Thèse en vue de l’obtention du grade de Docteur en Sciences du langage





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En nombre d’écoles, les EB où on enseigne le dagari, le kassem et le bissa ont souvent le double des EB fulfulde-français, mais ne se trouvent que dans une seule région. L’activité pastorale des peuls pourrait expliquer cette disparité et aussi le fait qu’il y ait moins d’écoles fulfulde-français quand on sait que le fulfulde est la deuxième langue du pays en termes de nombre de locuteurs.

Des créations et des transformations d’écoles classiques en écoles bilingues sont constatées chaque année. Mais, quelles disciplines qui y sont enseignées ?

Les disciplines des écoles bilingues

Les disciplines des écoles bilingues sont calquées sur celles des écoles classiques. La différence se situe au niveau de l’ajout de certaines disciplines en L1 de l’élève selon sa région et de la répartition horaire. Les disciplines des écoles classiques au Burkina Faso se répartissent en disciplines fondamentales et en disciplines d’éveil. Les disciplines fondamentales sont essentiellement constituées de celles qui concourent à l’enseignement du français et à l’enseignement des mathématiques. « Les disciplines d’éveil sont une organisation d’activités d’éveil structurées en objectifs, en principes pédagogiques et en instructions qui visent le plein épanouissement des apprenants en tenant compte de leurs besoins et intérêts » (Bouda & al., 2007, p. 160). Les disciplines d’éveil sont reparties en disciplines d’éveil à dominante scientifique (l’observation, la géographie et l’histoire), en disciplines d’éveil à dominante esthétique (le dessin, le chant et la poésie), en disciplines d’éveil à dominante morale et civique (instruction civique et la morale), celles à dominante manuelle (les activités pratiques de production, le travail manuel), en disciplines d’éveil à dominante physique (les activités physiques éducatives et les activités sportives) et enfin en activités pratiques de production.

Au niveau des écoles bilingues, on retrouve les mêmes matières, mais ce sont les contenus des programmes et les horaires qui changent. Pendant les deux premières années, l’enseignement est dispensé dans la langue des élèves, à partir de la troisième année, un transfert est fait vers le français L2.

          1. Les disciplines linguistiques

Les disciplines linguistiques (DL) sont les disciplines qui concourent directement à l’acquisition de la langue. Elles concernent aussi bien les disciplines fondamentales que les disciplines d’éveil. Les disciplines comme la lecture, la dictée, le vocabulaire, l’orthographe, la grammaire, la lecture, la dictée, l’expression orale, l’expression écrite, le langage, l’étude de texte et la rédaction concourent à l’acquisition du français ou du fulfulde L1 des élèves dans les petites classes des écoles bilingues. Il faut rappeler que le fulfulde L1 des élèves est matière et médium dans les petites classes des écoles bilingues au Burkina. En plus de ces disciplines, il y a la discipline d’éveil à dominante esthétique que sont la récitation et le chant, les disciplines d’éveil à dominante civique et morale que sont l’instruction civique et la morale.

          1. Les disciplines non linguistiques

Sont considérées comme disciplines non linguistiques (DnL), l’ensemble des disciplines qui concourent à l’acquisition de la discipline fondamentale dénommée mathématiques. Ce sont le calcul (dans les petites classes), l’arithmétique, le système métrique et la géométrie. On note également dans cette catégorie la plupart des disciplines d’éveil. Ce sont les disciplines d’éveil à dominante scientifique qui sont l’observation, la géographie et l’histoire ; les disciplines d’éveil à dominante physique comme les activités physiques éducatives (APE) et les activités sportives (AS) ; la discipline d’éveil à dominante esthétique qu’est le dessin ; et enfin celles à dominante manuelle comme les activités pratiques de production (APP), le travail manuel (TM).

Il n’y a pas de discipline qui ne soit pas linguistique, car toutes les disciplines scolaires sont enseignées par le biais d’une langue ou de deux langues. Les didacticiens et les acteurs de l’enseignement bilingues voudraient certainement faire la différence entre une langue enseignée comme discipline scolaire et les autres disciplines qui ne prennent pas la langue comme objet d’étude. L’apprentissage de la langue, de ses particularités par le biais d’une autre langue (L1) a pour avantage d’apporter une plus-value à l’apprenant dans la mesure où l’on part des acquis pour acquérir la L2. Cela est d’autant vrai qu’au Burkina Faso, l’histoire et la géographie sont enseignées en L2 dans les grandes classes bilingues (A4 et A5). L’élève renforce ses connaissances en même temps qu’il apprend les notions de ces disciplines. « Même les disciplines qui possèdent un langage formel propre, comme les mathématiques, recourent abondamment à la langue naturelle pour la mise en place et le contrôle des savoirs » (Gajo, 2007, p. 2). Dans le système éducatif bilingue du Burkina Faso, les disciplines dites non linguistiques (DnL) sont enseignées en L1 de l’élève dans les petites classes avec un vocabulaire bien élaboré, afin de faire acquérir par les élèves les notions de base en L1. C’est par la suite qu’il y aura transfert de ces notions vers le français, ce qui a l’avantage d’éveiller l’enfant plus facilement en communiquant avec lui dans sa propre langue.

Les horaires et programmes officiels des écoles bilingues

Comme nous l’avons souligné plus haut, les programmes et horaires des écoles bilingues sont des copies des horaires et des programmes des écoles classiques réadaptées par les institutions ou les associations initiatrices des expérimentations pour tenir compte de la langue de l’élève. Les horaires et programmes formule MENA (Ministère de l’Education Nationale) sont ceux appliqués par l’OSEO (actuel Solidar Suisse). L’Etat n’a pas établi de façon officielle les contenus des curricula. Il s’est contenté de valider ce qui est fait sur le terrain par les auteurs des expérimentations. Néanmoins, le conseil des ministres du lundi 15 mars 2015 vient d’adopter le document intitulé « cadre d’orientation du curriculum » de l’éducation de base afin de fixer les bases de la réforme visant à créer un continuum éducatif tenant compte des réalités de l’élève. « Les contenus des nouveaux curricula (programmes d’études), prennent en compte les problématiques actuelles que sont les langues nationales, l’éducation inclusive, les TIC, l’art et la culture, les thèmes émergents, les violences intra et extrascolaires et les savoirs endogènes. Ils prennent également en compte les spécificités de chaque région, les réalités du milieu de l’enfant, le caractère pratique des enseignements notamment la liaison éducation-production »9.

Les enseignants des écoles bilingues sont formés dans des écoles par la DGEB (Direction Générale de l’Education de Base) et suivent aussi des recyclages. « Les mois de juillet et août sont intégralement consacrés à la pédagogie bilingue correspondant au niveau de la classe qu’ils auront à tenir à la rentrée et ce de la première à la dernière année »(Cheron, n.d., p. 19). Chaque enseignant prend ses élèves depuis la première année et évolue avec eux jusqu’en cinquième.

A la fin de la formation, chaque enseignant bilingue a à sa disposition les curricula de la première à la cinquième année. Il s’agit des programmes et des emplois de temps plus d’autres indications concernant les matières à enseigner dans les différentes classes. L’objectif pédagogique général suivant est repris au début du curriculum de chaque niveau d’étude « Amener des enfants d’âge scolaire à acquérir en 5 ans (au lieu de 6) tout le contenu et l’ensemble des savoirs, des savoir-être et des savoir-faire offerts à l’école primaire en utilisant une langue qu’ils parlent (en l’occurrence leur langue maternelle) pendant les deux premières années du cursus » (OSEO-MEBA, n.d., p. 2)10.

          1. Les programmes

On trouve dans pour chaque classe (de la première à la cinquième) un document intitulé « programme d’enseignement des écoles bilingues ». Il contient les objectifs globaux à l’enseignement bilingue et ceux spécifiques à la classe, le guide d’utilisation du programme, les indications sur la façon de fixer au début chaque leçon, les objectifs des domaines cognitif, psychomoteur et socio-affectif en fonction des matières, et enfin les contenus à dispenser pour chaque discipline et matière. Ces contenus par matière sont hiérarchisés, du plus simple au plus compliqué, des notions élémentaires aux notions plus complexes afin de faciliter les acquisitions et aussi le suivi mensuel et trimestriel des cours du début à la fin de l’année scolaire.

          1. Les instructions et horaires officiels

En plus des programmes par classe pour chaque matière, on trouve les instructions pédagogiques liées aux différentes disciplines dans le programme d’enseignement des écoles bilingues. Généralement ce sont les arrêtés ministériels (ici les initiateurs des innovations) qui fixent les programmes et horaires applicables dans tous les établissements de même formule. Les instructions officielles « expliquent les objectifs poursuivis, suggèrent les méthodes et les procédés pédagogiques et définissent d’une manière générale les principes de l’éducation » (Chobaux, 1967, p. 34). On trouve également dans ce document, les emplois de temps pour chaque classe de la première à la cinquième année et un récapitulatif résumant les horaires par matière. Ces emplois de temps sont réactualisables chaque année par l’enseignant.

Tableau :récapitulatif des horaires en 4e année

Disciplines

Horaires 2013-2014

Horaires 2014-2015

(proposition)

Animation sportive

1h30

1h30

Vocabulaire

1h

1h

Orthographe

1h

1h

Grammaire

1h

1h

Lecture en langue nationale

00

30mn

Conjugaison

1h

1h

Elocution

30mn

30mn

Rédaction

1h

1h

Lecture

3h

3h45mn

Dictée

1h30

1h30mn

Etude de texte

1h

1h

Technique d’expression en LN

00

1h

Ecriture

1h

30mn

Arithmétique

3h

2h45

Système métrique

1h

1h

Géométrie

1h

1h

Exercices d’observation

2h30

2h30

Histoire

30mn

30mn

Géographie

1h

1h

Chant

1h

1h

Récitation

1h

30mn

Dessin

1h

1h

ECM

45mn

30mn

APPC

1h

30mn

Recreation

2h30

2h30

Total

30h

30h


Il faut retenir que certaines matières comme l’APPC (activités cultuelles et les Activités Pratiques de Production) sont souvent négligées au profit d’autres où un retard semble être constaté. On peut passer une semaine dans une école bilingue sans avoir l’occasion de suivre une de ces activités.

Les éléments sur le contexte social et le fonctionnement de la langue fulfulde donnés dans ce chapitre facilitent la compréhension de la transcription que nous avons faite des passages en fulfulde contenu dans notre corpus. Aussi, l’historique des expérimentations de l’éducation bilingue au Burkina, les textes officiels, les programmes horaires actuels des écoles bilingues au Burkina Faso sont d’un grand apport à la compréhension du matériau collecté dans le vécu des élèves et des enseignants en classe au Burkina Faso et les analyses et des interprétations que nous en ferons. Les disciplines sont données à titre indicatif. Nous reviendrons sur les spécificités de certaines disciplines et matières dans la section analyse des données.
Le profil de l’élève bilingue du Burkina

L’élève bilingue dans les deux régions (Nord, Sahel) où nous avons collecté nos données est, d’une manière générale, un élève qui parle le fulfulde dans la famille et qui ne maîtrise pas du tout le français. Dans sa localité, sa L1 est parlée dans toute la communauté à tous les égards, au marché, dans les lieux de rencontres comme les baptêmes, les lieux de causeries au clair de lune, etc. Ses parents eux-mêmes sont le plus souvent analphabètes en français (certains ont suivi des cours d’alphabétisation en langue locale). Il vient à l’école avec sa seule fulfulde L1, et c’est là qu’il va apprendre ses premiers mots en français. On trouve quelques rares exceptions. A Biidi, village situé à douze (12) kilomètres de Gorom-Gorom, le maître de 5ème année a son enfant en classe de 4ème année et la maîtresse de 4ème année a sa petite sœur en 5ème année. Il n’y a pas d’autres fonctionnaires dans cette localité dons les enfants fréquentent l’école. Généralement, les femmes des fonctionnaires restent dans les grands centres, et de ce fait, sont avec les enfants s’ils en ont. Il faut noter aussi que la plupart des enseignants qui sont dans les zones périphériques sont jeunes et sans enfants. C’est avec l’ancienneté que l’on a la chance d’être affecté en ville.

On trouve aussi des élèves dont la L1 n’est pas le fulfulde. A Biidi, on trouve des enfants de Bella qui parlent tamasheq en famille, mais qui maîtrisent parfaitement le fulfulde parce qu’elle est la langue dominante du milieu.

Dans la cours de l’école de Biidi, les élèves des petites classes ont pour langue d’échange, le fulfulde. Les élèves des grandes classes, échangent entre eux en fulfulde ou en français. Pendant tout notre séjour dans cette école pour la collecte des données, nous n’avons pas entendu les élèves parler une autre langue.

Il faut noter que les situations linguistiques des élèves varient dans la même région pour ce qui est du lieu d’établissement de leurs familles. A Gorom-Gorom, chef-lieu de la province de l’Oudalan situé à douze (12) kilomètres, on trouve des familles issues de différentes langues du Burkina. Il s’agit principalement des fonctionnaires dont les origines sont diverses. On trouve également des commerçants qui parlent moore, fulfulde, jula, et quelques fois le français. Il y a de plus en plus de famille mixtes, c’est-à-dire dont les membres sont issus de groupes linguistiques différents. L’appartenance ethnique ou linguistique des familles sont facilement repérables à l’école à travers les noms de familles. Quelque soient la langue et les origines familiales des élèves, tout le monde comprend et parle le fulfulde parce qu’elle est la langue locale commune à tous.

A Nomou, village situé à quatre (4) kilomètres de Thiou, vers la frontière du Mali, on note la même situation qu’à Biidi. Le fulfulde est la langue locale parlée par tous. Il n’y a presque pas d’élèves qui parlent français avant de venir à l’école parce qu’en dehors de l’école, il n’y a aucun autre service public (centre médical). Le service public le plus proche est le poste de douane de Thiou situé à trois (3) kilomètres. Aucun élève n’est enfant de douanier dans cette école, et aucun des enseignants de cette même école n’y a inscrit son enfant.

L’on retient donc que dans ces zones fortement fulaphones, tous les élèves parlent parfaitement le fulfulde avant de venir à l’école. Ils ignorent totalement le français et c’est à l’école que les élèves viennent apprendre leurs premiers mots qui sont pour la plupart constitués de termes comme « bonjour monsieur/madame » « debout/assis ». Si les élèves des grands centres parlent deux, trois, voire quatre langues en dehors du français, parmi ceux de nos écoles visitées on trouve des élèves monolingues et d’autres qui sont bilingues.
Etat de la recherche, cadre théorique et mise au point terminologique




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