Leçon n°2





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Suite du thème n°2 : La guerre au 20ème siècle
Le volume horaire consacré à cette leçon doit être de 8 heures, soit environ 4 heures pour la 1ère partie et 3 heures pour la seconde.
Bibliographie : celle fournie par la fiche éduscol est très complète. Les deux premiers ouvrages, en particulier, sont utiles. On peut y rajouter La guerre au XXème siècle de J.L. Dufour et M. Vaïsse paru dans la collection Carré Histoire chez Hachette; Le nouvel art de la guerre de Gérard Chaliand, Pocket, 2009.

Leçon n°2 :

De la guerre froide à de nouvelles conflictualités :
1ère partie :

La guerre froide, conflit idéologique, conflit de puissances :
Introduction :

La Grande Alliance, unissant entre autres les Etats-Unis et l’Union soviétique, ne survit pas à la victoire. Dès 1947, les 2 nouvelles superpuissances entrent dans une ère d’affrontements qui ne s’achève qu’en 1991 : c’est la guerre froide, qu’on peut définir comme une période de tensions multiformes entre les deux Grands sans confrontation militaire directe entre eux.

Le cours peut s’organiser autour de deux grands axes :

  • Comment la guerre froide réorganise-t-elle et restructure-t-elle le monde jusqu’en 1991, lui assurant une certaine stabilité ?

  • Après une période 1914-1945 marquée par la guerre totale, comment évoluent les formes de conflictualités dans un monde marqué par la découverte de l’arme atomique ?


I) Un monde réorganisé et structuré par la guerre froide :
Pour saisir les grandes caractéristiques de la guerre froide, il est possible de prendre comme point d’appui une étude non exhaustive de Berlin entre 1945 et 1990.
On commencera par rappeler la situation de l’Allemagne et, plus particulièrement, de Berlin en 1945 : le pays sort vaincu et en ruines de la Seconde Guerre Mondiale. Le territoire est occupé militairement par les quatre vainqueurs du conflit. Ce lieu symbolique qu’est l’ancienne capitale du Reich devient très vite un des principaux points de fixation de la nouvelle opposition entre Union Soviétique et Etats-Unis. Dès 1948, la ville voit s’affronter les deux Grands lors du Blocus de Berlin, à l’issue duquel la division est entérinée : Berlin Ouest intègre la RFA et le bloc américain tandis que Berlin Est devient la capitale de la RDA, démocratie populaire.

Documents : pris dans le manuel Hatier, 6 p 127 + caricature jointe :





Caricature est-allemande, « Le Mur est le plus fort », 1961, le Chancelier ouest-allemand Adenauer est représenté habillé en militaire et abrité derrière l’aigle américain.

Consigne :

Après avoir expliqué en quoi consiste la crise de 1961 et comment elle est justifiée par les autorités est-allemandes, vous montrerez, à travers ces 2 documents, que la guerre froide est un affrontement idéologique.
Les réponses attendues permettent de dégager certaines des grandes lignes du cours : cela montre en particulier que la guerre froide est un conflit idéologique utilisant la propagande.  

A) Des enjeux idéologiques dominants


  1. Deux modèles antagonistes : dégager ici les grandes lignes des modèles américain et soviétique.

    • Etats-Unis : depuis la fin du 18ème siècle, c’est le pays de la démocratie et du libéralisme tant économique que politique. La puissance économique renforcée par la seconde guerre mondiale donne au pays une image de société de prospérité et d’abondance.

    • Union soviétique : un système d’inspiration communiste y a été mis en place, basé sur un parti unique, de masse (dans l'Union soviétique, le PCUS) et une économie collectivisée et planifiée.




  1. Une guerre idéologique : comme le montre l’étude sur Berlin, Etats Unis et Union soviétique utilisent massivement la propagande dans divers médias et diabolisent systématiquement l’ennemi (manichéisme).



B) Un monde organisé en blocs :


  1. La rupture de la Grande Alliance :

Celle-ci avait permis de vaincre l’Allemagne nazie mais elle ne survit pas à la victoire. Très vite, le conflit idéologique déjà cité se double d’un conflit de puissances : les Etats Unis veulent éviter l’hégémonie soviétique sur le continent eurasiatique, l’Union soviétique cherche à assurer sa sécurité face à la menace américaine. L’année 1947 officialise la rupture entre les deux Grands et marque le début officiel de la guerre froide : à la Doctrine Truman (mars 1947) et à son prolongement économique qu’est le Plan Marshall (juin 1947) répond la Doctrine Jdanov (septembre 1947). L’existence de deux modèles rivaux et inconciliables est entérinée, la rupture est consommée, chaque Grand s’emploie alors à organiser de la manière la plus solide possible son camp.


  1. La mise en place des blocs :

    • Etats-Unis : le bloc américain est structuré dans divers domaines : politique (Pacte atlantique, 1949) ; diplomatique et militaire (Pacte de Rio, 1947 ; OTAN, 1949 ; ANZUS, 1951 ; OTASE, 1954 ; Pacte de Bagdad, 1955) ; économique avec Plan Marshall de 1947.

    • Union soviétique : elle étend sa domination sur ses satellites, les démocraties populaires d’Europe de l’Est. L’organisation est à la fois idéologique (Kominform, 1947) mais aussi économique (CAEM, 1949) et militaire (Pacte de Varsovie, 1955).

=> Dès le milieu des années 1950, le monde, à l’instar de Berlin dès 1949, est clairement bipolaire et les relations internationales
C) Les temps de la guerre froide :
Celle-ci est marquée par une alternance de périodes de tensions fortes suivies de relatives accalmies. L’apaisement ne signifie cependant jamais la fin de la guerre froide (les deux modèles opposés subsistent et l’objectif de venir à bout de l’ennemi demeure) mais seulement une volonté commune de maintenir la paix.

Plusieurs moments se dégagent :


  • 1947-1962 : temps de tensions extrêmes, surtout jusqu’en 1953 (mort de Staline). De violentes crises surviennent (Berlin, 1948-1949 et 1961 ; Cuba, 1962 ; Corée, 1950-1953) mais ne débouchent pas sur un conflit généralisé.




  • 1962-1975 : la Détente : de nombreux conflits périphériques persistent, localisés dans le Tiers Monde (ex : Vietnam) mais les deux Grands, fragilisés par des contestations et dissensions internes, affichent une volonté de dialogue concrétisée par une volonté de maîtrise de la course aux armements.




  • 1975-1985 : la  guerre fraîche : le retour à l’expansionnisme soviétique (crise des Euromissiles, poussée communiste dans le Tiers Monde et en particulier en Afghanistan) aboutit à une virulente réaction américaine sous la direction de Ronald Reagan à partir de 1980 (missiles Pershing 2 en Europe de l’Ouest, programme IDS, soutien aux moudjahiddines afghans).




  • A partir de 1985, l’Union soviétique dirigée par Mikhaïl Gorbatchev n’a plus les moyens financiers de suivre le rythme imposé par les Etats-Unis. Une nouvelle Détente s’installe, caractérisée par des efforts accrus de désarmement (accords START, 1991). L’affaiblissement soviétique aboutit à l’implosion du bloc soviétique (dont le symbole est la chute du Mur de Berlin en 1989) suivie de celle de l’URSS en 1991.



II) Des formes de conflictualités spécifiques à la guerre froide :
La première moitié du 20ème siècle est marquée par deux guerres qualifiées de « mondiales » et de « totales ». Si l’échelle mondiale reste valable entre 1947 et 1991, en revanche, diverses raisons empêchent l’éclatement d’un nouveau conflit généralisé (apparition de l’arme nucléaire, rôle croissant de l’opinion publique…) : quelles formes spécifiques revêtent les conflits pendant la guerre froide ?
A) A l’ère atomique, une guerre devenue impossible entre les deux Grands ?


  1. La course aux armements nucléaires :

    • La spécificité de l’arme nucléaire : compréhension rapide de l’extraordinaire puissance de destruction de cette arme, expérimentée à la fin de la seconde guerre mondiale contre le Japon. De plus, sa puissance est considérablement améliorée par la suite : la bombe A lancée sur Hiroshima et Nagasaki est vite dépassée par de nouvelles technologies comme la bombe thermonucléaire (ou bombe H), mille fois plus puissante.

    • Le monopole américain disparaît vite, l’Union soviétique, dans le contexte nouveau de la guerre froide, accentue ses recherches en ce sens : bombe A mise au point dès 1949. Mais la diffusion de cette arme ne s’arrête pas aux deux superpuissances : des puissances moyennes l’acquièrent comme la France, la Grande Bretagne, la Chine… même si l’essentiel de l’arsenal reste aux mains des deux Grands.



  1. La crise de Cuba, 1962 : le monde au bord du gouffre nucléaire :

  • Une île qui échappe à l’influence américaine : la prise du pouvoir par Fidel Castro en 1959 modifie la position internationale de Cuba, jusqu’alors allié traditionnel des Etats-Unis. Ceux-ci n’acceptent pas que l’île se rapproche progressivement du bloc soviétique et essaient de renverser le pouvoir castriste.

  • Pour se protéger, Castro accepte l’installation de missiles nucléaires soviétiques sur son sol. Pour la première fois, le territoire des États Unis est directement menacé.

  • La réaction du Président JF Kennedy. Pour la première fois depuis 1945, un président américain menace d’utiliser directement l’arme atomique contre l’Union soviétique.

  • Devant le risque d’une guerre nucléaire, N. Khrouchtchev recule et renonce à l’installation des missiles soviétiques sur l’île de Cuba ; en contrepartie, les Etats-Unis promettent de ne plus essayer de renverser Fidel Castro et retirent leurs missiles de Turquie. Surtout, cette crise favorise l’apaisement des relations entre les deux Grands et l’ébauche de discussions, principalement sur le désarmement. La période de la Détente commence.




  1. Les leçons de la crise de Cuba :

Evènement marquant, traumatisme fort pour une opinion publique suspendue aux réactions de Kennedy et Khrouchtchev, le monde a réellement craint l’éclatement d’une nouvelle guerre mondiale, nucléaire cette fois ci. Cette crise montre que l’arme atomique modifie la guerre dans la seconde moitié du 20ème siècle.

    • La guerre directe entre les deux Grands et leurs alliés proches devient « improbable » (R. Aron) : la guerre nucléaire conduit, en l’absence d’un espoir de protection efficace, à une destruction mutuelle et totale. La seule façon de se garantir d’une attaque est de faire peser sur l’ennemi une menace équivalente : c’est l’ « équilibre de la terreur ». La crise de Cuba permet de vérifier de la validité de la dissuasion.

    • La guerre après 1945 ne sera jamais nucléaire : la bombe est une arme délicate à utiliser en termes d’efficacité mais aussi pour des raisons liées à l’émergence d’une opinion publique mondiale défavorable. Ainsi, le Président Truman refuse son utilisation pendant la Guerre de Corée (1950-1953).

    • Pour autant, la violence ne disparaît pas après 1945 : la guerre persiste mais les conflits sont périphériques (dans le Tiers Monde), localisés (plus de guerre mondiale) et limités (arme nucléaire jamais utilisée).


B) La persistance de conflits périphériques et limités :
Entre 1947 et 1991, les Etats-Unis et l’Union soviétique s’affrontent sur des terrains multiples (sport, espace, course aux armements…) mais sans jamais entrer dans un conflit militaire direct. La situation se fige en Europe, au cœur des blocs mais continue plus loin. Sous quelles formes la guerre persiste-t-elle pendant la guerre froide ? L’exemple de la Guerre du Vietnam, typique d’une confrontation militaire de cette époque, peut nous servir de point d’appui.

Documents : Hatier, 1 p 138 et 4 p 139 et Belin, 1 p 124 : à partir de ces documents, vous expliquerez en quoi la Guerre du Vietnam est un conflit typique de la Guerre froide


  1. La guerre froide délocalisée :




    • Dans le contexte général de décolonisation des années 1950-1960, le Vietnam accède à l’indépendance en 1954. Toute possibilité d’extension étant impossible en Europe, au cœur des blocs, le Tiers Monde devient alors un enjeu majeur pour les deux Grands et la guerre froide prend une dimension mondiale.

    • Dans l’exemple vietnamien, les Etats-Unis, après une période de simple assistance militaire, décident, à partir de 1964, d’intervenir directement dans le conflit. Leur motivation principale est la volonté d’ « endiguement » du communisme. En revanche, ni la Chine ni l’Union soviétique n’envoient sur place leurs armées respectives, pour éviter tout risque de confrontation directe. Les deux pays fournissent cependant au Nord Vietnam une importante aide matérielle et financière. Cette guerre indirecte caractérise donc bien les conflits de la guerre froide.




  1. Une guerre asymétrique perdue par les Etats-Unis :

  • Une guerre asymétrique est un conflit opposant deux forces inégales, d’un côté, une armée conventionnelle ; de l’autre, une guérilla. Leur armée étant très inférieure à celle des Etats-Unis, la seule chance de victoire des Nord Vietnamiens réside dans l’utilisation d’une tactique de guérilla, particulièrement efficace dans la jungle locale. L’armée américaine répond par un envoi massif de soldats (plus de 500.000 en 1968) et l’emploi d’armes terribles comme le napalm (défoliant).

  • Cf. Hatier 3 p 138: Décrivez cette photo. Quel effet a-t-elle pu avoir sur l’opinion publique américaine et mondiale? La guerre du Vietnam choque l’opinion publique américaine et provoque la mobilisation d’une partie de la jeunesse du pays, surtout en raison de la publication d’un certain nombre de clichés et de récits (massacre de My Lai) choquants. C’est en partie pour ces raisons que, malgré les atrocités commises, les Etats-Unis n’ont pas mené au Vietnam une guerre totale (arme nucléaire non utilisée, bombardements limités sur les grandes villes du Nord) et surtout qu’ils ont décidé d’un retrait progressif à partir de 1968. Le départ définitif de l’armée américaine est achevé en 1973 et la guerre se termine sur la victoire du Nord en 1975.


2ème partie : De nouvelles conflictualités depuis la fin de la guerre froide :
A noter : le terme de « conflictualités » recouvre une acception plus large que celle de la « guerre », il est défini comme « un état de tensions résultant de menaces latentes pouvant mener au conflit ». La dernière décennie du 20ème siècle et la première du 21ème siècle voient s’imposer des formes nouvelles, en rupture avec celles définies précédemment. La notion de « conflictualité » ne s’arrête pas à la seule guerre. .
Introduction : La disparition du bloc soviétique après 1991 bouleverse les relations internationales. La bipolarisation du monde représentait bien sûr une source de tensions extrêmes mais apportait aussi une certaine forme de stabilité diplomatique.
Plusieurs enjeux nouveaux apparaissent :

  • Quel rôle international sera dorénavant dévolu aux États-Unis, restée seule hyper puissance ?

  • La fin de la guerre froide peut-elle signifier un regain d’importance pour l’ONU, dont l’influence était jusqu’alors limitée par la rivalité Est Ouest?

  • Quelles nouvelles formes de conflictualités se manifestent à cette période ?


Les études d’un conflit (la guerre du Golfe), d’un lieu (Sarajevo) et d’un acte terroriste (le 11/09/2001) peuvent nous servir d’entrées pour étudier les grandes évolutions de la situation internationale depuis la fin de la guerre froide.


I) Espoirs et échecs d’un nouvel ordre mondial :
A) Un nouveau contexte favorable au multilatéralisme :


  1. Le retour de L’ONU ?


La rivalité entre les deux Grands empêchait l’ONU, et en particulier le Conseil de Sécurité, de jouer un rôle central dans la diplomatie mondiale. La disparition de l’Union soviétique laisse espérer en l’avènement d’un nouvel ordre mondial fondé sur le respect du droit international et sur le multilatéralisme (= les relations internationales sont basées sur la concertation entre les États sous l’égide de l’ONU, s’oppose à l’unilatéralisme).


  1. La guerre du Golfe, symbole d’une nouvelle ère ?

Cf. Hatier, chronologie et 1 p 152 et Magnard, 4 p 127 : Après avoir expliqué les origines du conflit, vous montrerez en quoi la réaction de la communauté internationale marque une rupture par rapport à la période précédente.


    • En août 1990, l’Irak, dirigée par Saddam Hussein, envahit le Koweït, petit État pétrolier voisin, et l’annexe. Cette violation du droit international suscite une réponse ferme : une large coalition internationale (formée de 34 pays venant de continents différents) se met en place et fait de ce conflit une guerre « légitime ». Elle est en effet mandatée par l’ONU (Résolution 678) mais inspirée et en grande partie constituée par les États Unis, qui, au-delà du droit international, y voient aussi l’occasion de s’imposer au Moyen Orient et de sécuriser leurs approvisionnements énergétiques.

    • La guerre est rapide car les forces en présence sont déséquilibrées : l’opération « Tempête du désert », lancée le 17/01/1991 se termine dès la fin du mois de février. Le Président irakien Saddam Hussein est cependant maintenu au pouvoir.


=> Bilan : la guerre du Golfe marque l’entrée dans une nouvelle époque des relations internationales : la libération du Koweït est légitimée par le respect du droit international, elle est menée par une large coalition, elle permet de rétablir l’intégrité d’un pays. Dans le reste du monde, un certain nombre de situations conflictuelles sont résolues (fin de l’Apartheid en Afrique du Sud) ; dans d’autres cas, des négociations s’engagent (conflit israélo palestinien lors des Accords d’Oslo) grâce aux effets conjoints des États-Unis et de l’ONU. Un nouvel ordre mondial, marqué par le multilatéralisme et le respect du droit, est-il en train de se mettre en place ?

Mais des interrogations demeurent : la guerre du Golfe ne résout pas l’instabilité du Moyen Orient (S. Hussein toujours en place, droits des populations kurdes non respectés, question palestinienne non réglée…) et il apparaît aussi comme une guerre américaine.

B) Les espoirs déçus des années 1990 :


  1. Le retour de la guerre en Europe : Sarajevo au cœur du drame yougoslave (1992-1995) :

Le continent européen a vécu, après 1945, une période de paix durable même si la guerre froide maintenait des tensions parfois fortes. La stabilité acquise vole en éclats avec l’éclatement du bloc soviétique et l’effondrement des pouvoirs communistes.

Cf. 1 p 158 et 2 p 159, Hatier : après avoir montré quelles étaient les spécificités de la population de l’État yougoslave avant 1991 (et en particulier de la Bosnie Herzégovine), vous expliquerez en quoi ce conflit est d’un type nouveau, en rupture avec les affrontements de la période de la Guerre froide.


  • La Yougoslavie est un État dominé par les Serbes mais multiethnique, composé de populations slaves de religions différentes mais de cultures proches. La chute du régime communiste voit resurgir les nationalismes : chaque nationalité souhaite posséder son propre État. Si la Serbie laisse la Slovénie accéder sans dommages excessifs à l’indépendance, il n’en est pas de même pour la Croatie et surtout la Bosnie Herzégovine, région où les diverses populations sont particulièrement enchevêtrées. Les Serbes de Bosnie, menés par Radovan Karadzic et soutenus par la Serbie de Slobodan Milosevic, refusent toute accession à l’indépendance. Sarajevo, capitale et symbole d’une région multiethnique, est un des principaux enjeux de l’affrontement.

  • Les Serbes harcèlent les habitants de Sarajevo pendant des mois par des bombardements quotidiens et leur font subir d’importantes privations. Les pertes humaines sont lourdes : plus de 10.000 morts dans cette seule ville, 50.000 blessés, des milliers de déplacés. Ce n’est qu’au bout de trois ans que les Serbes acceptent de lever le siège de Sarajevo. Sous l’impulsion américaine, sont signés en novembre 1995 les accords de Dayton qui rétablissent la paix en Bosnie Herzégovine.




  1. Bilan de l’étude sur Sarajevo : un monde toujours conflictuel :


La guerre en ex Yougoslavie caractérise bien les nouvelles formes de conflictualités qui marquent l’échec du nouvel ordre mondial esquissé au moment de la guerre du Golfe.

  • D’abord, ce n’est pas une guerre conventionnelle, c’est-à-dire opposant deux armées régulières. C’est une guerre civile mettant aux prises des milices et, surtout, l’essentiel des victimes est des civils. Entre 1990 et 2004, les conflits interétatiques deviennent minoritaires (4 sur 57 seulement), les civils représentent 70% des victimes.

  • La résurgence des nationalismes, qui a provoqué ce conflit, est un autre fait marquant. Les civils ont été déplacés en fonction de leur appartenance (« nettoyage ethnique »), c’est la quasi disparition sur ce territoire de la multiethnicité. Par exemple, Sarajevo devient une ville ethniquement homogène.

  • Enfin, les illusions d’un nouvel ordre mondial fondé sur le multilatéralisme et le respect du droit international disparaissent. L’ONU s’est montrée impuissante à résoudre la crise, l’Union européenne aussi. La solution est venue d’une intervention décisive des États-Unis, qui apparaissent alors comme seuls en mesure d’imposer le règlement d’un conflit. Unique avancée : la mise en place d’un TPIY en 1993 (Tribunal Pénal International pour l’ex Yougoslavie) installe peu à peu l’idée d’une justice internationale sous l’égide de l’ONU.

  • La fin de la guerre froide ne signifie donc ni la paix, ni le désarmement. De nombreux conflits de pouvoirs (Liberia, Sierra Leone…) ou identitaires éclatent dans les années 1990 (Rwanda, Tchétchénie…) que la communauté internationale s’avère impuissante à résoudre. Dans un certain nombre de pays musulmans, ce réveil des identités se traduit par le développement de l’islamisme.



        1. Le 11/09/2001, l'entrée dans une nouvelle phase des relations internationales:


Les inquiétudes apparues dans les années 1990 se trouvent brutalement confirmées et amplifiées avec les attentats terroristes du 11/09/2001  qui modifient en profondeur la diplomatie américaine et permettent de percevoir les nouveaux enjeux internationaux.


  1. Le choc du 11/09 :




  • Les cibles visées sont les symboles de la puissance américaine : la puissance économique et financière avec les tours de bureaux du World Trade Center  à New York; la puissance militaire avec le Pentagone ; la puissance politique, car la Maison Blanche était la dernière cible, non atteinte par le 4ème avion. Le bilan est très lourd pour un seul attentat : près de 3000 morts, des milliers de blessés, la principale ville américaine ravagée... En raison de l'ampleur du bilan, on a parlé d' « hyperterrorisme » à propos de ces attentats.

  • Le 11 septembre met en lumière de façon spectaculaire un élément essentiel des relations internationales : l'islamisme qu'on peut définir comme un mouvement politique faisant du Coran et de la loi musulmane la base de toute la vie politique et sociale. Il s'accompagne aussi d'un rejet de l'Occident et de ses valeurs, dont les États Unis apparaissent comme les chefs de file. Oussama Ben Laden, un milliardaire saoudien, a créé en 1987 une organisation islamiste utilisant le terrorisme, Al Qaïda. Ce réseau a déjà sévi dans les années 1990 (attentats de Nairobi au Kenya, 1998, 400 morts) mais le 11 septembre les place au centre des relations internationales.

  • La portée de cet événement est immense. Retransmise presque en direct sur les écrans du monde entier, cette attaque choque profondément les Américains en révélant leur vulnérabilité. Elle suscite dans la quasi totalité des opinions publiques une réaction de forte solidarité avec les États Unis.


    1. Les nouvelles voies des relations internationales :


La vulnérabilité nouvelle des États Unis ne doit pas faire illusion : les attentats du 11 septembre possèdent une forte valeur symbolique mais ils ne remettent en cause ni la puissance américaine ni ses capacités militaires et diplomatiques. En revanche, ils modifient les grandes orientations de le politique extérieure américaine.

Point d'appui : textes 1 a et début du 1 b p 166, Hatier : après avoir analysé la tonalité du discours de George W. Bush, vous montrerez dans quels sens doit être modifiée la politique étrangère américaine, selon G.W. Bush et en quoi le terrorisme constitue une menace nouvelle, difficile à combattre.

  • Le terrorisme islamiste et, en particulier, Al Qaïda deviennent les nouveaux ennemis des États Unis, ainsi que tous leurs alliés potentiels (appelés « Axe du Mal » par G.W. Bush en 2002).

  • Les États Unis se relancent dans une politique étrangère interventionniste qualifiée parfois de « belliciste ». La priorité n'est plus à la recherche d'un large consensus international, c'est le retour à un unilatéralisme revendiqué. Cela débouche sur plusieurs guerres menées par les EU au nom de lutte contre le terrorisme  à l'encontre des « États voyous » faisant partie de l'Axe du Mal: l'intervention en Afghanistan en 2001 fait l'objet d'un large accord de la communauté internationale. A l'inverse, la guerre contre l'Irak en 2003 suscite l'opposition de nombreux États (surtout européens et musulmans) et d'une bonne partie des opinions publiques. Dans les prises de décisions, l'ONU tient une place secondaire.

  • La guerre contre le terrorisme est asymétrique, irrégulière, car elle n'oppose pas deux armées constituées et, fait nouveau, l'ennemi n'est pas un État clairement identifié mais une nébuleuse transnationale. Les terroristes, dans l'incapacité de vaincre directement l’adversaire, cherchent avant tout à médiatiser une cause en atteignant des cibles civiles à haute valeur symbolique.



Conclusion :

Malgré les attentats du 11 septembre, les États Unis restent la plus grande puissance mondiale. L'affirmation de nouvelles puissances (Chine, Inde...) ou les tentatives d'organisation de l'UE ne remet pas en cause la primauté américaine. Cependant, le 11 septembre a clairement montré qu'un seul État, fut il doté de tous les attributs de la puissance, ne peut assurer le maintien d'un ordre mondial stable et juste. De nombreux problèmes internationaux restent irrésolus (question palestinienne, arme nucléaire, terrorisme, attitude de certains Etats comme la Corée du Nord…). L'ONU seule peut répondre à ces défis.

A noter : un certain nombre de manuels ont essayé de synthétiser les grandes idées de cette leçon sous forme de schémas d'accès facile pour les élèves : par exemple, page 165 du Nathan Le Quintrec.






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