Mondialisation financière et crises bancaires en Amérique Latine





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GREITD. Réunion du 19 Janvier 2001

Mondialisation financière et crises bancaires en Amérique Latine.

Enjeux et défis de la Banque latino-américaine d’aujourd’hui.

Robert ROLLINAT

GREITD, CAESAR-FORUM,UNIVERSITE D’ARTOIS

« Gris, querido amigo, es toda la teoria,

y verde el arbol dorado de la vida » (Goethe, Faust, II)

L’évolution récente de la situation économique et financière dans plusieurs pays latino-américains : Equateur, Venezuela, Colombie, les élections mexicaines et tout récemment la grave crise institutionnelle et sociale surgie en Argentine ont confirmé que les programmes de « libéralisation » et de privatisations impulsés par les institutions financières internationales en Amérique latine n’avaient guère contribué à la mise en place d’un modèle stable de développement susceptible d’assurer à la fois croissance économique et progrès social.

Les analyses conjoncturelles orthodoxes continuent pourtant à mettre aujourd’hui l’accent sur la nécessité d’approfondir ces politiques en préconisant d’abord le retour aux principaux « équilibres », notamment monétaires, budgétaires et de balance extérieure tout en proclamant vouloir prendre désormais en compte les problèmes sociaux et de pauvreté . En fait, ils sous-estiment considérablement le nouveau contexte institutionnel issu des crises récentes et marqué en particulier par un bouleversement complet non seulement des structures productives mais aussi des structures de banque et de financement de l’économie. C’est plus précisément de ces dernières dont il sera ici question.

Les crises bancaires et financières ont en effet profondément bouleversé le rôle et la place des banques dans les sociétés latino-américaines. Ces banques ont subi un fort processus de rationalisation et de concentration, le plus souvent pris en charge et financé par le budget des différents pays, à travers des mécanismes spécifiques et coûteux de recapitalisation. Leur capital a été en partie cédé à des intérêts étrangers, de nouveaux réseaux se sont mis en place. Des transferts importants d’actifs ont, à cette occasion, été opérés au bénéfices de certains groupes financiers nationaux et d’opérateurs étrangers1. Ils ont largement contribué à la remise en cause des politiques monétaires et de crédit spécifiques mises en oeuvre par les Etats.

Sans prétendre ici à une quelconque exhaustivité, notre objectif sera simplement, dans le contexte d’une mondialisation économique et financière considérée par beaucoup d’experts comme incontournable, de voir comment les différents pays latino-américains pourraient reprendre la maîtrise d’un développement économique et social auto-centré, non dominé, c’est-à-dire soit national, soit intégré au plan régional. En ce sens, resaisir la fonction de financement et de crédit serait un élément déterminant qui conditionnerait en particulier les enjeux et les résultats des processus actuellement en cours en matière de dollarisation des économies et qui ne sont en fait rien d’autre que ceux de la souveraineté monétaire et politique de ces différents pays.

LIBERALISATION ET CRISES BANCAIRES EN AMERIQUE LATINE


Si les crises bancaires ne sont évidemment pas nouvelles en Amérique latine et dans d’autres pays, il faut cependant rappeler que leur rythme s’est très fortement accéléré au cours des années 1980 et 1990 et que, par exemple, entre 1980 et 1996, deux tiers des 181 pays membres du FMI ont connu des problèmes sérieux de fonctionnement de leurs banques [Amieva Huerta et Urriza Gonzalez, 2000]. Malgré la très insuffisante connaissance empirique des crises bancaires, en particulier dans les pays en développement, il est cependant possible de recenser et de discuter les principales explications « théoriques » proposées par les experts pour en saisir les origines et les principales caractéristiques.
Deux grands types d’analyses sont généralement avancés : des analyses de type macro-économique qui mettent l’accent sur le contexte global des économies, les causes « exogènes » (rôle en particulier des « chocs » macro-économiques avant et pendant le déclenchement des crises des banques), des analyses plus « micro-économiques » qui tendent à privilégier les défaillances dans les systèmes de comptabilité, de régulation et de supervision des banques et qui ont en particulier pour effet de laisser des banquiers considérés comme « imprudents » prêter à des clients « à risque » dont l’insolvabilité viendra ensuite gonfler le volume des prêts irrecouvrables2 [Garcia-Herrero, 1997]. .

Dans le contexte d’une approche macro-économique que nous tendrons à privilégier ici, un consensus semble s’être dégagé pour considérer que les crises bancaires ont été, surtout à partir des années 1990, facilitées ou permises par la dérégulation et la libéralisation financière sur les différents marchés de capitaux à l’échelle internationale [Arias, 1999]. Des flux « externes » de capitaux en quête de valorisation, plus ou moins éphémères, ont influencé le comportement non seulement des marchés boursiers souvent étroits et peu contrôlés mais aussi des systèmes bancaires. Pour l’Amérique latine, on a pu ainsi évaluer que la demande de monnaie et les flux internationaux de capitaux avaient été, dans les années 1980-90, deux fois plus volatiles que dans les pays développés [Gavin et Hausmann dans Hausmann y Rojas-Suarez,1996].

Ces entrées de capitaux vont, au cours des années 1990, prendre de plus en plus la forme de flux de capitaux privés, qu’il s’agisse d’investissements de portefeuille ou d’investissements directs orientés notamment vers les privatisations dans plusieurs pays. Ces entrées vont contribuer à accentuer « l’universalisation » des fonctions des banques locales, c’est-à-dire à renforcer encore leur « despécialisation ». Vont ainsi être fortement réduits les crédits spécifiques à des secteurs déterminés de la production, notamment ceux de la traditionnelle banque de développement de type cépalien. Souvent les réserves légales, traduction de la relation « privilégiée » entre les banques commerciales et la Banque centrale, une des garanties essentielles de liquidité et de solvabilité du système de banques (rôle du « prêteur en dernier ressort ») ont été supprimées.

La composition du portefeuille des banques s’est trouvée très profondément modifiée : la part dévolue au secteur public, incluant la Banque centrale, a pratiquement disparu dans certains pays et ce, au profit des crédits au secteur privé. L’exposition au risque s’en est trouvée considérablement accrue car, d’une part, les exigences de la rentabilité à court terme ont conduit à des prêts à taux d’intérêt élevés, c’est-à-dire à haut risque, et ce d’autant plus que la capacité d’expertise des banquiers n’a pas été suffisante pour faire face à la nouvelle situation [Ghiglizza Garcia, 2000, p.77]. Le risque est venu aussi des fonds de pension.
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