Cours d’Histoire de Première IL trouve sa place dans le thème 2 du programme «La guerre au xxème siècle»





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titreCours d’Histoire de Première IL trouve sa place dans le thème 2 du programme «La guerre au xxème siècle»
date de publication19.05.2017
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Nicolas ROCHER, lycée Léonard de Vinci, Villefontaine. Nicolas-Andre.Rocher@ac-grenoble.fr

L’image de l’Autre : représentations iconographiques de l’ennemi pendant la Première Guerre mondiale

Scenario pédagogique pour un cours de Première
Ce scenario s’appuie sur l’analyse de trois images issues d’une ressource numérique : le site « Histoire par l’Image 1789-1939 ».

Le fil directeur en est l’étude de la représentation du combattant ennemi dans un contexte de mobilisation des esprits lié au développement d’une « culture de guerre ». Il s’agit de confronter les visions française et allemande.


  • Place dans la programmation


Ce cours est un cours d’Histoire de Première

Il trouve sa place dans le thème 2 du programme (« La guerre au XXème siècle »), notamment dans la partie «Guerres mondiales et espoirs de paix » - « La Première Guerre mondiale : l'expérience combattante dans une guerre totale ».


  • Problématique

La Première Guerre mondiale toucha au 1er chef les soldats. Mais face à l’intensité du conflit et à sa durée inattendue, les principaux belligérants durent mobiliser l’essentiel de leurs forces qu’elles soient militaires, économiques ou financières. En France, au début du conflit, la plupart des forces politiques soutint l’effort de guerre (« Union sacrée »).

  • En quoi la mobilisation des esprits participe-t-elle d’une volonté plus large de mobilisation des forces afin de mener à bien le conflit ?

  • Dans ce contexte de mobilisation des énergies, quelles formes prirent la vision et la représentation de l’ennemi ? Et, de son côté, quelle réponse celui-ci y apporta-t-il ?




  • Objectifs

Outre des objectifs d’acquisition de connaissances (voir ci-dessous), le but de cette séquence est de faire travailler les élèves sur les capacités suivantes :

  • Savoir travailler en autonomie. (Travail en salle informatique avec liens le site internet)

  • Savoir lire des images (en l’occurrence mise en place d’une méthodologie appliquée en cours)

  • Savoir croiser la lecture avec des documents de contextualisation afin de donner du sens à l’image

  • Etre capable de faire preuve d’esprit critique vis-à-vis d’une source d’information

  • Savoir argumenter afin de légitimer ses choix




  • Démarche déroulement

Ce travail peut être exécuté selon deux modalités : soit un travail d’une quarantaine de minutes en salle informatique, de façon à ce que les élèves travaillent en autonomie avec un poste informatique chacun, ceci leur permettant alors un jeu de va et vient entre les images sur le site « Histoire par l’Image » ; soit un travail sous forme papier1 pour lequel le professeur aura pris soin de sélectionner les images et de leur adjoindre une copie des fiches contexte délivrées par le site.
Il s’agit de travailler la lecture d’images. Pour cela, trois images ont été sélectionnées sur le site l’« Histoire par l’Image » :



Doc 1 : L’Illustration le 29 août 1914.

Dessin de l’artiste Georges Scott, intitulé « Leur façon de faire la guerre »



Doc 2 : Carte postale allemande, anonyme, « un « barbare » allemand », 1915



Doc 3 : « Die Zivilisierung Europas » (la civilisation européenne). Caricature tirée du journal « Kladderadatsch », n° 30, paru le 23 juillet 1916.



Les élèves doivent alors effectuer une lecture poussée du document 1 (présentation, description et interprétation). Ils s’appuient pour cela sur une fiche méthode élaborée avec eux lors de chapitres précédents2. Les documents 2 et 3 ne seront pas abordés de manière autant approfondis. On se contentera de réfléchir à la réponse qu’ils apportent au message délivré par le document 1.
Partie 1 : analyse du document 1


Dans un premier temps la présentation a mis en évidence la nature de la source (un magazine français à grand tirage : l’ « Illustration ») et le contexte (début de la Grande Guerre ; lors des offensives de 1914, des atrocités sont commises par les Allemands un peu partout (en Belgique, dans le nord et l’est de la France, mais aussi en Russie et en Serbie) : viols de femmes, massacres d’otages, pillages et destructions de villages)
Vient ensuite la lecture. On peut alors discuter sur des découpages possibles. Le plus souvent, pour les élèves, cette image peut se diviser en trois ou quatre parties :

  • Au 1er plan au centre : on voit un soldat allemand, facilement reconnaissable à son fameux casque à pointe, qui pose avec fierté, l’air cynique, comme un chasseur devant son gibier, au milieu d’un amas de corps ensanglantés.

  • A ses pieds et derrière lui on reconnaît nettement parmi les victimes une jeune femme (son bourreau a le pied sur sa poitrine), des enfants et un prêtre. A l’exception de ce dernier, les victimes sont quasiment toutes vêtues de blanc. Ceci forme la deuxième partie de l’image

  • A l’arrière plan, une ville en flammes apparaît. On distingue également, sur la droite, d’autres Allemands qui fusillent un groupe de civils près des décombres de leur maison.


Interpréter le document

Cette représentation hautement symbolique de la violence aveugle de l’ennemi, associée au titre de l’image (« leur façon de faire la guerre ») vise à accréditer l’idée que ses troupes ne respectent aucune convention internationale, qu’elles se comportent comme des hordes de barbares - les Teutons -, commettant les pires horreurs en territoire envahi.

Il s’avère que les travaux récents ont attesté du caractère violent et brutal de l’occupation allemande en Belgique ou au nord de la Fra (atrocités, paiements d’indemnisation, réquisitions, prises d’otages… La région de Lille fut, à cet égard, particulièrement touchée). Quoi qu’il en soit, l’important n’est pas tellement que des atrocités aient eu lieu. L’important, dans ce document, réside dans la construction d’un discours visant à donner de l’autre une image violente, cruelle… barbare. Dès lors, le combat contre cet ennemi est de plus en plus présenté comme un combat de civilisation (lutte /barbare) qu’il faut à tout prix remporter. Face à une telle menace, la réplique est légitime. Elle est même obligatoire car il s’agit d’une réplique défensive. Tous les coups sont permis face à la barbarie.

Les affiches, les journaux, les (jeunes) actualités filmées se font l’écho de ce point de vue auquel souscrivent de nombreux Français qui, même s’ils ne tombèrent pas dans le panneau du « bourrage de crane », reproduisirent eux-mêmes des discours plus ou moins patriotiques (une « culture de guerre »).
Confronter à d’autres visions :
Les deux autres illustrations sont très parlantes :

  1. La carte postale allemande de 1915 tend à montrer le soldat allemand comme l’antithèse du barbare (d’ailleurs le titre fait une allusion ironique à l’image du « barbare allemand ») que voulaient décrire les alliés. Les Allemands se comportent bien avec la population civile des territoires occupés. En l’occurrence, des jeunes enfants de Romagne (Meuse ?). Ces derniers n’ont nullement l’air craintif face au soldat dont on comprend au contraire qu’il les nourrit voire veille sur eux. La présence de deux jeunes filles souriantes à l’arrière plan va dans ce sens.

  2. La caricature parue dans Kladderadatsch va quant à elle plus loin dans la rhétorique. Le titre ironique sur la « civilisation européenne » invite à examiner les caractéristiques de cette « civilisation » que les alliés se proposent de défendre face à la menace allemande. La quasi-totalité de l’espace est tenue par un soldat français du type « tirailleur sénégalais » pour lequel on a exagéré des traits simiesques et ajouté des attributs de sauvage : pieds et torse nus, attitude dansante, attributs inquiétants allant de l’anneau dans le nez au crâne en bandoulière évoquant le cannibalisme, un regard comme possédé… Ce soldat monte au front accompagné d’officiers français à la représentation plus traditionnelle mais aussi de soldats britanniques coloniaux reconnaissables à un Union Jack ainsi qu’à des attributs vestimentaires écossais. Les Français ne sont donc pas les seuls à utiliser ces combattants : c’est une pratique utilisée par les alliés. La question sous jacente est alors celle-ci : qui, des Allemands ou des alliés franco-britanniques est le peuple barbare ? Où est la « civilisation » ? Non seulement les franco-britaniques enrôlent des « sauvages » pour leur guerre européenne. Mais de plus, ils amènent sur le sol européen des peuples dangereux, « sous civilisés ».

La réflexion sur cette caricature peut être l’occasion d’évoquer le poids des soldats d’origine coloniale dans l’armée française (on estime que l’empire colonial a fournit 600 000 soldats sur lesquels 80 000 trouvèrent la mort)


  • Bilan de l’activité et prolongements éventuels

  • Lors de cette séance on a constaté une implication forte des élèves liée à la nature de ces illustrations mais aussi au fait qu’ils ont déjà utilisé la méthode d’analyse de l’image à de nombreuses reprises. La démarche commence à être intégrée.

  • Il semble utile de faire réfléchir les élèves au fait que dans tous les pays belligérants, la guerre fut ainsi conçue comme une guerre défensive, un gigantesque combat opposant civilisation à barbarie ; une guerre qui devait décider du destin de la nation toute entière. Cette culture de guerre était essentiellement structurée autour d’une représentation de l’ennemi marqué du sceau de la malignité et de la violence. Tel fut également le cas des Allemands (ce qui peut paraître paradoxal aux yeux des élèves qui ont souvent tendance à les présenter comme des agresseurs) : on trouve des discours du type de celui délivré par le document 1, contre les brutalités des francs tireurs belges ou des cosaques russes. Là aussi, toutes les brutalités (réelles) furent largement médiatisées et servirent de preuve de la violence de l’ennemi. A ce titre, le blocus allié et les conséquences terribles qu’il eut sur les populations allemandes, fut présenté et ressenti comme une agression délibérée et barbare de la part des franco-britanniques. De même, après guerre, la présence de troupes coloniales dans les troupes d’occupation française en Rhénanie ou dans la Ruhr fut perçue en Allemagne comme un véritable affront et entraîna une floraison de critiques très vives à l’encontre des Français.

  • Cette mobilisation des esprits, dans un contexte de culture de guerre, ne s’arrêta pas avec la fin des conflits mais selon une temporalité variable en fonction du pays et des circonstances. Je renvoie ici à mon expérimentation sur la « sortie de guerre ».


  • Bibliographie

Les Collections de l'Histoire n° 21 : « 1914-1918, la grande guerre », Paris, Société d’Editions scientifiques, oct 2003

S. Audoin-Rouzeau, J. J. Becker (dir.)Encyclopédie de la Grande Guerre, 1914-1918 : histoire et culture, Paris, Bayard, 2004.

G. L. Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme. La brutalisation des sociétés européennes, Paris, Hachette, 1999.

A. Prost et J Winter, Penser la Grande Guerre, Un essai d’historiographie, Paris, Editions du Seuil, 2004
S. Audoin-Rouzeau, A. Becker, Ch. Ingrao, H. Rousso (dir.), La Violence de guerre, 1914-1945. Approches comparées des deux conflits mondiaux, Bruxelles-Paris, Complexe-IHTP-CNRS, 2002.

B. Cabanes, É. Husson (dir.), Les Sociétés en guerre, 1911-1946, Paris, Armand Colin, 2003.

J-Y. Le Naour, « Les Allemands, le racisme et les troupes coloniales » in L’Histoire n° 284, février 2004.
C. Prochasson, A. Rasmussen (dir.), Vrai et faux dans la Grande Guerre, Paris, La Découverte, 2004.

L. Gervereau, Voir, comprendre, analyser les images, 4ème édition, Paris, Editions La Découverte, 2004.

Nicolas ROCHER

Lycée Léonard de Vinci, Villefontaine

1 Voir le dossier élève joint

2 Voir ce document en pièce jointe

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