance peut inspirer la confiance, et les déficits temporaires auraient pu favoriser l’investissement dans une perspective de long terme.

L’économie des années 1990 a souffert de la prédominance du court terme sur le long terme. Et c’est ce qui caractérise les acteurs principaux de la période. Greenspan et la FED privilégiaient la lutte contre l’inflation, oubliant les objectifs de croissance de l’emploi. Craignant que la réduction du chômage ne provoque la flambée des prix, elle prônait une politique de hausse des taux d’intérêt, risquant de fragiliser l’économie au moment de la reprise.

La déréglementation a joué un rôle dans l’explosion de l’activité à court terme. Il est évident que la mutation des structures économiques nécessitait une réforme des réglementations en vigueur depuis les années 1930, mais déréglementer les secteurs des nouvelles technologies revenait à ne pas prendre en compte l’existence d’échecs du marché : le résultat en a été une cours folle aux marchés, créant des situations de monopole, de surinvestissement et de gaspillage des capitaux. Le poids du secteur des télécommunications a ainsi doublé en dix ans, a concentré plus du tiers des investissements, et le marché s’est excessivement concentré : des surcapacités sont rapidement apparues, ce qui ne constituait pas des bases stables pour le long terme.

Sur le marché financier, les dirigeants des grandes sociétés se sont joués de l’ignorance des investisseurs. Les stock-options ne sont que des instruments d’entretien de l’illusion : elles permettent d’attirer les investisseurs, dans une optique de maximisation de la valeur des profits à court terme. La mauvaise information fait prendre des risques aux investisseurs mais aussi à toute l’économie : il en a résulté une mauvaise orientation des capitaux et une survalorisation des actions par rapport à la réalité. La distorsion de l’information fut un facteur central de la spéculation et de la formation de la bulle.

L’illusion de bonne santé des firmes a été favorisée par la réforme fiscale : les cabinets d’audits qui étaient très liées aux firmes clientes, ont aidé leurs clients à donner une image saine et attrayante. La fraude et le contournement de la loi se sont développés comme jamais, comme la capitalisation boursière, qui atteint 17 000 milliards de dollars en 2000, soit plus de 1,7 fois le PIB américain. De la même façon, les banques et les analystes financiers ont été mêlées à un certain nombre de scandales financiers (Arthur Andersen par exemple) : l’inadaptation de la réglementation aux changements de l’économie a incité les banques d’affaires à fournir au marché une information erronée, introduire en bourse des sociétés peu sûres, et à tirer profit d’opérations de fusion-acquisition à répétition. La fin de la séparation entre banque de dépôt et banque d’affaire a mis en péril la fonction de garde-fou de la banque, et a entraîné la négligence du risque : la banque d’Enron lui a consenti des prêts jusqu’au jour de la faillite !

Le profit à court terme a pratiquement toujours été préféré dans les décisions politiques comme dans les comportements des différents agents sur le marché. Stiglitz stigmatise la corruption, la perte de l’éthique du marché, issue d’une interprétation erronée de la « main invisible » smithienne : cela a nourri l’économie-bulle. L’Etat a affaibli son rôle de régulateur : en témoigne la baisse d’impôts sur la plus-value, mesure sensée apporter des recettes fiscales nouvelles. Cela se produit en effet à court terme, en libérant les actions des détenteurs « captifs », mais les conséquences sont désastreuses à terme : l’effondrement des courts signifie bien que les capitaux ont été gaspillés et non pas investis dans la formation, la recherche, qui visent le long terme. La spéculation est privilégiée à la valeur travail. Il a même été envisagé de privatiser la Social Security, et ainsi lier les retraites aux résultats extraordinaires de la bourse. L’idée de soumettre l’épargne de toute une vie de travail à l’instabilité du marché financier traduit bien l’insouciance face au risque.
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Emettre l’idée de la perte des valeurs n’est pas dresser un tableau noir de la réalité, mais a pour but de souligner l’incohérence du capitalisme tel qu’il fut pratiqué pendant les « folles années 1990 ». D’autant que ce capitalisme s’est exporté à travers les institutions internationales, et a révélé l’ « hypocrisie » américaine, c'est-à-dire l’incohérence entre un discours libéral et un unilatéralisme fanatique dans les faits.

La question des relations entre les Etats-Unis et le reste du monde permet à Stiglitz d’aborder la critique des politiques de développement, responsable des crises de certains pays, et l’unilatéralisme américain dans les traités internationaux.

Le discrédit de la mondialisation marqué à Seattle en 1998 illustre les conséquences néfastes des politiques inspirées par le FMI et le libéralisme américain : l’austérité budgétaire et monétaire ont conduit les PED d’Amérique du Sud et d’Asie du sud-est à une déstabilisation économique et sociale. Au contraire, la Chine suit sa voie d’expansion budgétaire et monétaire, tandis que la Corée opère un tri critique des sollicitations du FMI : elle a ainsi pu éviter de subir un excès de demande au moment de la reprise (le FMI lui avait conseillé de supprimer ses surcapacités de production). Il ressort de l’analyse qu’il y a un manque de prise en compte des spécificités historiques et géographiques évident. Le FMI n’est pas toujours capable d’anticiper correctement les retombées de sa politique – standardisée !

Le Trésor américain et le FMI prônent une libéralisation rapide des marchés financiers, au risque de déséquilibrer les économies nationales, mais ce qui fournit un avantage certain aux firmes américaines. Elles ont tout intérêt à voir s’ouvrir de nouveaux marchés.

Dans les accords internationaux, les Etats-Unis prônent une politique de libéralisation, et c’est le succès des années 1990 avec la fin de l’Urugway Round et la création de l’Organisation Mondiale du Commerce. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils cessent les subventions de leurs firmes, dans une véritable « aide sociale aux entreprises », et des barrières à l’entrée des marchandises aux Etats-Unis subsistent.

Aujourd’hui, les flux de capitaux vont encore des pays pauvres vers les pays riches, et le déficit américain (tant stigmatisé par les institutions internationales lorsqu’il se produit dans les PED) est financé par les PED, par le biais des Bons du Trésor. Le « Consensus de Wasington » ou l’unilatéralisme américain pèse sur le monde en développement, et l’auteur préconise une « vision mondiale », où primeraient la justice et la solidarité humaine.

Stiglitz entend « déboulonner les mythes » : celui de l’efficacité de l’équilibre budgétaire, du héros capitaliste américain, du marché autorégulateur panacée de la prospérité, bref du capitalisme américain des années 1990 comme seule modèle de prospérité. Alors que l’urgence l’emporte sur les valeurs et le long terme, il est nécessaire de formuler un nouvel idéal, plus pragmatique. Il y a une place pour un équilibre entre l’Etat et le marché, qui ne peut être une fin, mais un moyen, qui, orienté par l’Etat, doit concrétiser des valeurs : la justice sociale, la démocratie, la liberté, dans une perspective d’auto-détermination et d’action collective. Démocratiser la mondialisation, c’est poser la question de des normes : elles ne doivent pas entraîner le formatage ni restreindre la liberté des nations.





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