Mathieu Hilgers





télécharger 95.72 Kb.
titreMathieu Hilgers
page1/6
date de publication07.07.2017
taille95.72 Kb.
typeDocumentos
e.20-bal.com > économie > Documentos
  1   2   3   4   5   6

Ethnologies comparées
http://www.ethno-comp.net


N°7
Printemps 2004
FIGURES SAHARIENNES

PatienTS ou clients ?
Analyse anthropologique des échanges
dans une pharmacie en Belgique

Mathieu Hilgers



 

« Oh ! il est certain que j’ai quintuplé mon chiffre d’affaires, et je suis loin
de le déplorer. Mais il y a d’autres satisfactions que celle-là. Moi, mon
cher docteur Parpalaid, j’aime mon métier, et j’aime à me sentir utile ».

Le pharmacien dans Knock ou Le triomphe de la médecine
Jules Romains

 
       A part les professionnels personne ne reste dans une pharmacie et à vrai dire, personne, ou presque, ne l’observe. C’est sans doute ce qui explique la pauvreté des sources traitant du sujet dans une perspective semblable à la nôtre. À l’exception de quelques livres et articles difficiles à consulter, pour ne pas dire introuvables1, et peut-être vieillis, la plupart des revues traitant des pharmacies le font dans une perspective assez étrangère aux sciences sociales2. Ainsi, malgré son apparente proximité avec notre quotidien – et de fait qui n’est jamais allé dans une pharmacie – ce lieu n’a jusqu’à ce jour pas réellement fait l’objet d’investigations approfondies en anthropologie. Nous ne passerons pas en revue toutes les dimensions qui pourraient faire l’objet d’une étude et qui surgissent lorsque l’on commence à s’y intéresser d’un peu plus près. La logique sociale qui fait écho au rapport à la santé, au corps, à la médecine et (donc) à soi, la marchandisation de la guérison, l’automédication, la réduction de la nature humaine à une carte « sis »3, l’industrialisation pharmaceutique, la « concurrence éthique » entre les officines, les logiques de séduction, le rapport aux cosmétiques sont autant de questions qui auraient pu faire l’objet de ce texte. Afin de rendre compte des multiples facettes d’un lieu pluriel, nous avons choisi de privilégier une option qui selon nous, donne à voir la subsomption de ces problématiques dans une sorte de fracture qui traverse le champ de notre officine : tout semble pouvoir y être compris à partir de l’opposition entre une logique économique et une logique symbolique, entre l’intérêt et le désintéressement. Même si nous ne faisons pas de cette tension la détermination en dernière instance des logiques sociales qui façonnent les pratiques et le sens de l’officine, cette pseudo fracture semble être une voie d’entrée privilégiée pour les étudier4, pour expliquer et comprendre pourquoi et comment s’y confondent la finalité commerciale et la téléologie de la guérison, le commerce et le service.

        

Le cadre de l’enquête



       La pharmacie Delcourt5 est située dans un quartier de Gembloux en Belgique à proximité d’une gare, d’une banque, de deux supermarchés et d’une autre officine. Elle a été rachetée par Monsieur Delcourt à l’agence Argenta, durant la guerre, en 1942. Avant d’être une pharmacie, le lieu était un garage de réparation et, à l’étage, un hôtel-restaurant. Depuis trois générations, la pharmacie est familiale. Elle a appartenu à M. Delcourt, puis a été reprise par le mari de sa fille ; désormais, elle est tenue par leur fils, Loïc. Loïc a « toujours vécu dans l’officine », il a étudié la pharmacie à l’université de la ville la plus proche et a fait une spécialisation en gestion. Aujourd’hui, à trente-trois ans, il est incontestablement le maître des lieux. Il travaille dans la pharmacie familiale depuis sept ans et il a repris petit à petit la place de son père.        
       En 1996 à son initiative, la pharmacie a fait l’objet de profondes rénovations et d’une étude de marché pour augmenter la rentabilité ; en trois semaines de travaux, la pharmacie s’est modernisée et dotée d’un système informatique. La même année, la concurrence d’une grande parfumerie de Namur et la modification d’une loi ont définitivement mis un terme à l’espace cosmétique du magasin. Pendant les travaux qui ont eu cours en face de la pharmacie, la commune a créé pour les commerçants de la zone un parking d’une dizaine de places dont six lui sont réservées. La position de l’officine lui permet de relever, assez facilement, le défi de la concurrence entre les cinq autres établissements de la ville. En moyenne, selon Mme Delcourt, entre 250 et 280 chalands passent chaque jour, ce qui est le double la clientèle de 19966.        
        
  1   2   3   4   5   6

similaire:

Mathieu Hilgers iconLe manuel évoqué est le manuel Nathan Janin-Mathieu, édition 2011

Mathieu Hilgers iconOrganisation scientifique : Mathieu Bonzom (Université d’Orléans),...
«Decolonizing the Ear: The Transcolonial Reverberations of Vernacular Phonograph Music»






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com