Parcours d’Aimé Césaire et son œuvre P. 4





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1944

Séjour d’Aimé et Suzanne Césaire à Haïti, qui sera d’une grande importance tant pour leur pensée et leurs écrits postérieurs (Le grand camouflage pour Suzanne, Toussaint Louverture et Le Roi Christophe pour Aimé), que pour la communauté littéraire haïtienne : “ c’est Césaire qui est à l’origine de notre ébullition “ écrit René Depestre. …Et maintenant lucidité totale. Mon regard par-delà ces formes et ces couleurs parfaites, surprend, sur le très beau visage antillais, ses tourments intérieurs. Car la trame des désirs inassouvis a pris au piège les Antilles et l’Amérique. écrit Suzanne Césaire à leur retour dans leur revue Tropiques. Le couple fera un court séjour à New York où ils retrouveront le milieu artistique des Français réfugiés et André Breton, qui publie dans sa revue VVV de nombreux textes antillais. À cette époque 1940-1946, la trinité Port-au-Prince/ New York/ Fort-de-France est le principal creuset de création et de réflexion entre les artistes et écrivains français en exil aux Amériques.
1945

Aimé Césaire est élu maire de Fort-de-France en mai, puis député de la Martinique en octobre, choisi “presque contre son gré“ par les forces progressistes dont le Parti communiste auquel il n’appartiendra qu’un an plus tard, comme emblème des forces victorieuses de résistance au fascisme, et comme symbole de l’identité antillaise fièrement affirmée contre l’assimilationnisme bourgeois et le discours sur la prétendue aliénation du peuple.

Un des éléments, l'élément capital du malaise antillais, l'existence dans ces îles d'un bloc homogène, d'un peuple qui depuis trois siècles cherche à s'exprimer et à créer.

Nous voulons pouvoir vivre passionnément.

Et c'est le sang de ce pays qui statuera en dernier ressort. Et ce sang a ses tolérances et ses intolérances, ses patiences et ses impatiences, ses résignations et ses brutalités, ses caprices et ses longanimités, ses calmes et ses tempêtes, ses bonaces et ses tourbillons.

Et c'est lui qui en définitive agira... (Panorama. Tropiques 1944)
1946

Il publie le recueil : Les armes miraculeuses, (Poésie. Gallimard) (Nous frapperons l’air neuf de nos têtes cuirassées/ nous frapperons le soleil de nos paumes grandes ouvertes) Le recueil inclut la première version de la pièce : Et les chiens se taisaient : Bien sûr qu'il va mourir le Rebelle. Oh, il n'y aura pas de drapeau même noir, pas de coup de canon, pas de cérémonial. Ça sera très simple quelque chose qui de l'ordre évident ne déplacera rien, mais qui fait que les coraux au fond de la mer, les oiseaux au fond du ciel, les étoiles au fond des yeux des femmes tressailliront le temps d'une larme ou d'un battement de paupière. Bien sûr qu'il va mourir le Rebelle, la meilleure raison étant qu'il n'y a plus rien à faire dans cet univers invalide : confirmé et prisonnier de lui-même...

Il sera en 1946, le rapporteur de la loi instaurant les quatre « vieilles colonies » de Guadeloupe, Guyane, Martinique et Réunion, en départements français.

Elle comblait une contradiction. Elle en créait une autre.

Il est permis de se demander si ce n'est pas là la raison de l'inadéquation, donc de l'échec, de toutes les politiques antillaises suivies à ce jour : de s'être cantonnées dans d'apparemment commodes fictions juridiques ; de n'avoir pas eu le courage de regarder en face la réalité antillaise ; de ne s'être pas aperçu que tout ceci qui est très connu et que personne ne peut nier, je veux dire le particularisme de chacun des pays antillais, la remarquable communauté psychique de leurs habitants à quelque race qu'ils appartiennent, le fait qu'à côté d'une langue de grande civilisation, ils possèdent à leur usage interne une langue qui leur est propre et qui est le créole; l'existence enfin dans ces pays d'un embryon de culture, résultat de l'élaboration syncrétique d'éléments européens, africains et indiens ; de ne pas, dis-je, s'être aperçu qu'on irait au devant de difficultés sans nombre en n'admettant pas au préalable que tous ces indices pris ensemble constituent bel et bien des éléments révélateurs de véritables petites communautés nationales. (Préface au livre de Daniel Guérin : Les Antilles décolonisées).
1947

Participe à la création de la revue : Présence Africaine, avec son fondateur Alioune Diop, qu'il décrira ainsi plus tard : …inspecteur des déshérences/ testeur des fidélités/ n’agréant de quotidien commerce/ qu’avec les espérances inaperçues et les vastes souvenirs.
Première publication en livre du Cahier d’un retour au pays natal (Bordas) :

...et voici au bout de ce petit matin ma prière virile

que je n’entende ni les rires ni les cris, les yeux fixés sur cette ville

que je prophétise, belle,

donnez-moi la foi sauvage du sorcier donnez à mes mains puissance

de modeler donnez à mon âme la trempe de l’épée je ne me dérobe point.

Faites de ma tête une tête de proue et de moi-même, mon cœur, ne faites

ni un père, ni un frère, ni un fils, mais le père, mais le frère, mais le fils,

ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.

Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie

comme le poing à l’allongée du bras !

Faites-moi commissaire de son sang

faites-moi dépositaire de son ressentiment

faites de moi un homme de terminaison

faites de moi un homme d’initiation

faites de moi un homme de recueillement

mais faites aussi de moi un homme d’ensemencement

faites de moi l’exécuteur de ces œuvres hautes

voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme –

Mais les faisant, mon cœur, préservez-moi de toute haine

ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n’ai que haine

car pour me cantonner en cette unique race

vous savez pourtant mon amour tyrannique

vous savez que ce n’est point par haine des autres races

que je m’exige bêcheur de cette unique race

que ce que je veux

c’est pour la faim universelle pour la soif universelle

la sommer libre enfin de produire de son intimité close

la succulence des fruits.
1948

Participe de manière importante à la célébration du centenaire de l’abolition de l’esclavage. Il préface l’édition des textes de Victor Schoelcher et donne à Paris une grande conférence sur le sujet. Dans ce cadre est publiée par Senghor la célèbre Anthologie de la Nouvelle poésie nègre et malgache, qui regroupe 17 poètes majeurs encore peu connus d'eux-mêmes et du public, et qui deviendront tous les classiques de la génération de la décolonisation. C'est l'acte de naissance de la Francophonie culturelle.

Publie : Soleil cou coupé (Poèmes. Éditions K.)

Où quand comment d’où pourquoi oui pourquoi pourquoi pourquoi se peut-il que les langues les plus scélérates n’aient inventé que si peu de crocs à pendre ou suspendre le destin.
1950

Publie : Corps perdu (Poésie. Éditions Fragrance) illustré de gravures de Picasso.

Mais à mon tour dans l’air/ je me lèverai un cri et si violent/ que tout entier j’éclabousserai le ciel/ et par mes branches déchiquetées/ et par le jet insolent de mon fût blessé et solennel/ je commanderai aux îles d’exister. Leur connivence de forme et d'engagement est telle que Césaire propose à Picasso d'ériger à Fort-de-France une sculpture en hommage à l'abolition de l'esclavage. Les circonstances l'en empêcheront.

Publie : Discours sur le colonialisme, dont la version définitive sera éditée par Présence Africaine en 1955. …si l’Europe occidentale ne prend d’elle-même, en Afrique, en Océanie, à Madagascar, c’est-à-dire aux portes de l’Afrique du Sud, aux Antilles, c’est-à-dire aux portes de l’Amérique, l’initiative d’une politique des nationalités, l’initiative d’une politique nouvelle fondée sur le respect des peuples et des cultures…l’Europe se sera enlevé à elle-même son ultime chance et, de ses propres mains, aura tiré sur elle-même le drap des mortelles ténèbres.
1956

Premier Congrès des écrivains et Artistes noirs, à la Sorbonne en septembre. Discours marquant de Césaire : Culture et colonisation, niant toute unité raciale ou ethnique des Noirs, et liant la solidarité de leurs luttes dans le monde à leur commune condition sociopolitique actuelle de colonisés ou quasi-tels en lutte pour leur émancipation. Le discours de Franz Fanon, arrivé de Blida, fera aussi date, prélude à son engagement direct à son retour auprès du FLN pour l’indépendance de l’Algérie.

Il fonde en Martinique le Parti progressiste martiniquais (PPM) et est triomphalement réélu comme député-maire de Fort-de-France.

Tout au long de sa longue action politique, Césaire se veut l’homme du vouloir ensemble, c’est-à-dire de l’engagement par et pour le collectif. Avec cette certitude toujours affirmée que les véritables avancées de la liberté et de la dignité ne sont pas celles qui s’octroient d’en haut où d’ailleurs, mais celles qui se conquièrent – solitaires et solidaires – par la responsabilité collectivement assumée.
Publie : Et les chiens se taisaient (Version théâtrale. Présence Africaine)

-La mère : O mon fils mal éclos…Mon enfant…donne-moi la main...laisse pousser dans ma main ta main redevenue simple.

-Le Rebelle : Le tam-tam halète. Le tam-tam éructe. Le tam-tam crache des sauterelles de feu et de sang. Ma main aussi est pleine de sang.

-La mère : Tes yeux sont pleins de sang

-Le Rebelle : Je ne suis un cœur aride. Je ne suis pas un cœur sans pitié.

Je suis un homme de soif bonne qui circule fou autour de mares empoisonnées.

La mère : …un désert de béton, de camphre, d'acier, de charpie, de marais désinfectés, un lieu lourd miné d'yeux de flammes et de champignons…

-Le Rebelle : Mon nom : offensé; mon prénom: humilié; mon état: révolté; mon âge : l'âge de la pierre.

-La mère : Ma race : la race humaine. Ma religion : la fraternité;

-Le Rebelle : Ma race : la race tombée. Ma religion… mais ce n'est pas vous qui la préparerez avec votre désarmement… c'est moi avec ma révolte et mes pauvres poings serrés et ma tête hirsute...
1959

Participe au Deuxième Congrès des écrivains et artistes noirs, à Rome, à la veille des indépendances africaines. Discours sur « L’homme de culture et ses responsabilités ».

Peuple d’abîmes remontés/ Peuple de cauchemars domptés/ Peuple nocturne amant des fureurs du tonnerre/ Demain plus haut plus doux plus large…
1960

Publie : Cadastre (Poésie. Seuil. Contenant une édition revue de : Soleil cou coupé et Corps perdu)

soit ton geste une vague qui hurle et se reprend vers le creux de rocs aimés comme pour parfaire une île rebelle à naître

il y a dans le sol demain en scrupule et la parole à charger aussi bien que le silence
Publie : Ferrements (Poésie. Seuil)

Angoisse tu ne descendras pas tes écluses dans le bief de ma gorge

peur dans l’écheveau fou je n’aurai que faire de chercher en tremblant

le fil rouge de mon sang de ma raison de mon droit

le dur secret de mon corps de l’orgueil de mon cœur.
1962

Publie : Toussaint Louverture (Histoire. Présence Africaine)

Quand Toussaint Louverture vint, ce fut pour prendre à la lettre la déclaration des droits de l’homme, ce fut pour montrer qu’il n’y a pas de race paria ; qu’il n’y a pas de pays marginal ; qu’il n’y a pas de peuple d’exception…et c’est pourquoi il s’inscrit et inscrit la révolte des esclaves noirs de Saint-Domingue dans l’histoire de la civilisation universelle.
1963

Publie : La tragédie du Roi Christophe (Théâtre. Présence Africaine)

- Christophe : Au plus bas de la fosse. C’est là que nous crions ; de là que nous aspirons à l’air, à la lumière, au soleil. Et si nous voulons remonter, voyez comme s’imposent à nous, le pied qui s’arc-boute, le muscle qui se tend, les dents qui se serrent, la tête, oh, la tête, large et froide ! Et voilà pourquoi il faut en demander aux nègres plus qu’aux autres, plus de travail, plus de foi, plus d’enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas ! C’est d’une remontée jamais vue que je parle, messieurs, et malheur à celui dont le pied flanche !

-La mort du roi :

Le feu s'est éteint dans la maison

Le grand feu dans la grande maison.

Qu'on le mette debout. Dans le mortier gâché. Tourné vers le sud…Non pas couché, mais debout…Et, lui ayant trouvé tout seul sa stature, que la lune rouge au bout de la flèche suspende sa torche épouvantable.

Homme reculeur de bornes Homme forgeur d'astres dure étreinte chaude

grand cœur dédié froidi déjà dans la distance.

Le jour ébréché jusqu'au bout du voyage glanera ton nom

Père, nous t'installerons à Ife sur la colline aux trois palmiers

Quand tu passeras par les promenoirs du ciel monté sur les béliers enflammés de l'orage.
1966

Avril : Festival mondial des Arts nègres à Dakar, premier grand rendez-vous culturel après les indépendances africaines.

Publie : Une saison au Congo (Théâtre. Seuil)

Lumumba : c'est une idée invulnérable que j'incarne, en effet ! Invincible, comme l'espérance d'un peuple, comme le feu de brousse en brousse, comme le pollen de vent en vent, comme la racine dans l'aveugle terreau.

Mai : Décès de Suzanne Césaire. Le couple était séparé depuis 3 ans. Sa présence solaire éclairera fidèlement toute l'œuvre du poète :

-1941: Fenêtres du marécage fleurissez ah! fleurissez / sur le coi de la nuit pour Suzanne Césaire / Amie nous gonflerons nos voiles océanes / vers l'élan perdu des pampas et des pierres / et nous chanterons aux basses eaux inépuisablement la chanson de l'aurore.

-1981: en ce temps-là le temps était l'ombrelle d'une femme très belle/ au corps de maïs aux cheveux de déluge/ en ce temps-là la terre était insermentée / en ce temps-là le cœur du soleil n'explosait pas...

-1992 : très pure loin de toute cette jungle/ la traîne de tes cheveux ravivée/ jusqu’au fond de la barque solaire/ exaspération de la sécession... Je la vois qui bat des paupières / histoire de m'avertir qu'elle comprend mes signaux / qui sont d'ailleurs en détresse des chutes de soleil très ancien.)
1969

Publie : Une tempête. À partir de La tempête de Shakespeare (Théâtre. Seuil).

Par la gorge de l’oiseau musicien/ je laisserai tomber/ une à une/ chacune plus délectable/ quatre notes si douces que la dernière/ fera lever une brûlure/ dans le cœur des esclaves les plus oublieux/ Nostalgie de liberté !

Dans son théâtre, défilent une galerie de bâtisseurs ni dieux ni diables, manifestant lucidement la renaissance de la tragédie sur les ruines de l’histoire pour l’enracinement de la liberté : Je suis un homme de soif bonne qui circule fou autour de mares empoisonnées… Et le monde ne m'épargne pas…Il n'y a pas dans le monde un pauvre type lynché, un pauvre homme torturé, en qui je ne sois assassiné et humilié. Dans ses quatre pièces, chronologiquement, les deux héros mythiques du Rebelle et de Caliban encadrent les deux figures historiques du Roi Christophe et de Patrice Lumumba, creusant jusqu’à la mort les fondations de leurs nations toutes neuves à Haïti et au Congo : legs de mon corps assassiné violent à travers les barreaux du soleil.
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