Les Sciences Economiques et Sociales Repères et Propositions





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Les Sciences Economiques et Sociales

Repères et Propositions

Jean-Luc Gaffard




Le développement de certains corpus de connaissances et l’extension de leur champ d’application dans les activités humaines rendent nécessaire de les enseigner. Il en est ainsi des sciences économiques et sociales, dont l’apparition en tant que discipline scolaire est révélatrice des mutations périodiques que connaissent les savoirs enseignés.

Les sciences économiques et sociales sont une ‘jeune’ discipline scolaire dont l’histoire, quelque peu tourmentée, éclaire à la fois les difficultés de positionnement des savoirs correspondants dans la formation des lycéens et les difficultés plus générales de définition des contenus de la formation scolaire en période de forte mutation du rôle et des fonctions de l’enseignement des lycées. Son introduction, en 1966, a constitué un phénomène plutôt exceptionnel, mais somme toute en phase avec certaines exigences éducatives du monde contemporain, ce dont témoignent, à la fois, l'échec des tentatives de remise en cause et le choix relativement récent d’une nouvelle dénomination pour la filière B qui est devenue, depuis 1992, la filière Economique et Sociale (ES). Aujourd’hui, les élèves engagés dans la filière ES représentent 30% de l’effectif total des lycées d’enseignement général, soit, en classe de première 86000 élèves, et en classe de terminale 92000 élèves. En classe de seconde c’est, environ la moitié de l’effectif total des élèves, qui choisit de suivre l’enseignement de sciences économiques et sociales.

Ces chiffres donnent la mesure de l’importance prise au fil des années par la nouvelle discipline. Les sciences économiques et sociales demeurent, toutefois, la seule discipline caractérisant une filière de l’enseignement général qui ne fait pas partie de l’enseignement de tronc commun en classe de seconde et qui n’est pas enseignée dans les autres filières en classes de première et de terminale. L’un des objectifs initiaux, qui était d’intégrer la dimension économique et sociale dans la culture de tous les lycéens, est encore loin d’être atteint.

Les débats qui ont cours, de manière récurrente, à propos des enseignements de sciences économiques et sociales mêlent, de manière parfois confuse, les aspects didactiques et scientifiques de la réflexion. Les caractères propres de la discipline scolaire en ont fait, aux yeux de certains, une alternative à la science économique telle qu’elle s’est développée dans le cadre du travail de recherche universitaire. Cette proposition est loin de faire consensus. Dans le même temps, cependant, la double référence à l’économie et à la sociologie s’est fortement ancrée dans les programmes et dans les pratiques pédagogiques. De tout cela il ressort une expérience originale dont il est d’autant plus important d’identifier à la fois l’intérêt et les difficultés que les sciences économiques et sociales sont susceptibles de devenir un point d’ancrage essentiel de l’organisation pédagogique des lycées.
I. Quelques éléments d’histoire de la discipline
Une discipline scolaire qui s’est constituée sans véritable référence à une discipline universitaire
L’ambition du projet fondateur, qui date de la première moitié des années 601, était double. Elle était de renforcer les sciences sociales dans l’enseignement des lycées, non pas de manière parcellaire en ajoutant de nouvelles matières, l’économie et la sociologie, à celles existantes, l’histoire et la géographie, mais dans une perspective d’intégration de savoirs académiques multiples. Elle était aussi de créer les bases d’une filière nouvelle, à dominante sciences humaines et sociales, dans les lycées, dans un contexte de forte augmentation de la population scolaire. Un vaste champ d’étude a, ainsi, été défini, et une pédagogie distincte et novatrice a été initiée.

Le champ d’études est celui de la connaissance des économies et des sociétés contemporaines et de leurs mécanismes, suivant une approche pluridisciplinaire et, à l’origine, essentiellement holiste. Cette délimitation, pour le moins lâche, s’accompagne d’une référence appuyée à la multiplicité de constructions théoriques systématiquement soumises à la critique. Elle constitue une nouveauté, qui reste une exception, dans un enseignement des lycées traditionnellement marqué par le cloisonnement disciplinaire2.

La pédagogie qu’il s’agit de promouvoir, qui doit faire l’originalité de la discipline et de la filière, est censée reposer sur une démarche qualifiée d’inductive dans la mesure où elle implique la ‘mise en situation’ des élèves. Le travail sur documents doit être privilégié. Le souci de partir des représentations spontanées des élèves pour les dépasser et les corriger par la réflexion critique est affirmé, de même que la volonté d’impliquer ces derniers dans l’élaboration de leur savoir. Enfin il est question de partir des objets d’étude et non des concepts de base des disciplines scientifiques de référence3.

Ce projet a été, à l’origine, le résultat de compromis institutionnels, certes impliqués par le défaut de repositionnement de disciplines existantes, mais ouvrant la voie à une véritable innovation scolaire. Il reste aujourd’hui structurant en dépit de remises en cause périodiques, de l’évolution des programmes, et de celle du corps enseignant lui-même4.

Ce projet a pris corps à partir de 1966, alors qu’allait s’engager un changement profond des structures universitaires dont l’une des conséquences a été de rendre autonomes certaines disciplines universitaires jusque-là subordonnées. L’économie comme la sociologie avaient entrepris leur mutation dans les années 50 et 60 avec la création de licences autonomes (fin des années 50) et la constitution de groupes ou de séminaires de recherche. Mais la véritable rupture intervient après 1968 du fait de l’opportunité institutionnelle offerte par la nouvelle organisation universitaire et l’entrée dans la carrière universitaire des générations d’étudiants formées dans les nouvelles filières, acquises à des disciplines dont elles entrevoyaient les potentialités, et ennuyées par les scories des anciens programmes. Ainsi l’économie s’est-elle détachée du droit avec, dans la plupart des universités, la création de facultés de sciences économiques. Cette autonomie institutionnelle a été voulue, parfois au terme de crises assez violentes, pour permettre une organisation strictement disciplinaire de la matière et favoriser l’émergence d’une recherche de niveau international. Le champ des études universitaires a été découpé entre les différentes composantes du savoir scientifique disciplinaire (microéconomie, macroéconomie, macrodynamique, économie publique, économie du travail, organisation industrielle…). Les choix pédagogiques ont été centrés sur la maîtrise de la modélisation et l’apprentissage des méthodes quantitatives correspondantes (mathématiques et statistiques). Un fossé croissant s’est ainsi créé entre l’enseignement des sciences économiques et sociales des lycées et l’enseignement de sciences économiques dans les facultés. De son côté, au même moment, la sociologie s’est aussi organisée en départements autonomes et a connu un développement fondé sur un véritable ancrage disciplinaire.

L’histoire des institutions scolaires et universitaires a fait que l’introduction des sciences économiques et sociales dans les lycées, au moment où elle a été décidée, ne pouvait guère s’appuyer sur des disciplines académiques pour la raison simple que celles-ci n’avaient pas d’existence affirmée dans les universités, en termes de structures et de programmes d’enseignement et de recherche5. Les deux ordres d’enseignement ont, alors, suivi des voies de développement qui leur étaient propres et très largement divergentes. D’un côté, le projet d’une intégration des sciences sociales a prévalu, de l’autre, celui d’une séparation et d’un ancrage disciplinaire fort.

Ce divorce a eu des conséquences sur la formation initiale et continue des professeurs de lycée qui n’ont pas trouvé, ni toujours cherché, dans les universités le support de leur projet éducatif, mais aussi sur la perception que les professeurs des universités ont eu des enjeux de formation des étudiants, en raison de leur attention, parfois trop exclusive, portée aux enjeux de la recherche.

Ce divorce a aussi rendu possible une rupture entre l’économie enseignée en sciences économiques et sociales et celle enseignée dans la filière technologique, aujourd’hui dénommée ‘Economie et Gestion’, comme si l’économie n’avait d’autre destin que de se fondre dans une science sociale unifiée ou d’être réduite à des techniques de calcul.

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