Une société supposée laïque sacrifierait-elle le bonheur collectif à une religion aussi mortifère que fruste dont le clergé inassouvi réclamerait toujours





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date de publication09.12.2016
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Une société supposée laïque sacrifierait-elle le bonheur collectif à une religion aussi mortifère que fruste dont le clergé inassouvi réclamerait toujours davantage de sacrifices aux « marchés » ? Le sociologue Bernard Friot en appelle à sortir du « chantage à l’emploi et à la dette » pour une « autre pratique de la valeur économique » : elle serait à notre portée  grâce à un « déjà là considérable », les institutions salariales - et par l’instauration d’un salaire inconditionnel à vie versé à tous.

Bernard Friot a été enseignant et chercheur en économie du travail au GREE-CNRS. Depuis Protection sociale et emploi : l’exemple de la France (Mission recherche du ministère de l’Emploi et de la Solidarité/La Dispute, 1997), il s’attache à démontrer tout le potentiel attaché au système de la « cotisation sociale » qui finance « le salaire à vie des retraités et le grade des soignants du service public hospitalier ». Dans son dernier ouvrage, L’enjeu du salaire (La Dispute, 2012) comme dans ses conférences, il invite à rompre avec la fascination d’un « récit mortifère qui nous voue au non-futur » - et à reconsidérer notre regard sur le salaire : « Ce n’est pas un pouvoir d’achat à la mesure du travail fourni, c’est un mode de reconnaissance de la capacité à produire de la valeur économique ».

Travail, salaire, monnaie et…dette

Qu’est-ce que travailler, au fond ? « On travaille lorsque l’activité productrice de valeur d’usage – le travail concret – se double d’une production de valeur économique (le travail abstrait depuis son invention capitaliste) parce qu’elle s’inscrit dans des institutions qui, par convention, ajoutent à la valeur d’usage une valeur économique ».

Tout comme la monnaie, le travail et le salaire sont des « constructions sociales toujours en mouvement, marquées par les contradictions des rapports sociaux ». Or le salaire, « tel qu’il s’est construit dans la lutte au cours des deux derniers siècles, offre le tremplin d’une émancipation décisive par une pratique nouvelle de la valeur ».

Il est communément admis que seul le « travail » produit de la « valeur économique ». Mais les producteurs de cette valeur-là sont-ils considérés comme tels ? Ou bien seraient-ils réduits à leur seule « force de travail », celle-là même qu’il leur faudrait vendre sur un « marché du travail » ? Cette situation ne transformerait-elle pas chacun en « demandeur d’emploi » ? Sans embauche, pas de reconnaissance : « le marché du travail lie le salaire non à la personne mais au poste ».

« Pour être reconnu comme producteur il faut aussi s’endetter » rappelle Bernard Friot lors d’une conférence : « La dette ne se nourrit que de l’appropriation privée de la valeur créée par le travail d’autrui, mais aussi de la création monétaire par le crédit bancaire – ce qui fait de la monnaie, expression de la valeur créée par notre travail, une dette ! ».

Vers l’affirmation d’un « droit de qualification universelle » ?

Bernard Friot propose une alternative « au type d’abstraction pratiquée pour la valeur-travail » et invite, dans son dernier livre, à considérer le statut de la fonction publique : « Contrairement à une formule répétée, la fonction publique n’est pas l’emploi à vie, c’est le salaire à vie, parce que la qualification et donc le salaire est l’attribut du fonctionnaire et non pas de son poste de travail comme dans le secteur privé (…) En cohérence avec cette attribution de la qualification à la personne du fonctionnaire, la pension de retraite, mise en place à compter de la loi de 1853, est la continuation du traitement. Attribut de la personne, le grade ne s’éteint pas avec la fin du service, et la pension est donc calculée sur la base du dernier salaire (…) Elle n’est pas la contrepartie de cotisations passées, mais la reconnaissance, à vie, de la qualification de la personne du fonctionnaire, qualification en acte y compris lorsqu’il est retraité. ».

La revendication pour le « plein emploi », plaide-t-il, ne devrait-elle pas plutôt, pour en finir avec le « chantage à l’emploi », faire place nette à celle pour la « qualification personnelle » et le « salaire inconditionnel à vie » ? Pour l’économiste-sociologue, le  verrou à faire sauter, c’est bien « notre réduction à l’état de force de travail » par, rappelle-t-il en conclusion de son ouvrage, une « soumission à la violence conjuguée de la propriété lucrative, du marché du travail, de la valeur-travail et de la création monétaire par crédit bancaire ».

Il s’agirait bien de partir du salaire attaché à la personne, celui des fonctionnaires , des retraités et des soignants : mais qui assumerait le simple fait d’être « payé pour sa personne », c’est-à-dire pour ce qu’il est et non pour ce qu’il fait ? Qui accepte de considérer les retraités pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des « salariés à vie en mesure de travailler, débarrassés du marché du travail » ? S’agissant du « problème démographique » tant de fois invoqué par les « réformateurs » perpétuels du système de retraite, Bernard Friot rétorque qu’« il n’existe que du fait de l’identification capitaliste entre travail et emploi précisément dépassée par la pension comme salaire continué ». Il rappelle la « portée émancipatrice » de la cotisation sociale qui pose « la qualification de la personne comme alternative au marché du travail, lequel est, lui, négateur de cette qualification ». Selon lui, elle pourrait être prolongée dans « l’attribution à tous d’une qualification personnelle et d’un salaire à vie par mutualisation du salaire direct dans une cotisation salaire ». Invitant à imaginer un salaire non plus envisagé comme « prix de la force de travail » mais inconditionnel et irrévocable (selon une hiérarchie de 1 à 4, allant de 1500€ net mensuels à 6000 ), Bernard Friot propose d’écrire non une nouvelle page mais de reprendre le récit d’un devenir collectif en quête d’un avenir habitable, tel qu’il s’est écrit bien avant notre naissance et tel qu’il se réécrira en permanence bien après nous.

Bernard Friot, L’enjeu du salaire, La Dispute, 204 p., 15 €

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