Le développement durable en géographie Anne jegou maître de Conférences – Université de Bourgogne





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date de publication14.02.2017
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SEMAINE 2 : LES SAVOIRS AU CŒUR DU DEVELOPPEMENT DURABLE


Ce document contient les transcriptions textuelles des vidéos proposées dans la partie « Géographie » de la semaine 2 du MOOC « Environnement et développement durable ». Ce n’est donc pas un cours écrit au sens propre du terme ; le choix des mots, l'articulation des idées et l’absence de chapitrage sont propres aux interventions orales des auteurs.

Le développement durable
en géographie

Anne JEGOU
Maître de Conférences – Université de Bourgogne


Le développement durable est une notion à la fois très présente en géographie et en même temps mise à distance et critiquée par de nombreux géographes, pourtant elle pourrait s'ancrer davantage dans la discipline.

  • Alors, comment cette notion est-elle utilisée par les géographes ? Et puis comment pourrait-elle être davantage valorisée dans la discipline ?

  • La géographie universitaire est-elle poussée par la géographie scolaire ?

  • Il existe un décalage important entre géographie scolaire (collège, lycée) et la géographie universitaire.

  • Le développement durable a été de plus en plus enseigné dans la géographie scolaire à partir de 2004 et surtout à partir de 2009, lorsqu'il a été intégré dans les programmes du secondaire. C'est le fil conducteur des programmes de cinquième et de seconde, c'est une grille de lecture du monde en fait, notamment sur les questions d'organisation spatiale des sociétés, d'exploitation des ressources naturelles et d'inégalités sociales.

  • L'approche combine acteurs et échelles pour mettre en regard les mises en œuvre et les limites et surtout souligner la pluralité des développements durables.

  • Cette géographie scolaire a été alimentée par la géographie universitaire avec des publications qui elles aussi ont surtout commencé à apparaître à partir de 2004.

  • Le développement durable est devenu récurrent dans la géographie universitaire surtout parce que c'est un élément de contexte sociétal indispensable à prendre en compte dans la construction des cours et des programmes de recherche.

  • Alors, une géographe domine la production éditoriale sur le développement durable, c'est Yvette VEYRET, dans ses nombreux manuels, elle déconstruit la notion, montre les enjeux à plusieurs échelles selon les secteurs, selon les types d'espaces et elle met en regard les potentialités et les contradictions internes de la notion.

  • Peu de géographes finalement publient sur le développement durable.

  • La plupart du temps, ils ont une approche partielle, soit plus sociale, soit plus environnementale et surtout leur approche est assez critique.

  • Sylvie BRUNEL par exemple a publié un magistral Que sais-je ? sur le développement durable mais en fait c'est plutôt un pamphlet contre le développement durable. Pour elle, c'est une idéologie qui a été propulsée après le 11 septembre 2001 pour concurrencer le développement et donner une trop grande priorité à la protection de la planète.

  • Alors les géographes étudient le plus souvent des situations de non durabilité, non viables, des situations d’insoutenabilité, pour reprendre le titre de cet ouvrage de d’Augustin BERQUE et de Cynthia GHORRA-GOBIN.

  • L'approche géopolitique est représentée par Moïse TSAYEM DEMAZE qui montre que le développement durable est devenu un thème de positionnement géopolitique des états absolument essentiel.

  • La durabilité est-elle un nouveau concept pour la géographie universitaire ?

  • Je partage les critiques de mes collègues mais je pense que la notion pourrait davantage devenir un concept, la durabilité, pour s’ancrer dans la discipline mais aussi au sein des sustainability studies.

  • La géographie présente un certain nombre d'atouts, notamment parce qu'elle articule à la fois les échelles et les temporalités et ajoute d'autres échelles au local et au global, elle peut constituer une interface entre les sciences de la nature et les sciences de la société au travers du concept de milieu.

  • Elle place l'homme au sein des géosystèmes, elle éclaire la gouvernance à travers le concept de territoire et par l'analyse des jeux d'acteurs et puis, surtout, elle différencie les espaces en fonction de leurs situations et de leur type car le même modèle ne peut pas être reproduit partout de la même manière.

  • Finalement, l’analyse géographique apporte surtout des diagnostics de situation spatiale d’insoutenabilité ou de durabilité.

  • La notion de développement durable apporte également beaucoup à la géographie, en effet géographie et développement durable se rejoignent sur l'interface société - milieu, sur l’approche multidimensionnelle et pluriscalaire, sur la démarche complexe.

  • Dès lors le développement durable peut devenir un outil de diffusion de la géographie et il peut également lui ouvrir des perspectives puisqu'il est un objet transdisciplinaire qui pousse à l'opérationnalité et l'un des essentiels du développement durable, c'est la stratégie d'amélioration continue qui peut être comprise comme un processus de changement et interprété comme une dynamique géographique.

  • Passons à l'étude de cas d'une situation spatiale de durabilité : c'est le parc naturel de la lagune de Valence en Espagne.

  • Dès lors qu'il s'agit d'un parc naturel, cet espace pose des questions de durabilité, notamment dans la conciliation du confort de vie des populations riveraines, de l'exploitation des ressources naturelles et de la protection des milieux naturels.

  • Alors, cette lagune se trouve au sud de Valence qui est la troisième ville d'Espagne. Le parc est le premier parc de la communauté autonome Valencienne, il a été créé en 1986. Le parc est constitué de trois entités :

  • La lagune ;

  • bordée par un cordon dunaire boisé ;

  • et surtout une grande zone humaine humide, des marais qui sont des rizières. Ces marais sont irrigués par des canaux issus des fleuves et qui aboutissent tous dans la lagune.

  • On a donc un hydrosystème très complexe et anthropisé.

  • Vous voyez sur la photo en haut à gauche une passe qui permet l'évacuation des eaux de la lagune vers la mer, elle est fermée par des vannes qui permettent aux riziculteurs de contrôler la hauteur de l’eau dans la lagune.

  • En haut, à droite, une mare interdunaire qui a été complètement recréée par les équipes techniques de la ville de Valence.

  • En fait, dans les années 70, des projets urbanistiques avaient conduit à l'arasement quasi total du cordon dunaire mais grâce à un soulèvement populaire et à des financements européens, le cordon dunaire a pu être restauré.

  • En bas à droite, la pinède du cordon dunaire qui est utilisée par les Valenciens comme un grand parc urbain.

  • En fait les Valenciens sont très attachés au parc qu’ils valorisent comme un patrimoine naturel et agricole.

Alors, plusieurs difficultés environnementales pèsent sur ce parc :

  • D'abord, il n'est pas assez mis en valeur et entretenu.

  • Il existe des tensions fortes entre la pression urbanistique et les besoins d'une gestion plus naturaliste des milieux ;

  • Et puis surtout, la réduction des apports en eau douce est préoccupante car les besoins pour l'agriculture, les villes, les loisirs sont jugés prioritaires à ceux des milieux naturels ;

  • Et puis la qualité de l'eau, la pollution des eaux est particulièrement problématique.

  • En fait, longtemps, les canaux ont servi d’égouts pour les eaux usées, domestiques et industrielles, ils ont aussi reçu tous les intrants de la riziculture et la lagune est hyper eutrophisée, c'est-à-dire qu'elle a une rareté des macrophytes et des poissons.

Heureusement, un réseau de centrales d'épuration est en passe d’être achevé autour du parc et puis, vous voyez sur la photographie en bas à gauche une portion de marais qui est dédiée à des expérimentations de phyto-épuration.

  • Alors, les particularités des territoires et des milieux se croisent dans ce parc, notamment dans les rapports des Valenciens au milieu lagunaire. On assiste à des dynamiques géographiques en tension dans cet espace.

  • Alors, est-ce que la durabilité et la conservation de la nature au travers de la phyto-épuration ou de la restauration des dunes ou bien est-ce l'ensemble de ces dynamiques géographiques en frottement qui constituent la durabilité ?

  • La durabilité, peut être considérée comme une dynamique géographique œuvrant contre des dynamiques d’insoutenabilité mais aussi comme une forme de médiance, c'est-à-dire l'expression de rapports entre une société et son milieu comme l'a énoncé Augustin BERQUE.

  • La durabilité apparaît plus comme un cheminement qu’un état idéal figé en s'appuyant sur la participation citoyenne, la transversalité et l'ancrage dans les milieux et les territoires.


Quels peuvent être les apports de la géographie dans la lecture du développement durable ?

Fabienne RAFFIN
Observatoire des représentations du développement durable


Quelle connaissance, quelles compétences la géographie peut-elle apporter à l’étude du développement durable ?

  • Le développement durable est une idée nouvelle mais qui s’appuie sur un paradigme géographique ancien qui est le rapport homme - société.

  • Du coup, on peut se demander de quels outils dispose le géographe pour appréhender le développement durable.

On a l'habitude de représenter le développement durable par ces trois sphères : social, économie et écologie et on admet aujourd'hui la définition du rapport Brundtland de 1987 qui est :

  • Le développement durable est « le développement qui répond aux besoins des générations actuelles sans compromettre ceux des générations futures ».

  • Or, le géographe place son étude dans l'espace et du coup il aborde ces trois sphères.

  • Mais la société va être regardée comme l'ensemble des acteurs d'un territoire, l’économie est l’ensemble des activités développées par les acteurs de ce territoire et l'écologie est les ressources disponibles d'un territoire et les risques inhérents à ce territoire.

  • Le temps est le paramètre incontournable.

On va d'abord voir, du coup, quel est le territoire pertinent de l'action, comme le dit François MANCEBO. Ensuite, nous verrons quels sont les acteurs qui sont présents sur le territoire et ensuite, nous montrerons que les territoires sont porteurs de mémoire.

L’analyse géographique met en évidence le jeu des acteurs dans la gestion actuelle des territoires et elle présente les choix possibles pour le futur.

  • On acceptera comme définition de territoire celle de Guy DI MEO qui dit que le territoire est une appropriation à la fois politique, économique, idéologique d'un espace par des groupes qui se donnent une représentation particulière d'eux-mêmes.

Le territoire est également un espace multiscalaire. Il faut donc analyser le territoire à différentes échelles.

  • Si on reprend l'exemple des risques, on peut analyser le territoire à l'échelle d'un bassin versant pour une inondation, on peut l'analyser à l'échelle d'une ville pour les risques technologiques ou bien on peut également avoir une échelle transfrontalière si on étudie les risques de pollution chimique (par exemple, le risque de pollution du Danube qui va traverser plusieurs pays).

  • Du coup le territoire est un lieu d’interdépendances renforcées. Il est nécessaire d'en avoir une approche systémique puisque les actions sur une zone donnée vont forcément avoir des répercussions sur les territoires voisins.

A l'échelle planétaire, l'analyse semble avoir certains obstacles, notamment d’inadaptation aux réalités du terrain puisqu'en fait, si on décide de gérer des ressources à l'échelle planétaire, il peut y avoir certains obstacles pour certains pays.

  • Si on pense à la gestion des forêts éco-certifiées, ça peut pénaliser certains pays du Sud et du coup les priver d'une source de revenus importante.

  • On peut se demander alors, s'il est nécessaire que les politiques de développement durable s'appliquent à l’échelle planétaire ou si l'implication de l'individu à l'échelle locale n'est pas la plus pertinente.

Sur ce territoire, il y a de multiples acteurs, des organismes internationaux tels que les Nations Unies en passant par les pays du Nord, les pays du Sud – quand ils sont consultés -, les organismes non gouvernementaux (les O.N.G.), mais aussi les grandes firmes internationales.

  • Cette multitude fait qu’une gestion du développement durable semble difficile puisqu'il faut des politiques concertées et elles ne sont pas forcément acceptées par tous les acteurs.

  • Du coup, est-ce qu’il est nécessaire d'avoir une autorité politique qui imposerait sur un territoire une gestion durable ?

  • Parfois, pourtant, l'autorité politique est nécessaire. Si on pense à la gestion des transports propres à l'échelle d'une ville ou la gestion des déchets à l'échelle d'une communauté des communes, c'est bien l'imposition d'une autorité politique qui va permettre de gérer durablement un territoire.

Mais, le choix individuel d'agir sur son territoire part véritablement du citoyen puisque c'est le citoyen qui se sent concerné par les problèmes qui peuvent exister par rapport au développement durable et si l'initiative vient de lui, si son action est visible sur le terrain et si elle est efficace, les citoyens pourront plus facilement participer à une politique de développement durable.

  • La géographie peut préparer à ces choix individuels et collectifs, cependant il est nécessaire d'avoir une éducation au développement durable pour justement pouvoir choisir de façon pertinente des politiques de développement durable.

  • Cela semble possible, cette éducation au développement durable dans un pays démocratique. De plus, il existe de forts clivages entre les pays du Nord et les pays du Sud et le développement durable passe aussi par la réduction des inégalités pour être réellement efficace.

Ces territoires sont porteurs de mémoire, la mise en place de stratégies durables peut être le résultat de résilience, d'acteurs visibles sur les territoires, comme on peut le voir au Japon.

  • Les anciens japonais avaient installé des stèles après chaque tsunami, certaines stèles datent du XIVe siècle et sont présentes en fait sur les versants boisés du territoire japonais et on s'est rappelé après coup, après le tsunami de 2011, l'existence de ces stèles. Or, dans certains villages, les dernières stèles dataient de 1933 et il était inscrit dessus qu'on ne devait pas construire au-delà de ces repères géographiques et spatiaux pour ne pas être atteint par la vague et les habitants n'ont pas construit en fait à plus de 800 mètres du territoire du littoral justement pour ne pas être atteints par ces vagues qui avaient été inscrites en fait sur les territoires.

La géographie concourt aussi à produire des connaissances scientifiques, techniques qui permettent de mieux cerner certains phénomènes naturels sur des temps longs, comme les inondations ou étiages dus à des sécheresses et à une meilleure évaluation et une prévention des risques naturels.

  • Comme on peut le voir sur ce schéma, dans le cadre des commissions du Comité national de géographie, des cartes ont été établies en fait sur la reconstitution de l'histoire et de la constitution des plaines alluviales puisque le plancher d'une plaine alluviale est constitué d'une succession de paliers et de formes et on peut s'apercevoir en fait que le niveau le plus bas va correspondre à la crue la plus fréquente mais la moins forte alors que le niveau le plus haut (qui est sur le schéma la crue centennale), va correspondre à une faible fréquence mais à une forte intensité.

Donc du coup, en conclusion peut dire que la géographie étudie depuis longtemps le rapport homme-nature. Elle a toute sa place dans une réflexion sur le développement durable.

L'espace n'est pas qu'un support de l'activité humaine, il est également l'acteur de son organisation.

La géographie utilise des savoirs très diversifiés et elle peut comprendre l'espace avec d'autres sciences.

La géographie peut aborder du coup dans toute sa complexité spatiale et temporelle le développement durable.

MOOC UVED EDD – Les savoirs au cœur du développement durable – Géographie

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