Thierry levy@univ-st-etienne fr; Marianne younes





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A la recherche de l’éco-entrepreneur libanais….1
Thierry LEVY- TADJINE, Professeur- Associé à l’Université St Esprit de Kaslik (USEK, Liban), Habilité à Diriger des Recherches, Directeur du CIRAME (Centre de Recherches en Gestion de l’USEK), Membre du Laboratoire ICI - Université de Bretagne Occidentale,

E-mail : thierry.levy@univ-st-etienne.fr; thierrylevy@usek.edu.lb
Marianne YOUNES, DEA en Sciences de Gestion, Université St Esprit de Kaslik (USEK, Liban),

E-mail : marianney_22@hotmail.com
Amale KHARROUBY, Enseignante-chercheuse à l’Université Libanaise, Membre de la CLIME (Cellule Libanaise Inter-établissements de recherche en Management et Entrepreneuriat),

E-mail : amalekharrouby@hotmail.com
RESUME.

S’intéressant à l’éco-entrepreneuriat (c'est-à-dire, en première analyse, aux entreprises conduites par des acteurs contribuant au développement durable), et prenant appui sur des études de cas et sur une enquête réalisées dans le contexte libanais, l’objet de ce travail est à la fois de définir l’éco-entrepreneuriat et de questionner son éventuelle singularité. Par la suite, cette réflexion et les résultats obtenus peuvent permettre d’éclairer la réflexion des pouvoirs publics sur les moyens d’encourager le développement de l’éco-entrepreneuriat et nous concluons l’article en proposant quelques leviers d’actions concrets.

Mots cléfs : Entrepreneuriat ; Eco-entrepreneuriat ; Liban ; Eco-tourisme ; Recommandations.
ABSTRACT.

Considering ecopreneurship (that is business environment oriented) and based on lebanese case-studies and quantitative inquiry, this work first discusses the definitions of the phenomenon. Its singularity is then questioned. The reflexion is finally oriented in a prescriptive way to help governments to take decisions for developing ecopreneurship.

Key Words : Entrepreneurship ; Ecopreneurship ; Lebanon ; Eco-tourism ; Recommandations.
En phase avec l’engouement croissant des populations et des pouvoirs publics pour les problématiques du développement durable, un nouveau terme (« ecopreneur ») a émergé pour caractériser des entrepreneurs qui ne seraient pas motivés que par le seul profit mais qui mettraient l’environnement au cœur de leur projet (Bennet, 1991). La construction du mot est assez signifiante puisqu’elle combine les termes « écologique » et «  entrepreneuriat ». Ainsi, pour Anderson et Leal (1997, p.3), « Ecopreneurship refers to entrepreneurs using business tools to preserve open space, develop wildlife habitat, save endangered species, and generally improve environmental quality ». Si la retranscription littérale en français autoriserait les néologismes « écopreneur » et « écopreneuriat » (Levy-Tadjine, Kharrouby, 2006), nous privilégierons dans ce travail, l’emploi des mots « éco-entrepreneur » et « éco-entrepreneuriat », considérant avec Berger-Douce (2006) que cette terminologie est plus élégante.

Si les études sur cette catégorie singulière d’entrepreneurs abondent dans l’espace anglo-saxon et sont en essor en France (Berger-Douce, 2006, 2007), il n’en n’existe pas à notre connaissance qui traite de cette problématique dans le contexte des pays en voie de développement. Tel sera l’objet de ce travail qui vise à définir l’éco-entrepreneuriat et à questionner son éventuelle singularité dans le contexte libanais. Pour ce faire, nous avons conduit six entretiens exploratoires auprès d’entrepreneurs libanais engagés dans l’éco-tourisme2. Après avoir été considéré comme étant un tourisme durable et respectueux de l’environnement, l’écotourisme est défini par l’Organisation mondiale du Tourisme comme « satisfaisant aux besoins présents des touristes et des régions hôtes, tout en protégeant et en mettant en valeur les opportunités pour le futur. Il conduit à une gestion des ressources qui remplit les besoins économiques, sociaux, esthétiques tout en maintenant l’intégrité culturelle, les processus écologiques essentiels, la diversité biologique et les systèmes qui supportent la vie ».(OMT, 1998)3.

Cette étude sur des éco-entrepreneurs œuvrant dans le secteur de l’éco-tourisme au Liban, a été complétée d’une enquête quantitative auprès de 150 citoyens libanais dont le but était de mesurer la sensibilité sociale aux pratiques éco-entrepreneuriales. Pour rendre compte des résultats obtenus, cet article sera structuré comme suit.

Dans une première partie, nous essaierons de résumer comment la littérature justifie la singularisation du phénomène éco-entrepreneurial en présentant pour conclure, nos hypothèses de travail. Sur la base de nos observations, la seconde partie discutera de la réalité de l’éco-entrepreneuriat au Liban et nous conclurons ce travail en nous efforçant de livrer quelques pistes visant à l’encourager et l’accompagner. (2)

1. La singularité de l’éco-entrepreneur
La plupart des travaux dédiés aux éco-entrepreneurs (Bennet, 1991; Berle, 1991 ; Elkington et Burke, 1989 pour ne citer que les précurseurs) prennent soin d’affirmer que les individus qu’ils étudient sont pleinement des entrepreneurs dans le sens ou peuvent leur être associé les items traditionnellement caractéristiques de l’aventure entrepreneuriale: prise de risque, identification ou création et développement d’opportunités, innovation, création de valeur et recherche de rentabilité. Schaper (2002) souligne, en outre, que les deux catégories d’acteurs sont soumises au risque permanent d’échec de leur affaire qui constitue aussi une des caractéristiques entrepreneuriales typiques.

Pour autant, la singularité de l’éco-entrepreneuriat viendrait, si l’on en croit Anderson et Leal (op. cit.) de l’objet entrepreneurial (l’environnement) et des mobiles de l’aventure entrepreneuriale (un ethos qui ne se limite pas au profit mais incarne des ambitions écologiques). Ivanko et Kivirist (op. cit.) ont prolongé l’effort d’Ánderson et Leal pour singulariser l’éco-entrepreneuriat. Selon eux, sept caractéristiques que nous résumons et discutons dans les lignes qui suivent, permettent de distinguer un éco-entrepreneur (pur) d’un entrepreneur quelconque.


  1. L’objectif visé

Alors que l’entrepreneur met en avant la recherche du profit, l’éco-entrepreneur, sans nier la recherche de rentabilité, aurait souvent comme objectif conjoint, de sensibiliser les consommateurs aux aspects environnementaux et de transmettre sa passion de la nature. Cet aspect essentiel et unanimement avancé dans la singularisation de l’éco-entrepreneuriat (Anderson, 1998) constituera une de nos hypothèses principales pour notre enquête (Hypothèse 3).

  1. Les critères d’évaluation de la performance

Quand l’entrepreneur traditionnel se base sur les ratios financiers tels que le Return On Investment (ROI), ou sur le taux de rentabilité, les éco-entrepreneurs (purs) s’intéresseraient au « Return on Environment » (ROE) c’est-a-dire aux impacts positifs que leur éco-entreprise a exercés sur l’environnement

  1. La Sensibilité au commerce équitable

L’éco-entrepreneur serait particulièrement sensible au commerce équitable (Fair-Trade). Le commerce équitable prolonge la démarche écologique dans la mesure où il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs. Dans les termes de Boltanski et Thévenot (1987, 1991), l’écopreneur légitimerait son action à l’aune de « la cité civique » et de la « cité verte » (Latour, 1995 ; Thévenot et Lafaye, 1993). Ainsi, outre des missions environnementales (« trouver l’équilibre entre l’intérêt du tourisme et l’intérêt de l’environnement », « protéger l’environnement et ne pas lui nuire tout en permettant aux touristes de profiter de la nature », etc), la MAPAS (qui gère le site touristique des grottes de Jeita dans le but de « préserver le patrimoine écologique libanais pour le transmettre aux générations futures…. ») et son fondateur, Nabil HADDAD s’attribuent des objectifs sociaux. « La durabilité de ce projet sert à procurer du travail au peuple libanais et à leur assurer un salaire fixe »4.

  1. Le rapport aux réglementations environnementales

Tandis que pour l’entrepreneur classique, les nouvelles législations imposées par les Etats en faveur de l’environnement, seraient des contraintes auxquelles, ils devraient se conformer, Ivanko et Kivirist soutiennent que les éco-entrepreneurs sont souvent à l’origine des changements de réglementation. Ils jouent ainsi le rôle d’entrepreneur institutionnel5.

  1. Les parties prenantes

Bien qu’il essaye de satisfaire toutes ses parties prenantes et de mettre à leur disposition la valeur qu’ils attendent, l’entrepreneur standard privilégierait les actionnaires ce qui, pour Ivanko et Kivirist, s’appliquerait moins nettement aux éco-entrepreneurs.

  1. Le rapport à la technologie

Caricaturalement, Ivanko et Kivirist considèrent que les entrepreneurs cherchent continuellement les nouvelles technologies et les adoptent afin d’améliorer la qualité de leurs produits alors que les éco-entrepreneurs ne choisiraient leurs technologies qu’en fonction de leur mission et parmi celles qui ne nuisent pas à l’environnement.

  1. La taille de l’entreprise

Les auteurs remarquent pour finir que les ambitions des éco-entrepreneurs sont souvent moindres que celles des autres entrepreneurs et qu’ils se satisfont de petites entreprises sans rechercher systématiquement la croissance. Pour eux, « small is beautiful ». Ce trait servira de fondement à une de nos hypothèses (l’hypothèse 4). Ne faisant pas de la croissance, un objectif premier, les éco-entrepreneurs seraient sensibles à la Pérennité et à l’Indépendance de leur affaire. En suivant Marchesnay (1998) ou Julien (2000), il est d’usage, en effet, dans la recherche contemporaine en entrepreneuriat, de distinguer les entrepreneurs au profil PIC (qui, dans une logique patrimoniale, privilégient Pérennité et Indépendance par rapport à la Croissance qui pourrait les obliger à ouvrir leur capital ou qui les encouragerait parfois à vendre « leur bébé ») de ceux qui sont plutôt CAP, préférant au contraire la Croissance à l’Autonomie financière ou décisionnelle et à la Pérennité de leur affaire (ils sont prêts a céder leurs parts si on leur en offre un bon prix). Les éco-entrepreneurs seraient plutôt des PIC.
La description d’Ivanko et Kivirist constitue davantage un idéaltype de l’éco-entrepreneur que la réalité universelle de l’éco-entrepreneuriat. En contre-point, certains auteurs soulignent qu’il existe différentes graduations dans l’engagement écologique de l’Eco-entrepreneur, la peinture d’Ivanko et Kivirist en constituant certainement l’idéal absolu.

Proposant des typologies des éco-entrepreneurs qui cassent la vision uniforme de l’éco-entrepreneuriat, Linnanen (2002), Schaltegger (2002) comme Schaper (2002) soulignent ainsi qu’il existe des « éco-entrepreneurs par accident » (accidental ecopreneurs), individus qui ont lance une affaire en rapport avec l’écologie sans que cela n’ait été anticipé dans leur modèle d’affaires et n’ait fait partie de leur vision stratégique. C’est souvent davantage la détection d’opportunités que la conviction écologique qui les aura conduits vers cette activité “verte”. Inutile de dire qu’alors, ils ne se reconnaissent pas totalement dans la description d’Ivanko et Kivirist6. Pour ceux qui n’entreprennent pas dans le domaine environnemental par hasard, le modèle des auteurs comme les travaux de Levy-Tadjine et Kharrouby (2005) laissent à penser qu’il existe, pour l’éco-entrepreneur, des trajectoires individuelles préparatoires.

Tous les cas étudiés par Levy-Tadjine et Kharrouby, étaient, en effet, déjà sensibilisés à la cause environnementale et/ou humanitaire depuis plusieurs années, avant de se lancer en affaires. Ils étaient notamment membres d’associations œuvrant dans ces secteurs. Parmi ceux-ci, Guy Le Masson (Français, 52 ans) en est l’archétype. Il crée en Juin 2001 « Alternative Environnement » dont l’objet est « l’entretien, restauration et dépollution de sites sensibles ainsi que la prévention des dégradations » après avoir consacré toute sa carrière à l’entretien du patrimoine bâti et naturel (Plus de 15 années d’expériences dans ce domaine en tant qu’artisan, chef de chantier et chef d’équipe). Il a aussi préalablement encadré des bénévoles et formé des jeunes en recherche d’emploi au respect de l’environnement et à la restauration de sites. En 2000 et 2001, il se mobilise pour le nettoyage du littoral breton suite à la marée noire de l’Erika. S’il décide en 2001 de se lancer, ce n’est donc pas un hasard. Si ce trait est d’importance dans une perspective de développement de l’écopreneuriat puisqu’il présume que c’est au cœur des associations et entreprises sensibilisées à l’environnement que se trouverait le vivier principal d’éco-entrepreneurs potentiels, nous en ferons la base pour nos deux premières hypothèses (H1 et H2).
Enfin, suivant Levy-Tadjine et Kharrouby (2005) qui recommandaient d’encourager toutes les actions (notamment celles émanant des associations écologistes) qui contribuent à sensibiliser le public au développement durable dans la mesure où celle-ci était alors source d’opportunités pour les éco-entrepreneurs, nous supposerons qu’un environnement ouvert à l’éco-entrepreneuriat est propice à son développement. Admettre cette hypothèse (H5) impose au chercheur d’étudier le contexte dans lequel peuvent émerger les projets éco-entrepreneuriaux, ce qui constituera un des objectifs de la seconde partie de cet article.

L’encadré 1 récapitule l’ensemble des hypothèses exploratoires qui ont été soumises au test et dont la seconde partie rendra compte.


H1 : La plupart des éco-entrepreneurs libanais qui ont choisi l’écotourisme leur secteur d’activité, ont des antécédents dans le domaine.

H2 : La plupart des éco-entrepreneurs libanais ont déjà une expérience dans l’écotourisme.

H3 : La plupart des éco-entrepreneurs ne cherchent pas uniquement le profit.

H4 : La plupart des éco-entrepreneurs libanais sont des PIC.

H5 : L’initiative éco-entrepreneuriale est encouragée par le soutien de la société aux actions en faveur de l’environnement.
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