Synthèse de l’échange du 26 mai 2011





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« Objectivation de l’engagement sociétal dans les territoires »
Synthèse de l’échange du 26 mai 2011

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Participants :



  • Alain Caillé est professeur de sociologie à l’Université de Paris Ouest- Nanterre, et fondateur et directeur de la revue du MAUSS (Mouvement Anti-utilitariste en sciences sociales)




  • François Rousseau est chercheur associé au Centre de Recherche en Gestion de l’École polytechnique, enseigne le management des organisations de l’économie sociale et exerce l’activité d’ingénieur conseil en organisation




  • Alexandre Codinach est responsable de la Maîtrise d’ouvrage à la Mutuelle des Motards




  • Philippe Tauvel est adjoint au directeur de la communication institutionnelle, aux actions sociétales et à la vie mutualiste du groupe Maif




  • Juliette Weber est responsable de Campus Lab. Macif/Maif/Mutuelle des Motards


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L’objectif de cette réunion est :


  • d’accueillir Philippe Tauvel et de présenter les acteurs du référent collectif

  • de recueillir un ressenti des deux chercheurs sur le recueil des pratiques sociétales fourni par le groupe Maif

  • de présenter un point d’actualité sur l’organisation de l’expérimentation au sein de la Mutuelle des Motards

  • d’esquisser une méthodologie d’observation et d’exploration pour la Maif


A) Présentation de Philippe Tauvel, et des acteurs du référent collectif, en référence à la thématique des indicateurs de richesse alternative

Philippe Tauvel est arrivé à la MAIF il y a 12 ans dans le service audiovisuel, qui, sous l’impulsion des nouvelles technologies l’a conduit à la mise en place d’internet.

Il est aujourd’hui l’adjoint du directeur de la communication institutionnelle de la MAIF dénommée CIAMES (Communication Institutionnelle Engagement Sociétal et Mutualiste). Cette direction est rattachée à la ligne politique. Elle regroupe :

- une équipe chargée des relations institutionnelles visant à mettre en place des relations au niveau international, mais aussi au niveau local puisque des militants ont la charge de soutenir le rayonnement et l’imbrication de la mutuelle dans le tissu local,

- trois autres entités dont Philippe Tauvel à la charge : (a) coordination de la RSE, (b) l’action mutualiste (organisations de conférences & réunions opérationnelles autour des accidents de la vie), et (c) l’accompagnement, la formation, l’information, et l’intégration des mandataires (ce sont des élus, représentants des sociétaires). Concernant cette dernière entité, Philippe Tauvel précise que la gouvernance s’apprécie à un double niveau : de l’élu au sociétaire. Il existe des groupements territoriaux - composés d’élus des sociétaires et de quelques mandataires du Conseil d’Administration- qui votent les résolutions en Assemblée Générale, notamment la nomination des administrateurs qui constituent le CA et qui mandatent des représentants politiques dans chaque délégation, appelés les correspondants et les délégués départementaux.
En plus du management de ces trois équipes, Philippe Tauvel a plus particulièrement en charge l’engagement sociétal, qui ne constitue qu’un des volets de la RSE, mais néanmoins le plus orienté vers l’externe et le plus visible. Par conséquent, il est responsable de la campagne de communication institutionnelle grand public.
François Rousseau est Docteur de l’École Polytechnique, et chercheur associé au Centre de Recherches en Gestion de l’École Polytechnique.

Il s’intéresse aux organisations et aux outils de gestion. En témoigne ses multiples implications : en charge de la Chaire Economie Sociale de Reims Management School, président du Conseil Scientifique de l’Observatoire National de l’Économie Sociale (publication entre autres, de l’Atlas et des principaux chiffres sur l’économie sociale), animation des séminaires avec l’Ecole de Paris du Management ; le dernier séminaire intitulé « Économie et sens » mené en commun avec le Collège des Bernardins est au cœur de nos préoccupations d’aujourd’hui. Antérieurement, il s’occupait du séminaire « Vie collective » avec l’objectif de faire venir témoigner le plus possible des entreprises ou des organisations de l’économie sociale et solidaire, dans un monde qui est plutôt celui des grandes entreprises industrielles. Ceci pour leur donner l’occasion de créer des interfaces avec d’autres milieux que celui qu’elles connaissent.
Son intérêt pour cette thématique de recherche est motivé par ses propres travaux centrés sur la production de sens dans les organisations, qui sont exacerbés dans une société post-marchande où les activités de production de l’humanité ou d’humanité sont ou seront au centre de la production de richesses. Il y a donc là de belles opportunités de développements structurels en faveur de l’économie sociale, d’autant que les grandes signatures de l’économie sociale s’interrogent aujourd’hui sur le sens de leur action, leurs relations avec leurs sociétaires, leur mode d’organisation spécifique.

Un des enjeux est d’identifier, dans ce déploiement des grandes organisations, les outils, les modes d’organisation plus féconds que d’autres pour leur permettre de gérer ce qui est souvent présenté comme un dilemme entre la pérennité économique et la production de valeurs ou d’intention sociétale. Or, puisque le développement économique repose sur la mise en place d’outils de gestion assez sophistiqués, il n’existe aucune raison de ne pas faire l’effort d’investigation nécessaire pour faire apparaître les outils de gestion d’intention sociétale. Le problème est qu’ils n’existent pas pour le moment, mais lorsque nous saurons les faire apparaître, les dirigeants se rendront compte que le dilemme est peut-être moins compliqué que ce qu’il y paraît.

Alain Caillé, est professeur de sociologie à Paris X Nanterre, il est à la retraite depuis deux mois. Il anime « La revue du Mauss » Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales. L’idée centrale est une lutte contre la représentation aujourd’hui dominante que nous sommes tous des homo œconomicus, qui ordonne que le monde soit organisé autour de motivations matérielles, du profit généralisé, et maintenant de la « quantophrénie généralisée ».

Pour Alain Caillé ce sentiment est faux d’un point de vue anthropologique, psychologique et sociologique. En effet, s’il existe une réalité basée sur une certaine efficacité les soubassements profonds ne sont pas de cet ordre.

Il rappelle alors que la revue s’appelle MAUSS, en hommage à Marcel Mauss, auteur de l’essai sur le don (1924) qui découvre une chose simple et fondamentale : dans les sociétés premières le moteur principal de l’action sociale et de l’organisation sociale ne sont pas le marché, le donnant-donnant, l’achat, la vente, mais ce qu’il appelle la triple obligation de « donner, recevoir, rendre » : dans ce processus triadique l’obligation est faite au sujet humain de se montrer généreux.

Depuis une trentaine d’années les tenants de l’anti-utilitarisme tentent d’actualiser cette découverte anthropologique afin d’éclairer le monde contemporain et identifier ce qui subsiste de cet universel anthropologique ce qu’il se passe si nous regardons la société actuelle rationalisée, mercantalisée, sous cet éclairage. En formulant l’hypothèse que pour être reconnus les sujets humains sont aujourd’hui encore obligés d’entrer dans ce cycle du donner, recevoir, rendre.

Cela a plusieurs implications.

D’un point de vue éthico-politique, c’est la redécouverte de toute la tradition du socialisme associationniste français du 19ème siècle avec l’idée que le moteur de l’association et donc de l’économie sociale est cet esprit du don. Il existe bien sûr des motivations économiques, matérielles (pour s’associer il faut partager les risques), mais il existe un affectio societatis, un désir d’être ensemble, de faire du collectif qui implique que les individus sortent un peu d’eux-mêmes et acceptent de donner de leurs personnes, de leur temps à la cause commune. Cela excède les motivations strictement économiques. Si nous généralisons, les deux grandes idéologies de la modernité, le libéralisme et le socialisme, se sont faites l’une la championne du tout marché - plus ou moins répandue- le libéralisme, l’autre, la championne du tout État à des degrés divers avec des mélanges entre les deux idéologies. Mais il faut faire apparaître qu’il existe un troisième pôle encore plus important que le marché et l’État : la société elle-même représentée par ses associations, par le secteur de l’économie sociale, donc par tout ce qui est animé par l’esprit du don, c'est-à-dire l’obligation d’afficher cette générosité. Le secteur de l’économie sociale et solidaire incarne cette tradition du socialisme associationniste français, une troisième vision de la démocratie qui ne repose pas principalement sur le marché ou bien sur l’État, mais qui repose principalement sur la dynamisation de la société elle-même à travers son réseau associatif.

D’un point de vue scientifique, cet éclairage est fécond notamment si l’on observe ce qui se passe dans les entreprises. Ces dernières vivent une sorte de dualité entre les modalités de fonctionnement apparentes (les normes de gestion enseignées dans les écoles de commerce, les algorithmes, les logiques de reporting et de rationalisation généralisés qui peuvent avoir une partie d’efficacité, qui ont leur raison d’être, mais qui ne font pas vraiment marcher les entreprises) et l’ensemble des relations du don au sein de l’entreprise (les relations horizontales, les relations de coopération entre les salariés, les tours de main, les soutiens psychologiques, la gestion du patron et de l’ensemble des relations de don à la cause de l’entreprise elle-même).

Pour revenir à la question d’indicateurs de richesse alternative, Alain Caillé précise qu’elle fait l’objet de nombreux débats d’ordre politiques généraux et micros. L’idée qui a fait son chemin c’est qu’il est important de montrer les dimensions sociétales, notamment des entreprises de l’économie sociale dont la raison d’être n’est pas uniquement de générer du profit mais que leur investissement dans la RSE est une source de différenciation, en particulier dans le secteur assuranciel.

Tenter d’objectiver l’utilité sociale des organisations, en termes d’efficacité sur des enjeux sociétaux, suppose de s’affranchir d’un mode d’évaluation dominant fondé sur le reporting et la quantophrénie, au risque sinon d’arriver à un effet paradoxal : la soumission systématique aux instruments de mesure risque de détruire l’enjeu lui-même. Que faisons-nous dans ce cas ? Existe-t-il un moyen de se sortir de ce cercle vicieux fermé ?

Alexandre Codinach, est responsable d’organisation à la Mutuelle des Motards. Il élabore, coordonne et met en œuvre la politique projet de la Mutuelle. Il met à disposition ses compétences en organisation pour soutenir la démarche processus de l’entreprise.

Auparavant il était en charge des systèmes d’information puis de l’assistance à la maîtrise d’ouvrage de l’organisation des processus d’une structure bancaire ISO 9000. Alexandre souligne alors cette tentation de vouloir rationaliser la totalité des processus pour les optimiser, en s’appuyant sur des métriques, et cette frénésie dans la mesure des délais « entre l’arrivée de l’enveloppe et le traitement du papier ».

Ses référentiels ont été bouleversés à son arrivée à la Mutuelle des Motards, mais il a été vite conquis par le caractère atypique de cette structure, aux antipodes des fonctionnements normés de l’environnement bancaire et des sociétés de service en informatique, et par les potentialités de créativité, d’innovation et d’accomplissement qu’elle offre. Avec le recul, Alexandre nous confie que si à la Mutuelle des Motards « ils arrivent à dégager du chiffre, c’est qu’il y a du potentiel » et il s’est plutôt bien accommodé de cette adaptation de discours et de raisonnement.

Juliette Weber a rejoint Campus en 2005, l’université d’entreprise qui réunit au sein de son GIE le groupe Macif, le groupe Maif et l’Assurance Mutuelle des Motards, pour prendre en charge un cycle de conférences prospectif et faire sa thèse, après douze années passées dans le marketing agro-alimentaire. Elle a soutenue sa thèse en 2009 à l’Ecole Centrale de Paris autour de la mobilisation du concept de valeur de lien dans le secteur de l’assurance mutualiste, un concept qui puise ses origines dans la théorie du don.

Elle est responsable depuis 2010 de Campus Lab., un support à la recherche pour les 3 Mutuelles partenaires.

Juliette Weber rappelle que l'année 2010 a été dédiée à la structuration et au déploiement des 2 thématiques retenues par le conseil d'administration du GIE Campus en 2009 : « les nouveaux indicateurs de richesse » et le « lien intergénérationnel ». Pour ce faire, Juliette Weber a crée ses « référents collectifs » par thématique, composés de chercheurs externes et d’experts métiers issus des 3 mutuelles. Pour constituer son référent externe et affiner ses connaissances sur chacune des thématiques, elle a rencontré une dizaine de chercheurs. Au final, deux chercheurs/ thématique ont été retenus.

L’année 2010 a été dédiée à une recadrage théorique par les chercheurs, il a permis de resserrer les deux thématiques de recherche.
Concernant « les nouveaux indicateurs de richesse » Juliette Weber rappelle que c’est une thématique contemporaine (cf. le rapport Stiglitz) mais elle est surtout de nature macro., quantitative, chiffrée/monétaire. Or, notre recherche vise à ré-interroger le sujet des indicateurs de richesse en posant la question de la pertinence des indicateurs actuels et de leurs limites. Il s’agit d’identifier des critères complémentaires permettant de mieux décrire le monde mutualiste qui s’interroge par ailleurs sur la manière de produire des indicateurs de richesse alternatifs et qui interpelle directement les Mutuelles, et le monde de l’économie sociale, puisque ses acteurs sont censés produire une valeur sociale/sociétale, mais qu’ils cherchent en même temps à l’objectiver. Il s’agit en quelque sorte de faire le pari de la prééminence de l’intention qualitative sur l’expression quantitative, et d’inscrire cette recherche dans le registre du micro. Dans cette optique, le référent a identifié trois problématiques potentielles, mais l’idée qui s’est fait jour c’est que le territoire est l’un des champs d’application spécifique des mutuelles où elles peuvent être véritablement performantes, parce qu’ils permettent d’échapper au « reporting généralisé » comme l’a souligné Alain Caillé. Des questions se trouvent en arrière plan : comment mesurer l’action sociétale, faut-il la mesurer, jusqu’où, comment ? Comment favoriser de véritables motivations des acteurs internes à la mutuelle ou des partenaires ?
Emerge alors l’idée de l’action sociétale comme cadre général d’analyse. Dans cet esprit les deux chercheurs ont préconisé d’étudier, comme étape préalable, une sélection de la littérature d’entreprise des trois mutuelles (textes de références, support de communication …). L’analyse devant permettre de constater si cette littérature produit des actions observables et par voie de conséquence d’affiner la démarche méthodologique dans les trois Mutuelles.

Le bilan a été réalisé pour la Macif et la Mutuelle des Motards au cours du 1er trimestre 2011. Le bilan de la Maif a été différé en raison du retrait de Pierre-Yves Audidier du référent interne en janvier 2011.
Les étapes initiales sont aujourd’hui franchies et l’objet de recherche est bien précisé autour de la mesure d’actions sociétales sur les territoires.  Un calendrier triennal sera proposé au Conseil d’Administration du 27 octobre 2011.

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