Troisieme partie : strategies de conquete sociale et resistances a l’islamisme





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THESE PENDA BA TOME 3

TROISIEME PARTIE :

STRATEGIES DE CONQUETE SOCIALE ET RESISTANCES A L’ISLAMISME



« Il ne suffit pas d'avoir bonne intention dans l'abstrait et de postuler dans le lointain avenir un univers de liberté réalisé, dont les éléments échappent à l'autorité du contrôle. Il est nécessaire plutôt de prendre conscience des conditions réelles (en ce cas, économiques et sociales) dans lesquelles peut devenir effectif un tel accomplissement de désir. La route qui mène du présent à ce but lointain doit aussi être étudiée, afin qu'on puisse identifier, dans le processus contemporain, les forces dont le caractère dynamique immanent conduit peu à peu, sous notre direction, à la réalisation de l'idée » Karl Mannheim1

Introduction



Nous allons dans cette partie essayer de voir comment les islamistes passent de la théorie à la pratique ; ou comment la lexis (parole) islamiste devient praxis (action) pour investir le domaine politique, social, culturel, religieux etc. Nous nous sommes déjà largement penchée sur le discours islamiste. Nous avons montré le peu de considération dans lequel l’islamisme tenait la société globale et l’idéal alternatif qu’il promeut. Cependant, les islamistes sont parfaitement conscients qu’il est vain de critiquer un ordre si l’on ne cherche pas activement à le transformer. En effet, soulignait déjà Durkheim : « [L’idéal] n’est pas l’essentiel de la religion. Celle-ci est avant tout de l’ordre de l’action. Les croyances ne sont pas essentiellement des connaissances dont s’enrichit notre esprit : leur principale fonction est de susciter des actes. Derrière ces croyances, il y a donc des forces »2.

L’action est nécessaire à l’utopie parce que toute utopie a besoin de mettre en actes sa volonté de transformation sociale pour éviter de dégénérer en rêverie ou en violence. L’islamisme est donc, au-delà de l’idéal d’une « société véritablement islamique », un vaste champ d’action. L’idéal islamiste est un « moteur » puissant, un générateur qui donne littéralement aux militants les « forces » qui les font agir. Ainsi, l’islamisme peut se déployer de différentes façons : il peut chercher à investir directement le domaine politique et imposer d’en haut la transformation de l’Etat. Il peut aussi se manifester dans le domaine social, cherchant à y traduire de façon concrète ses choix par un discours idéologique, tout en développant les méthodes de l’action sociale et éducative : on désigne ce phénomène par le concept dislamisation par le bas. Mais le plus souvent, les deux modes d’action se complètent.

C’est ce travail de formation du militant au sin du groupe et d’islamisation par le bas que nous allons nous atteler à étudier dans le chapitre septième. Nous verrons que pour faire advenir la société islamique, les islamistes mettent en place des systèmes de militance efficaces qui sont autant de stratégies de conquête de la société. Ces moyens sont divers : ils vont de la da’wa (la prédication), à l’enseignement islamique, de la construction de lieux de culte à l’aide aux populations (bénévolat, actions sociales). Le rôle des militants dans ce processus de réalisation de l’utopie est fondamental. Si la production et la distribution du discours sont l’apanage des clercs et des cadres, sa mise en œuvre dépend dans une très large mesure de la mobilisation du public qui se reconnaît dans ce discours. En effet, les militants, au contraire des sympathisants, sont ceux qui luttent au service de la cause de manière continue, qui se sont appropriés l’idéal sinon totalement identifiés à lui.

Le point commun de toutes ces actions est d’investir au maximum l’espace public, de se donner une grande visibilité et une utilité reconnues, surtout auprès des couches sociales les plus défavorisées économiquement et culturellement.

Ce combat pour l’image, les réformistes avaient déjà compris qu’il était fondamental de le gagner dans un pays où l’encadrement confrérique est puissant. Ainsi l’UCM :
« Nous devrons être les premiers à répondre partout où le sinistre aura passé, où la misère exercera son action avilissante et où la souffrance fera préférer la mort à la vie. Ce serait aussi, d’une façon éclatante, convaincre les sceptiques de notre sincérité ; ce serait un langage que tout le monde, à commencer par la masse ignorante, comprendrait parfaitement et l’intérêt, l’espoir qu’il ferait naître serait immense. (…) Notre terrain d’action sera constitué par les lépreux, les aveugles, les malades, l’enfance abandonnée ou délinquante. Des distributions de vivres et de vêtements seront périodiquement organisées. Nous irons dans les installations hospitalières visiter les malades à qui nous procurerons les produits et articles indispensables »3.
L’activisme humanitaire en effet assure de la sympathie des masses, rassure le pouvoir dans la mesure où ces actions de solidarité permettent de retisser le lien social dans des espaces généralement défavorisés. Jusqu’à un certain point en effet, l’islamisation par le bas, peut être inoffensive sinon salutaire pour un Etat absent et corrompu. Et ce dernier, jusqu’à un certain point, peut favorisent la dévotion et l’ascèse islamique tant qu’elles ne se transforment pas en contestation du pouvoir.

Si cette stratégie de pénétration a eu quelque succès auprès des populations, surtout les plus jeunes, l’islamisme suscite aussi protestation et résistance : de nombreuses franges de la société civile, laïque ou religieuse, se sont durablement opposées, et s’opposent encore au projet social islamiste. Partout où est apparu l’islamisme, au Sénégal comme au Maroc, en Egypte ou au Nigeria, les tensions, voire les affrontements entre mouvements de gauche et courant islamiste n’ont pas tardé. Il n’est presque pas d’université dans le monde arabo-musulman qui ait échappé aux batailles rangées entre marxistes et islamistes dans les années 70 et 80. L’université n’étant en général qu’un laboratoire de ce qui se passe dans le reste de la société, celle-ci dans ses diverses composantes s’est élevée contre ce projet qui relevait pour elle, davantage de l’impasse que de l’alternative.

Ces réactions de l’Etat et de la société face au projet et aux actions des islamistes constitueront l’essentiel de la réflexion dans le chapitre huitième. La question que nous posons dans cette partie sera celle de la réception du discours islamiste. Une telle interrogation, précisent Monique Chraïbi et Olivier Filleule, « implique de dépasser l’étude de la production symbolique des (…) entrepreneurs de mouvement social pour s’interroger sur son efficacité et sur la manière dont chacun la reçoit, la réinterprète et en joue »4.

Nous avons vu comment les islamistes voyaient la société, il nous faut regarder maintenant comment ils sont vus par cette même société qu’elle soit civile, religieuse ou politique. En tant qu’utopie politico-religieuse posant le problème de la légitimité du pouvoir, l’islamisme rencontre tôt ou tard l’autorité. Tant qu’elles se limitent à occuper le champ social laissé vacant par l’Etat, -qui y trouve alors son compte- l’islamisme bénéficie de sa neutralité bienveillante. Le heurt avec le pouvoir survient, lorsqu’une fois bien implanté, l’islamisme tente un passage vers le politique. Les Etats en effet, ont le plus grand mal à s’accommoder de structures qui peuvent apparaître, par bien des aspects, comme des contre-sociétés. Quelle a été au Sénégal, l’efficience des réponses apportées par le pouvoir ? La politique de neutralisation et de cooptation initiée par Senghor et poursuivie par Abdou Diouf s’avère t-elle plus payante que la récente alliance électoraliste choisie par Wade ?

Quant à la société civile, elle oppose dans une large mesure une fin de non recevoir au projet islamiste. Elle disqualifie cette alternative au nom de l’islam confrérique, de la démocratie, de l’harmonie entre les communautés religieuses, de l’unité nationale, des droits universels de l’Homme, tout en prônant une exégèse plus humaniste de l’islam.

Dans cette partie, nous tenterons donc de montrer les moyens que les islamistes mettent en œuvre pour conquérir la société. Si ce travail leur permet d’avoir un certain impact au sein de la société sénégalaise, le mouvement rencontre aussi de très fortes résistances de la part de la société civile.

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