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UNIVERSITE HASSAN II

Faculté des Lettres et des Sciences humaines

Aïn Chock - Casablanca -

Politique urbaine et espace peripherique
A casablanca



le cas de

ben m'sik-sidi othemane



Livre I
Thèse présentée et soutenue publiquement en vue de l'obtention
du DOCTORAT D'ETAT EN GEOGRAPHIE URBAINE


Par
Abderrahmane RACHIK

Sous la direction de Mr. FADLOULLAH Abdellatif

1997


REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier Monsieur Abdellatif FADLOULLAH , professeur de géographie à la faculté des Lettres et des sciences humaines de Rabat, d’avoir bien voulu accepter d’encadrer et de suivre l’élaboration progressive de cette recherche. Ses conseils et ses remarques ont été d’un grand intérêt pour l’avancement de cette étude.

Mes remerciements vont également à Monsieur Mohamed NACIRI qui a manifesté un intérêt particulier dès le début de mes recherches ; je le remercie pour ses critiques et ses conseils, pour son accueil et pour le temps qu’il m’a toujours accordé en m’ouvrant les portes de sa maison. Mes remerciements vont également à mon frère Hassan ‎RACHIK et à mon ami Mohamed TOZY qui ont bien voulu suivre l’avancement de mes études académiques et plus particulièrement mes projets de recherche relatifs à la ville de Casablanca.

Un grand merci également à Rkia HAKIMI qui n’a pas hésité à nous aider efficacement dans la conception et l’élaboration de plusieurs cartes contenues dans cette recherche.

Que soient remerciés tous ceux et toutes celles qui ont participé de près de loin à l’élaboration de notre travail. Nous pensons plus particulièrement aux différents responsables que nous avons pu entretenir et qui sont très nombreux pour les nommer chacun par son nom ; ils se trouvent plus particulièrement dans le Ministère de l’Habitat, la Délégation régionale de l’Habitat à Casablanca, la Cellule de restructuration de Ben M’sik, le Ministère de la Population et sa Délégation régionale à Casablanca, l’Agence urbaine de Casablanca, les différentes préfectures et communes de la ville
Sommaire
Introduction générale 5

Premier Livre

Tournants de la stratégie urbaine et urbanisation périphérique .. 34

Introduction au premier Livre . .. 35

Chapitre I

Les nouvelles formes d’urbanisation coloniale : hiérarchisation sociale
et ségrégation spatiale 40
A) L’habitat comme signe de domination sociétale 42

B) L’appropriation spécifique de l’espace périphérique :
l’habitat « indigène » de masse . 70

C) L’organisation spatiale urbaine marquée par une

politique hygiéniste 93

Conclusion du premier chapitre 108
Chapitre II

La seconde planification urbaine : politique du logement social
et extension de la périphérie 111

A) Les déterminants de la nouvelle stratégie urbaine . 112

B) Violence collective et rectification du tir : une politique
urbaine en faveur des masses « indigènes » 123

C) Une nouvelle production architecturale et urbanistique

périphérique 147

D) La planification urbaine : Casablanca entre les intérêts
privés et le maintien de l’ordre . 171

Conclusion du second chapitre 201
Chapitre III

L’espace urbain entre le flou politique et le « bricolage » urbain 205

A) De l’urbanisme timide à l’intervention urgente . 208

B) Une action éphémère à l’égard de l’habitat urbain 220

C) L’habitat urbain, de l’oubli à la prise en charge 232

Conclusion du troisième chapitre .. 249

Conclusion du premier livre 252

Livre II

Emeute et stratégie urbaine multidimensionnelle

Introduction au deuxième livre . 258
Chapitre I

La périphérie comme espace à « haut risque » 264

A) La perception sociale de la périphérie : ruralité, pauvreté et danger . 264

B) L’occupation sociale différenciée de l’espace périphérique 297

Conclusion du premier chapitre .. 330
Chapitre II

La gestion politico-spatiale urgente de l’émeute 332

A) De l’émeute à la planification urbaine 333

B) Les effets immédiats de l’émeute sur la planification urbaine 365

Conclusion du second chapitre 387
Chapitre III

Planification urbaine et organisation sociale de la protestation . 389

A) Actions collectives sans acteurs . 390

B) De l’émeute à la manifestation et de la confrontation au consensus 421

Conclusion du troisième chapitre .. 447
Chapitre IV

Intégration socio-spatiale ou création d’un nouvel espace périphérique . . 449

A) Nouveaux équipements structurants : vers un mini-centre
à la périphérie ? .. . 452

B) L’accession à la propriété du logement comme moyen d’intégration
sociale . 476

C) Une politique du logement social urgente .. .. .. 509

D) La politique du logement social entre la diversité architecturale
et la standardisation . . 544

Conclusion du quatrième chapitre 586

Conclusion du deuxième livre . 588

Conclusion générale 595

- Annexes .. 604

- Bibliographie . 676

- Table des matières 708
Introduction generale
Casablanca, métropole économique du Maroc, abrite environ 3 millions d'habitants sur une superficie urbaine de plus de 14.500 hectares. L'extension urbaine périphérique se réalise d'une manière dynamique dans toutes les directions, à l'est, à l'ouest, au sud et au sud-est. L'espace urbain périphérique de Ben M'sik-Sidi Othemane que nous proposons d'étudier, est situé au sud-est de Casablanca ; il fait partie de la nouvelle préfecture de Ben M'sik-Sidi Othemane (voir la carte relative au découpage administratif de Casablanca, p. 371). Lié à l'importance de l'intervention des différents appareils d'Etat, cet espace périphérique se caractérise par un rythme de construction sans précédent, notamment pour la réalisation de logements sociaux.

Notre problématique met en relation trois variables fondamentales : protestations sociales, politique urbaine dans sa dimension planificatrice et espace périphérique. L'intégration est un autre concept (aussi bien ambigu que contesté) incontournable quand il s'agit d'approcher des espaces périphériques abritant des couches sociales modestes, voire défavorisées.

Nous partons de l'hypothèse selon laquelle il existe des tournants dans la stratégie urbaine coloniale et post-coloniale où la pression sociale exerce des effets notables sur la politique urbaine, et par là, sur la dynamique et la production des formes de croissance urbaine qui marquent fortement le paysage urbain périphérique. Ce dernier, après certaines émeutes violentes, devient subitement un enjeu politique de taille.

La politique urbaine dans sa dimension planificatrice se trouve liée, dans l'histoire urbaine fraîche de Casablanca, à des périodes de conflits entre, disons pour schématiser, le pouvoir politique et la société. Certaines émeutes violentes sont une véritable source de la dynamique spatiale et urbanistique de la périphérie. La problématique de l'articulation entre la politique urbaine et l'espace périphérique nous a imposé une approche multidimensionnelle1. Outre les dimensions géographique et sociologique, les aspects juridique, économique, politique et démographique s'entrecroisent dans la dynamique urbaine (passée, actuelle et en devenir) de la métropole.

Quand on se penche sur la stratégie urbaine à l’égard de Casablanca, on peut identifier trois tournants principaux qui avaient des retombées socio-spatiales importantes sur la ville :

  • La période du Maréchal Lyautey à travers l’architecte Henri Prost entre 1917 et 1925;

  • La période Ecochard entre 1947 et 1955;

  • La période de 1981 jusqu’à l’heure actuelle, avec la présence constante du ministère de l’Intérieur à travers l’Agence urbaine de Casablanca.

Ces trois périodes fondamentales dans l’évolution urbaine de ville se caractérisent par les trois points communs suivants :

  • Les différentes interventions du pouvoir politique étaient préalablement conçues grâce à l'élaboration d’instruments de planification urbaine par les architectes H. Prost (1917), M. Ecochard (1952) et M. Pinseau (1984);

  • Les plans d’urbanisme adoptés avaient des retombées socio-spatiales importantes sur la ville; ils ont abouti à la production et à la reproduction de la structure urbaine actuelle de Casablanca2;

  • Les trois plans étaient élaborés dans un contexte de violence collective meurtrière.

Le premier plan d’aménagement de Casablanca élaboré en pleine guerre coloniale par Prost (1917) tentait, entre autres, de séparer spatialement les deux populations européenne et marocaine, puis d’établir un zoning pour assurer des zones urbaines socialement et ethniquement distinctes; ce type de plan accentue les disparités sociales au niveau résidentiel et provoque l’exclusion et la marginalisation d’une bonne partie de la population cantonnée dans les bidonvilles.

Le second plan d’aménagement (1952) avait également comme toile de fond une violence menée par le mouvement nationaliste contre l’ordre colonial. Une réponse immédiate était également faite à travers une nouvelle planification urbaine : maintenir le zoning de Casablanca tout en menant une politique massive du logement social dans l’espoir d’intégrer les populations urbaines des bidonvilles. Ce plan d'aménagement avait mis en jeu des intérêts économiques de certains industriels et promoteurs fonciers. Il avait par conséquent suscité l’opposition de plusieurs acteurs : le conseil municipal, la presse, certains habitants, des industriels, des sociétés foncières, la Chambre d'agriculture, la Chambre de commerce et de l'industrie, etc. Les protestations se multipliaient dans un contexte où la violence entre les nationalistes et l’administration coloniale avait atteint un stade extrême.

Le troisième plan (schéma directeur en 1984 et plans d’aménagement communaux en 1989) ont été rapidement élaborés et approuvés pour faire face à l’émeute sanglante qui avait secoué la ville de Casablanca en juin 1981. Encore une fois le souci sécuritaire était fort présent. Des objectifs multiples ont été programmés :

 élaboration d’un nouveau schéma directeur pour la métropole,

 une politique massive du logement social qui avait permis de réduire, par exemple, le taux des habitants du bidonville de 22 % à 1 % dans la préfecture de Ben M’sik-Sidi Othemane,

 une tentative de dédensification des zones urbaines à contenu social modeste, pour ne pas dire défavorisé, un élargissement des réseaux routiers etc., étaient projetés par le PA. Mais aucun traitement urbanistique pour atténuer les disparités sociales au niveau de l’habitat, aucune opération de réhabilitation urbaine n’est prévue par les plans d’aménagement.

Nous allons voir par la suite que ces affirmations relatives au lien entre la violence collective et la planification urbaine méritent évidemment d’être examinées avec beaucoup de nuances. La remarque qu’on peut faire maintenant, c’est que ce contexte de violence collective marque fondamentalement la nature du plan d’urbanisme et par conséquent, l’organisation et le devenir du tissu urbain.

Certes, la ville de Casablanca avait connu plusieurs plans d’urbanisme ; mais les trois plans que nous avons signalés étaient les seuls approuvés par les instances compétentes et disposaient ainsi d’un support juridique leur permettant d’être opposables aux tiers et à l’administration, et qui ont des retombées socio-spatiales importantes.

Dans une période où la politique urbaine est très active (élaboration d’instruments de planification urbaine, politique massive du logement social, intervention multiple dans le tissu urbain), les habitants n’arrivent pas encore à s’imposer comme mouvement social à travers des comités de quartiers, des amicales ou des associations.

Contrairement au milieu rural où la Jmaa (assemblée) constitue un cadre de mobilisation sociale pour la prise en charge des différents services collectifs du (ou des) douar (s), dans les villes, on remarque l’absence d’une tradition urbaine relative aux actions collectives3 dans les quartiers qui peuvent être à la base de la construction d’une identité du quartier, voire aboutir à des mouvements revendicatifs ou contestataires4.

C’est dans les quartiers «clandestins»5 que les associations de quartier (les amicales) se sont développées au cours des années 80. Mais, les actions collectives, à Casablanca, se manifestent essentiellement dans certains quartiers récemment construits et qui abritent des couches sociales moyennes et aisées. Dans la plupart des cas, ces actions se limitent aux problèmes que posent la sécurité (gardienage des maisons, des voitures ) et le ramassage des ordures ménagères.

En parallèle à la quasi-absence des actions collectives revendicatives en milieu urbain, on assiste, cependant, à la multiplication et à la répétition des émeutes au cours des années 80. Si la réalisation du consensus politique national au Maroc autour du problème du Sahara avait pour conséquence une relative « paix sociale » demandée par le souverain à partir de 1975, celle-ci ne se traduit plus sur la scène sociale ; la multiplication d’émeutes violentes au cours des années 80 venait rompre cette « paix sociale » et prouvait par la même occasion la fragilité de l’encadrement politique de la société urbaine. En effet, les villes allaient connaître une multiplication et une répétition d’explosions sociales très violentes au cours des années 80.

Par conséquent, une nouvelle gestion politique de la société urbaine avait débuté avec les émeutes répétitives des années 80 qui ont secoué à chaque fois les villes marocaines. Ces différentes explosions sociales étaient une occasion propice pour que l’Etat puisse repenser sa politique en milieu urbain, puis renforcer et diversifier ses interventions dans la ville.

Si les années 80 avaient connu une multiplication d’émeutes dans les différentes villes marocaines, puis une intervention massive et multiple de l’Etat dans le champ urbain, les années 90 se caractérisent, par contre, par un débat public, plus particulièrement politique, autour des deux réformes constitutionnelles (1992 et 1996), autour d’un rapport6 de la Banque Mondiale commandé par le souverain, autour du statut juridique de la femme dans la Moudawana, autour de la justice et de l’institution judiciaire, autour de la corruption, autour de la concession du service de l’électricité, des eaux et de l’assainissement de Casablanca à une société française Au renforcement politique de l’Etat en milieu urbain pendant les années 80, correspond un processus de balbutiement de la société civile au début des années 90.

En effet, au cours des années 90, un processus est engagé de modernisation économique (privatisation des entreprises publiques, rénovation de la bourse, élaboration d’un nouveau code de commerce ) et politique (la réforme de la Constitution en 1992, puis en 1996, l’engagement de l’Etat pour le respect des principes des droits de l’homme tels qu’ils sont universellement reconnus, la libération des prisonniers politiques, le retour des exilés, les tentatives de lutte contre la corruption, la drogue, la contrebande ).

C’est à partir du début des années 90, que les notions telles l’Etat de droit, le dialogue, la transparence, la démocratie, la société civile, les droits de l’homme deviennent une valeur dominante dans les discours politique et journalistique marocains. Mais, ils apparaissent timidement dans la littérature scientifique. Le concept de société civile n’a commencé à voir le jour dans la littérature scientifique marocaine7 qu’à partir de la fin des années 80.

Certes, on remarque depuis le début des années 90 une certaine manifestation de la société civile, à travers les nouveaux mouvements sociaux, plus particulièrement à travers le mouvement associatif ( mouvement des femmes, celui des droits de l’homme, celui des chômeurs diplômés, celui des berbères, celui des organisations à vocation religieuse, celui des professionnels ).

En parallèle à l’émergence de la société civile, on peut également noter la manifestation de signes de consensus social et politique entre les différents acteurs8. « C’est vrai que les choses évoluent positivement depuis la signature de la déclaration commune, en ce sens que les rapports entre les syndicats et le patronat qui étaient basés sur des rapports de force, donc, de confrontation, sont plus en plus conçus en terme de partenariat »9.

Devant l’émergence timide de la société civile et la modernisation économique et politique, on enregistre également des tentatives de modernisation de la protestation sociale par le mouvement syndical et associatif; lors des appels à la grève générale par les syndicats, l’émeute, comme moyen de chantage déguisé, ne pourrait plus fonctionner comme instrument de pression sur le pouvoir politique dans la mesure où la grève générale ne correspond plus automatiquement à l’émeute !

Il faut dire que depuis l’émeute de 1981, Casablanca n’a pas connu, contrairement aux autres villes marocaines, de violence collective et ce malgré les différents appels à la grève générale lancés par les syndicats (en 1984, en 1990 et en 1991).

L’émeute s’est déclenchée à deux reprises en 1996 ; la première à Tanger, dans une ambiance de grève générale, mais elle resta limitée au un seul quartier périphérique (Beni Makada), et la seconde était provoquée par l’intervention des agents d’autorité qui démolissaient les logements en dur construits clandestinement dans des quartiers sub-urbains de Casablanca10.

Contrairement aux pays dits démocratiques, la particularité du Maroc, c’est que malgré le multipartisme et le nouveau contexte politique favorables à la multiplication des associations, celles-ci ne couvrent encore qu’une partie infime du champ social urbain. Dans une métropole comme Casablanca où les problèmes liés à la vie quotidienne citadine sont très nombreux, rares encore sont les associations (ou comités) de quartiers ; à signaler aussi l’inexistence d’associations de locataires, d’habitants des bidonvilles ou de mal-logés, de chômeurs, ou celles de victimes d’erreurs médicales, de la circulation routière, . Des associations relatives aux usagers de transport en commun, d’hôpitaux, de l’administration et d’autres services publics font encore défaut. C’est ce type d’association qui permet, pensons-nous, la construction et l’approfondissement du processus démocratique dans le pays.

Pourquoi devant tant de problèmes urbains que connaissent les grandes villes marocaines, ce type d’association n’émerge pas encore ? Pourquoi les habitants de la ville n’arrivent pas encore à s’organiser pour mener des actions collectives et pour devenir l’interlocuteur obligé face à la commune urbaine et aux différents appareils de l’Etat ?

Les interventions étatiques ne s’inscrivent plus sur un plan uniquement idéologique ou répressif; des actions multiples visant le contrôle et l’intégration socio-urbaine de la population citadine sont mises rapidement en oeuvre, plus particulièrement après les émeutes de juin 1981 à Casablanca . Les cinq axes suivants paraissent les plus importants dans la nouvelle stratégie urbaine de l’Etat :

     élaborer et veiller à l’exécution des documents d’urbanisme11 dans le but de quadriller la ville, et plus particulièrement les quartiers denses et périphériques, et par voie de conséquence, disposer d’espaces facilement visibles et lisibles, donc aisément contrôlables ;

     accélérer la mise en oeuvre d’une politique massive du logement social pour résorber les espaces urbains perçus comme foyers privilégiés de mécontentement social12 ;

     renforcer le contrôle administratif par la multiplication d’arrondissements urbains et de commissariats, et par le découpage des grandes villes en plusieurs préfectures coiffées par une Wilaya ;

     exercer un contrôle sur l’usage des mosquées ; comme elles sont fermées juste après les différentes prières, les mosquées ne peuvent servir d’espace de mobilisation sociale pour les islamistes ; la faculté reste, jusqu’en 1996, l’espace où s’expriment ces derniers pour exclure, souvent violemment, les autres tendances estudiantines13 ;

 impliquer davantage les différentes composantes (partisanes ou indépendantes) des élites urbaines, soit par la création des associations régionales, soit en intégrant des individualités dans le processus de réflexion et de consultation. Ceci a donné naissance à plusieurs Conseils autour du souverain : Conseil de la jeunesse et de l’avenir, Conseil pour le dialogue social, Conseil consultatif des droits de l’homme et récemment le Conseil de réflexion qui regroupe des ingénieurs et des professeurs de l’enseignement supérieur.

Mes travaux de recherches académiques sur la ville de Casablanca avaient commencé avec les émeutes violentes répétitives depuis 1981 et se terminent, en cette fin de siècle, avec un processus de démocratisation de la vie politique. Le passage de l’émeute comme expression sociale violente et spontanée à une éventuelle organisation et structuration des nouveaux mouvements sociaux en ville pourrait-il être réalisé et influencé ainsi la politique urbaine ?

Les tournants importants de la stratégie urbaine à l’égard de la ville de Casablanca sont analysés grâce à la combinaison de plusieurs sources d’information. Pour la période Ecochard, j’ai recueilli une masse importante de données inédites. J’ai eu d’abord l’occasion de m’entretenir avec M. Ecochard14 en 1982 et 1983 à propos notamment de son plan d’aménagement (1952) et plus particulièrement au sujet des spéculateurs (européens et marocains) qui lui « tenaient encore en coeur ». Lors de sa dernière visite au Maroc en 1980, à la suite de son invitation par le ministère de l’Habitat, Ecochard m’a affirmé qu’il avait mis plusieurs documents à la disposition de ce ministère15. J’ai eu de la chance, par la suite, de trouver un important dossier contenant des archives de la municipalité de Casablanca qui nous a permis de mieux comprendre la période conflictuelle, "obscure" et peu étudiée de M. Ecochard (voir la bibliographie à la fin du texte). Pour mener à bien notre travail :

- nous nous sommes appuyés sur des lettres, des procès-verbaux de toutes les différentes réunions relatives à l'élaboration des plan d'aménagement de Casablanca de 1952;

- nous avons exploité les différentes séances du Conseil du gouvernement (section marocaine), couvrant la période 1946-1955, et les discours des différents Résidents Généraux au Maroc ;

- nous nous sommes également appuyés sur le dépouillement systématique de certains quotidiens marocains de l'époque (1951-1955). Cet ensemble d'informations collectées ont permis d'examiner de plus près la politique urbaine, et plus précisément la planification urbaine de l'administration coloniale, puis la relation de celle-ci avec l'urbanisation périphérique de masse.

Cette période de l'histoire récente des villes marocaines et plus particulièrement celle de Casablanca reste encore très méconnue. A notre connaissance, le conflit relatif au plan d'aménagement qui a opposé la ville de Casablanca à l'administration coloniale n'a jamais fait l'objet d'une analyse détaillée et approfondie. Le dépouillement des quotidiens et de certaines archives de la municipalité de Casablanca pour la période allant de 1950 à 1955, nous ont permis d'apprécier le conflit opposant la "scène locale" (Casablanca) à l'administration coloniale, à la veille de l'Indépendance politique du Maroc. Ce conflit tournait autour de l'élaboration du plan d'aménagement de Casablanca et plus particulièrement sa périphérie.

Pour le deuxième tournant de la stratégie urbaine (à partir de 1981), nous avons suivi de plus près l’évolution de la politique urbaine et notamment les différentes interventions de l’Etat ; pendant l’élaboration du plan d’aménagement en 1987, nous étions présents pendant l’enquête commodo-incommodo16 dans les différentes communes de la périphérie et plus particulièrement pendant la mobilisation sociale des habitants d’un quartier de la commune d’Al-fida à Casablanca où domine le logement économique17 ; nous avons observé un groupe restreint composé d’une dizaine de ménages liée par la proximité spatiale. C’est en tant qu’acteur et observateur que j’ai participé à l’action collective menée par les habitants de cette commune pour protester contre les projections urbanistiques contenues dans le plan d’aménagement. Ce groupe d’habitants n’est pas organisé dans une structure institutionnalisée, mais il a fonctionné sur la base des relations de voisinage.

Pour assurer l’élargissement des voiries et la création d’équipements socio-éducatifs, ce plan prévoyait une destruction massive de logements et ce malgré leur conformité avec les normes modernes d’hygiène et d’urbanisme. On s’est demandé pourquoi les propriétaires de logements menacés de destruction n’ont-ils pas pu organiser une protestation collective ? Ces propriétaires étaient prêts à accepter le fait accompli. La réaction passive des habitants est datée (1987); elle est le produit d’une conjoncture politique où la protestation du citoyen contre les décisions du pouvoir politique était marquée par la peur de représailles. A chaque fois qu’on évoquait une contestation collective contre les projections du plan d’aménagement, les habitants se référaient automatiquement aux événements sanglants de l’émeute qui a secoué la ville de Casablanca en 1981. L’organisation sociale de la protestation des propriétaires de logements était difficilement menée par la deuxième génération18 instruite et née en ville.

Outre les archives de la municipalité de Casablanca, nous avons consulté, à Casablanca, d'autres fonds riches en documents, notamment ceux de la Délégation de l'Habitat, de la bibliothèque de la faculté de Droit, de la Chambre de Commerce et de l'Industrie, de la bibliothèque du Roi Abdu Al-Aziz ; sans parler évidemment des publications de l'Agence Urbaine, de la préfecture de Ben M'sik-Sidi Othemane. D'autres fonds documentaires étaient consultés à Rabat : au Centre National de Documentation (CND), à la bibliothèque du ministère de l'Habitat (Rabat) , à la bibliothèque la Source, à la bibliothèque du ministère du Plan et à la bibliothèque Générale.

Les différentes enquêtes inédites sur le bidonville de Ben M’sik réalisées par la Délégation de l’Habitat en 1978 et celle menée par la Cellule de Ben M’sik et le CIH en 1982 ont été une source d’information très riche pour l’élaboration de cette recherche. Les photos aériennes et les photographies récentes et anciennes de Casablanca sont aussi une source d'information non-négligeable pour notre travail. Nous avons consulté le fonds du ministère de l'Habitat, celui de la Conservation Foncière à Rabat, celui de l'Agence Urbaine à Casablanca. D'autres photographies publiées viennent alimenter notre recherche sur Casablanca (voir la bibliographie).

Nous nous sommes également référés pour la période allant de 1980 à 1997, aux interviews des différents ministres de l'Habitat, aux discours royaux, au dépouillement de certains quotidiens nationaux et aux différents documents d'urbanisme (schémas directeurs, plans d'aménagement ).

Nous avons effectué des entretiens sélectifs avec quelques ménages récemment recasés à Moulay Rchid à propos de la politique (suivie) du logement social19. D'autres entretiens relatifs à la politique du logement social et à l'élaboration des documents d'urbanisme20 ont été menés avec des responsables de la Cellule du Projet de Ben M'sik (délégation de l'Habitat à Casablanca), avec ceux de l'Agence Urbaine, ceux de la commune urbaine de Ben M'sik et celle de Sidi Othemane, et finalement avec certains responsables de la Délégation du ministère de l'Habitat de Ben M’sik-Sidi Othemane.

A cause de ses nombreuses agglomérations bidonvilloises (Ben M’sik, Sidi Othemane, Al-massira, Sidi Moumen), cette périphérie est perçue comme un foyer de mécontentement social par excellence. Elle est également représentée comme une zone de concentration spatiale de ruraux, de pauvres et de délinquants. L’espace périphérique est-il un réceptacle de l’émigration rurale ? Est-il un lieu de passage des ruraux vers la ville ?

Pour répondre à ces questions, l’analyse du contenu de l’espace périphérique devient incontournable. Nous nous sommes donc appuyés sur le dépouillement direct des fiches de ménages du recensement de la Population et de l'Habitat (1982). Les variables sont choisies en fonction de notre problématique; elles sont relatives à l'activité des chefs de ménages, à leurs provenances géographiques, à la date de leur installation à la périphérie, au type d’habitat, au statut d'occupation du logement, au nombre de pièces occupées. A la Direction de la statistique, nous avons dépouillé plus de 600 fiches de ménages appartenant à la périphérie de Ben M'sik-Sidi Othemane. Les résultats du dernier recensement de la population et de l’habitat de 1994 relatives aux différentes communes urbaines de Casablanca21 étaient également très intéressant pour cette étude.
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